21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
La France est 2ᵉ d'Europe pour la dépense en % du PIB, mais 8ᵉ par habitant. Et une fois les intérêts de la dette retirés, son administration générale est exactement dans la moyenne européenne.
Les 1 672 Md€ ventilés par fonction, comparés à ceux de nos voisins, et les deux endroits où la comparaison se renverse quand on change de dénominateur.
C'est la principale source de confusion du débat budgétaire, et elle explique pourquoi « protection sociale : 41 € » et « France : 23,7 % » désignent la même dépense sans se contredire.
Exemple : protection sociale = 693 Md€ = 41 € sur 100 dépensés = 23,7 % du PIB = 10 077 € par habitant. Trois chiffres exacts, trois questions distinctes.
En 2024, les administrations publiques ont dépensé 1 672 Md€, soit 57,0 % du PIB et 24 308 € par habitant. La charge d'intérêts est isolée sur sa propre ligne, parce qu'elle n'achète aucun service.
| Fonction (COFOG), 2024 | France Md€ | Sur 100 € | France €/hab | Allem. | Italie | Espagne | P.-Bas | UE-27 | FR, % PIB |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Protection sociale | 693,0 | 41 € | 10 077 | 10 575 | 7 940 | 6 088 | 10 339 | 7 865 | 23,7 |
| Santé | 261,2 | 16 € | 3 797 | 3 942 | 2 478 | 2 106 | 4 529 | 2 957 | 8,9 |
| Affaires économiques | 166,1 | 10 € | 2 415 | 2 808 | 1 906 | 1 655 | 2 750 | 2 119 | 5,7 |
| Enseignement | 148,6 | 9 € | 2 161 | 2 330 | 1 513 | 1 348 | 3 176 | 1 910 | 5,1 |
| Charge de la dette (COFOG 01.7) | 58,9 | 4 € | 856 | 590 | 1 489 | 811 | 445 | 773 | 2,0 |
| Administration générale (01.1, hors dette) | 42,8 | 3 € | 623 | 1 070 | 735 | 439 | 1 268 | 759 | 1,5 |
| Autres services généraux (01.3, 01.4…) | 79,4 | 5 € | 1 154 | 1 667 | 666 | 644 | 854 | 902 | 2,7 |
| Défense | 54,2 | 3 € | 788 | 701 | 480 | 291 | 1 016 | 592 | 1,9 |
| Ordre et sécurité | 52,1 | 3 € | 758 | 846 | 663 | 586 | 1 200 | 697 | 1,8 |
| Loisirs, culture | 43,1 | 3 € | 626 | 551 | 318 | 393 | 746 | 473 | 1,5 |
| Logement | 42,1 | 3 € | 613 | 245 | 288 | 156 | 384 | 296 | 1,4 |
| Environnement | 30,3 | 2 € | 440 | 294 | 336 | 318 | 997 | 330 | 1,0 |
| Total | 1 671,8 | 100 € | 24 308 | 25 620 | 18 813 | 14 834 | 27 705 | 19 674 | 57,3 |
Dépense publique par fonction, France et moyenne européenne
En euros par habitant, 2024. Trois barres par fonction, dans l'ordre : moyenne européenne, Allemagne, France.
Eurostat, gov_10a_exp (COFOG, dépenses des administrations publiques par fonction) et demo_gind (population), données 2024, euros courants par habitant. Rapport calculé par nos soins. Les euros courants ne corrigent pas les écarts de niveau de prix : la correction en pouvoir d'achat réduit sensiblement les écarts, comme indiqué dans les limites de la fiche.
| Catégorie | UE-27 | Allemagne | France |
|---|---|---|---|
| Protection sociale | 7 865 | 10 575 | 10 077 |
| Santé | 2 957 | 3 942 | 3 797 |
| Services généraux | 2 434 | 3 327 | 2 633 |
| Affaires économiques | 2 119 | 2 808 | 2 415 |
| Enseignement | 1 910 | 2 330 | 2 161 |
| Défense | 592 | 701 | 788 |
| Ordre et sécurité | 697 | 846 | 758 |
| Loisirs, culture | 473 | 551 | 626 |
| Logement | 296 | 245 | 613 |
| Environnement | 330 | 294 | 440 |
Où se loge réellement l'écart avec l'Europe. Sur les 4 634 € par habitant que la France dépense de plus que la moyenne UE-27, 2 212 € viennent de la protection sociale et 840 € de la santé — soit les deux tiers à eux seuls. Le logement (+317 €) et la défense (+196 €) suivent loin derrière. À l'inverse, l'administration générale française est la moins chère du panel après l'Espagne : 623 € par habitant contre 1 070 en Allemagne, 1 268 aux Pays-Bas et 759 en moyenne européenne — soit 18 % en dessous de la moyenne UE.
Ce qui gonfle les « services généraux » français n'est donc pas la bureaucratie. C'est d'abord la charge de la dette (856 € par habitant, contre 590 en Allemagne), et ensuite un poste conventionnel : l'Insee classe en « services généraux » les concours financiers dont la finalité n'est pas identifiable, dont la dotation globale de fonctionnement versée aux collectivités.
Eurostat gov_10a_exp, sector S13, na_item TE, 2024 (provisoire) ; population moyenne Eurostat demo_gind. Les euros par habitant sont un calcul dérivé (montant ÷ population), pas une série publiée.
Oui — et de 190 Md€. C'est le résultat le plus contre-intuitif de ce document, il a été vérifié ligne à ligne sur la source primaire, et il mérite qu'on s'y arrête parce qu'il renverse une idée reçue solide.
| Protection sociale (COFOG 10), 2024 | France | Allemagne | Écart |
|---|---|---|---|
| Montant | 693,0 Md€ | 883,2 Md€ | +27,4 % pour l'Allemagne |
| Par habitant | 10 077 € | 10 575 € | +4,9 % pour l'Allemagne |
| En % du PIB | 23,6 % | 20,4 % | +3,2 points pour la France |
| Population moyenne | 68,78 M | 83,52 M | +21,4 % |
| PIB | 2 935 Md€ | 4 329 Md€ | +47,5 % |
| PIB par habitant | 42 678 € | 51 834 € | +21,5 % |
Les trois lignes ne se contredisent pas, elles répondent à trois questions différentes — c'est exactement la démonstration de l'encadré sur les dénominateurs, appliquée au cas le plus spectaculaire.
dépense ÷ PIB = (dépense par habitant) ÷ (PIB par habitant)
France : 10 077 ÷ 42 678 = 23,6 %. Allemagne : 10 575 ÷ 51 834 = 20,4 %.
Si la France avait le PIB par habitant allemand, sa protection sociale actuelle pèserait 19,4 % de son PIB — soit un point de moins que l'Allemagne, sans qu'aucune prestation ait été touchée. L'écart de « générosité » apparent entre les deux pays est, pour l'essentiel, un écart de richesse produite.
Le total quasi identique par habitant masque des systèmes très différents. Voici où va l'argent, poste par poste.
| Sous-fonction, € par habitant, 2024 | France | Allemagne | Écart |
|---|---|---|---|
| 10.2 Vieillesse | 5 699 | 5 115 | −584 — la France dépense plus |
| 10.7 Exclusion sociale non classée ailleurs | 530 | 321 | −209 |
| 10.4 Famille et enfants | 970 | 1 003 | +33 |
| 10.5 Chômage | 705 | 859 | +153 |
| 10.6 Logement, R&D et autres | 362 | 585 | +223 |
| 10.3 Survie (pensions de réversion) | 590 | 968 | +378 |
| 10.1 Maladie et invalidité | 1 220 | 1 723 | +503 — l'Allemagne dépense plus |
| Total protection sociale | 10 077 | 10 575 | +498 |
Trois enseignements, tous vérifiables sur ce seul tableau.
| € par habitant, 2024 | France | Allemagne |
|---|---|---|
| Santé (COFOG 07) | 3 798 | 3 942 |
| Protection sociale (COFOG 10) | 10 077 | 10 575 |
| Total social au sens large | 13 875 | 14 517 — +4,6 % |
Voilà le constat qui résiste à toutes les frontières comptables : une fois santé et protection sociale additionnées — ce qui neutralise entièrement le problème de classement de la dépendance —, l'Allemagne dépense 4,6 % de plus par habitant que la France. Les deux pays ont, en volume de protection par personne, des systèmes d'ampleur comparable, l'Allemagne étant légèrement au-dessus.
Ce que cela change dans le débat français. L'énoncé « la France a le système social le plus généreux d'Europe » est exact en part du PIB et faux par habitant face à l'Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, à l'Autriche et au Luxembourg. Ce qui distingue réellement la France de l'Allemagne n'est pas le niveau de protection servi, c'est la capacité de l'économie à le financer — et, à l'intérieur de l'enveloppe, un arbitrage plus favorable aux retraites et moins favorable au reste.
Eurostat gov_10a_exp (S13, TE, MIO_EUR, sous-fonctions COFOG 10.1 à 10.9) et demo_gind (population moyenne), extraction directe pays par pays, 2024. Les euros par habitant sont un calcul dérivé.
Oui, intégralement. Le périmètre S13 « administrations publiques » de la comptabilité nationale agrège quatre sous-secteurs — et la question revient assez souvent pour mériter le détail.
| Sous-secteur | Dépense 2024, Md€ | % du S13 consolidé | % du PIB |
|---|---|---|---|
| S1311 — État et organismes divers d'administration centrale | 671,3 | 40,1 % | 22,9 |
| S1313 — administrations publiques locales (communes, départements, régions, intercommunalités) | 330,5 | 19,8 % | 11,3 |
| S1314 — administrations de sécurité sociale (dont hôpitaux publics) | 777,3 | 46,5 % | 26,5 |
| S1312 — administrations d'États fédérés | — | — | sans objet en France |
| Somme brute des trois | 1 779,0 | 106,4 % | 60,6 |
| Transferts entre administrations, éliminés | −106,3 | −6,4 % | −3,6 |
| S13 consolidé | 1 672,7 | 100 % | 57,0 |
La fonction publique territoriale relève de S1313 : ses 330 Md€ de dépenses, soit un cinquième du total, sont bien dans le tableau précédent, ventilés fonction par fonction. Un agent territorial payé pour l'entretien d'une école apparaît en « enseignement », un agent de police municipale en « ordre et sécurité ».
Conséquence à retenir : additionner « budget de l'État » + « budget des collectivités » + « budget de la Sécurité sociale » surestime la dépense publique de 106 Md€, parce que les dotations de l'État aux collectivités et les subventions d'équilibre aux régimes sociaux seraient comptées deux fois. Tout chiffre COFOG publié en S13 est déjà consolidé.
Eurostat gov_10a_main par sous-secteur, 2024 ; Insee, Administrations publiques en 2024.
Deux chiffres du tableau précédent doivent être maniés avec précaution, parce qu'ils sont largement des artefacts de classification.
Cet écart de 1,3 point ne mesure pas une dépense de santé plus élevée en France. Il mesure une frontière comptable : où chaque pays classe la dépendance et les soins de longue durée.
| Mesure de la dépense de santé, % du PIB | France | Allemagne | Italie | Espagne | RU | États-Unis |
|---|---|---|---|---|---|---|
| COFOG 07 « santé » (dépense publique) | 8,9 | 7,6 | 6,6 | 6,5 | — | — |
| Comptes de la santé SHA, dépense publique et obligatoire | 9,4 | 10,0 | 6,1 | 6,8 | 9,0 | 9,0 |
| Comptes de la santé SHA, dépense totale | 11,3 | 11,7 | 8,4 | 9,2 | 11,0 | 16,7 |
| dont soins de longue durée, volet santé | 1,8 | 2,5 | — | — | — | — |
| dont soins de longue durée, volet social | 0,7 | non déclaré | — | — | — | — |
Le renversement est net. Sur la mesure internationale homogène (comptes SHA), l'Allemagne dépense plus que la France pour sa santé, en total (11,7 % contre 11,3) comme en public (10,0 % contre 9,4). L'Allemagne enregistre l'essentiel de sa Pflegeversicherung — l'assurance dépendance — dans la santé au sens SHA, mais la reclasse en protection sociale dans la COFOG ; la France fait l'inverse pour une partie de sa dépense de dépendance. D'où un écart COFOG de 2,4 points entre les deux mesures allemandes, contre 0,5 point pour la France.
Ce que l'écart COFOG ne dit pas : il ne dit pas que la France soigne plus cher. Il dit que les deux pays rangent la dépendance dans des cases différentes.
Oui, les dépenses d'éducation françaises incluent les pensions des enseignants retraités, et c'est vrai dans les trois mesures : la COFOG, la dépense intérieure d'éducation de la DEPP, et la collecte internationale UOE utilisée par l'OCDE pour la « dépense par élève ».
Le mécanisme : l'État verse au compte d'affectation spéciale « Pensions » une contribution employeur assise sur les traitements, enregistrée en comptabilité nationale comme cotisation sociale imputée et ventilée sur la fonction de l'employeur — donc en « enseignement ». Ce taux de contribution est passé de 49,9 % des traitements bruts en 2006 à 74,3 % depuis 2014, 78,3 % en 2025 et 82,3 % en 2026.
Sur la mission « Enseignement scolaire », le CAS Pensions représente 21,8 Md€ en 2023, soit 28,8 % des dépenses de personnel — le budget du ministère passe de 55,1 Md€ hors pensions à 76 Md€ avec. Mais la question pertinente n'est pas la masse brute : c'est de savoir de combien ce taux excède un taux de cotisation d'équilibre.
L'Institut des politiques publiques calcule ce taux d'équilibre à 34,7 % contre 74,3 % appliqué, l'écart correspondant à la compensation du déséquilibre démographique propre à la fonction publique d'État. Le retraitement donne : −12,8 Md€ sur la dépense d'éducation 2023, soit −9 %, et une dépense qui passe de 5,0 % à 4,6 % du PIB — c'est-à-dire au-dessous de la moyenne européenne de 4,7 %. La dépense par élève du primaire passe de 8 450 € à 7 726 €.
