21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.

CHIFFRES POUR 2027
Thème 08

Écologie et climat

Les émissions baissent, mais deux fois moins vite qu'il ne faudrait. Et rapportées à la population — la bonne façon de lire —, l'effort est bien plus important qu'il n'y paraît.

Où en sont les émissions françaises depuis 1990 ?

Émissions territoriales de gaz à effet de serre, France

MtCO₂e, tous gaz, hors puits forestier (UTCATF). 1990-2025.

Émissions territoriales400500MtCO₂e19901995200020052010201520202025MtCO₂e
De 546,9 MtCO₂e en 1990 à 359,5 en 2025, soit −34,3 %. Le rythme s'est accéléré depuis 2022 (−5,6 % en 2023) puis nettement ralenti : −2,9 % en 2024, −2,1 % en 2025. Sources : Eurostat sdg_13_10 jusqu'en 2024 ; Citepa Secten 2026 pour 2025.

Eurostat, sdg_13_10 et env_air_gge, émissions de gaz à effet de serre, tous gaz en équivalent CO₂, hors utilisation des terres et forêts (UTCATF), France, 1990-2025. Le choix d'exclure le puits forestier est indiqué parce qu'il change le niveau de plusieurs dizaines de mégatonnes.

Données de la figure
AbscisseMtCO₂e
1990546,9
1991572,5
1992561,5
1993539,9
1994531,7
1995538,0
1996556,4
1997548,6
1998562,4
1999557,1
2000551,8
2001556,9
2002550,6
2003554,6
2004554,3
2005555,5
2006544,9
2007535,1
2008530,3
2009509,1
2010513,1
2011488,0
2012490,7
2013490,1
2014457,4
2015460,7
2016463,7
2017466,0
2018446,5
2019437,7
2020398,0
2021422,4
2022405,8
2023378,2
2024367,0
2025359,5

Les mêmes émissions, rapportées à la population

tCO₂e par habitant. C'est la lecture qui neutralise la croissance démographique.

Émissions par habitant 6,0 8,0 10,0 tCO₂e / habitant 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 t/hab.
De 9,4 t/habitant en 1990 à 5,21 en 2025, soit −44,6 %. Source : Eurostat sdg_13_10, unité T_HAB — série publiée directement, pas un calcul dérivé.

Mêmes émissions que le graphique précédent (Eurostat sdg_13_10, hors UTCATF), rapportées à la population France entière (Eurostat demo_gind). Rapport calculé par nos soins.

Données de la figure
Abscisset/hab.
19909,4
19919,8
19929,6
19939,2
19949,0
19959,1
19969,3
19979,2
19989,4
19999,2
20009,1
20019,1
20028,9
20038,9
20048,9
20058,8
20068,6
20078,4
20088,3
20097,9
20107,9
20117,5
20127,5
20137,5
20146,9
20156,9
20167,0
20177,0
20186,7
20196,5
20205,9
20216,2
20225,9
20235,5
20245,3
20255,2
Pourquoi la lecture par habitant change tout
19902024Variation
Émissions totales546,9 Mt367,0 Mt−32,9 %
Population58,17 M68,78 M+18,2 %
Émissions par habitant9,4 t5,3 t−43,6 %

La France a absorbé +10,6 millions d'habitants sur la période. Lire les totaux sous-estime donc l'effort réel d'environ 11 points de pourcentage. C'est une observation juste et rarement faite dans le débat public.

Le décrochage par rapport à la trajectoire. Le Haut Conseil pour le climat calcule qu'il faudrait désormais environ −4,5 % par an pour respecter le troisième budget carbone (2024-2028) — plus du double du rythme observé. Le deuxième budget (2019-2023) avait été respecté, mais en partie grâce à des effets conjoncturels (Covid, inflation, sobriété subie).

LimitesAttention au périmètre du puits forestier (UTCATF). Hors UTCATF, les émissions 2024 sont de 367 Mt ; avec, de 326 Mt selon Eurostat mais 315 Mt selon Citepa — l'écart vient de révisions majeures du puits forestier. Ne jamais présenter un chiffre net sans citer le millésime. La valeur 2025 est une somme des lignes sectorielles Citepa, méthode validée sur 1990, 2023 et 2024 mais non publiée telle quelle.

Quels secteurs ont progressé, lesquels n'ont pas bougé ?

