21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.

CHIFFRES POUR 2027
Synthèse

La France en dix graphiques

Dix constats qui s'enchaînent, chacun avec le chiffre qui le tranche, écrits pour être lus sans connaissance préalable en économie. Les dix-huit thèmes du dossier portent le détail et les sources.

Dix constats qui s'enchaînent, un graphique par constat

Cette fiche est écrite pour être lue sans rien connaître à l'économie. Elle répond à une seule question — pourquoi l'argent manque-t-il, alors qu'on paie beaucoup d'impôts ? — en dix constats qui s'enchaînent : chacun explique le suivant, et chacun tient dans un graphique. Le texte ne fait que relier les graphiques entre eux. Tous les chiffres viennent des chapitres de ce dossier, où ils portent leurs sources détaillées.

Un seul mot de vocabulaire est nécessaire. Le PIB, c'est la richesse produite en un an par le pays — la somme de tout ce qui y est fabriqué, vendu et facturé. Les deux expressions sont employées ici indifféremment. Quand on dit qu'une dépense représente « 25 % du PIB », cela veut dire qu'elle absorbe un quart de tout ce que le pays produit dans l'année.

1 et 2 — On ne produit pas moins vite, on travaille moins

Premier point, et il est plutôt rassurant : la France ne s'appauvrit pas. Elle avance moins vite que ses voisins, ce qui n'est pas la même chose.

Richesse produite par habitant, 2005-2025

En dollars à parité de pouvoir d’achat. L’axe démarre à 40 000 $ : à 0, les cinq courbes se confondraient et l’écart serait invisible.

dollars par habitant, parité de pouvoir d’achat40 00050 00060 00070 00080 000$ par habitant20052010201520202025États-UnisPays-BasAllemagneFranceRoyaume-Uni
La France ne s’appauvrit pas : elle avance moins vite. En vingt ans elle gagne 14 %, l’Allemagne 21 %, les Pays-Bas 22 %, les États-Unis 29 %. L’écart avec l’Allemagne a plus que doublé — 3 525 $ par habitant en 2005, 7 691 $ en 2025 — et la France, qui produisait 11,3 % de plus que la moyenne des pays de l’OCDE, n’en produit plus que 1,4 % de plus — la moyenne, absente du graphique, est passée de 43 474 $ à 54 450 $.

OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), série GDPVD_CAP, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2021. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.

Données de la figure
AbscisseÉtats-UnisPays-BasAllemagneFranceRoyaume-Uni
200559 507,058 352,151 901,448 380,348 295,8
200660 577,560 394,454 098,649 450,749 014,1
200761 197,262 591,555 845,150 380,350 042,3
200860 704,263 690,156 352,150 239,449 605,6
200958 619,761 028,253 436,648 633,847 000,0
201059 690,161 493,055 718,349 281,747 676,1
201160 154,962 295,857 859,250 267,647 690,1
201261 056,361 450,758 154,950 154,948 098,6
201361 873,261 281,758 366,250 366,248 591,5
201462 943,762 042,359 450,750 605,649 760,6
201564 295,863 070,459 859,250 887,350 464,8
201664 957,764 253,560 746,551 070,451 169,0
201766 098,665 647,962 507,052 028,252 422,5
201867 662,066 732,463 126,852 605,652 971,8
201969 042,367 816,963 732,453 507,053 366,2
202067 338,064 859,260 929,649 267,647 929,6
202171 338,068 521,163 380,352 366,251 831,0
202272 732,471 281,764 154,953 633,853 971,8
202374 253,570 169,063 154,954 366,253 422,5
202475 662,070 450,762 676,154 816,953 422,5
202576 831,071 267,662 887,355 197,253 831,0

Ce n'est pas un effondrement, c'est un décrochage lent — le genre qu'on ne sent pas d'une année sur l'autre. Reste à savoir pourquoi. Deux explications sont possibles : soit on produit moins bien, soit on produit moins longtemps. Les chiffres tranchent nettement.

Ce que produit une heure de travail, 2024

PIB par heure travaillée, en dollars à parité de pouvoir d’achat.

dollars par heure travaillée, 20240306090États-Unis84,1Allemagne83,0Pays-Bas82,1France81,6Royaume-Uni74,0
Quatre pays dans un mouchoir de poche. L’heure travaillée française vaut 81,6 $ contre 83,0 en Allemagne et 84,1 aux États-Unis : moins de 3 % d’écart avec le mieux placé, et dix points de mieux que le Royaume-Uni. Le travail français n’est ni lent ni mal outillé — l’écart de richesse ne vient pas de là.

OCDE, base Productivité, série GDPHRS, dollars à parité de pouvoir d’achat de 2020, données 2024. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026.