La réponse chiffrée à la question « 5 %, 10 % ou 40 % ? » est donc : environ 10 % — 9,4 % sur le primaire, 9,5 % sur le secondaire, 6,5 % sur le supérieur, 13 % sur l'agrégat « enseignement scolaire ».
Eurostat hlth_sha11_hf et hlth_sha11_hc, 2023 ; DREES, comptes de la santé 2024 ; Cour des comptes, note d'exécution budgétaire 2023 ; IPP, Retraites des fonctionnaires d'État : faut-il changer la convention comptable ?, 2025 ; CAE, Focus n° 121, septembre 2025 ; Eurostat, Comparison of key concepts between the UOE framework and the National Account framework, 2023.
Ventilation française 2024, en neuf sous-fonctions :
| Sous-fonction | Md€ | France | Allem. | Italie | UE-27 |
|---|---|---|---|---|---|
| 04.5 Transports | 60,7 | 2,1 | 2,7 | 2,4 | 2,5 |
| 04.1 Tutelle de l'économie et de l'emploi | 45,3 | 1,5 | 0,8 | 0,8 | 1,0 |
| 04.8 R&D affaires économiques | 21,4 | 0,7 | 0,3 | 0,3 | 0,4 |
| 04.3 Combustibles et énergie | 15,5 | 0,5 | 0,7 | 0,6 | 0,6 |
| 04.7 Autres branches | 11,2 | 0,4 | 0,2 | 0,1 | 0,2 |
| 04.2 Agriculture, pêche | 6,2 | 0,2 | 0,2 | 0,3 | 0,3 |
| 04.9 Non classées ailleurs | 2,6 | 0,1 | 0,2 | 0,1 | 0,1 |
| 04.4 Industries, construction | 1,6 | 0,1 | 0,2 | 0,5 | 0,2 |
| 04.6 Communications | 1,6 | 0,1 | 0,0 | 0,1 | 0,1 |
| Total | 166,1 | 5,7 | 5,4 | 5,1 | 5,3 |
Résultat contre-intuitif : ce ne sont pas les transports qui expliquent la surdépense française — la France (2,1 % du PIB) est en dessous de l'Allemagne (2,7), de l'Italie (2,4) et de la moyenne UE (2,5). L'écart vient de deux postes : la tutelle de l'économie et de l'emploi (1,5 % contre 1,0 dans l'UE, soit environ 15 Md€ de plus), où se logent les aides aux entreprises et à l'apprentissage, et la R&D (0,7 % contre 0,3 en Allemagne), où se loge le soutien à la recherche privée.
Eurostat gov_10a_exp, sous-fonctions COFOG, 2024.
La fonction « services généraux » contient une sous-fonction 01.7 : les intérêts de la dette. La retirer change complètement le classement.
| 2024, % du PIB | Services généraux (brut) | dont intérêts | Administration au sens strict |
|---|---|---|---|
| Italie | 7,7 | 4,0 | 3,7 |
| Allemagne | 6,4 | 1,1 | 5,3 |
| France | 6,2 | 2,0 | 4,2 |
| UE-27 | 6,1 | 1,9 | 4,2 |
| Espagne | 5,8 | 2,5 | 3,3 |
| Pays-Bas | 4,1 | 0,7 | 3,4 |
C'est un renversement complet. En brut, l'Italie (7,7 %) et l'Allemagne (6,4 %) dépensent plus que la France en services généraux. Hors intérêts :
Autrement dit : sur cette fonction, la France n'a pas de surdépense administrative. Elle a une charge d'intérêts double de celle de l'Allemagne. C'est un problème de dette, pas de bureaucratie.
Eurostat gov_10a_exp, sous-fonction COFOG 01.7, 2024. France : 181,1 Md€ dont 58,9 Md€ d'intérêts.
C'est la comparaison la plus utile de ce document, parce que les deux classements ne disent pas la même chose.
| 2025 | Dépense / PIB | Rang | Dépense / hab. (SPA) | Rang | PIB / hab. (SPA) |
|---|---|---|---|---|---|
| Luxembourg | 49,1 % | 11 | 48 914 | 1 | 99 621 |
| Autriche | 55,2 % | 3 | 27 060 | 2 | 49 022 |
| Danemark | 48,1 % | 13 | 25 945 | 3 | 53 941 |
| Belgique | 54,2 % | 4 | 25 841 | 4 | 47 676 |
| Pays-Bas | 44,9 % | 19 | 24 763 | 5 | 55 152 |
| Finlande | 57,7 % | 1 | 24 275 | 6 | 42 070 |
| Allemagne | 50,5 % | 7 | 24 230 | 7 | 47 979 |
| France | 57,2 % | 2 | 23 290 | 8 | 40 716 |
| Suède | 49,9 % | 9 | 23 158 | 9 | 46 408 |
| Italie | 51,2 % | 5 | 20 454 | 10 | 39 949 |
| Espagne | 45,3 % | 18 | 17 275 | 13 | 38 136 |
| Pologne | 50,9 % | 6 | 17 213 | 14 | 33 817 |
| UE-27 | 49,5 % | — | 20 575 | — | 41 566 |
Dépense par habitant = (dépense / PIB) × (PIB / habitant). Le ratio en % du PIB mesure l'effort relatif : quelle part de la richesse produite transite par la sphère publique. La dépense par habitant mesure le volume de services et de transferts effectivement reçu.
Le PIB par habitant français est tombé à 98 % de la moyenne UE-27 et 85 % du niveau allemand. Un ratio très élevé appliqué à une assiette moyenne donne un volume par tête seulement moyen-supérieur : la France dépense 13 % de plus par habitant que la moyenne européenne, un écart réel mais sans commune mesure avec les +7,7 points de PIB.
Les cas symétriques sont éclairants. Les Pays-Bas sont 19ᵉ en % du PIB mais 5ᵉ par habitant : ils financent plus de services par tête que la France en prélevant beaucoup moins sur leur économie. Le Danemark : 13ᵉ en ratio, 3ᵉ par habitant. À l'inverse la Pologne passe de la 6ᵉ à la 14ᵉ place.
Lecture politique. Un ratio élevé sur un PIB faible signale un problème de dénominateur autant que de numérateur. La France dépense beaucoup en proportion parce qu'elle produit peu par tête, pas seulement parce qu'elle dépense beaucoup en volume. Ce sont deux leviers distincts, souvent confondus.
Eurostat gov_10a_main et nama_10_pc, 2025. Dépense par habitant en standards de pouvoir d'achat, calculée en croisant les deux séries. L'Irlande est exclue du commentaire : son PIB est gonflé par les multinationales, tout ratio y est ininterprétable.
Presque tous les ratios de ce dossier ont le PIB au dénominateur. Cette partie le regarde en face : où il en est, pourquoi il décroche, et ce qui subsiste quand on le rapporte à ceux qui produisent.
Puisque presque tous les ratios de ce document ont le PIB au dénominateur, il faut regarder ce dénominateur en face.
PIB par habitant, 1975-2022
En dollars internationaux constants de 2011, à parité de pouvoir d'achat.
Maddison Project Database, via Our World in Data, PIB par habitant en dollars internationaux constants de 2011 à parité de pouvoir d'achat, 1975-2022.
| Abscisse | États-Unis | Allemagne | France | Royaume-Uni |
|---|---|---|---|---|
| 1975 | 25 950,4 | 19 187,8 | 20 658,7 | 18 884,1 |
| 1980 | 29 611,5 | 22 497,2 | 23 536,4 | 20 610,7 |
| 1985 | 33 016,8 | 24 127,9 | 24 751,4 | 22 577,1 |
| 1990 | 36 981,6 | 25 390,9 | 28 124,7 | 26 190,2 |
| 1995 | 39 395,7 | 28 876,1 | 29 419,7 | 27 852,9 |
| 2000 | 45 886,5 | 33 368,5 | 33 416,5 | 31 945,6 |
| 2005 | 49 659,5 | 36 214,2 | 35 494,8 | 35 622,7 |
| 2010 | 49 275,8 | 41 106,3 | 36 086,3 | 34 759,4 |
| 2015 | 52 809,0 | 44 399,7 | 37 077,5 | 37 093,5 |
| 2020 | 54 375,7 | 44 991,2 | 35 910,5 | 34 647,5 |
| 2022 | 58 484,4 | 46 653,9 | 39 060,0 | 38 404,5 |
PIB par habitant en pouvoir d'achat, indice UE-27 = 100
2005-2024. Au-dessus de 100 : plus riche que la moyenne européenne.
Eurostat, PIB par habitant en standards de pouvoir d'achat, indice UE-27 = 100, 2005-2024.
| Abscisse | Pays-Bas | Allemagne | France | Italie | Espagne |
|---|---|---|---|---|---|
| 2005 | 140,0 | 121,0 | 113,0 | 112,0 | 102,0 |
| 2008 | 143,0 | 119,0 | 108,0 | 108,0 | 102,0 |
| 2011 | 135,0 | 125,0 | 108,0 | 105,0 | 92,0 |
| 2014 | 133,0 | 128,0 | 108,0 | 98,0 | 90,0 |
| 2017 | 130,0 | 126,0 | 103,0 | 98,0 | 93,0 |
| 2020 | 131,0 | 123,0 | 104,0 | 93,0 | 83,0 |
| 2022 | 134,0 | 118,0 | 98,0 | 98,0 | 88,0 |
| 2024 | 136,0 | 115,0 | 99,0 | 98,0 | 92,0 |
| Croissance cumulée du PIB par habitant, 2007-2024 | % |
|---|---|
| Irlande | +80,9 |
| Pologne | +79,9 |
| États-Unis | +23,5 |
| Allemagne | +13,7 |
| Portugal | +13,5 |
| Pays-Bas | +12,6 |
| Suède | +10,6 |
| France | +9,0 |
| Espagne | +7,0 |
| Royaume-Uni | +6,7 |
| Italie | +1,0 |
| Grèce | −11,4 |
Dix-sept ans, +9 %. Soit environ 0,5 % par an. C'est la moitié du rythme allemand et un peu plus du tiers du rythme américain. Ce chiffre est le vrai fond du problème budgétaire français : un ratio dépense/PIB élevé peut venir d'un numérateur qui monte ou d'un dénominateur qui stagne, et depuis 2007 la France a eu les deux.
Maddison Project Database via Our World in Data (série 1975-2022) ; Eurostat prc_ppp_ind et nama_10_pc ; Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.KD.
Puisque ce dénominateur explique une grande partie des écarts de ce document, il faut l'ouvrir. L'identité comptable est la suivante :
PIB par habitant = (PIB par heure travaillée) × (heures par personne en emploi) × (personnes en emploi ÷ population de 15 à 64 ans) × (population de 15 à 64 ans ÷ population totale)
Soit : la productivité, la durée du travail, le taux d'emploi et la démographie. Toute la question est de savoir lequel de ces quatre termes décroche.
| 2024 | PIB/heure (SPA) | Heures par personne en emploi | = PIB par personne en emploi | Taux d'emploi 15-64 | Part des 15-64 | PIB/hab (SPA) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| France | 58,4 | 1 512 | 88 340 | 68,8 % | 61,6 % | 39 294 |
| Allemagne | 63,5 | 1 345 | 85 422 | 77,2 % | 63,7 % | 46 387 |
| Italie | 50,6 | 1 715 | 86 774 | 62,2 % | 63,5 % | 39 068 |
| Espagne | 49,2 | 1 644 | 80 859 | 66,1 % | 66,4 % | 36 413 |
| Pays-Bas | 64,0 | 1 453 | 92 996 | 82,3 % | 64,4 % | 53 449 |
| Suède | 55,3 | 1 579 | 87 313 | 76,7 % | 62,3 % | 44 772 |
| Pologne | 33,9 | 2 001 | 67 777 | 72,5 % | 64,4 % | 31 463 |
| UE-27 | 51,1 | 1 610 | 82 231 | 70,7 % | 63,8 % | 39 985 |
Le résultat le plus surprenant est dans la colonne centrale. Rapporté au nombre de personnes en activité, le PIB français est de 88 340 unités de pouvoir d'achat, soit +3,4 % au-dessus de l'Allemagne et +7,4 % au-dessus de la moyenne européenne — la France est deuxième du panel derrière les seuls Pays-Bas. Un actif français produit davantage qu'un actif allemand.
La raison est arithmétique : la France est 8 % moins productive à l'heure (58,4 contre 63,5) mais chaque personne en emploi travaille 167 heures de plus par an — plus de quatre semaines. Le second effet l'emporte sur le premier.
Le décrochage ne vient donc pas de ceux qui travaillent. Il vient du nombre de ceux qui travaillent : 68,8 % de taux d'emploi contre 77,2 % en Allemagne et 82,3 % aux Pays-Bas.
Les trois mesures, indice UE-27 = 100
France, 1995-2024. L'écart entre les courbes mesure ce que coûtent la durée du travail et le taux d'emploi.