Émissions par secteur, France : 1990 contre 2024

MtCO₂e. Barre du haut : 1990. Barre du bas : 2024.

19902024
MtCO2e 0 50 100 Transports 125,4 125,4 Agriculture 92,9 77,5 Industrie manufacturière 140,1 61,6 Bâtiments 92,9 56,1 Industrie de l'énergie 78,9 31,2 Déchets 16,7 15,3
Le transport n'a strictement pas bougé en trente-quatre ans : 125,4 Mt en 1990, 125,4 Mt en 2024. Il est passé de 23 % à 34 % du total et est aujourd'hui le premier poste. Source : Citepa, rapport Secten édition 2026.

Citepa, inventaire national Secten, et Eurostat env_air_gge pour la ventilation sectorielle, France, 1990 et 2024, en mégatonnes d'équivalent CO₂. Les périmètres sectoriels suivent la nomenclature de la Convention-cadre des Nations unies.

Données de la figure
Catégorie19902024
Transports125,4125,4
Agriculture92,977,5
Industrie manufacturière140,161,6
Bâtiments92,956,1
Industrie de l'énergie78,931,2
Déchets16,715,3
Secteur19902024Δ absoluΔ %
Industrie manufacturière et construction140,161,6−78,5−56,0 %
Industrie de l'énergie78,931,2−47,7−60,5 %
Bâtiments (résidentiel-tertiaire)92,956,1−36,8−39,6 %
Agriculture et sylviculture92,977,5−15,4−16,6 %
Traitement des déchets16,715,3−1,4−8,4 %
Transports125,4125,40,00,0 %
Total546,9367,1−179,8−32,9 %

Les deux tiers de la baisse française viennent de l'industrie. Manufacturier −78,5 Mt et énergie −47,7 Mt : à eux deux, 126 Mt sur 180 Mt de baisse totale, soit 70 %. Les bâtiments ajoutent 20 %.

Les trois blocages : le transport (zéro progrès, premier émetteur), l'agriculture (−16,6 %, car le méthane entérique et le protoxyde d'azote des sols se réduisent difficilement sans toucher au cheptel ou aux intrants) et les déchets (−8,4 %).

Le facteur caché : la chute de 56 % de l'industrie manufacturière est en partie une baisse réelle d'intensité carbone et en partie un transfert de production à l'étranger. D'où l'importance de la question suivante.

Et si on compte le carbone importé ?

L'empreinte carbone (territoriale + importée − exportée) s'élève à 563 MtCO₂e en 2024, soit 8,2 t/habitant — son niveau le plus bas depuis 1990, mais très supérieure aux émissions territoriales nettes. Les émissions importées représentent environ la moitié de l'empreinte.

La divergence est le point important : depuis 1990, l'empreinte totale a baissé de 20 %, mais les émissions domestiques ont chuté de 34 % tandis que les émissions importées progressaient de 2 %. Une part significative de la baisse territoriale reflète donc une désindustrialisation compensée par des importations.

France19902024Évolution
Émissions territoriales, MtCO₂e546,5367,0−34,3 %
Empreinte carbone, MtCO₂e≈ 703563−20 %
Territoriales par habitant, t≈ 9,45,4−42 %
Empreinte par habitant, t12,18,2−32 %
Écart empreinte / territorial+29 %+53 %l'écart se creuse

L'inventaire territorial a baissé 1,7 fois plus vite que l'empreinte. C'est le chiffre à retenir : la France a réduit ses émissions sur son sol de 34 % et son empreinte réelle de 20 % seulement, parce que la part importée est passée d'environ 40 % en 1990 à 50 % en 2024 — 284 MtCO₂e sur 563, dont 110 sur la demande finale et 174 incorporés aux biens intermédiaires. Les émissions intérieures ont reculé de 34 %, les émissions importées ont progressé de 2 %.

Décomposition par poste de consommation : transport 30 %, logement 23 %, alimentation 22 % — soit les trois quarts. Biens d'équipement, services marchands et services publics se partagent le quart restant.

SDES, L'empreinte carbone de la France de 1990 à 2024 et décomposition par poste de consommation ; Citepa, inventaire Secten 2026.