Données de la figure
Catégorieb1
États-Unis84,1
Allemagne83,0
Pays-Bas82,1
France81,6
Royaume-Uni74,0

Heures travaillées par habitant de 15 à 74 ans, 2024

Total des heures travaillées dans l’année, rapporté à la population en âge de travailler.

heures par habitant de 15 à 74 ans, 202404008001 200États-Unis1 145Pays-Bas1 097Royaume-Uni1 002Allemagne983France927
C’est ici que se joue l’écart. 927 heures par habitant en âge de travailler contre 983 en Allemagne — 6 % de moins — et un quart de moins qu’aux États-Unis. Rapprochées de la figure précédente, les deux mesures disent la même chose : on ne travaille pas assez, au sens où trop peu de personnes travaillent.

OCDE, base Productivité, série HRSPOP, heures travaillées rapportées à la population de 15 à 74 ans, données 2024.

Données de la figure
Catégorieb1
États-Unis1 145
Pays-Bas1 097
Royaume-Uni1 002
Allemagne983
France927

Pour une heure travaillée, on gagne pratiquement autant en France qu'ailleurs. 81,6 dollars contre 83,0 en Allemagne et 84,1 aux États-Unis : moins de 3 % d'écart avec le pays le mieux placé, et la France fait mieux que le Royaume-Uni de dix points. Le travail français n'est ni lent ni mal outillé.

La différence est ailleurs, et elle est nette : 927 heures travaillées par habitant en âge de travailler, contre 983 en Allemagne — 6 % de moins, et un quart de moins qu'aux États-Unis. Autrement dit : on ne travaille pas assez. Non pas au sens où chacun travaillerait mollement — c'est faux, l'heure française vaut celle des voisins —, mais au sens où il n'y a pas assez de personnes qui travaillent.

3 — Et le trou est chez les jeunes et chez les plus âgés

« Pas assez de personnes qui travaillent » reste vague tant qu'on ne dit pas lesquelles. La comparaison avec l'Allemagne, âge par âge, est sans ambiguïté.

Part des personnes en emploi, par tranche d’âge, 2024

France et Allemagne, en % de la tranche d’âge.

AllemagneFrance
taux d’emploi par tranche d’âge, 2024030609015-24 ans51,034,425-54 ans85,082,955-64 ans75,060,360-64 ans66,642,465-69 ans21,211,1
Au cœur de la vie active, les deux pays sont à deux points l’un de l’autre. L’écart est aux deux extrémités : −16,6 points chez les 15-24 ans, −24,2 points entre 60 et 64 ans. Les jeunes entrent tard, les seniors sortent tôt. Tout le reste de cette synthèse découle de ces deux trous.

OCDE, base Emploi, taux d’emploi par tranche d’âge, données 2024.

Données de la figure
CatégorieAllemagneFrance
15-24 ans51,034,4
25-54 ans85,082,9
55-64 ans75,060,3
60-64 ans66,642,4
65-69 ans21,211,1

Au cœur de la vie active, entre 25 et 54 ans, la France et l'Allemagne sont à deux points l'une de l'autre. L'écart ne vient pas de là. Il vient des deux extrémités : les jeunes, qui entrent tard sur le marché du travail, et les seniors, qui en sortent tôt. Entre 60 et 64 ans, un Allemand sur deux travaille encore quand deux Français sur cinq seulement sont en emploi.

C'est le constat central de cette synthèse, parce que tout le reste en découle : moins d'heures travaillées, c'est moins de richesse produite, donc moins d'argent à prélever pour financer les services publics.

Combien faudrait-il travailler de plus ?

La question suivante vient toute seule : de combien parle-t-on ? L'exercice est arithmétique — on applique à la France davantage d'heures travaillées, à productivité horaire française inchangée, et on laisse la dépense publique inchangée en euros. Ce n'est pas une prévision, c'est un ordre de grandeur.

Un mot sur la base de comptage, parce qu'elle change les chiffres. Le tableau ci-dessous rapporte les heures à la population entière, enfants et retraités compris : 674 heures par habitant en France, 735 en Allemagne. C'est la base qui permet de relier directement les heures au budget. Le constat 2 utilisait l'autre base, celle des seules personnes de 15 à 74 ans ; l'écart avec l'Allemagne y vaut 6,1 % au lieu de 9,0 %, parce que la population française est plus jeune.

France 2025Heures par habitantPIB, en Md€Solde publicDéficit comblé
Aujourd'hui6742 984−153 Md€
+ 30 h par an et par personne en emploi6873 044−121 Md€20 %
+ 30 h par an et par habitant7043 117−83 Md€46 %
Volume horaire allemand7353 252−12 Md€92 %
Équilibre du budget7403 2760 Md€100 %

La ligne la plus parlante est l'allemande : au volume horaire allemand, le déficit français passerait de 153 milliards à 12 — sans hausse d'impôt, sans baisse de dépense. Et l'équilibre complet du budget demande 9,8 % d'heures travaillées en plus, soit 66 heures par habitant et par an.

Pour donner l'échelle : trente heures de plus par habitant et par an, c'est 35 minutes par semaine rapportées à la population entière, et cela comble déjà 46 % du déficit. Les 66 heures de l'équilibre se déclinent de deux façons, arithmétiquement équivalentes.