Eurostat : nama_10_lp_ulc (PIB par heure travaillée), lfsi_emp_a (emploi) et comptes nationaux annuels, indices UE-27 = 100, France, 1995-2024. Les trois séries partagent le même dénominateur européen et sont donc directement comparables entre elles.
| Abscisse | PIB par heure travaillée | PIB par personne en emploi | PIB par habitant |
|---|---|---|---|
| 1995 | 134,0 | 122,4 | 116,5 |
| 2000 | 135,0 | 121,8 | 117,6 |
| 2005 | 131,9 | 119,2 | 113,1 |
| 2008 | 127,7 | 116,4 | 111,0 |
| 2010 | 126,2 | 116,4 | 108,8 |
| 2015 | 124,5 | 114,7 | 106,2 |
| 2019 | 125,3 | 116,2 | 104,9 |
| 2022 | 113,9 | 106,1 | 97,3 |
| 2024 | 114,3 | 107,4 | 98,3 |
On lit souvent que la productivité française aurait décroché après la crise de 2008. Les données disent le contraire. Rapport France/Allemagne du PIB par heure travaillée :
| France / Allemagne, PIB par heure | 1995 | 2000 | 2008 | 2015 | 2019 | 2022 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Rapport | 99,3 % | 103,8 % | 101,4 % | 100,0 % | 100,2 % | 91,1 % | 92,0 % |
La France est au niveau allemand sans interruption de 1995 à 2019 — onze ans après la crise financière. La rupture se produit entre 2019 et 2022 : −9 points en trois ans. Décomposition de l'écart de PIB par habitant avec l'Allemagne, par sous-période, en points de pourcentage :
| Contribution à l'écart France/Allemagne | PIB/hab | Productivité horaire | Heures par emploi | Taux d'emploi |
|---|---|---|---|---|
| 1995 → 2008 | +3,0 | +2,2 | +2,5 | +0,5 |
| 2008 → 2019 | −5,5 | −1,2 | +3,5 | −7,9 |
| 2019 → 2024 | −0,7 | −8,6 | +2,5 | +4,1 |
La part des 15-64 ans dans la population est de 61,6 % en France contre 63,7 % en Allemagne, et elle recule plus vite : 65,3 % en 1995, 61,6 % en 2024. Ce terme coûte à la France 3,3 à 4,5 points de PIB par habitant face à l'Allemagne sur toute la période, sans aucune amélioration.
Et il faut le dire clairement : ce handicap comptable est la contrepartie d'un avantage réel. La France a plus d'enfants que l'Allemagne — c'est ce qui explique aussi qu'elle dépense plus en éducation en part du PIB. Un enfant est au dénominateur du PIB par habitant sans être au numérateur. C'est un handicap statistique aujourd'hui et un actif démographique dans trente ans.
Productivité horaire en volume, base 100 en 2000
La seule mesure qui neutralise les effets de prix et de change.
Eurostat, nama_10_lp_ulc, productivité horaire du travail en volume, indice base 100 en 2000, 1995-2024. Mesure en volume : neutralise les effets de prix et de change, contrairement aux comparaisons en niveau.
| Abscisse | Pologne | UE-27 | Allemagne | France | Italie |
|---|---|---|---|---|---|
| 1995 | 75,9 | 90,2 | 91,2 | 91,4 | 94,5 |
| 2000 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
| 2005 | 119,8 | 108,1 | 107,0 | 107,6 | 100,8 |
| 2008 | 127,3 | 110,6 | 109,9 | 109,4 | 99,8 |
| 2010 | 139,3 | 112,5 | 109,1 | 109,9 | 100,0 |
| 2015 | 156,6 | 118,7 | 114,9 | 115,4 | 101,0 |
| 2019 | 182,4 | 123,1 | 120,0 | 118,3 | 101,3 |
| 2022 | 190,6 | 126,0 | 123,4 | 115,1 | 103,9 |
| 2024 | 201,9 | 125,3 | 121,6 | 115,5 | 100,3 |
| Croissance annuelle moyenne de la productivité horaire, en volume | France | Allemagne | Italie | Espagne | UE-27 |
|---|---|---|---|---|---|
| 1975-1995 | +2,80 % | — | — | — | — |
| 1995-2008 | +1,40 % | +1,45 % | +0,42 % | +0,21 % | +1,58 % |
| 2008-2019 | +0,71 % | +0,80 % | +0,13 % | +1,14 % | +0,97 % |
| 2019-2024 | −0,47 % | +0,26 % | −0,20 % | +0,35 % | +0,36 % |
Le ralentissement est continu depuis cinquante ans — 2,8 % par an, puis 1,4 %, puis 0,7 % — et il n'est pas propre à la France : l'Allemagne suit la même pente. Ce qui est propre à la France, c'est le passage en territoire négatif après 2019.
Quatre institutions l'ont décomposé, avec des méthodes différentes, et elles convergent : il est réel, mais son ampleur affichée a été surestimée, et environ un tiers à deux tiers s'explique par des effets de composition plutôt que par une moindre capacité à produire.
| Banque de France (2024) — perte de 8,5 % par rapport à la tendance, fin 2019 à mi-2023 | Contribution |
|---|---|
| Apprentissage et alternance | 1,2 pt |
| Composition de la main-d'œuvre (emploi peu qualifié) | 1,4 pt |
| Effets longs de la crise sanitaire | 0,4 pt |
| Rétention de main-d'œuvre par les entreprises | 1,7 pt |
| Chômage partiel, arrêts maladie, travail détaché | 0,2 pt |
| Résidu inexpliqué | 3,6 pts |
Le mécanisme de l'apprentissage mérite d'être explicité, parce qu'il est le plus contre-intuitif. Le nombre d'alternants a augmenté de 60 % entre 2019 et 2023. Un apprenti est comptabilisé comme une personne en emploi à part entière au dénominateur de la productivité, alors qu'il produit une fraction de ce que produit un salarié confirmé — il est en formation. Mécaniquement, une politique qui réussit à mettre 300 000 jeunes de plus en entreprise fait baisser la productivité mesurée. L'Insee a chiffré le contrefactuel : en comptant les apprentis à un quart de la productivité d'un salarié ordinaire, l'écart à la tendance passe de −4,0 à −2,4 points — l'apprentissage explique à lui seul environ 40 % du résidu.
Deuxième correction, plus embarrassante : le Conseil national de productivité relève que l'écart à la tendance, estimé à 8,5 % en base 2014, tombe à 5,9 % après la révision des comptes nationaux en base 2020. Trois points de « décrochage » ont donc été effacés par un simple changement de millésime comptable. Sur les 5,9 % restants, la même institution estime qu'environ deux tiers s'expliquent par l'apprentissage, la composition de l'emploi et la rétention, et environ un point par des facteurs communs à toute la zone euro (prix de l'énergie, ralentissement de l'innovation).
L'OFCE aborde le problème par l'autre bout et arrive au même endroit : fin 2024, il compte 982 000 emplois salariés « en excès » par rapport à ce que la croissance justifierait, dont environ 30 % imputables à la politique d'apprentissage, 17 % aux aides aux entreprises et 13 % à la baisse du coût du travail.
La part « artefact » est significative mais minoritaire. Après retraitement de l'apprentissage, de la composition de l'emploi et de la révision comptable, il reste un décrochage réel de l'ordre de 2 à 3,5 points par rapport à la tendance — que personne n'explique à ce jour.
Et il y a un arbitrage assumé derrière ces chiffres : la France a échangé de la productivité mesurée contre de l'emploi. Mettre en activité des jeunes et des seniors dont la productivité est inférieure à la moyenne abaisse la moyenne. Le taux d'emploi et la productivité horaire sont, à court terme, partiellement antagonistes — ce qui explique l'inversion exacte des contributions entre la période 2008-2019 et la période 2019-2024.
| PIB par heure travaillée, 2024, dollars à parité de pouvoir d'achat | Niveau | France = 100 |
|---|---|---|
| États-Unis | 98,3 | 112,3 |
| Allemagne | 93,4 | 106,7 |
| Suède | 92,3 | 105,5 |
| Pays-Bas | 91,5 | 104,6 |
| France | 87,5 | 100,0 |
| Royaume-Uni | 78,7 | 89,9 |
| Italie | 74,8 | 85,5 |
| Espagne | 72,5 | 82,9 |
La France a rattrapé le niveau américain de productivité horaire à la fin des années 1980 — elle était à 50 % en 1950 et à 70 % en 1970 — et s'y est maintenue jusqu'en 2019. Elle est aujourd'hui à 89 % du niveau américain, et l'essentiel de cet écart s'est ouvert en cinq ans. Sur 2020-2024, la productivité horaire américaine a progressé de 9,3 % cumulés quand la française reculait de 2,2 %.
Eurostat nama_10_pc, nama_10_lp_ulc (NLPR_HW, NLPR_PER, HW_EMP, RLPR_HW), nama_10_a10_e, lfsi_emp_a, lfsa_ergan, demo_pjanind, extractions filtrées pays par pays ; OCDE, heures annuelles moyennes ; Conference Board, Total Economy Database, mai 2025 ; Banque de France, Bulletin n° 251/1, mars 2024 ; Insee, blog, juillet 2024 et mai 2026 ; Conseil national de productivité, 5ᵉ rapport, avril 2025 ; OFCE, Policy brief n° 142, avril 2025 ; France Stratégie, note d'analyse n° 38.
Le PIB par habitant met les enfants et les retraités au dénominateur. Puisque la France a une structure d'âge différente de ses voisins, la question se pose : quelle part de son retard vient de là ? Voici le calcul, en rapportant le PIB à la seule population de 15 à 64 ans.
PIB par personne âgée de 15 à 64 ans
En dollars internationaux constants de 2021, à parité de pouvoir d'achat.
Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde (PIB en dollars internationaux constants de 2021, PPA) rapporté à la population de 15 à 64 ans (Eurostat demo_pjangroup et Nations unies, perspectives démographiques). Ratio calculé par nos soins.
| Abscisse | États-Unis | Pays-Bas | Allemagne | France | Royaume-Uni |
|---|---|---|---|---|---|
| 1995 | 71 776,2 | 68 449,4 | 66 649,2 | 62 069,0 | 57 671,2 |
| 2000 | 82 600,0 | 82 691,1 | 73 599,2 | 70 591,3 | 67 241,7 |
| 2005 | 88 273,9 | 86 564,9 | 76 926,1 | 74 168,9 | 73 348,5 |
| 2010 | 88 638,5 | 91 623,6 | 83 397,5 | 75 946,2 | 72 345,9 |
| 2015 | 96 796,2 | 96 158,1 | 90 780,4 | 80 571,9 | 78 430,0 |
| 2019 | 105 181,7 | 104 156,3 | 97 274,7 | 86 245,9 | 84 035,5 |
| 2022 | 111 698,8 | 110 149,3 | 100 237,0 | 87 157,3 | 85 083,7 |
| 2024 | 116 916,9 | 109 328,9 | 99 621,7 | 89 322,1 | 84 354,6 |
| 2024 | PIB/habitant | Part des 15-64 ans | = PIB par personne d'âge actif | Écart brut avec la France | Écart corrigé |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 75 698 | 64,8 % | 116 914 | −27,6 % | −23,6 % |
| Pays-Bas | 70 494 | 64,5 % | 109 330 | −22,3 % | −18,3 % |
| Allemagne | 62 655 | 62,9 % | 99 619 | −12,5 % | −10,3 % |
| France | 54 799 | 61,3 % | 89 325 | — | — |
| Royaume-Uni | 53 412 | 63,3 % | 84 359 | +2,6 % | +5,9 % |
L'intuition courante est que la France aurait « plus d'enfants », donc mécaniquement moins d'actifs. C'est vrai face à l'Allemagne, et faux face aux États-Unis et au Royaume-Uni. Décomposition 2024 :
| Part de la population, 2024 | 0-14 ans | 15-64 ans | 65 ans et plus |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 17,3 % | 64,7 % | 17,9 % |
| Royaume-Uni | 17,2 % | 63,3 % | 19,5 % |
| France | 16,5 % | 61,3 % | 22,1 % |
| Pays-Bas | 15,0 % | 64,5 % | 20,5 % |
| Allemagne | 13,9 % | 62,9 % | 23,2 % |
La France a moins d'enfants que les États-Unis et le Royaume-Uni — 16,5 % contre 17,3 % et 17,2 %. Son déficit de population d'âge actif face à ces deux pays vient entièrement du haut de la pyramide : 22,1 % de personnes de 65 ans et plus, contre 17,9 % aux États-Unis. L'argument « la France est jeune » ne tient que face à l'Allemagne et aux Pays-Bas.
Et un facteur pèse beaucoup plus lourd que la structure d'âge : l'utilisation de cette population. Le ratio emploi sur population de 15 ans et plus est de 51,5 % en France contre 58,9 % en Allemagne, 58,9 % au Royaume-Uni, 59,5 % aux États-Unis et 65,0 % aux Pays-Bas. L'écart de taux d'emploi vaut plusieurs fois l'écart de taille de la population active potentielle — ce qui confirme, par une autre voie, la décomposition présentée plus haut.
Banque mondiale, NY.GDP.PCAP.PP.KD (dollars internationaux constants 2021), SP.POP.1564.TO.ZS, SP.POP.65UP.TO.ZS et SL.EMP.TOTL.SP.ZS. Le PIB par personne d'âge actif est un calcul dérivé.
C'est la bonne objection : la tranche 15-64 ans est une convention, et elle ne correspond à la réalité d'aucun pays. Voici le calcul avec un dénominateur sur mesure — la population de 15 ans à l'âge auquel les gens cessent réellement de travailler dans ce pays. Mais il faut d'abord signaler un piège, parce qu'il est décisif.
Le numérateur mesure la production. Le dénominateur est défini par une variable de comportement — l'âge auquel on part à la retraite — qui n'est pas indépendante de la production. Faire partir les gens plus tôt les retire du dénominateur sans retirer grand-chose au numérateur.
La récompense est mécanique : partir tôt améliore le ratio sans produire un euro de plus. Symétriquement, la mesure pénalise les pays qui font travailler leurs seniors — les États-Unis, en gardant les gens jusqu'à 67 ans, s'ajoutent 11,7 millions de personnes au dénominateur.
| 2024 | Âge légal actuel | Âge légal cible | Âge effectif de sortie |
|---|---|---|---|
| France | 64,3 | 65,0 | 62,2 |
| Royaume-Uni | 66,0 | 68,0 | 63,5 |
| Italie | 64,8 / 63,8 | 70,0 | 63,3 |
| Allemagne | 66,2 | 67,0 | 64,1 |
| Pays-Bas | 67,0 | 70,0 | 64,9 |
| Suède | 66,0 | 70,0 | 65,1 |
| États-Unis | 66,7 | 67,0 | 67,0 |
La France a l'âge de sortie effectif le plus précoce du panel — 62,2 ans, contre 67,0 aux États-Unis, soit près de cinq ans d'écart. C'est exactement ce qui fait bouger le calcul.