LimitesLes deux éditions de la série d'empreinte ne se raccordent pas : l'édition « 1995-2022 » donnait 623 MtCO₂e et 56 % d'importations pour 2022, l'édition révisée « 1990-2024 » donne 563 Mt et 50 % pour 2024. Ne pas construire de tendance mélangeant les deux. Le total de 1990 est calculé à partir du chiffre par habitant, non publié tel quel. Les mesures d'empreinte reposent sur des tables entrées-sorties multirégionales dont l'incertitude est nettement supérieure à celle des inventaires territoriaux — couramment estimée à ±10-15 %. La décomposition par poste porte sur 2017 : les parts restent probablement valables, pas les niveaux.

La France seule : les deux périmètres, année par année

Le graphique par pays écrase la trajectoire française. La voici isolée, sur les deux périmètres, en série annuelle continue.

France : émissions sur le territoire et empreinte, par habitant

Tonnes de CO₂ fossile par habitant, 1990-2024. L'écart entre les deux courbes est le carbone importé net.

Empreinte, importations inclusesÉmissions sur le territoire
France, deux périmètres 4,0 6,0 8,0 10,0 tCO₂ par habitant 1990 2000 2010 2020 2024 Empreinte, importations incluses Émissions sur le territoire
Les deux courbes ne descendent pas au même rythme, et l'écart se creuse. Les émissions sur le territoire reculent de 43 % entre 1990 et 2024 (6,93 → 3,97 tonnes par habitant) ; l'empreinte ne recule que de 28 % entre 1990 et 2023 (8,52 → 6,13). Surtout, le carbone importé net passe de +23 % des émissions territoriales en 1990 à +51 % en 2023 : il a plus que doublé en part.

Émissions territoriales : Citepa / Eurostat (CO₂ fossile seul, pour être comparable à l'empreinte). Empreinte : Global Carbon Budget, émissions de CO₂ liées à la consommation, via Our World in Data. Population : Eurostat. Rapports calculés par nos soins, France, 1990-2024. Les deux séries portent sur le CO₂ fossile seul, pas sur tous les gaz — d'où des niveaux différents du graphique précédent.

Données de la figure
AbscisseEmpreinte, importations inclusesÉmissions sur le territoire
19908,56,9
19929,37,1
19948,46,6
19968,66,9
19988,67,0
20008,66,8
20028,46,7
20048,76,8
20068,86,5
20088,66,2
20108,16,0
20127,55,6
20146,95,1
20167,05,1
20187,04,9
20196,74,8
20206,04,3
20216,74,6
20226,64,5
20236,14,1
20244,0
France, tCO₂ par habitant1990200020102019202320241990 → 2023
Émissions sur le territoire6,936,855,954,814,073,97−41 %
Empreinte, importations incluses8,528,638,066,736,13n.d.−28 %
Carbone importé net, en % du territorial+23 %+26 %+35 %+40 %+51 %n.d.a doublé

Trois périodes se distinguent nettement. De 1990 à 2005, l'empreinte ne baisse pas du tout — elle progresse même légèrement, de 8,52 à 8,85 tonnes — alors que les émissions territoriales reculent déjà. Sur ces quinze années, la baisse affichée est intégralement un déplacement. De 2005 à 2014, les deux courbes reculent ensemble. Depuis 2014, l'empreinte stagne autour de 6,5 à 7,0 tonnes tandis que le territorial continue de baisser : l'écart se rouvre.

Ce que cela ne dit pas. Le déplacement n'est pas volontaire : le même mouvement s'observe chez tous les pays désindustrialisés, plus fortement au Royaume-Uni (+58 % de carbone importé net) et en Suède (+68 %) qu'en France. Et l'empreinte baisse réellement depuis 2005 — de 31 % en dix-huit ans. Le reproche justifié n'est pas « la France n'a rien fait » : c'est que l'indicateur territorial, seul retenu par les objectifs climatiques nationaux et européens, surestime le progrès d'environ moitié.

Our World in Data d'après le Global Carbon Project : émissions territoriales et émissions liées à la consommation, par habitant, séries annuelles 1990-2024 pour le territorial et 1990-2023 pour l'empreinte.