Les deux chemins vers l'équilibre, 2025Ce qu'il faudraitRepère
Par la durée du travail, à taux d'emploi inchangé+147 heures par an et par personne en emploi39 min par jour ouvré
Par le taux d'emploi, à durée du travail inchangée+3,0 millions de personnes en emploi49,0 % de la population au lieu de 44,7 %

Trois millions d'emplois en plus, ou trente-neuf minutes par jour ouvré. Ce n'est pas hors de portée, et ce n'est pas non plus un ajustement marginal. Au vu du constat précédent, le chemin le plus plausible passe par l'emploi des jeunes et des seniors, pas par l'allongement de la semaine de ceux qui travaillent déjà.

Ce que ce calcul est, et ce qu'il n'est pasC'est une identité arithmétique, pas une prévision. Quatre réserves. La productivité horaire baisserait : les personnes ramenées vers l'emploi sont, en moyenne, moins productives que celles déjà en poste, ce qui rabote le gain. Les dépenses bougeraient aussi : plus d'emploi, c'est moins d'indemnisation du chômage, mais aussi plus de droits à retraite ouverts. Les deux bases horaires ne sont pas interchangeables, comme indiqué plus haut : l'écart France-Allemagne vaut 6,1 % par personne de 15 à 74 ans et 9,0 % par habitant toutes générations confondues. Et rien ici ne dit comment on y arrive : ils chiffrent une destination, pas un chemin. Le taux de 44,7 % de la dernière ligne est le nombre de personnes en emploi rapporté à la population totale — ce n'est pas le taux d'emploi au sens usuel, et sa coïncidence avec le taux de prélèvements du constat 4 n'est qu'un hasard de chiffres.

4 — Le taux le plus élevé, et pourtant moins d'argent encaissé

Sur les impôts et cotisations, deux chiffres circulent, et ils ne disent pas la même chose.

Prélèvements obligatoires par habitant, 2025

En dollars à parité de pouvoir d’achat. Le taux appliqué figure dans le tableau qui suit.

dollars par habitant, 2025010 00020 00030 000Pays-Bas27 355Allemagne25 369France24 498États-Unis19 561Royaume-Uni19 227
Le taux le plus élevé du panel, et pourtant moins d’argent encaissé. La France prélève 44,7 % de sa richesse, contre 40,5 % en Allemagne et 38,8 % aux Pays-Bas — et elle récolte moins que l’un et l’autre par habitant. Un taux plus élevé appliqué à une richesse plus petite peut très bien rapporter moins : ce qui manque n’est pas la pression fiscale, c’est ce sur quoi elle s’applique.

OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries TAXQ, GDP et POP, données 2025.

Données de la figure
Catégorieb1
Pays-Bas27 355
Allemagne25 369
France24 498
États-Unis19 561
Royaume-Uni19 227

Les deux mesures sont exactes, et elles se contredisent en apparence. En taux, la France prélève le plus du panel : 44,7 % de la richesse produite. En euros effectivement encaissés par habitant, elle encaisse moins que l'Allemagne et que les Pays-Bas, comme le montre le graphique. Il n'y a pas de mystère : quand on applique un taux plus élevé à une richesse plus petite, on peut très bien récolter moins. C'est exactement ce qui se passe.

Cela règle une formulation courante. « La France prélève trop » est vrai si l'on parle du taux, faux si l'on parle du produit. Et cela explique pourquoi augmenter encore le taux donne peu : ce qui manque n'est pas la pression fiscale, c'est la richesse sur laquelle elle s'applique.

5 et 6 — Où va l'argent, et pourquoi ça ne se pilote pas facilement

Depuis 1975, la dépense publique française a augmenté d'environ onze points de richesse produite. Un seul poste porte l'essentiel de cette hausse.

Dépense publique par nature, 1975-2024

En % du PIB. Sous l'axe, les mandats présidentiels ; hachures pendant les cohabitations.

Prestations socialesRémunération des agentsConsommations intermédiairesInvestissementCharge de la dette
Dépense publique par nature 0 5 10 15 20 25 30 % du PIB Prestations sociales Rémunération des agents Consommations intermédiaires Investissement Charge de la dette Giscard d'Estaing Mitterrand Chirac Sarkozy Hollande Macron cohabitations 1975 1985 1995 2005 2015 2024
Un seul poste porte la hausse, et il monte sous tous les gouvernements. Les prestations sociales passent de 17,2 % à 25,5 % du PIB et expliquent 76 % de la hausse de la dépense publique depuis 1975 — 8,3 points sur 10,9. Les salaires des fonctionnaires ont bougé de sept dixièmes de point en un demi-siècle. Le seul poste qui recule vraiment est l'investissement public. La courbe monte sous Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron : c'est une dynamique longue — le nombre de retraités, la durée de la vie, le coût des soins —, pas une préférence qu'on referait chaque année.