Le PIB rapporté à trois dénominateurs différents
2024, en milliers de dollars internationaux constants de 2021. Trois barres par pays.
Mêmes sources que le graphique précédent : PIB en dollars internationaux constants de 2021 (Banque mondiale) rapporté successivement à la population totale, à la population de 15 à 64 ans et à la population en emploi (Eurostat lfsi_emp_a, OCDE pour les États-Unis). Les trois dénominateurs sont calculés par nos soins sur la même année.
| Catégorie | par personne de 15 à 64 ans | par personne de 15 ans à l'âge de sortie du pays | par personne en emploi |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 116,9 | 111,0 | 154,0 |
| Pays-Bas | 109,8 | 108,1 | 127,7 |
| Allemagne | 98,5 | 98,4 | 123,7 |
| France | 88,8 | 92,3 | 127,3 |
| Royaume-Uni | 84,4 | 85,3 | 109,6 |
| Écart de la France, 2024 | vs Allemagne | vs Pays-Bas | vs Royaume-Uni | vs États-Unis |
|---|---|---|---|---|
| PIB par habitant | −12,5 % | −22,3 % | +2,6 % | −27,6 % |
| PIB par personne de 15 à 64 ans | −9,8 % | −19,1 % | +5,3 % | −24,0 % |
| PIB par personne de 15 ans à l'âge de sortie | −6,3 % | −14,7 % | +8,2 % | −16,9 % |
| PIB par actif (emploi + chômage) | −1,3 % | −4,1 % | +12,5 % | −20,2 % |
| PIB par personne en emploi | +3,0 % | −0,3 % | +16,2 % | −17,3 % |
| Passage du dénominateur 15-64 au dénominateur national | Variation du dénominateur | Variation du ratio |
|---|---|---|
| France | −3,7 % | +3,9 % |
| Royaume-Uni | −1,1 % | +1,1 % |
| Allemagne | +0,1 % | −0,1 % |
| Pays-Bas | +1,5 % | −1,5 % |
| États-Unis | +5,3 % | −5,0 % |
La France est le seul pays dont le dénominateur se contracte fortement — elle gagne 3,9 % de ratio par pure convention comptable, les États-Unis en perdent 5,0 %. Résultat : plus d'un tiers du retard apparent sur l'Allemagne, et près d'un tiers du retard sur les États-Unis, disparaît par le seul choix du dénominateur, sans qu'un euro supplémentaire ait été produit.
Mais le classement n'est pas renversé. La France reste 5ᵉ sur 7, et il lui reste 6,3 % de retard sur l'Allemagne. Les deux seules permutations sont marginales : l'Italie et le Royaume-Uni échangent les deux dernières places pour 47 dollars d'écart, soit 0,05 %.
C'est le seul dénominateur dont chaque membre contribue au numérateur. Le PIB est produit par les personnes en emploi ; les rapporter l'un à l'autre a un sens économique direct. Toutes les autres mesures divisent une production par une population qui, pour partie, ne l'a pas produite.
Elle est aussi la seule comparable entre régimes de retraite différents, puisqu'elle compte les travailleurs quel que soit leur âge : un Néerlandais de 66 ans en emploi y figure, un retraité français de 62 ans n'y figure pas — et c'est correct dans les deux cas.
À l'inverse, le PIB par actif (emploi + chômage) impute la production aux chômeurs, qui ne produisent rien : il pénalise mécaniquement les pays à fort chômage. C'est ce qui explique que la France passe de −1,3 % à +3,0 % face à l'Allemagne selon qu'on inclut ou non les chômeurs. C'est un artefact, pas une information.
PIB par personne en emploi, 1995-2024
En milliers de dollars internationaux constants de 2021.
Banque mondiale (PIB, dollars internationaux constants de 2021, PPA) et Eurostat lfsi_emp_a pour l'emploi total ; BLS pour les États-Unis. Rapport calculé par nos soins, 1995-2024.
| Abscisse | États-Unis | Pays-Bas | France | Allemagne | Royaume-Uni |
|---|---|---|---|---|---|
| 1995 | 97,6 | 92,5 | 103,9 | 101,7 | 83,5 |
| 2000 | 109,9 | 104,6 | 114,1 | 110,9 | 93,3 |
| 2010 | 129,3 | 118,1 | 118,2 | 115,2 | 101,9 |
| 2019 | 140,3 | 125,0 | 128,9 | 122,8 | 107,9 |
| 2024 | 154,0 | 127,7 | 127,3 | 123,7 | 109,6 |
Il faut tenir les deux moitiés de l'énoncé ensemble, parce qu'elles se corrigent l'une l'autre.
OCDE, Panorama des pensions 2025, via l'interface de données officielle : âges légaux et âge effectif moyen de sortie du marché du travail ; Commission européenne, Ageing Report 2024 pour le contrôle des âges légaux ; Eurostat demo_pjangroup (population par tranche quinquennale au 1ᵉʳ janvier 2024) ; Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.KD, SP.POP.TOTL, SL.TLF.TOTL.IN et SL.UEM.TOTL.ZS. Les dénominateurs sur mesure et les ratios sont des calculs dérivés.
La moyenne hommes-femmes de l'âge de sortie n'est pas publiée par l'OCDE : c'est une moyenne arithmétique simple des deux sexes, non pondérée par les effectifs. Le dénominateur sur mesure repose sur une interpolation linéaire à l'intérieur de la tranche quinquennale contenant l'âge de sortie.
Le chiffre américain est fragile. L'âge de sortie effectif y bondit de 65,5 en 2023 à 67,0 en 2024, une variation trop brutale pour un indicateur historiquement lissé. Avec la valeur 2023, l'écart France/États-Unis passerait de −16,9 % à −19,0 % : deux points d'écart dépendent d'un seul chiffre volatil — raison supplémentaire de se méfier de ce dénominateur. Le millésime 2021 de la même source donnait d'ailleurs un classement sensiblement différent, avec la France à 60,4 ans.
Deux socles démographiques sont mélangés : Eurostat au 1ᵉʳ janvier pour les pays européens, Nations unies en milieu d'année pour le Royaume-Uni et les États-Unis. L'effet sur les totaux reste inférieur à 0,3 %. L'emploi est calculé et non observé — population active multipliée par un moins le taux de chômage, les deux étant des estimations modélisées de l'Organisation internationale du travail, pas des enquêtes nationales.
Enfin, le PIB par personne en emploi ignore la durée du travail : une partie de l'avance française sur l'Allemagne et les Pays-Bas tient à leur temps partiel, pas à une efficacité horaire supérieure. Le PIB par heure travaillée, présenté plus haut dans ce thème, est le raffinement nécessaire — et il donne la France 8 % en dessous de l'Allemagne.
Recettes et dépenses publiques françaises, 2000-2025
En % du PIB. L'écart entre les deux courbes est le déficit.
Eurostat, gov_10a_main, recettes totales et dépenses totales des administrations publiques (S13), en % du PIB, France, 2000-2025. Les millésimes de PIB diffèrent légèrement de ceux de l'Insee, d'où un écart de 0,1 à 0,3 point sur certaines années.
| Abscisse | Dépenses | Recettes |
|---|---|---|
| 2000 | 52,6 | 51,3 |
| 2001 | 52,8 | 51,4 |
| 2002 | 53,9 | 50,7 |
| 2003 | 54,4 | 50,3 |
| 2004 | 54,0 | 50,4 |
| 2005 | 54,3 | 50,8 |
| 2006 | 53,8 | 51,1 |
| 2007 | 53,6 | 50,6 |
| 2008 | 54,3 | 50,8 |
| 2009 | 58,0 | 50,6 |
| 2010 | 57,7 | 50,6 |
| 2011 | 57,0 | 51,7 |
| 2012 | 57,9 | 52,7 |
| 2013 | 58,6 | 53,7 |
| 2014 | 58,4 | 53,8 |
| 2015 | 57,6 | 53,7 |
| 2016 | 57,4 | 53,6 |
| 2017 | 57,7 | 54,3 |
| 2018 | 56,4 | 54,0 |
| 2019 | 55,3 | 53,0 |
| 2020 | 61,7 | 52,5 |
| 2021 | 59,5 | 52,6 |
| 2022 | 58,4 | 53,7 |
| 2023 | 56,8 | 51,0 |
| 2024 | 57,0 | 51,2 |
| 2025 | 57,2 | 52,1 |
| 2025, % du PIB | Recettes | Dépenses | Solde |
|---|---|---|---|
| Danemark | 51,1 | 48,1 | +3,0 |
| Finlande | 53,9 | 57,7 | −3,8 |
| France | 52,1 | 57,2 | −5,1 |
| Belgique | 49,0 | 54,2 | −5,2 |
| Italie | 48,1 | 51,2 | −3,1 |
| Allemagne | 47,9 | 50,5 | −2,6 |
| Espagne | 42,9 | 45,3 | −2,4 |
| Pays-Bas | 43,3 | 44,9 | −1,6 |
| UE-27 | 46,4 | 49,5 | −3,1 |
Réponse nette : non. La France cumule le 2ᵉ niveau de dépenses et le 2ᵉ niveau de recettes de l'UE, derrière la Finlande dans les deux cas. Le déficit ne vient pas d'un sous-prélèvement au regard des standards européens.
Eurostat gov_10a_main, 2025.
La dépense publique passe de 53,6 % du PIB en 2007 à 58,0 % en 2009, soit +4,4 points en deux ans, et n'est jamais revenue en dessous de 55,3 %. Trois questions se posent : d'où vient le saut, quelle part est mécanique, et pourquoi l'Allemagne, elle, est redescendue.
Un ratio dépense/PIB peut monter parce que la dépense augmente (numérateur) ou parce que le PIB recule (dénominateur). En 2009, le PIB nominal a reculé de 2,7 % : une partie de la hausse du ratio est donc purement arithmétique.
Sur la seule année 2009 (+3,7 points) : 57 % vient de la hausse de la dépense, 43 % du recul du PIB.
Mais sur la fenêtre 2007-2009 (+4,4 points) : 98,6 % vient de la dépense, 1,4 % du dénominateur. La raison est simple : le PIB nominal de 2009 (1 936 Md€) est revenu exactement au niveau de 2007 (1 938 Md€). Sur deux ans le dénominateur est plat ; c'est la dépense qui a crû de +8,0 % en valeur pendant que le PIB stagnait. La persistance du ratio élevé est donc un phénomène de numérateur.
| France, % du PIB | 2007 | 2009 | 2019 | 2024 | Δ 07→09 | Δ 07→24 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Protection sociale | 21,9 | 23,8 | 23,9 | 23,6 | +1,90 | +1,72 |
| Santé | 7,6 | 8,1 | 8,2 | 8,9 | +0,53 | +1,30 |
| Enseignement | 5,2 | 5,6 | 5,0 | 5,1 | +0,39 | −0,18 |
| Affaires économiques | 5,0 | 5,3 | 5,3 | 5,7 | +0,28 | +0,64 |
| Logement | 1,3 | 1,5 | 1,1 | 1,4 | +0,26 | +0,17 |
| Ordre et sécurité | 1,5 | 1,7 | 1,7 | 1,8 | +0,20 | +0,31 |
| Défense | 1,8 | 1,9 | 1,7 | 1,9 | +0,17 | +0,09 |
| Services généraux (dont dette) | 7,1 | 7,5 | 6,0 | 6,2 | +0,40 | −0,92 |
| Total | 53,6 | 58,0 | 55,3 | 57,0 | +4,36 | +3,33 |
La protection sociale explique 44 % du choc (+1,90 point sur +4,36). Et surtout : sur les +3,33 points d'écart entre 2007 et 2024, santé et protection sociale en expliquent 3,02, soit 91 %. Aucune fonction n'a baissé en 2009 ; la seule qui ait vraiment reculé depuis, ce sont les services généraux (−0,92 point), et c'est l'effet de la baisse des taux d'intérêt, pas d'une maîtrise de la dépense.
Ce qui n'a jamais été rattrapé, ce ne sont pas les stabilisateurs de crise. Le chômage n'ajoute que +4,5 Md€ entre 2008 et 2009, soit 0,23 point de PIB et environ 12 % de la hausse de la protection sociale. L'essentiel vient de la fonction vieillesse : +22,5 Md€ sur 2007-2009, une dynamique démographique sans rapport avec la crise, qui n'avait aucune raison de refluer ensuite. La crise n'a pas créé la dépense : elle a coïncidé avec une bosse démographique et a durci le point de départ.
| Dépense publique, % du PIB | 2007 | 2009 | 2011 | 2014 | 2019 |
|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 43,5 | 48,3 | 45,3 | 44,5 | 45,5 |
| France | 53,6 | 58,0 | 57,0 | 58,4 | 55,3 |
Le choc initial a été de même ampleur (+4,8 points en Allemagne, +4,4 en France) — et le recul du PIB nominal allemand en 2009 a même été plus violent (−3,7 % contre −2,7 %). Mais l'Allemagne efface 79 % du choc en cinq ans ; la France en efface 23 % en deux ans, puis repart à la hausse jusqu'à 58,6 % en 2013 — au-dessus du pic de crise. Le point de bascule est identifiable : sur la protection sociale, l'Allemagne monte de 1,76 point en 2009 puis en rend 1,09 d'ici 2019 ; la France monte de 1,90 et n'en rend aucun.