LimitesCes séries portent sur le CO₂ fossile seul — hors méthane, protoxyde d'azote et gaz fluorés — d'où des niveaux inférieurs à ceux du service statistique français, qui publie 9,4 tCO₂e par habitant en 1990 et 5,3 en 2024 sur le territorial, et 12,1 puis 8,2 sur l'empreinte, tous gaz confondus. Les deux jeux de chiffres ne sont pas interchangeables ; le graphique privilégie la série internationale parce qu'elle seule est annuelle et homogène sur les deux périmètres. L'empreinte s'arrête à 2023, le territorial va jusqu'à 2024 : le dernier point n'est pas comparable. Les mesures d'empreinte reposent sur des tables entrées-sorties multirégionales dont l'incertitude est couramment estimée à ±10-15 %, nettement supérieure à celle des inventaires territoriaux.

À périmètre équivalent : le classement change-t-il ?

C'est la bonne question, et la réponse est oui. Comparer des émissions territoriales entre un pays industriel et un pays désindustrialisé revient à comparer deux périmètres différents. Voici les deux mesures côte à côte, la même année.

Émissions territoriales et empreinte carbone par habitant, 2023

En tonnes de CO₂ par habitant. Chaque pays porte deux barres : émissions sur le territoire au-dessus, empreinte importations incluses en dessous.

TerritorialesEmpreinte, importations incluses
tCO2 par habitant, 2023 0 5 10 15 États-Unis 14,3 15,8 Allemagne 7,0 9,1 Chine 8,6 7,6 Pays-Bas 6,5 8,3 Italie 5,2 7,2 Pologne 7,3 7,1 Royaume-Uni 4,5 7,1 France 4,1 6,1 Suède 3,5 5,8 Inde 2,1 1,8
Trois pays changent de camp. La France passe du 11ᵉ au 9ᵉ rang et repasse devant l'Espagne et la Suède ; le Royaume-Uni gagne trois places ; la Pologne, 3ᵉ en territorial, tombe au 8ᵉ rang en empreinte — son inventaire est gonflé par le charbon électrique mais elle importe peu d'émissions. La Chine et l'Inde sont exportatrices nettes d'émissions : elles produisent pour la consommation des autres.

Global Carbon Budget, émissions territoriales et émissions liées à la consommation (CO₂ fossile), via Our World in Data, données 2023, en tonnes par habitant.

2023, tCO₂ par habitantTerritorialRangEmpreinteRangSolde net importé
États-Unis14,32115,811+10,4 %
Allemagne7,0249,092+29,4 %
Pays-Bas6,4758,303+28,3 %
Chine8,5627,634−10,8 %
UE-275,5167,335+32,9 %
Italie5,2577,216+37,4 %
Royaume-Uni4,48107,097+58,2 %
Pologne7,3137,068−3,3 %
France4,07116,139+50,7 %
Suède3,48125,8510+68,1 %
Espagne4,5095,4411+21,0 %
Inde2,13131,7713−17,0 %

Empreinte carbone par habitant, 1990-2023

Émissions de CO₂ liées à la consommation, importations incluses.

États-UnisAllemagneRoyaume-UniChineFrance
Empreinte carbone par habitant 0,0 5,0 10,0 15,0 20,0 tCO2 par habitant, importations incluses 1990 2000 2010 2023 États-Unis Allemagne Royaume-Uni Chine France
Sur cette mesure — la seule qui soit à périmètre de consommation constant — la France baisse de 28 % depuis 1990, l'Allemagne de 40 %, le Royaume-Uni de 39 %, les États-Unis de 21 %. La Chine, elle, a multiplié la sienne par 3,7 et dépasse désormais l'Union européenne par habitant (7,63 contre 7,33 tonnes).

Global Carbon Budget, émissions de CO₂ liées à la consommation, importations incluses, via Our World in Data, 1990-2023, en tonnes par habitant.

Données de la figure
AbscisseÉtats-UnisAllemagneRoyaume-UniChineFrance
199019,915,111,62,08,5
199520,114,011,12,58,6
200022,113,512,52,58,6
200522,512,712,63,68,8
201018,912,710,95,48,1
201517,511,09,16,36,7
201916,510,17,86,96,7
202116,110,07,67,16,7
202315,89,17,17,66,1

Ce que ce changement de périmètre établit — et ce qu'il n'établit pas. Il établit que la baisse territoriale française surestime le progrès réel : le solde net importé est passé de +22,9 % des émissions territoriales en 1990 à +50,7 % en 2023, il a plus que doublé. Il n'établit pas que la France ait « exporté » ses émissions dans un sens volontaire : le mouvement est identique chez tous les pays désindustrialisés, et il est plus fort au Royaume-Uni (+58 %) et en Suède (+68 %) qu'en France.