Séries reconstituées par nos soins à partir d'Eurostat nasa_10_nf_tr et gov_10a_main, dépenses des administrations publiques par nature (prestations sociales D62, rémunérations D1, consommations intermédiaires P2, investissement P51g, charge d'intérêts D41), rebasées sur la série 2020. La ventilation COFOG par fonction n'existe pas avant 1995 ; seule la ventilation par nature remonte à 1975, d'où le point de départ. Rupture de série réelle en 1974-1975 (le PIB 1975 bondit de 21 %).

Données de la figure
AbscissePrestations socialesRémunération des agentsConsommations intermédiairesInvestissementCharge de la dette
197517,211,75,85,30,9
197617,112,05,75,20,8
197717,412,45,54,71,0
197818,012,65,74,51,0
197918,012,65,54,61,1
198018,412,85,94,71,2
198119,513,16,04,81,7
198220,213,46,15,01,8
198320,313,46,24,72,2
198420,713,56,24,72,4
198521,013,56,34,92,6
198620,913,45,84,82,6
198720,613,15,94,92,5
198820,312,65,95,12,4
198920,112,35,55,12,5
199020,412,35,45,22,7
199121,012,45,65,32,8
199221,512,75,75,33,0
199322,513,36,15,03,2
199422,413,35,74,93,3
199522,413,55,54,63,5
199622,613,75,74,63,6
199722,713,55,74,23,6
199822,313,35,14,13,4
199922,313,35,14,13,1
200021,713,25,14,33,0
200121,913,15,04,23,1
200222,413,35,24,13,0
200322,913,35,14,32,9
200423,013,15,14,32,8
200523,113,05,14,42,7
200623,112,85,04,42,6
200723,012,54,94,42,7
200823,312,54,94,42,9
200925,113,35,44,82,5
201025,213,25,44,82,5
201125,013,05,34,52,7
201225,613,15,44,62,6
201325,813,15,44,62,3
201426,013,15,34,32,2
201525,913,05,33,92,0
201626,012,95,23,91,9
201725,812,95,33,81,8
201825,612,65,23,91,8
201925,512,45,24,21,5
202028,813,35,54,21,3
202127,112,65,44,11,4
202225,812,55,54,21,9
202325,012,25,64,21,9
202425,512,45,54,32,0

Le seul poste qui a réellement reculé est l'investissement public : on a payé la protection sociale en cessant d'entretenir et de construire. Et la hausse traverse toutes les majorités, ce qui devrait suffire à clore un faux débat : c'est une contrainte, pas une préférence, et c'est pourquoi l'infléchir prend des années plutôt qu'un budget.

Reste à savoir si ce système est plus généreux que ceux des voisins. Rapporté aux habitants plutôt qu'à la richesse produite, il ne l'est pas.

Dépense sociale par habitant, publique et privée, 2021

En dollars à parité de pouvoir d’achat ; le total figure à côté de chaque pays. La part privée — retraites par capitalisation, assurances santé, prévoyance — est payée par les ménages sans passer par la dépense publique.

Dépense publiqueDépense privée
dollars par habitant, 2021010 00020 000Pays-Bas · 21 623 $13 6947 929États-Unis · 21 312 $13 3777 935Allemagne · 20 440 $18 1722 268France · 19 578 $17 6281 950Royaume-Uni · 15 388 $13 1882 200
La France y consacre la part de richesse la plus élevée du panel — 32,7 % — et, par habitant, moins d’argent que l’Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis. Les deux affirmations sont vraies en même temps : le dénominateur français est plus petit. Le système n’est donc pas plus généreux en montant. Ce qui distingue la France n’est pas ce qu’elle verse, c’est ce qu’elle produit pour le verser.

OCDE, Social Expenditure Database, dépense sociale publique et privée par habitant en parité de pouvoir d’achat, données 2021.

Données de la figure
CatégorieDépense publiqueDépense privée
Pays-Bas · 21 623 $13 6947 929
États-Unis · 21 312 $13 3777 935
Allemagne · 20 440 $18 1722 268
France · 19 578 $17 6281 950
Royaume-Uni · 15 388 $13 1882 200

La France consacre à la protection sociale la part de richesse la plus élevée du panel — et, par habitant, moins d'argent que l'Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis. Les deux affirmations sont vraies en même temps, pour la raison déjà vue : le dénominateur français est plus petit. Aux Pays-Bas et aux États-Unis, une large part passe par des systèmes privés — retraites par capitalisation, assurances santé — qui ne figurent pas dans la dépense publique mais que les ménages paient bel et bien.

Conclusion de cette première partie : ce qui distingue la France n'est pas ce qu'elle verse, c'est ce qu'elle produit pour le verser.

7 — Ce que contient vraiment la protection sociale

Avant de discuter de ce qu'il faudrait faire, il faut savoir de quoi l'on parle. Les 932 milliards de prestations sociales versés en 2024 se répartissent en six risques, et la répartition n'est pas celle qu'on imagine.