Eurostat gov_10a_main et gov_10a_exp ; Insee Première n° 1293 et 1294 ; Sénat, rapport n° 587 (2009-2010) sur le projet de loi de règlement 2009.
Combien la France prélève, sur quelles assiettes, et ce que prélèvent les autres pays — le niveau n’étant pas la singularité française, sa composition l’étant.
Taux de prélèvements obligatoires : 43,6 % du PIB en 2025 selon la mesure française, 45,3 % en méthodologie européenne — 2ᵉ rang de l'UE derrière le Danemark (45,8 %), devant la Belgique (45,1 %), l'Autriche (43,8 %), l'Italie (42,6 %), l'Allemagne (40,9 %) et l'Espagne (37,3 %), pour une moyenne UE-27 de 40,4 %.
Impôt — prélèvement sans contrepartie individualisée, voté par le Parlement (IR, TVA, IS, taxe foncière).
Cotisation sociale — assise sur le salaire, elle ouvre un droit à prestation contributive et est affectée à des caisses dédiées. Part salariale (retenue sur le brut, visible sur la fiche de paie) et part patronale (payée en plus par l'employeur, invisible du salarié mais comprise dans le coût du travail).
CSG (1991) — assise très large : salaires, pensions, revenus du capital, jeux. Le Conseil constitutionnel l'a qualifiée d'« imposition de toutes natures » et non de cotisation, car elle n'ouvre aucun droit proportionnel. Taux de droit commun sur les salaires : 9,2 %, dont 6,8 points déductibles de l'impôt sur le revenu.
Ce n'est pas un détail juridique. Classer la CSG comme impôt a permis de l'appliquer aux retraites et au capital, donc d'élargir le financement de la protection sociale au-delà du seul travail. C'était un choix politique, pas une contrainte technique. Et le résultat est massif : voir plus bas, la CSG rapporte aujourd'hui environ 46 % de plus que l'impôt sur le revenu.
Le budget de l'État perçoit 373 Md€ d'impôts (2024). L'ensemble des administrations publiques perçoit 1 267 Md€ de prélèvements obligatoires, soit 43,4 % du PIB. Le rapport est de 1 à 3,4.
L'écart, ce sont la Sécurité sociale (482 Md€ de cotisations + 294 Md€ d'impôts affectés, dont la CSG) et les collectivités locales (174 Md€). Confondre les deux — dire « le budget de l'État, c'est 1 300 milliards » — est l'erreur la plus fréquente du débat budgétaire.
| Prélèvement | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Cotisations sociales nettes | 482,3 | 36,4 % |
| dont cotisations employeurs | 293,1 | 22,1 % |
| dont cotisations ménages | 137,9 | 10,4 % |
| Impôts sur le revenu des ménages (IR + CSG + CRDS) | 275,1 | 20,8 % |
| TVA | 206,3 | 15,6 % |
| Autres impôts sur la production | 129,0 | 9,7 % |
| Impôt sur les sociétés | 83,8 | 6,3 % |
| Accises et taxes de consommation (dont TICPE) | 59,1 | 4,5 % |
| Impôts en capital (successions, donations) | 21,5 | 1,6 % |
| Autres | 66,4 | 5,0 % |
| Total | 1 323,5 | 100 % |
D’où viennent les 1 323 Md€ de prélèvements
En milliards d’euros, 2024. Les lignes publiées par Eurostat, regroupées par ce qu’elles taxent. Ce sont des masses nationales : ni par habitant, ni par ménage, ni par foyer fiscal.
Eurostat gov_10a_taxag, secteurs S13, S1311, S1313, S1314, 2024.
| Catégorie | assiette |
|---|---|
| Travail (cotisations) | 482,3 |
| Revenus des ménages | 275,1 |
| Consommation (TVA, accises) | 265,4 |
| Production | 129,0 |
| Bénéfices des sociétés | 83,8 |
| Autres | 66,4 |
| Transmission du patrimoine | 21,5 |
Le tableau ci-dessus donne les lignes telles qu’Eurostat les publie ; la figure les regroupe par assiette — c’est-à-dire par ce sur quoi le prélèvement est assis, qui est la question économiquement pertinente.
Deux totaux voisins circulent et ne doivent pas être confondus : 1 323,5 Md€ est la mesure Eurostat 2024 de l’ensemble des prélèvements ; 1 271 Md€ est la masse que l’Insee répartit par décile de niveau de vie pour 2023, plus loin dans ce chapitre. Millésimes et périmètres différents.
| Impôt | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Impôts sur le revenu des ménages | 111,9 | 30,0 % |
| TVA (part revenant à l'État) | 96,5 | 25,8 % |
| Impôt sur les sociétés | 73,9 | 19,8 % |
| Accises (dont TICPE) | 24,9 | 6,7 % |
| Autres impôts sur la production | 24,4 | 6,5 % |
| Impôts en capital | 21,5 | 5,8 % |
| Autres | 20,2 | 5,4 % |
| Total | 373,3 | 100 % |
Ce que chaque pays prélève, en part de sa richesse
Impôts et cotisations sociales, toutes administrations confondues, en % du PIB, 2025. Le dénominateur est la richesse produite : ce n’est ni un montant par habitant, ni par ménage.
Eurostat, gov_10a_taxag : ensemble des impôts et des cotisations sociales nettes perçus par les administrations publiques, rapporté au PIB, données 2025, comparaison des États membres. Le dénominateur est le PIB, pas la population : ce taux n’est ni un montant par habitant, ni par ménage, ni par foyer fiscal. Écart de périmètre à signaler systématiquement : la mesure française donne 43,6 % pour 2025 quand la mesure européenne donne 45,3 %, du fait du traitement des crédits d’impôt et des cotisations imputées — ne jamais comparer un chiffre Insee à un classement Eurostat sans le préciser.
| Catégorie | Autres pays et moyenne européenne | France |
|---|---|---|
| Danemark | 45,8 | — |
| France | — | 45,3 |
| Belgique | 45,1 | — |
| Autriche | 43,8 | — |
| Italie | 42,6 | — |
| Allemagne | 40,9 | — |
| UE-27 | 40,4 | — |
| Espagne | 37,3 | — |
Le classement répond à « combien ». Il ne répond pas à « sur quoi » — et c’est la question qui distingue réellement les modèles. Voici la comparaison poste par poste avec l’Allemagne, qui prélève 4,4 points de PIB de moins au total.
| Prélèvement, et sur quoi il est assis | France | Allemagne | Lecture |
|---|---|---|---|
| Cotisations employeurs (% du PIB) | 10,0 % | 7,0 % | La France prélève 43 % de plus sur les salaires |
| Impôts de production (% du PIB) | 4,4 % | 1,0 % | Rapport de 1 à 4,4 — et dus même à perte |
| TVA (% du PIB) | 7,1 % | 9,4 % | La France prélève 2,3 points de moins sur la consommation |
| Impôts sur les bénéfices (% de la valeur ajoutée des sociétés) | 4,31 % | 4,33 % | Quasiment identique |
| Total prélevé sur 100 € de coût employeur (un salarié type) | 47,2 € | 49,3 € | L’Allemagne prélève plus au total |
Eurostat, gov_10a_taxag — cotisations effectives des employeurs (D611), autres impôts sur la production (D29) et TVA (D211) rapportés au PIB, données 2024 — et nasa_10_nf_tr pour les impôts sur les bénéfices rapportés à la valeur ajoutée des sociétés non financières (S11). Coin fiscalo-social : OCDE, Taxing Wages 2026, données 2025. Le rapprochement de ces lignes dans un même tableau est notre assemblage : Eurostat publie les postes, pas la comparaison par assiette. Les quatre dénominateurs diffèrent — PIB, valeur ajoutée des sociétés, coût d’un salarié type — et les lignes ne s’additionnent donc pas.
Les trois premières lignes rapportent au PIB, la quatrième à la valeur ajoutée des sociétés non financières, la cinquième au coût d’un salarié type — célibataire sans enfant au salaire moyen. Ce sont trois questions distinctes, et additionner ces lignes n’aurait aucun sens. Aucune n’est un montant par habitant, par ménage ou par foyer fiscal.
Le rapprochement lui-même est notre assemblage : Eurostat publie ces postes, pas cette comparaison. Et il ne couvre que deux pays, faute d’une ventilation par assiette disponible pour l’ensemble du panel dans ce dossier.
Deux faits peu connus. La TVA n'est plus un impôt d'État : l'État n'en conserve que 47 %, le reste étant affecté aux collectivités (25 %) et à la Sécurité sociale (28 %). Et la CSG dépasse largement l'impôt sur le revenu : les impôts sur le revenu encaissés par la Sécurité sociale (essentiellement CSG et CRDS) atteignent 163,2 Md€ contre 111,9 Md€ pour ceux de l'État. Le premier impôt sur le revenu du pays est proportionnel, prélevé à la source, sans barème ni quotient familial — et quasi invisible.
La bascule est datée et visible dans les comptes : en 1998, les impôts sur le revenu des ménages passent de 73,1 à 104,5 Md€ (+31,4) tandis que les cotisations sociales reculent de 251,2 à 235,3 Md€ (−15,9). C'est le basculement cotisations → CSG.
Eurostat gov_10a_taxag, secteurs S13, S1311, S1313, S1314, 2024.
C'est la première ligne des recettes publiques, à 482,3 Md€ en 2024, et le libellé n'aide pas à comprendre ce qu'elle recouvre.
En comptabilité nationale, toutes les cotisations sont conventionnellement réputées versées par les ménages, y compris la part patronale : elle transite d'abord par la rémunération des salariés avant d'être reversée aux régimes. Le mot « nettes » signifie que les frais de gestion des caisses en sont retranchés.
| Composante | Ce que c'est | 2024, Md€ | Part |
|---|---|---|---|
| D.611 — cotisations effectives des employeurs | Ce que l'employeur verse réellement aux régimes : Urssaf, Agirc-Arrco, Unédic, CNRACL, régimes spéciaux | 293,1 | 60,8 % |
| D.612 — cotisations imputées des employeurs | Écriture purement conventionnelle. L'État n'a pas de caisse de retraite pour ses fonctionnaires : il paie les pensions sur son budget, et la comptabilité nationale « impute » une cotisation employeur fictive pour équilibrer. Ce ne sont pas des prélèvements obligatoires — il n'y a aucun flux réel entre deux agents distincts, et ils sont exclus du taux de prélèvements | 51,2 | 10,6 % |
| D.613 — cotisations effectives des ménages | La part salariale (vieillesse 7,30 %, Agirc-Arrco, CEG, CET, APEC) plus la totalité des cotisations des indépendants | 137,9 | 28,6 % |
| D.61 — total | 482,3 | 100 % |
La comptabilité nationale et l'OCDE tranchent par un critère unique : l'existence d'une contrepartie individuelle.
La France a passé trente ans à basculer du premier vers le second. Création de la CSG en 1991 à 1,1 %, création de la CRDS en 1996, basculement massif de la cotisation maladie vers la CSG en 1997-1998 (la cotisation salariale maladie tombe de 5,5 % à 0,75 %, la CSG monte de 3,4 % à 7,5 %), puis en 2018 suppression des cotisations salariales maladie résiduelle et chômage (−3,15 points) compensée par +1,7 point de CSG. Résultat : la part salariale ne finance plus aujourd'hui que des risques contributifs.
Pourquoi la CSG est un impôt et non une cotisation. Trois raisons cumulatives : verser plus de CSG n'ouvre aucun droit supplémentaire ; son assiette n'est pas salariale (elle frappe aussi les pensions, les revenus du capital et les jeux) ; et le Conseil constitutionnel l'a qualifiée d'imposition de toutes natures dès 1990. Elle est donc classée en D.51A avec l'impôt sur le revenu. Taux actuel sur les revenus d'activité : CSG 9,20 % (dont 6,80 déductible) + CRDS 0,50 %, sur 98,25 % du brut jusqu'à quatre plafonds de la Sécurité sociale.
Insee, définition des cotisations sociales nettes ; Eurostat gov_10a_taxag, France 2024 ; Conseil constitutionnel, décision n° 90-285 DC du 28 décembre 1990.
C'est l'écart entre ce que l'employeur paie et ce que le salarié touche, rapporté au coût total. L'OCDE le définit ainsi : au numérateur, l'impôt sur le revenu + les cotisations salariales + les cotisations patronales, moins les prestations reçues ; au dénominateur, le coût du travail (salaire brut + cotisations patronales). Cas de référence : célibataire sans enfant au salaire moyen.
Ce qu'il n'inclut pas : la TVA, les impôts sur le patrimoine, l'impôt sur les sociétés. Le coin fiscal s'arrête au revenu net disponible. Y ajouter la TVA, comme ci-dessous, produit un chiffre utile mais qui n'est pas une statistique OCDE.
| Pour 100 € de coût employeur (2025) | France | Allemagne |
|---|---|---|
| Coût employeur | 100,00 € | 100,00 € |
| − cotisations patronales | −25,04 | −18,08 |
| = salaire brut | 74,96 € | 81,92 € |
| − cotisations salariales | −8,58 | −17,65 |
| − impôt sur le revenu (CSG-CRDS incluse) | −11,04 | −10,82 |
| = salaire net disponible | 55,34 € | 53,45 € |
| − TVA acquittée à la consommation (13,5 % du TTC) | −7,47 | −7,19 |
| = pouvoir d'achat réel | ≈ 47,9 € | ≈ 46,3 € |
Deux surprises. D'abord, la France et l'Allemagne finissent au même endroit — environ 47 € de pouvoir d'achat pour 100 € de coût employeur — malgré des chemins très différents : la France prélève massivement côté employeur (25 € contre 18), l'Allemagne côté salarié (17,7 € contre 8,6). Ensuite, sur les 100 € de départ, plus de la moitié n'atteint jamais la consommation du salarié.