Our World in Data d'après le Global Carbon Project : émissions territoriales et émissions liées à la consommation, 2023 ; part des émissions incorporées aux échanges.

LimitesCes séries internationales portent sur le CO₂ fossile seul — hors méthane, protoxyde d'azote et gaz fluorés — d'où l'écart avec les 8,2 tCO₂e par habitant du SDES, qui couvre tous les gaz. L'indicateur international est un solde net (importations moins exportations d'émissions), quand le SDES publie une part brute : les 33,7 % nets et les 50 % bruts sont deux mesures différentes du même phénomène, à ne pas substituer l'une à l'autre.

Comment la France se compare-t-elle ?

Émissions par habitant : 1990 contre 2024

tCO₂e par habitant, tous gaz, puits forestier inclus.

19902024
tCO2e par habitant, 1990 puis 2024 0 10 20 États-Unis 17,5 Allemagne 7,8 Royaume-Uni 5,6 France 5,1 Italie 6,0
Source : Our World in Data / Climate Watch.

Eurostat env_air_gge et inventaires nationaux soumis à la CCNUCC, tous gaz en équivalent CO₂, puits forestier inclus, rapportés à la population (Eurostat demo_gind, Banque mondiale hors UE), 1990 et 2024. Périmètre différent du premier graphique de la section, qui exclut le puits.

Pays1990 (Mt)2024 (Mt)Δ %1990 (t/hab)2024 (t/hab)Δ % /hab
Royaume-Uni784390−50,2 %13,675,64−58,7 %
Allemagne1 261660−47,7 %15,827,80−50,7 %
France585338−42,2 %10,265,08−50,5 %
Italie501356−29,0 %8,796,00−31,8 %
États-Unis6 4896 054−6,7 %25,6117,53−31,6 %

Trois lectures. Les États-Unis sont le cas aberrant : −6,7 % seulement en volume en trente-quatre ans, et un niveau par habitant encore 3,5 fois celui de la France. Le Royaume-Uni est le champion (−50 % en volume, −59 % par habitant), grâce à la sortie totale du charbon électrique. La France, partie d'un niveau déjà bas en 1990 — le nucléaire était déjà construit —, affiche un pourcentage moins spectaculaire mais atteint aujourd'hui le niveau par habitant le plus bas des cinq.

Le classement change avec l'empreinte carbone

Empreinte par habitant (CO₂ seul)19902023Δ %
États-Unis19,9415,81−20,7 %
Allemagne15,069,09−39,6 %
Italie9,817,21−26,5 %
Royaume-Uni11,617,09−38,9 %
France8,526,13−28,0 %

L'écart entre pays se resserre nettement. L'avantage britannique sur la France, spectaculaire en territorial, se réduit à +16 % en empreinte — signe que les baisses territoriales britannique et française doivent une part de leur performance à des importations de biens manufacturés.

LimitesTrois pièges. L'empreinte OWID est en CO₂ seul, les émissions territoriales en tous gaz : ne jamais comparer l'un à l'autre. Les valeurs OWID (France 1990 : 585 Mt) et Eurostat (521 Mt) diffèrent par les conventions sur l'usage des terres et les soutes internationales — choisir une source et s'y tenir. Enfin, seuls les points 1990 et 2024 ont pu être obtenus pour le Royaume-Uni et les États-Unis.

Quelles politiques réduisent une tonne de CO₂ au moindre coût ?

Dispositif€ par tonne évitée
Bonus véhicule électrique, citadine légère, gros rouleur−189 (rentable)
Pompe à chaleur remplaçant une chaudière fioul (DPE F)−129 (rentable)
Utilitaire léger électrique, gros rouleur−90 (rentable)
Efficacité énergétique dans la chimie−26 (rentable)
Capture de carbone, cimenterie40
Pompe à chaleur remplaçant une chaudière gaz60
Acier bas-carbone70
Repère : quota carbone européen (2026)≈ 83
MaPrimeRénov', rénovation globale (DPE F)135
Bonus VE, citadine standard, rouleur moyen345
MaPrimeRénov', mono-geste isolation719
Comment lire ce tableau : le coût d'abattement

Le coût d'abattement est le coût pour la collectivité d'une tonne de CO₂ évitée grâce à une politique donnée. Un coût négatif signifie que l'opération est rentable en elle-même : remplacer une chaudière fioul par une pompe à chaleur fait économiser plus d'argent en énergie qu'elle n'en coûte à l'installation. Dans ce cas, la subvention publique ne « paie » pas la réduction : elle accélère une transition qui s'autofinance.