Les prestations sociales par risque, 2024

France, en milliards d'euros. Six risques, dont deux font 82 % du total.

milliards d'euros, 20240200400Vieillesse et survie426,7Santé (maladie, invalidité, AT-MP)338,9Famille65,8Emploi et chômage51,1Pauvreté et exclusion34,0Logement16,1
Les retraites sont le premier poste, et de très loin — 426,7 Md€, 46 % du total, davantage que la santé. Un débat sur la dépense sociale qui n'en parle pas parle de la moitié du sujet. À l'inverse, les postes qui occupent le débat public — le RSA et les aides au logement — pèsent ensemble 50,1 Md€, soit 5 % du total : les rogner ne règle rien, et cela frappe les personnes les plus fragiles.

DREES, La protection sociale en France et en Europe, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11.

Données de la figure
Catégorieb1
Vieillesse et survie426,7
Santé (maladie, invalidité, AT-MP)338,9
Famille65,8
Emploi et chômage51,1
Pauvreté et exclusion34,0
Logement16,1
Trois intitulés qui ne parlent pas d'eux-mêmes

Famille : les allocations familiales, les aides à la garde des jeunes enfants, l'allocation de rentrée scolaire, les congés de maternité et de paternité payés. C'est ce que la collectivité verse pour qu'élever un enfant ne fasse pas décrocher un ménage.

Pauvreté et exclusion : le RSA et les autres aides de dernier recours, celles qui ne dépendent ni de la retraite ni du chômage. C'est le filet de sécurité — ce qui reste quand il ne reste rien d'autre.

Logement : pour l'essentiel les aides personnelles au logement, les APL et leurs variantes, versées aux locataires selon leurs revenus. Le chapitre « Logement » montre que ce sont elles, bien plus que l'encadrement des loyers, qui expliquent le faible taux d'effort des locataires français.

D'où l'orientation que cette synthèse assume, et qui est un jugement, pas un chiffre : mieux vaut conserver le niveau de dépense et augmenter le travail que réduire les prestations. Deux raisons. La première est dans le tableau précédent : le système français n'est pas plus généreux que l'allemand, il n'y a pas de gras évident à retirer. La seconde est devant nous : la dépense de santé va augmenter, parce que la population vieillit et que soigner une population âgée coûte plus cher. Le modèle social français ne coûtera pas moins à l'avenir : il coûtera davantage. Y être attaché, c'est accepter de le financer.

8 — Et ce système redistribue déjà beaucoup

Avant de demander au système de redistribuer davantage, il faut mesurer ce qu'il redistribue déjà. Le tableau ci-dessous donne le niveau de vie annuel moyen, en euros, avant puis après impôts et prestations. Le résultat est spectaculaire.

Niveau de vie avant et après redistribution, 2024

Niveau de vie annuel moyen, en euros, avant puis après impôts et prestations.

Avant redistributionAprès impôts et prestations
euros par an, avant et après redistribution, 2024050 000100 000Les 10 % les plus modestes4 71011 960Les 20 % les plus modestes9 09014 100Les 20 % les plus aisés74 98058 690Les 10 % les plus aisés99 30074 410
Le revenu des 10 % les plus modestes est multiplié par 2,5 ; celui des 10 % les plus aisés est amputé d’un quart. L’écart entre le haut et le bas passe de 21 à 6. Même en corrigeant l’effet des retraites, la France conserve la redistribution la plus forte des huit pays comparés : avant de lui demander de redistribuer davantage, il faut partir de ce qu’elle fait déjà.

Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.

Données de la figure
CatégorieAvant redistributionAprès impôts et prestations
Les 10 % les plus modestes4 71011 960
Les 20 % les plus modestes9 09014 100
Les 20 % les plus aisés74 98058 690
Les 10 % les plus aisés99 30074 410

Cela ne veut pas dire que rien ne bouge. L'indice de Gini, la mesure standard des inégalités de revenu, atteint 0,302 en 2024, son niveau le plus élevé depuis 1996 — il valait 0,274 il y a trente ans. Mais ce qui se dégrade se dégrade surtout avant redistribution : l'appareil social absorbe une part croissante d'un choc croissant.

La contrepartie de cette redistribution, c'est qui paie. Là aussi, le chiffre est net.

Masse prélevée par décile de niveau de vie, 2023

En milliards d'euros. Tous prélèvements confondus, cotisations et impôts indirects inclus.

Cotisations socialesImpôts sur le revenu et le patrimoineImpôts sur la production et la consommation
milliards d'euros prélevés, 2023 0 200 400 D1 29 D2 41 D3 56 D4 72 D5 86 D6 101 D7 121 D8 149 D9 191 D10 423
Les 10 % les plus aisés acquittent 423 Md€ sur 1 271, soit un tiers du total — davantage que les cinq premiers déciles réunis (285 Md€). Et la composition bascule en chemin : en bas, l'essentiel de ce qu'on paie passe par la TVA et les impôts indirects ; en haut, par l'impôt sur le revenu et le patrimoine.