Le coin fiscal OCDE stricto sensu (hors TVA) donne 47,2 % pour la France et 49,3 % pour l'Allemagne, contre 35,1 % en moyenne OCDE. Particularité française : 26,7 points sur 47,2 sont portés par le seul employeur, contre 13,5 en moyenne OCDE — le taux de cotisations patronales le plus élevé de l'OCDE.
Eurostat earn_nt_net (chaîne complète en euros, cas P1_NCH_AW100, 2025) ; OCDE Taxing Wages 2026 pour le coin fiscal ; TVA moyenne effective calculée en section suivante.
Le tableau précédent porte sur un cas unique : célibataire sans enfant au salaire moyen. Or le résultat français dépend énormément du niveau de salaire, bien plus qu'ailleurs. Voici les trois cas, hypothèses affichées.
France — barème de l'impôt sur les revenus 2025 (0 / 11 / 30 / 41 / 45 %, tranche à 45 % au-delà de 180 294 € par part), abattement de 10 % plafonné, CSG 9,20 % dont 6,80 déductible, CRDS 0,50 %, assiette 98,25 % du brut sous 4 plafonds. Cotisations patronales : barème 2026 avec la réduction générale dégressive unique, employeur de plus de 50 salariés, AT/MP au taux moyen.
États-Unis — impôt fédéral 2025 avec déduction standard, impôt d'État (le calcul au salaire moyen retient la moyenne représentative de l'OCDE ; les cas marginaux montrent la Californie et le Texas séparément), FICA 7,65 % de chaque côté avec plafond Social Security à 176 100 $, chômage fédéral et d'État côté employeur.
Consommation — TVA au taux effectif moyen de 13,5 % du TTC en France (recettes rapportées à la consommation) ; sales taxes américaines à environ 4,5 % de la dépense totale (le taux affiché est de l'ordre de 7,5 % mais l'assiette exclut les services, les loyers et souvent l'alimentation). Hypothèse commune : tout le net est consommé — ce qui est faux pour un haut revenu, voir les limites.
Ce que le coin fiscal américain n'inclut pas : l'assurance santé payée par l'employeur, qui n'est ni un impôt ni une cotisation aux États-Unis, alors qu'en France la même couverture passe par la cotisation patronale maladie à 13 % et par la CSG. C'est le correctif indispensable, chiffré plus bas.
| Sur 100 € de coût employeur | France, SMIC | France, salaire moyen | France, haut revenu (marginal) | É.-U., bas salaire | É.-U., salaire moyen | É.-U., haut revenu (Californie / Texas) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| − cotisations patronales | −3,4 | −26,7 | −23,2 | −7,4 | −7,4 | −1,4 |
| = salaire brut | 96,6 | 73,3 | 81,2 | 92,6 | 92,6 | 98,6 |
| − cotisations salariales | −10,9 | −8,3 | −0,3 | −7,1 | −7,1 | −2,3 |
| − CSG-CRDS | −9,2 | −7,0 | −7,9 | — | — | — |
| − impôt sur le revenu | −0,6 | −5,3 | −33,9 | −1,9 | −15,5 | −36,5 |
| − contribution exceptionnelle sur les hauts revenus | — | — | −3,0 | — | — | — |
| − impôt d'État | — | — | — | incl. | incl. | −13,1 / 0 |
| = net après impôt | 75,9 | 52,8 | 36,1 | 83,7 | 70,0 | 46,7 / 59,8 |
| coin fiscalo-social | 24,1 % | 47,2 % | 63,9 % | 16,3 % | 30,0 % | 53,3 / 40,2 % |
| − TVA ou sales tax | −10,2 | −7,1 | −4,9 | −3,8 | −3,2 | −2,1 / −2,7 |
| = pouvoir d'achat réel | ≈ 65,6 € | ≈ 45,7 € | ≈ 31,2 € | ≈ 79,9 € | ≈ 66,9 € | ≈ 44,6 / 57,1 € |
Sur 100 € de coût employeur, ce qui est prélevé
Célibataire sans enfant au salaire moyen, 2025. La longueur totale est le prélèvement ; les couleurs disent sur quoi il est assis. Unité de compte : un salarié, pas un ménage ni un foyer fiscal.
OCDE Taxing Wages 2026 (données 2025) ; barèmes Urssaf et Agirc-Arrco 2026 ; barème de l'impôt sur les revenus 2025 ; Eurostat gov_10a_taxag pour le taux effectif de TVA.
| Catégorie | Cotisations patronales | Cotisations salariales | Impôt sur le revenu |
|---|---|---|---|
| Belgique | 21,4 | 11,0 | 20,1 |
| Allemagne | 17,3 | 17,8 | 14,2 |
| France | 26,7 | 8,3 | 12,2 |
| Danemark | 0,7 | 0,0 | 35,1 |
| Moyenne OCDE | 13,5 | 8,1 | 13,4 |
| États-Unis | 7,5 | 7,1 | 15,4 |
Trois résultats à retenir.
Taux effectif de cotisations patronales selon le salaire
En % du salaire brut, barème 2026. Axe horizontal en multiples du SMIC.
Barème calculé par nos soins à partir de la réduction générale dégressive unique (décret du 4 septembre 2025, en vigueur au 1er janvier 2026) et des taux de cotisations patronales de droit commun publiés par l'Urssaf. Le taux effectif est le rapport des cotisations patronales dues au salaire brut, hors accidents du travail et hors régimes conventionnels.
| Abscisse | Taux patronal effectif |
|---|---|
| 1 | 3,5 |
| 1.199 | 20,4 |
| 1.5 | 30,4 |
| 1.599 | 32,6 |
| 2 | 37,4 |
| 2.501 | 41,0 |
| 3.001 | 41,7 |
| 3.501 | 42,3 |
| 6.002 | 42,3 |
| 8.789 | 42,3 |
| 8.801 | 38,0 |
| 17.499 | 38,0 |
| 17.602 | 23,2 |
| 22.001 | 23,2 |
Cela répond directement à une objection fréquente — « les hauts revenus contribuent surtout par les charges patronales, les plus élevées d'Europe ». La réponse est en trois temps. Oui en montant : un cadre à 150 000 € de brut génère environ 63 000 € de cotisations patronales contre 5 500 € pour un salarié au SMIC ; c'est pour lui le premier poste de prélèvement, devant l'impôt sur le revenu. Non en taux au-delà de 4 plafonds : le taux effectif décroît, les cotisations patronales sont régressives dans le haut de la distribution salariale. Non au sommet de la distribution des revenus, parce qu'il ne s'agit plus de salaires — voir la question suivante.
OCDE Taxing Wages 2026 (données 2025) ; barèmes Urssaf et Agirc-Arrco 2026 ; barème de l'impôt sur les revenus 2025 ; Eurostat gov_10a_taxag pour le taux effectif de TVA.
La France a quatre taux : 20 % (normal), 10 % (intermédiaire — restauration, transports, travaux d'amélioration du logement, médicaments non remboursés), 5,5 % (réduit — alimentation, énergie, livres, protections hygiéniques, rénovation énergétique) et 2,1 % (super-réduit — médicaments remboursables, presse).
Le taux moyen effectivement supporté ressort autour de 15,6 % sur une base hors taxe, soit 4,4 points sous le taux normal de 20 % — écart entièrement dû aux taux réduits et aux exonérations.
Comparaison éclairante : l'Allemagne obtient un taux moyen effectif quasi identique (15,5 %) avec un taux normal plus bas (19 %). Elle compense par une assiette nettement plus large — d'où des recettes de TVA de 9,4 % du PIB contre 7,1 % en France. Le taux nominal affiché est un très mauvais indicateur de ce que supporte réellement un ménage.
Eurostat gov_10a_taxag (D211) et nama_10_gdp (P31_S14), 2024. Le taux moyen effectif est un calcul dérivé, non une statistique publiée.
La répartition de l’effort le long de la distribution des revenus, ce que la redistribution corrige, et le premier poste de la dépense : les prestations sociales.
Trois choses à distinguer, souvent mélangées.
Environ 44 à 45 % des foyers fiscaux sont imposables à l'IR, une proportion en baisse depuis vingt ans. Le décile supérieur en acquitte de l'ordre de 70 à 75 %, et le 1 % le plus riche environ un quart. Barème 2026 : 0 % jusqu'à 11 600 €, puis 11 %, 30 %, 41 % et 45 % au-delà de 181 917 € par part.
Sur 1 323 Md€ de prélèvements, l'impôt sur le revenu de l'État représente 112 Md€. La TVA (206 Md€) est acquittée par la quasi-totalité des ménages, y compris non imposables. Les cotisations (482 Md€) concernent tous les salariés. Le système est bien plus contributif pour les ménages modestes que le débat sur « ceux qui paient l'impôt » ne le suggère.
C'est un point rarement fait, et il est important. Un cadre à 100 000 € de salaire brut génère, avec des cotisations patronales parmi les plus élevées d'Europe (26,7 points du coût du travail), une contribution au financement de la protection sociale très supérieure à son impôt sur le revenu. Les cotisations employeurs représentent à elles seules 293 Md€, soit 2,6 fois l'IR. Raisonner sur le seul impôt sur le revenu pour dire qui « paie » sous-estime massivement la contribution des salaires élevés.
Sur données fiscales 2016 et une définition économique du revenu (incluant les bénéfices non distribués des sociétés détenues), l'IPP mesure un taux global d'imposition d'environ 46 % pour les 0,1 % les plus riches, contre environ 26 % pour les milliardaires. La raison : au sommet, le revenu provient majoritairement de bénéfices d'entreprise non distribués, taxés à l'IS plutôt qu'au barème.
Sur le reste de la distribution, le modèle TAXIPP de l'Institut des politiques publiques, qui répartit la totalité des prélèvements — impôt sur le revenu, CSG, cotisations salariales et patronales, TVA, impôts indirects, impôts sur le capital — donne un profil plat sur presque toute la distribution, puis régressif au sommet :
| Taux global de prélèvement, tous prélèvements confondus | % |
|---|---|
| Premier décile | ≈ 43 |
| Médiane | ≈ 46 |
| P90-P95 (maximum de la courbe) | ≈ 47 |
| Centile supérieur | ≈ 45 |
| Millile supérieur | ≈ 42 |
Trois mécanismes produisent cet aplatissement : les cotisations sont partiellement plafonnées et pèsent donc proportionnellement plus sur les bas et moyens revenus ; la CSG à 9,70 % est strictement proportionnelle et écrase la progressivité d'ensemble ; les impôts indirects sont régressifs rapportés au revenu, puisque le taux d'épargne croît avec le revenu. Le décrochage commence vers le 95ᵉ centile.
IPP, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », 2023 ; Bozio et al., 2018 ; Eurostat gov_10a_taxag ; barème IR service-public.gouv.fr.
| Revenus de 2024, imposition en 2025 | Valeur |
|---|---|
| Foyers fiscaux | 41,5 millions |
| Foyers imposables | 19,6 M — 47 % |
| Foyers non imposables | 21,9 M — 53 % |
| Impôt sur le revenu net | 92 Md€ (+9,9 %) |
| Part acquittée par le dernier décile | ≈ 74 % |
| Impôt moyen, dernier décile | 16 395 € (revenu fiscal moyen 65 532 €) |
| Impôt moyen, centile supérieur | 73 078 € (213 672 €) |
| Impôt moyen, millile supérieur | 312 098 € (916 590 €) |
| Impôt moyen, premier décile | −31 € (crédit d'impôt net) |
| 481 foyers déclarant plus de 9 M€ | 1,94 Md€ au total, soit ≈ 4 M€ chacun — taux effectif 18 % |
Les chiffres de ce chapitre n’ont pas tous la même unité de compte, et confondre deux d’entre elles suffit à inverser une conclusion. Quatre unités circulent.
La règle pratique : avant de comparer deux chiffres de ce dossier, vérifier qu’ils partagent la même unité. Un montant par ménage rapporté à un montant par habitant se trompe d’un facteur voisin de deux ; par foyer fiscal, d’un facteur variable selon la structure des couples.
L'affirmation « les 10 % les plus aisés paient les trois quarts de l'impôt » est donc exacte — 74 % sur les revenus de 2024, 76 % sur ceux de 2023. Mais elle ne porte que sur l'impôt sur le revenu au barème, soit 92 Md€ sur environ 1 272 Md€ de prélèvements obligatoires, c'est-à-dire 7 % du total. Rapportée à l'ensemble des prélèvements, la concentration est très inférieure, comme le montre la courbe TAXIPP ci-dessus. Les deux énoncés — « les riches paient les trois quarts de l'impôt » et « le système est globalement plat » — sont simultanément vrais, parce qu'ils ne parlent pas du même prélèvement.
DGFiP Statistiques n° 41, novembre 2025 (revenus 2024) et n° 32, avril 2025 (revenus 2023) ; IPP, Fiscalité et redistribution en France, 1997-2012, modèle TAXIPP.
Les profils de taux ne disent rien des masses. Voici les deux, sur la même base : la répartition par l'Insee de la totalité des prélèvements — cotisations employeurs comprises, TVA comprise, impôts de production compris — entre les dix déciles de niveau de vie.
Masse prélevée par décile de niveau de vie
En milliards d'euros, 2023. Tous prélèvements confondus, cotisations et impôts indirects inclus.