Le prix du quota carbone européen (≈83 €/t) est le seuil d'efficience. Au-dessus, une politique publique coûte plus cher à la collectivité que d'acheter des quotas sur le marché — c'est-à-dire que de payer quelqu'un d'autre, ailleurs en Europe, pour réduire ses émissions à sa place. Une politique à 719 €/t revient à dépenser huit fois trop pour le même résultat climatique.

Pourquoi le « mono-geste » coûte si cher — et pourquoi la Cour des comptes veut le recentrer

Un « mono-geste », c'est une opération isolée : changer les fenêtres, ou isoler les combles, ou remplacer la chaudière — sans traiter le reste. Une « rénovation globale » traite l'ensemble du bâti en une fois : isolation, ventilation, chauffage, menuiseries.

Trois mécanismes expliquent l'écart de coût, de 135 à 719 €/t :

  1. Les coûts fixes se paient à chaque fois. Échafaudage, déplacement des artisans, étude technique, dossier administratif : ces frais sont engagés pour un geste comme pour cinq. Les répartir sur un seul geste multiplie le coût par tonne évitée.
  2. Le gain énergétique n'est pas additif — il est sous-additif. Isoler les combles d'une maison dont les murs et les fenêtres restent passoires ne divise pas la déperdition par le même facteur que dans une maison globalement traitée. Le maillon faible plafonne le gain : on paie une isolation performante dont le bénéfice est absorbé par les ponts thermiques restants.
  3. Le mono-geste peut bloquer la rénovation globale. Un ménage qui a changé ses fenêtres il y a trois ans ne les rechangera pas lors d'une rénovation d'ensemble ; il a « consommé » son budget et sa capacité de chantier sur le geste le moins efficace. La Cour des comptes parle d'effet d'éviction.

D'où la recommandation répétée : concentrer l'aide sur la rénovation globale (135 €/t) plutôt que sur les gestes isolés (719 €/t). Même logique pour le bonus véhicule électrique : il est très efficient pour un gros rouleur en citadine légère (−189 €/t, rentable) et très inefficient pour un rouleur moyen en citadine standard (345 €/t), parce que le bénéfice climatique dépend du kilométrage parcouru et de la taille de la batterie.

Direction générale du Trésor, outil « coûts d'abattement » ; Cour des comptes, rapport MaPrimeRénov' 2024.

LimitesAucun coût d'abattement chiffré n'a été trouvé pour le report modal. Ces coûts dépendent fortement des hypothèses de durée de vie, de taux d'actualisation et d'effet rebond.

Combien l'argent public paie-t-il la tonne — et qu'est-ce qu'une « valeur de l'action pour le climat » ?

Le tableau précédent donne le coût d'abattement privé : ce que l'opération coûte, au total, au porteur de projet. Une seconde métrique existe, distincte : le cofinancement public par tonne évitée, c'est-à-dire ce que la puissance publique met sur la table. Les deux ne se comparent pas ligne à ligne et ne s'additionnent pas.

DispositifCofinancement public, € par tonne évitée
Efficacité énergétique dans la chimie17
Pompe à chaleur remplaçant une chaudière fioul (DPE F)20
Capture et stockage de carbone, cimenterie24
Pompe à chaleur remplaçant une chaudière fioul (DPE D)31
Pompe à chaleur remplaçant une chaudière gaz84 à 93
Rénovation globale129 à 153
Isolation en mono-geste140
Bonus écologique véhicule électrique≈ 600, jusqu'à 800 en tenant compte des pertes de recettes
Rénovation des bâtiments publics (plan de relance)≈ 700

Une observation dérangeante ressort de ce tableau : l'État paie presque le même prix à la tonne pour une rénovation globale (129 €) et pour un geste isolé (140 €), alors que le premier est cinq fois plus efficient en coût complet. La dépense publique ne discrimine donc pas entre les deux, alors que c'est exactement ce qu'elle devrait faire.