Calcul par nos soins à partir de l'Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88 (La redistribution élargie), données 2023. Périmètre : ensemble des prélèvements — cotisations sociales, impôts directs, impôts sur la production et la consommation — rapportés au revenu primaire élargi de chaque décile. Les masses en milliards sont obtenues en appliquant les taux publiés aux revenus primaires élargis par décile.

Données de la figure
CatégorieCotisations socialesImpôts sur le revenu et le patrimoineImpôts sur la production et la consommation
D15,95,218,3
D214,94,721,3
D322,38,126,0
D431,011,329,8
D539,214,332,6
D645,318,637,0
D757,223,540,7
D871,132,545,8
D991,947,252,2
D10164,2185,772,8

Le troisième bloc du graphique — « impôts sur la production et la consommation » — regroupe la TVA, les accises sur les carburants, le tabac et l'alcool, et les impôts que les entreprises paient et répercutent dans leurs prix. Ce sont les prélèvements qu'on ne voit pas passer, et ce sont eux qui pèsent le plus en bas de la distribution.

Une anomalie réelle, qui n'est pourtant pas le cœur du débatLe taux de prélèvement monte avec le revenu sur presque toute la distribution — puis il cesse de monter tout en haut. Sur données fiscales et une définition économique du revenu, l'Institut des politiques publiques mesure environ 46 % pour les 0,1 % les plus riches et environ 26 % pour les milliardaires, parce qu'à ce niveau le revenu prend surtout la forme de bénéfices d'entreprise non distribués. C'est une anomalie, et elle devrait être corrigée : un système progressif qui redevient régressif à son sommet perd sa justification. Mais il faut être honnête sur les ordres de grandeur. Ce qui est en jeu là se compte en quelques milliards ; l'écart à combler se compte en dizaines. Corriger le sommet est une question de justice ; financer le modèle est une question de volume de travail. Les deux sont légitimes, et elles ne répondent pas à la même question.

9 — Contrairement aux idées reçues, l'administration ne coûte pas plus cher

C'est la réponse la plus courante au diagnostic qui précède : « il y a trop de fonctionnaires, l'État français est obèse ». Quatre mesures, quatre démentis.

Coût de l’administration générale, par habitant, 2023

Fonction « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, euros par habitant, 2023.

euros par habitant, administration générale07001 400Pays-Bas1 268Allemagne1 070Moyenne européenne759France623
L’administration française est la moins chère du panel après l’Espagne : 623 € par habitant, contre 759 en moyenne européenne et 1 070 en Allemagne. Le « problème de l’administration » n’existe pas dans les chiffres — et le tableau qui suit montre l’inverse : moins d’infirmiers, moins de juges, moins d’enseignants par élève que chez les voisins.

Eurostat, gov_10a_exp, fonction COFOG 01 « services généraux des administrations publiques » hors charge de la dette, données 2023.

Données de la figure
Catégorieb1
Pays-Bas1 268
Allemagne1 070
Moyenne européenne759
France623
Moyens des services publics, 2021-2024FranceAllemagneRepère
Infirmiers pour 1 000 habitants9,4212,2513,38 aux États-Unis
Juges pour 100 000 habitants11,324,7
Enseignants pour 100 élèves, primaire5,66,67,1 en moyenne OCDE

Sur les quatre mesures, la France est en dessous. Le « problème de l'administration » n'existe pas dans les chiffres — et le problème est même inverse : il y a moins d'infirmiers, moins de juges, moins d'enseignants par élève que chez les voisins. On ne dépense pas trop pour faire tourner l'État : on a moins de monde pour rendre les services. Ce qui coûte cher en France, ce sont les transferts — les retraites et la santé, pas les bureaux.

10 — Ce qui en découle, et ce qui vient

On finance la différence à crédit, et ce n'est pas la faute des crises. L'État dépense 57,4 % de la richesse produite et n'en encaisse que 52,3 %. L'écart s'emprunte, chaque année depuis 1975. La dette non financière française atteint 112 120 € par habitant, dont 46 333 € de dette publique. Et le déficit d'aujourd'hui n'a presque rien de conjoncturel : 4,9 points sur 5,1 sont structurels. Aucun retour de la croissance ne les effacera.

Tout ce qui nous aidait est en train de se retourner. Pendant quarante ans, trois choses ont joué en notre faveur : peu de dépenses militaires, des taux d'intérêt très bas, une population jeune. Les trois s'inversent ensemble. La charge de la dette passe de 58,9 Md€ en 2024 à environ 67 Md€ prévus en 2026 ; la défense remonte après un demi-siècle de baisse ; les dépenses de santé et de retraite augmentent avec l'âge de la population.