Calcul par nos soins à partir de l'Insee, La redistribution monétaire (France, portrait social 2025) et Insee Analyses n° 88 (La redistribution élargie), données 2023. Périmètre : ensemble des prélèvements — cotisations sociales, impôts directs, impôts sur la production et la consommation — rapportés au revenu primaire élargi de chaque décile. Les masses en milliards sont obtenues en appliquant les taux publiés aux revenus primaires élargis par décile.
| Catégorie | Cotisations sociales | Impôts sur le revenu et le patrimoine | Impôts sur la production et la consommation |
|---|---|---|---|
| D1 | 5,9 | 5,2 | 18,3 |
| D2 | 14,9 | 4,7 | 21,3 |
| D3 | 22,3 | 8,1 | 26,0 |
| D4 | 31,0 | 11,3 | 29,8 |
| D5 | 39,2 | 14,3 | 32,6 |
| D6 | 45,3 | 18,6 | 37,0 |
| D7 | 57,2 | 23,5 | 40,7 |
| D8 | 71,1 | 32,5 | 45,8 |
| D9 | 91,9 | 47,2 | 52,2 |
| D10 | 164,2 | 185,7 | 72,8 |
Le taux de prélèvement, décomposé
En % du revenu primaire élargi du décile, 2023.
Mêmes sources et même périmètre que le graphique précédent : Insee, La redistribution monétaire et Insee Analyses n° 88, données 2023. Le dénominateur est le revenu primaire élargi, qui inclut les revenus du capital non distribués — ce choix de dénominateur explique l'essentiel de la forme de la courbe au premier et au dernier décile.
| Catégorie | Cotisations sociales | Impôts sur la production et la consommation |
|---|---|---|
| D1 | 21,9 | 67,8 |
| D2 | 25,8 | 36,9 |
| D3 | 25,5 | 29,7 |
| D4 | 26,3 | 25,3 |
| D5 | 27,6 | 22,9 |
| D6 | 27,2 | 22,2 |
| D7 | 28,4 | 20,2 |
| D8 | 28,6 | 18,4 |
| D9 | 29,0 | 16,5 |
| D10 | 22,9 | 10,1 |
| 2023 | D1 | D2 | D3 | D4 | D5 | D6 | D7 | D8 | D9 | D10 | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Revenu primaire élargi, Md€ | 27 | 58 | 88 | 118 | 142 | 167 | 201 | 249 | 317 | 718 | 2 083 |
| Prélèvements, Md€ | 29 | 41 | 56 | 72 | 86 | 101 | 121 | 149 | 191 | 423 | 1 271 |
| Prestations monétaires, Md€ | 37 | 50 | 55 | 55 | 57 | 59 | 60 | 63 | 68 | 87 | 592 |
| Transferts en nature, Md€ | 89 | 96 | 83 | 83 | 72 | 72 | 71 | 63 | 65 | 52 | 745 |
| Solde net | +97 | +105 | +82 | +66 | +43 | +30 | +10 | −23 | −58 | −284 | +66 |
| Prélèvements par unité de consommation, € | 6 400 | 8 800 | 11 900 | 15 100 | 18 200 | 21 500 | 25 700 | 31 700 | 41 100 | 89 800 | 27 000 |
Le point de bascule est entre le septième et le huitième décile. Jusqu'à D7 inclus, un ménage reçoit davantage — prestations monétaires plus services publics en nature — qu'il ne verse. À partir de D8, il verse davantage. Le dernier décile est contributeur net à hauteur de 284 Md€ par an.
Trois lectures, toutes exactes, à ne pas confondre. « Les 10 % les plus aisés paient les trois quarts de l'impôt sur le revenu » — vrai, mais l'impôt sur le revenu ne pèse que 7 % des prélèvements. « Le dernier décile acquitte un tiers de tous les prélèvements » — vrai aussi, et c'est la mesure la plus complète. « Le taux de prélèvement est presque plat » — vrai également, parce que le dernier décile concentre 34 % des revenus primaires : il paie un tiers des prélèvements parce qu'il perçoit un tiers des revenus.
Insee Analyses n° 118 et 119, Revenus des ménages élargis à l'ensemble de l'économie en 2023, comptes nationaux distribués, base 2020.
Le taux du premier décile dépasse 100 % (109,3 %) et ce n'est pas une erreur : les déciles sont classés sur le niveau de vie après redistribution élargie, si bien que D1 concentre des personnes à revenu primaire quasi nul — retraités, inactifs — qui acquittent malgré tout TVA et CSG. Ce taux n'est donc pas comparable au « taux de prélèvement » au sens du modèle TAXIPP, qui rapporte les prélèvements au revenu primaire d'actifs classés sur ce même revenu.
Le dénominateur est le revenu primaire élargi, un concept de comptabilité nationale — d'où un taux moyen de 61 % qui n'a rien à voir avec le taux de prélèvements obligatoires de 43 % du PIB : les périmètres diffèrent au numérateur comme au dénominateur.
Surtout, la répartition de l'impôt sur les sociétés et des impôts de production entre déciles repose sur des hypothèses d'incidence fortes — l'impôt sur les sociétés est attribué aux détenteurs de capital, les impôts de production sont supposés répercutés dans les prix. Changer d'hypothèse déplace des masses importantes, surtout au premier et au dernier décile. De même, les cotisations employeurs sont ici imputées aux salariés, le revenu de référence étant en « super-brut ».
Enfin, la ventilation du poste « production et consommation » entre TVA, accises et impôts de production n'est pas publiée par décile : ce bloc de 377 Md€ ne doit pas être présenté comme « la TVA », qui n'en représente qu'un peu plus de la moitié.
C'est l'objection classique au tableau précédent, et la réponse dépend entièrement de ce à quoi on rapporte la TVA.
| TVA acquittée, rapportée à… | D1 | D10 | Verdict |
|---|---|---|---|
| …au revenu disponible (taux d'effort) | 12,5 % | 4,7 % | Nettement régressive — rapport de 2,7 à 1 |
| …à la consommation hors loyers (taux apparent) | 12,6 % | 13,4 % | Légèrement progressive |
| …à la consommation, loyers inclus | 9,3 % | 10,6 % | Légèrement progressive |
Les deux constats sont exacts et ne se contredisent pas. Rapportée à ce qu'elle taxe — la consommation —, la TVA française est très légèrement progressive : les ménages aisés consomment davantage de biens taxés au taux normal, les modestes davantage d'alimentation à 5,5 %. La régressivité vient donc entièrement du fait que le taux d'épargne croît avec le revenu : le premier décile consomme la totalité de son revenu, le dernier en épargne une part importante, qui échappe mécaniquement à la taxation de la consommation cette année-là.
Ce que cela implique pour le débat. Dire que « la TVA frappe les pauvres » est exact au sens du taux d'effort. Mais la structure des taux réduits ne fait pas la régressivité — elle la corrige légèrement. Un débat sur les taux réduits de TVA n'est donc pas un débat sur la progressivité du système : il porte sur environ un point d'écart, quand le mécanisme d'épargne en produit huit.
B. Boutchenik, Les effets redistributifs de la TVA, rapport particulier pour le Conseil des prélèvements obligatoires, 2015.
L'affirmation selon laquelle, tout en haut de la distribution, le revenu provient de bénéfices non distribués appelle une objection juridique sérieuse : les bénéfices mis en réserve appartiennent à la société, personne morale distincte, et un dirigeant qui puiserait dans la trésorerie sociale pour ses dépenses personnelles commettrait un délit. C'est exact. Il faut donc être précis sur ce que l'objection réfute et ce qu'elle ne réfute pas.
La société commerciale a la personnalité morale et un patrimoine propre. L'associé n'a sur les bénéfices qu'un droit de créance conditionnel, qui ne devient exigible qu'à la décision de distribution votée en assemblée générale. Tant que le bénéfice est en réserve, l'actionnaire n'en est pas propriétaire et ne peut pas en disposer. L'usage des biens ou du crédit de la société contraire à l'intérêt social, à des fins personnelles, est réprimé comme abus de biens sociaux — articles L. 241-3 du code de commerce pour les sociétés à responsabilité limitée et L. 242-6 pour les sociétés anonymes, avec des peines aggravées lorsque l'infraction passe par des comptes ou des structures à l'étranger.
Le mécanisme décrit par les économistes n'est pas un détournement, c'est un report. Une société réalise 100 de bénéfice, paie 25 d'impôt sur les sociétés, met 75 en réserve. Les capitaux propres augmentent de 75, la valeur de l'entreprise augmente d'autant, et le patrimoine de l'actionnaire s'accroît de 75 sans qu'aucun impôt personnel ne soit dû. L'imposition personnelle est différée jusqu'à la distribution ou la cession — et peut, dans certains cas, ne jamais intervenir.
Ce qui rend l'objection juridique moins décisive qu'elle n'en a l'air, c'est le cas particulier — statistiquement dominant au sommet — de la holding patrimoniale contrôlée : l'actionnaire y est lui-même l'organe qui décide de ne pas distribuer. La non-distribution n'est plus une contrainte subie, c'est un choix, et la valeur immobilisée reste mobilisable par des voies parfaitement légales :
| Voie | Mécanisme | Coût fiscal |
|---|---|---|
| Régime mère-fille | Détention d'au moins 5 % pendant 2 ans : les dividendes remontent à la holding exonérés d'impôt sur les sociétés, hors quote-part de frais et charges de 5 % | ≈ 1,25 % du dividende |
| Intégration fiscale | Détention d'au moins 95 % : consolidation des résultats, quote-part ramenée à 1 % | ≈ 0,25 % |
| Cession de titres | Vente, plus-value taxée au prélèvement forfaitaire unique | 30 % |
| Apport-cession (art. 150-0 B ter) | Apport des titres à une holding contrôlée : report d'imposition de la plus-value. La holding revend ensuite quasiment sans plus-value | report, potentiellement définitif |
| Donation avant cession | La donation purge la plus-value latente : le donataire reprend comme prix de revient la valeur retenue pour les droits de mutation et revend sans plus-value taxable | droits de donation seuls |
| Emprunt garanti par les titres | Nantissement et emprunt : de la liquidité sans fait générateur fiscal, un emprunt n'étant pas un revenu | aucun impôt personnel |
L'Institut des politiques publiques rattache les bénéfices non distribués des sociétés contrôlées — seuil de 10 % du capital, avec remontée en cascade des holdings — au revenu économique du foyer, et rapporte à ce revenu l'ensemble des impôts, impôt sur les sociétés compris. Résultat, sur données 2016 :
| Fractile | Taux effectif rapporté au revenu économique |
|---|---|
| P99 – P99,9 | ≈ 46 % (maximum de la courbe) |
| Millile supérieur | ≈ 40 % |
| Top 0,01 % — 3 780 foyers | ≈ 32-33 % |
| Top 0,001 % — 378 foyers | ≈ 28-30 % |
| Les 75 foyers les plus riches | ≈ 26 % |
Attention à une confusion très répandue : le chiffre de « 2 % » qui circule ne désigne pas le taux d'imposition des milliardaires. Il désigne la part de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur la fortune pris isolément dans leur revenu économique. Leur taux effectif global est d'environ 26 %, et il est presque entièrement constitué d'impôt sur les sociétés.
Les bénéfices non distribués ne sont pas exonérés : ils supportent l'impôt sur les sociétés à 25 % avant d'être mis en réserve. Le taux cumulé théorique, si le bénéfice est distribué, atteint 47,5 % (25 % d'impôt sur les sociétés, puis 30 % de prélèvement forfaitaire sur le solde), soit 50,5 % avec la contribution exceptionnelle et environ 57 % sur option pour le barème. C'est au-dessus du taux marginal du barème.
Le litige ne porte donc pas sur l'existence d'une imposition, mais sur trois questions distinctes : le moment — différer 22,5 points de prélèvement pendant vingt ans à 5 % de rendement en réduit la charge réelle d'environ 60 % ; la probabilité de réalisation — donation avant cession, transmission au décès et emprunt garanti permettent que la seconde couche n'intervienne jamais ; et le taux effectif constaté — 26 % mesuré contre 47,5 % théoriques.
Ce qui a changé depuis. La loi de finances pour 2025 a créé une contribution différentielle sur les hauts revenus, garantissant un taux minimal de 20 % au-delà de 250 000 € de revenu fiscal (500 000 € pour un couple), reconduite en 2026 ; rendement attendu 1,5 à 2 Md€, évaluation de l'IPP plus prudente à 1,2 Md€. Mais elle est assise sur le revenu fiscal : elle corrige l'écart entre le prélèvement forfaitaire et le barème pour les revenus déjà distribués, et ne touche pas les bénéfices non distribués des holdings, qui n'entrent pas dans cette assiette.
Code de commerce, art. L. 241-3 et L. 242-6 ; code général des impôts, art. 145, 216, 223 A et 150-0 B ter ; IPP, Note n° 92, Quels impôts les milliardaires paient-ils ?, juin 2023, version actualisée mai 2025 ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025, art. 10 ; Sénat, rapport général PLF 2026.
| 2024 | Avant redistribution | Après redistribution |
|---|---|---|
| 10 % les plus modestes (D1) | 4 710 € | 11 960 € |
| 20 % les plus modestes (Q1) | 9 090 € | 14 100 € |
| 20 % les plus aisés (Q5) | 74 980 € | 58 690 € |
| 10 % les plus aisés (D10) | 99 300 € | 74 410 € |
| Rapport interdécile D10/D1 | 21,1 | 6,2 |
| Rapport interquintile Q5/Q1 | 8,3 | 4,2 |
Montants moyens par unité de consommation : prélèvements −5 240 €, prestations +1 770 €. La réduction des inégalités vient à 59,7 % des prestations sociales et à 40,3 % des prélèvements directs (dont 31,7 points pour le seul impôt sur le revenu).
En intégrant les services publics en nature (santé, éducation), cette « redistribution élargie » améliore le niveau de vie de 57 % de la population, avec un effet sur les inégalités environ deux fois plus ample que la seule redistribution monétaire.
Insee, France, portrait social 2025, fiche 20 ; Insee Analyses n° 88.
C'est le premier poste de la dépense publique et celui qui a le plus gonflé depuis cinquante ans. Avant de le décomposer, il faut régler un piège de périmètre qui vaut près de 200 milliards d'euros.