La valeur de l'action pour le climat

C'est le prix de référence — un prix fictif, pas une taxe — que la collectivité doit attribuer à une tonne de CO₂ évitée dans l'évaluation socio-économique des investissements publics. La règle posée par le rapport Quinet de 2019 : « toutes les actions qui coûtent moins de 250 € la tonne évitée doivent être entreprises ». Symétriquement, une politique dont le coût d'abattement dépasse cette valeur coûte à la collectivité plus que ce qu'elle est prête à payer pour cette tonne.

Trajectoire recommandée en 2019 (euros 2018) : 54 € en 2018, 87 € en 2020, 250 € en 2030, 500 € en 2040, 775 € en 2050. Actualisation de mars 2025 (euros 2023) : 256 € en 2025, 300 € en 2030, environ 563 € en 2050 — la cible 2030 a été relevée en miroir du relèvement de l'objectif européen.

Confrontées à la valeur de référence de 300 € pour 2030, quatre politiques la dépassent : l'isolation en mono-geste (719 € en coût privé, soit 2,4 fois la valeur), la rénovation des bâtiments publics du plan de relance (≈ 700 €), le bonus écologique (600 à 800 €) et le véhicule électrique standard en usage moyen (345 €). Toutes les autres mesures chiffrées restent en dessous.

Rentabilité pour le ménage : quelles opérations s'autofinancent

Un coût d'abattement privé négatif signifie exactement que l'opération est rentable sur la durée de vie de l'actif, aide publique déduite — c'est l'équivalent d'un « euro économisé par euro investi » supérieur à un. Sont dans ce cas : la voiture électrique légère en usage intensif (−189 €/t) et en usage moyen (−109 €/t), le passage du fioul à la pompe à chaleur (−129 et −68 €/t selon l'état du logement), l'utilitaire léger électrique en usage intensif (−90 €/t), l'efficacité énergétique dans la chimie (−26 €/t).

Ne le sont pas : toute rénovation globale (135 à 215 €/t), tout passage du gaz à la pompe à chaleur (60 à 149 €/t), et surtout l'isolation en mono-geste (719 €/t sur vingt ans, 428 € sur trente — l'allongement de la durée de vie divise le coût par 1,7 sans le rendre rentable).

Le kilométrage est le paramètre décisif pour le véhicule électrique, et cela devrait déterminer le ciblage de l'aide : pour une berline standard, le coût privé passe de +118 €/t en usage intensif à +345 €/t en usage moyen ; pour un utilitaire léger, il passe de −90 (rentable) à +18 (non rentable). Le signe s'inverse selon l'usage.

Combien la France investit-elle, et combien manque-t-il

102 Md€Investissements climat 2024 (−5 %)
35,3 Md€Dont soutien public, soit 16 %
+87 Md€/anÉcart d'investissement à 2030
+25 à 34 Md€De dépense publique supplémentaire par an

Ventilation 2024 : bâtiments 41,8 Md€, transports 34,8 Md€, énergie et réseaux 23,8 Md€, décarbonation industrielle 1,1 Md€. Les écarts d'investissement à 2030 les plus lourds sont sur les bâtiments (+67 Md€/an, dont 30 pour la seule rénovation) et les transports (+55 Md€/an). Le besoin de dépense publique supplémentaire est estimé à 25-34 Md€ par an par le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz, dans une fourchette plus large de 18 à 52 Md€ selon les scénarios.

Direction générale du Trésor et DGEC, Les coûts d'abattement, septembre 2024 ; France Stratégie, note d'analyse n° 139 (juin 2024) et rapport d'évaluation de France Relance ; France Stratégie, La valeur de l'action pour le climat (2019) et actualisation de mars 2025 ; I4CE, Panorama des financements climat, édition 2025.