Le vrai risque est que l'ajustement soit subi plutôt que choisi. Tant qu'on ne décide rien, la contrainte s'applique quand même — mais sur les postes qu'on peut couper vite : la défense, la culture, l'éducation, la justice, la santé. Ce sont exactement ceux où la France est déjà en dessous de ses voisins, comme le montre le constat 9. Un ajustement progressif et décidé coûte toujours moins cher qu'un ajustement brutal imposé par les circonstances. Être attaché au modèle social suppose de le financer maintenant, pas de le défendre en refusant d'en parler.

Et l'effort n'est pas de l'ordre d'une taxe. Revenir de 5,1 % à 3 % de déficit demande environ 63 Md€ par an, soit 3,6 % de toute la dépense publique. Les chiffrages de la taxe Zucman s'échelonnent de 2 à 25 Md€ selon les hypothèses : au mieux un tiers du chemin. C'est un débat de justice fiscale, légitime comme tel — pas un moyen d'équilibrer le budget, et le présenter ainsi, dans un camp comme dans l'autre, est une erreur.

La chaîne en une phraseLa France produit un peu moins par habitant parce qu'elle travaille moins — non pas moins vite, l'heure française vaut celle des voisins, mais moins longtemps collectivement, faute de jeunes et de seniors en emploi ; sur cette richesse plus petite elle applique le taux de prélèvement le plus élevé du panel, ce qui lui rapporte quand même moins d'argent par habitant que l'Allemagne ; avec cet argent elle finance une protection sociale qui n'est pas plus généreuse que l'allemande, très redistributive, et qui coûtera plus cher demain ; la différence s'emprunte, et elle se paiera. Rien là-dedans ne désigne un coupable : c'est une arithmétique, et elle laisse le choix entier. La France peut décider de travailler plus, de protéger moins, ou de prélever autrement. Il existe une quatrième option, et c'est celle qu'on suit : ne rien décider — c'est-à-dire faire payer la génération suivante pour un niveau de travail que la génération actuelle a choisi.

Le reste du dossier, en un coup d'œil

Cette chaîne s'appuie surtout sur cinq chapitres : « Dépenses publiques », « Dette et déficit », « Retraites et durée du travail », « Niveau de vie » et « Efficacité de l'État ». Les treize autres thèmes n'y entrent pas, et ils comptent. Voici, pour chacun, le chiffre qui le résume et ce qu'il faut en retenir.