« Les prestations sociales représentent 25 % du PIB » et « elles représentent 32 % du PIB » sont deux affirmations vraies qui ne mesurent pas la même chose. Les comptes de la protection sociale de la DREES couvrent tous les régimes qui versent des prestations, publics comme privés collectifs ; la comptabilité nationale ne retient que les prestations versées par les administrations publiques.
| 2024 | Montant | % du PIB | Producteur |
|---|---|---|---|
| Prestations sociales, comptes de la protection sociale | 932,5 Md€ | 31,9 % | DREES, CPS édition 2025 |
| Dépenses totales de protection sociale (prestations + gestion + divers) | 982,2 Md€ | 33,6 % | DREES, CPS 2025 |
| Prestations sociales des administrations publiques | 747,6 Md€ | ≈ 25,6 % | Insee, comptes nationaux |
| Dépenses publiques totales | 1 670,2 Md€ | 57,1 % | Insee, 2024 |
Rapporté à la population, cela fait 13 650 € de prestations par habitant et par an au périmètre le plus large. Le reste de cette fiche utilise le périmètre DREES, le seul qui permette une ventilation fine par risque.
Les prestations sociales par risque
France, 2024, en milliards d'euros. Deux risques font 82 % du total.
DREES, La protection sociale en France et en Europe, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Vieillesse et survie | 426,7 |
| Santé (maladie, invalidité, AT-MP) | 338,9 |
| Famille | 65,8 |
| Emploi et chômage | 51,1 |
| Pauvreté et exclusion | 34,0 |
| Logement | 16,1 |
| Risque | Montant 2024 | % du total | % du PIB | € / habitant | Évolution 2024/2023 |
|---|---|---|---|---|---|
| Vieillesse et survie | 426,7 Md€ | 45,8 % | 14,6 % | 6 250 € | +6,5 % |
| Santé | 338,9 Md€ | 36,3 % | 11,6 % | 4 950 € | +4,0 % |
| — dont maladie | 277,9 Md€ | 29,8 % | 9,5 % | — | +3,8 % |
| — dont invalidité | 53,8 Md€ | 5,8 % | ≈ 1,8 % | — | +5,2 % |
| — dont accidents du travail et maladies professionnelles | 7,2 Md€ | 0,8 % | ≈ 0,25 % | — | +4,2 % |
| Famille | 65,8 Md€ | 7,1 % | 2,3 % | 950 € | +4,7 % |
| Emploi et chômage | 51,1 Md€ | 5,5 % | 1,8 % | 750 € | +3,8 % |
| Pauvreté et exclusion | 34,0 Md€ | 3,6 % | 1,2 % | 500 € | −3,3 % |
| Logement | 16,1 Md€ | 1,7 % | 0,5 % | 250 € | +1,9 % |
| Total | 932,5 Md€ | 100 % | 31,9 % | 13 650 € | +4,8 % |
| Vieillesse et survie — 426,7 Md€ | Montant | Part du risque |
|---|---|---|
| Droits directs (pensions de retraite) | 352,2 Md€ | 82,6 % |
| Droits dérivés (réversion) | 40,9 Md€ | 9,6 % |
| Dépendance et perte d'autonomie | 11,2 Md€ | 2,6 % |
| Minimum vieillesse et ASPA | 4,9 Md€ | 1,2 % (+9,3 %) |
| Santé — 338,9 Md€ | Montant | Évolution |
|---|---|---|
| Soins de santé (prestation en nature) | 211,5 Md€ | +3,3 % |
| Indemnités journalières (en espèces) | 16,8 Md€ | +7,5 % — le poste le plus dynamique |
| Médico-social personnes âgées | 16,2 Md€ | +5,0 % |
| Accueil, accompagnement et hébergement du handicap | 19,2 Md€ | — |
| AAH | 13,8 Md€ | +8,8 % — effet de la déconjugalisation |
| Pensions et rentes d'invalidité | 9,7 Md€ | — |
| Prestation de compensation du handicap | 2,4 Md€ | — |
| Pensions et rentes accidents du travail | 5,9 Md€ | — |
| Famille — 65,8 Md€ | Montant | Bénéficiaires |
|---|---|---|
| Allocations familiales | 13,8 Md€ | 4 955 000 foyers |
| Aide sociale à l'enfance | 11,1 Md€ | — |
| Crèches et modes d'accueil (en nature) | 7,5 Md€ | — |
| Accueil du jeune enfant (PAJE) | 7,3 Md€ | 1 837 000 |
| Maternité | 4,5 Md€ | — |
| Allocation de rentrée scolaire | 2,2 Md€ | 2 951 000 |
| Emploi et chômage — 51,1 Md€ | Montant | Effectif mensuel moyen |
|---|---|---|
| Indemnisation du chômage | 45,6 Md€ (89,1 %) | — |
| — allocation de retour à l'emploi (ARE) | 32,9 Md€ | 2 455 000 |
| — allocation de solidarité spécifique (ASS) et prestations d'État | 1,8 Md€ | 254 000 |
| — allocation de sécurisation professionnelle | 1,7 Md€ (+34,0 %) | 62 000 |
| Insertion et réinsertion professionnelle | 5,6 Md€ (−6,2 %) | — |
| — aides à la formation de France Travail | 0,9 Md€ (−29,0 %) | — |
| Pauvreté, exclusion et logement — 50,1 Md€ | Montant | Bénéficiaires | Montant moyen |
|---|---|---|---|
| RSA | 12,0 Md€ | 1 835 000 foyers | 563 €/mois |
| Prime d'activité | 10,6 Md€ | 4 652 000 foyers | ≈ 190 €/mois |
| Bourses de l'enseignement supérieur | 2,6 Md€ | — | — |
| Prestations des CCAS et CIAS | 2,5 Md€ | — | — |
| Chèque énergie | 0,8 Md€ (−51,7 %) | — | — |
| APL | 7,1 Md€ | 2 676 000 | — |
| ALS | 5,5 Md€ | 2 303 000 | — |
| ALF | 3,3 Md€ | 836 000 | — |
| Total aides au logement | 16,1 Md€ | 5 815 000 | ≈ 231 €/mois |
DREES, comptes de la protection sociale, édition 2025, données 2024, fiches 05 à 11 ; CNAF, données au T3 2025 pour le montant moyen de RSA ; Unédic, indicateurs de mai 2025. Les montants moyens des aides au logement et de la prime d'activité sont nos calculs (montant total divisé par le nombre de bénéficiaires et par douze) : la DREES ne les publie pas sous cette forme.
Deux remarques sur la dynamique 2024. La baisse de 3,3 % du risque pauvreté-exclusion ne traduit pas une baisse de la pauvreté : elle s'explique très largement par l'extinction du chèque énergie. Et le risque logement est le seul en recul structurel — six années consécutives de repli avant 2023, effectifs toujours en baisse, part du PIB tombée à 0,5 %.
Un pays qui rembourse des soins (prestation en nature) et un pays qui verse une indemnité (prestation en espèces) n'apparaissent pas de la même façon dans les statistiques de transferts, alors que le service rendu au ménage peut être identique. Dans l'UE-27, 64,7 % des prestations sont versées en espèces et 35,3 % en nature.
Prestations sociales rapportées au PIB
2024. La France est deuxième de l'Union.
DREES / Eurostat, base SESPROS, données 2024, fiche 12.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Finlande | 32,5 |
| France | 31,9 |
| Allemagne | 29,8 |
| Italie | 28,3 |
| UE-27 | 27,3 |
Les mêmes prestations, par habitant en parité de pouvoir d'achat
2024. Le classement s'inverse.
DREES / Eurostat, base SESPROS, données 2024, fiche 12. Les valeurs Pays-Bas, Suède et Danemark n'ont pas pu être extraites avec la précision requise et ne figurent pas ici.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Allemagne | 16 000 |
| France | 13 620 |
| UE-27 | 12 190 |
| Italie | 12 056 |
| Structure des prestations, 2024 | France | Allemagne | Italie | UE-27 |
|---|---|---|---|---|
| Vieillesse et survie | 46 % | 51 % | > 50 % | 47 % |
| Maladie | 30 % | 27 % | 22 % | 30 % |
| Autres risques | 24 % | ≈ 22 % | ≈ 28 % | 23 % |
La structure française est remarquablement proche de la moyenne européenne. C'est le niveau qui diffère, pas la répartition.
Les retraites françaises pèsent 14,6 % du PIB contre 12,8 % pour l'UE-27. Mais rapportées au nombre de personnes concernées, en euros PPA par personne de 65 ans et plus, les écarts s'effacent presque entièrement : France 29 100 €, Allemagne 29 200 €, Italie 29 700 €, Pays-Bas 30 700 €, UE-27 26 500 €. La France n'est pas plus généreuse par retraité que ses voisins ; elle a simplement plus de retraités relativement à sa population active, et un départ plus précoce. Complément : le niveau de vie relatif des seniors français est de 0,94 contre 0,90 dans l'UE-27 et 0,82 en Suède.
La distinction est essentielle et rarement faite proprement. Ce que les sources permettent de trancher :
Un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine au-delà de 100 M€, visant environ 1 800 foyers fiscaux. Le débat public a porté sur son rendement, et l’écart entre les chiffrages est le plus large qu’on rencontre dans ce dossier : de 20 Md€ à une perte nette, pour la même mesure.
| Qui chiffre | Rendement annuel | Part des 152,5 Md€ de déficit | Hypothèse déterminante |
|---|---|---|---|
| Gabriel Zucman, fourchette haute | 25 Md€ | 16,4 % | Assiette pleine, réaction des contribuables supposée faible |
| Gabriel Zucman, chiffre le plus cité | 20 Md€ | 13,1 % | 2 % sur le patrimoine au-delà de 100 M€, environ 1 800 foyers |
| Gabriel Zucman, fourchette basse | 15 Md€ | 9,8 % | Même assiette, évitement partiel |
| Sept économistes, tribune Le Monde | ≈ 5 Md€ | 3,3 % | « Pour 1 € prélevé mécaniquement, seul 0,25 € se traduit en recettes » |
| Ministère de l’Économie, pré-rapport de juin 2025 | ≈ 4 Md€ | 2,6 % | Assiette resserrée, comportements intégrés |
| Variante gouvernementale : 0,5 % hors actifs professionnels | ≈ 2 Md€ | 1,3 % | Taux quatre fois plus bas, outil de travail exclu |
| Collectif « Trop c’est trop » (acteur engagé) | −10 à −20 Md€ | perte nette | Exil fiscal coûtant 1,3 à 1,8 point de PIB |
| Pour mémoire, charge annuelle de la dette | ≈ 65 Md€ | 42,6 % | Le repère qui situe l’ordre de grandeur |
Gabriel Zucman, proposition d’impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 M€ (environ 1 800 foyers fiscaux), et travaux associés de l’Institut des politiques publiques sur le taux d’imposition effectif des centimillionnaires et des milliardaires.
Tribune de sept économistes — dont Philippe Aghion et Antoine Lévy — dans Le Monde, contestant le rendement annoncé : selon eux, « pour 1 € prélevé mécaniquement, seul 0,25 € se traduit en recettes » une fois les ajustements de comportement pris en compte.
Ministère de l’Économie et des Finances, pré-rapport de juin 2025 sur l’imposition minimale des hauts patrimoines, et variante gouvernementale d’un impôt minimal différentiel de 0,5 % hors actifs professionnels.
Étude du collectif patronal « Trop c’est trop », concluant à une perte fiscale nette de 10 à 20 Md€ sous l’hypothèse d’un exil des entrepreneurs coûtant 1,3 à 1,8 point de PIB. Acteur engagé du débat, cité pour borner la fourchette basse, pas comme producteur de statistique.
Toutes ces estimations partent de la même assiette. Ce qui les sépare, c’est la réaction supposée des contribuables : transformation de la détention, donation, changement de résidence fiscale. Les sept économistes l’énoncent crûment — « pour 1 € prélevé mécaniquement, seul 0,25 € se traduit en recettes ». Personne ne dispose d’un contrefactuel : la France n’a jamais appliqué d’impôt plancher sur le patrimoine, et les comparaisons étrangères portent sur des dispositifs de seuils et d’assiettes différents.
La dernière ligne du tableau vient d’un acteur engagé du débat, pas d’un producteur de statistique. Elle est citée pour borner la fourchette, symétriquement aux 25 Md€ des promoteurs, et son hypothèse d’exil — 1,3 à 1,8 point de PIB — n’est pas mesurée.
Le déficit public 2025 s’établit à 152,5 Md€, soit 5,1 % du PIB. Même retenu à son chiffrage le plus favorable, l’impôt en couvrirait un huitième ; au chiffrage de Bercy, un trentième. Le repère le plus parlant est ailleurs : 20 Md€, c’est environ un tiers de la charge annuelle de la dette.
Rejeté au Sénat en juin 2025 (129 pour, 188 contre), puis à l’Assemblée nationale le 31 octobre 2025 lors de l’examen du budget 2026 (172 pour, 228 contre), et de nouveau au Sénat. La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026 après engagement de responsabilité, retient à la place deux dispositifs bien plus étroits : la pérennisation de la contribution différentielle sur les hauts revenus — environ 1,5 Md€ attendus, rendement effectif inférieur — et une taxe de 20 % sur les biens de luxe logés dans certaines holdings patrimoniales, là où le projet initial visait 2 % sur une assiette large.
Comptes rendus parlementaires : rejet au Sénat en juin 2025 (129 pour, 188 contre), rejet à l’Assemblée nationale le 31 octobre 2025 lors de l’examen du budget 2026 (172 pour, 228 contre), puis nouveau rejet au Sénat. La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026 après engagement de responsabilité, retient à la place la pérennisation de la contribution différentielle sur les hauts revenus et une taxe de 20 % sur les biens de luxe logés dans certaines holdings patrimoniales.
Mis à jour : 2026-08