Données manquantesTrois politiques majeures n'ont pas de coût par tonne publié, et c'est en soi un problème. Les certificats d'économie d'énergie pèsent 4,8 Md€ en 2024 et 164 € par ménage et par an répercutés sur les factures — la Cour des comptes établit que les économies déclarées sont surestimées d'au moins 30 % et recommande une réforme profonde ou la suppression, mais ne publie pas de coût à la tonne. Le soutien aux énergies renouvelables électriques atteint 7,7 Md€ en 2026 dont 4,4 pour le seul photovoltaïque, et les charges de service public de l'énergie passent de 7,1 Md€ en 2024 à 14,2 Md€ prévus en 2027 : aucun ratio euro par tonne n'est publié, et il serait de toute façon défavorable puisque l'électricité française est déjà à 40 g de CO₂ par kWh. Les biocarburants n'ont ni coût public isolé ni tonnage évité publiés.
LimitesComparer un cofinancement public par tonne à la valeur de référence est méthodologiquement contestable, et la Direction générale du Trésor ne le fait pas elle-même : elle souligne que le vrai coût d'abattement public — celui qui rapporterait l'aide aux seules émissions évitées grâce à l'aide, et non à celles du projet entier — « reste très difficile à évaluer ». Les euros ne sont pas dans la même base (2018, 2023, courants). Les chiffres du bonus écologique et de la rénovation publique proviennent d'autres méthodologies et d'autres années que ceux de la Direction générale du Trésor : leur place dans un même classement est indicative, pas rigoureuse.

Combien coûterait la neutralité carbone en 2050 ?

Le rapport Pisani-Ferry–Mahfouz chiffre le supplément d'investissement à plus de 2 points de PIB par an en 2030, soit 55 à 70 Md€ annuels. Environ la moitié est déjà rentable pour les acteurs privés mais se heurte à des contraintes de financement.

Effets projetés : un risque de dette supplémentaire de 10 points de PIB en 2030, 15 en 2035, 25 en 2040 si les recettes ne compensent pas le ralentissement de la croissance potentielle ; et un ralentissement de la productivité d'environ un quart de point par an sur 2020-2030.

Le message des auteurs : le coût de l'inaction dépasse celui de l'action — mais l'action a un coût budgétaire immédiat et visible quand les gains sont différés et diffus. C'est ce qui en fait un problème politique et pas seulement économique.

Les voitures électriques réduisent-elles vraiment les émissions ?

Oui, mais l'ampleur dépend de trois variables. Sur cycle de vie complet en Europe, les véhicules électriques émettent 73 % de GES en moins qu'un thermique essence équivalent. La fabrication est environ 40 % plus émettrice (dette carbone de la batterie), compensée après environ 17 000 km avec le mix européen.

En France, grâce à un mix à 41 gCO₂/kWh, l'ADEME situe le seuil à environ 15 000 km pour une petite citadine face à une berline diesel — mais jusqu'à 100 000 km pour un gros SUV électrique à grosse batterie. D'où sa recommandation de plafonner les batteries à 60 kWh.

LimitesAucune étude unique ne compare France, Pologne et Chine de façon strictement comparable. Les résultats varient fortement selon l'origine de la batterie (le mix chinois de fabrication est très carboné), la taille du véhicule et la durée de vie retenue (120 000 à 200 000 km).

À quoi bon agir si la France pèse 1 % des émissions ?

Le chiffre est exact : environ 0,8 à 1 % des émissions mondiales. Une neutralité française instantanée et isolée aurait un effet de l'ordre de quelques millièmes de degré à l'horizon 2100.

Deux objections méthodologiques, à connaître quel que soit son camp. Premièrement, l'argument est vrai par construction pour n'importe quel pays pris isolément — y compris la Chine ou les États-Unis sur une décennie donnée. Généralisé à tous, il aboutit à l'inaction générale, alors que le réchauffement est la somme de ces contributions. Deuxièmement, il ignore les canaux indirects : diplomatie climatique, entraînement réglementaire européen, avance technologique exportable. Ces canaux sont documentés mais difficiles à quantifier — ce qui est une faiblesse réelle de l'argument inverse.

L'inaction coûte-t-elle plus cher que la transition ?

La Caisse centrale de réassurance estime que le coût cumulé des catastrophes naturelles passerait de 73,4 Md€ (1989-2019) à 143 Md€ sur la période équivalente jusqu'à 2050 — dont environ la moitié imputable au changement climatique. Signal d'alerte : sur 2020-2023, le coût réel dépassait déjà de 18 % les projections faites en 2021 pour 2050.

Les scénarios NGFS de la Banque de France chiffrent l'inaction à une perte de PIB pouvant atteindre −7,4 % lors d'une année de sécheresse et canicule sévères, contre un impact limité (−1,5 % en 2029) pour une transition désordonnée.

LimitesLes scénarios NGFS sont des stress-tests, pas des prévisions. Les pertes de PIB « sur une année » ne sont pas comparables aux investissements annuels de Pisani-Ferry : ce sont un stock et un flux.

Mis à jour : 2026-08