Thème du dossier, 2023-2025Le chiffre qui le résumeCe qu'il faut en retenir
04. Emploi, chômage et coût du travail47,2 % de coin fiscalo-social, dont 26,7 points côté employeurLa France a le prélèvement employeur le plus élevé de l'OCDE, mais un salaire net moins taxé que l'allemand : l'essentiel est prélevé avant la fiche de paie, là où on ne le voit pas. Le taux de cotisations patronales est en cloche — 3,5 % au SMIC, 42 % à 3,5 SMIC, 23 % très au-dessus — et nul sur les dividendes.
05. Industrie et désindustrialisation4,4 % du PIB d'impôts de production contre 1,0 % en AllemagneSur une usine modèle, la France bat l'Allemagne — et ce qui les départage n'est ni l'impôt ni le travail, c'est l'énergie : 85 €/MWh contre 159. Face à la Chine, l'écart est uniquement salarial, et aucun aménagement fiscal ne le comble. Le vrai handicap documenté est l'instabilité : quatre calendriers de suppression de la CVAE en cinq lois de finances.
06. Commerce extérieur−58 Md€ sur les biens, +48,9 Md€ sur les servicesUne fois les services comptés, la relation avec les États-Unis change de signe : d'un déficit à un excédent d'environ +12 Md€. Seul le déficit chinois résiste (−41 Md€). La position extérieure négative vient entièrement du financement de la dette publique par l'étranger : le privé français, lui, est créditeur net de +568 Md€.
07. Immigration et intégration6,0 M d'étrangers · 8,8 % de la population · 18 % des mis en cause pour homicideLa surreprésentation est un fait mesuré, et son ordre de grandeur (×2 pour les homicides) est exact. Mais le rapport augmente quand la gravité baisse — ×2 pour l'homicide, ×9 pour le vol sans violence — et le numérateur et le dénominateur ne portent pas sur la même population. Aucune étude française n'isole l'effet propre, à âge, sexe et milieu social identiques.
08. Écologie et climat−34 % d'émissions sur le territoire, mais −28 % seulement pour l'empreinteLe carbone importé passe de 23 % à 51 % des émissions du territoire entre 1990 et 2023. De 1990 à 2005, l'empreinte réelle ne baisse pas du tout : la baisse affichée est un déplacement de la production à l'étranger. L'indicateur officiel surestime le progrès d'environ moitié.
09. Énergie40 g de CO₂ par kWh contre 336 en Allemagne et 384 aux États-UnisC'est l'avantage français le plus incontestable du dossier. Mais l'économie française consomme plus d'énergie par euro produit que l'Allemagne, l'Italie ou le Royaume-Uni : le faible niveau d'émissions vient de l'électricité nucléaire, pas d'une moindre consommation.
10. Europe23,3 Md€ versés en 2025 · solde net −9,3 Md€Deuxième contributeur net derrière l'Allemagne, deuxième bénéficiaire en volume derrière la Pologne — dont 58 % au titre de l'agriculture. La contribution baisse de 2021 à 2024, puis remonte fortement avec le remboursement du plan de relance européen.
11. Santé11,3 % du PIB · le reste à charge le plus faible des quatre pays comparésUn système très protecteur financièrement, et moins cher que l'américain. Mais la densité de médecins recule depuis 2010 — seul pays des quatre — et 30 % de la population vit dans un désert médical. Les besoins de soins non satisfaits ont triplé depuis 2019.
12. Sécurité, justice et prisons976 homicides · 11,3 juges pour 100 000 habitants contre 24,7 en AllemagneLe taux d'homicide français est 1,5 à 2 fois l'allemand. Les atteintes aux biens baissent réellement — deux mesures indépendantes le confirment. En revanche, la hausse enregistrée des violences sexuelles est surtout un effet de plainte : le taux de plainte a doublé, et n'atteint encore que 3 %.
13. LogementTaux d'effort médian 18,5 % · prix rapportés au revenu 6 % sous leur niveau de 2015Contre-intuitif : la dégradation est ancienne, pas récente. Le rapport prix/revenu bondit de 54 % entre 2000 et 2010, puis reflue sans interruption. Et le faible taux d'effort des locataires ne vient pas de l'encadrement des loyers — inappliqué dans 28 à 33 % des cas — mais des APL et du parc social.
14. Éducation et mobilité sociale8 151 € par élève contre 10 363 en Allemagne · 17,9 élèves par enseignantPlus en part de richesse pour une raison démographique, moins par élève, moins d'enseignants, des classes plus chargées, et un déséquilibre primaire/lycée qu'aucun pays comparable ne connaît. Une fois les retraites des enseignants retraitées, la dépense française passe sous la moyenne européenne.
15. Niveau de vie, patrimoine et inégalitésIndice de Gini 0,302 en 2024, le plus haut depuis 1996Si l'on se limite aux 18-65 ans — ce qui neutralise l'effet des retraites —, la France n'est plus le pays le plus inégalitaire avant redistribution mais le 3ᵉ, tout en gardant la redistribution la plus forte des huit pays comparés. Le patrimoine médian français dépasse l'allemand de 44 %, effet du taux de propriétaires.
17. Démographie et avenir1,62 enfant par femme · 22,1 % de 65 ans et plusLa France fait moins d'enfants que les États-Unis et le Royaume-Uni. Son déficit de population en âge de travailler vient du haut de la pyramide, pas du bas. La part des 15-64 ans recule de 65,3 % en 1995 à 61,3 % en 2024 — et le mouvement n'est pas terminé.

OCDE, Perspectives économiques n° 119 (juin 2026), séries GDPVD_CAP, TAXQ, GDP et POP, y compris l'agrégat OCDE ; OCDE, base Productivité, séries GDPHRS et HRSPOP ; OCDE, Social Expenditure Database, agrégats publics et privés par habitant en parité de pouvoir d'achat ; OCDE, base Emploi, taux d'emploi par tranche d'âge. Extraction par API SDMX le 13 septembre 2026. Insee, comptes nationaux, pour la dépense publique par nature depuis 1975 ; Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88, données 2023, pour la masse prélevée par décile ; Insee, Insee Analyses n° 118 et 119, pour la redistribution avant et après ; Eurostat, ilc_di12, pour l'indice de Gini ; DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, pour les prestations par risque ; IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023, pour le sommet de la distribution. Les constats 4, 5, 9 et 10 et le tableau des thèmes reprennent les chapitres correspondants de ce dossier, où ils portent leurs propres sources.

Limites de cette synthèse

Les millésimes ne sont pas les mêmes d'un constat à l'autre : 2025 pour les comptes publics, 2024 pour le travail, la productivité, les prestations et la redistribution, 2023 pour la masse prélevée par décile, 2021 pour la dépense sociale comparée — dernier millésime homogène des cinq pays. Les écarts qu'on lit ici sont des écarts de niveau, robustes sur quelques années ; ils ne sont pas des mesures de l'année en cours.

Deux bases de richesse par habitant coexistent. Les Perspectives économiques retiennent les parités de pouvoir d'achat de 2021, la base Productivité celles de 2020 ; les niveaux diffèrent de quelques points, les décompositions et les évolutions non.

La comparaison des dépenses sociales est celle des montants, pas celle des droits. Deux pays peuvent verser la même somme par habitant en la répartissant très différemment — plus de retraités moins bien servis d'un côté, l'inverse de l'autre. Le tableau dit ce qui est dépensé, pas ce qui est promis.

Mis à jour : 2026-08