21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Point de méthode valable pour tout le thème : la vacance est concentrée là où la demande est faible, pas là où la crise est aiguë.
| 2024 | Part médiane du revenu | Surcharge (>40 %), ensemble | Surcharge, locataires du privé | Propriétaires |
|---|---|---|---|---|
| France | 18,5 % | 7,0 % | 20,2 % | 61,2 % |
| Allemagne | 24,5 % | 12,0 % | 13,8 % | 47,2 % |
| Pays-Bas | 20,5 % | 6,9 % | 43,9 % | 68,8 % |
| Espagne | 16,7 % | 7,8 % | 28,1 % | 73,7 % |
| Italie | 13,6 % | 5,1 % | 19,4 % | 75,9 % |
| UE-27 | 19,2 % | 8,2 % | 19,2 % | 68,4 % |
Eurostat, ilc_mded01 (part médiane du revenu consacrée au logement) et ilc_lvho07a (taux de surcharge des dépenses de logement, seuil de 40 % du revenu disponible), données 2024, statistiques sur les revenus et conditions de vie (SILC). Le périmètre des « dépenses de logement » inclut les charges et l'énergie et diffère du loyer seul.
Trois résultats contre-intuitifs. L'Allemagne, pays le plus locataire du panel (52,8 % de locataires), affiche la part médiane la plus élevée (24,5 %) et le taux de surcharge global le plus élevé (12,0 %) — mais le plus faible pour ses locataires du privé (13,8 %) — un point qui demande explication, et qui la reçoit dans la question suivante. Les Pays-Bas combinent un taux global très bas et un taux de surcharge record pour les locataires du privé (43,9 %) : leur parc social absorbe l'essentiel des ménages modestes, laissant un secteur privé résiduel et cher. La France est en position médiane, avec un écart de 1 à 18 entre propriétaires sans emprunt (1,4 %) et locataires du privé (20,2 %).
Royaume-Uni — le ratio prix des logements / revenu disponible médian s'établit à 7,9 en Angleterre (prix médian 290 000 £, revenu médian 37 000 £), 5,4 au pays de Galles, 5,3 en Écosse. Sur 317 autorités locales d'Angleterre et du pays de Galles, seules 29 (9,1 %) affichent un ratio inférieur à 5, contre 69 % en 1999.
États-Unis — 42,9 millions de ménages consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement : 20,3 millions de propriétaires (24 %) et 22,6 millions de locataires (50 % des locataires), dont 12,1 millions au-delà de 50 % du revenu. La part médiane du revenu consacrée au loyer brut est de 31 %.
Le tableau précédent montre que l'Allemagne, pays le plus locataire d'Europe, a le plus faible taux de surcharge parmi ses locataires du privé. Cela paraît contredire ce que dit ailleurs ce document sur l'encadrement des loyers en France. Il n'y a pas de contradiction, mais il y a deux dispositifs très différents qu'on désigne par le même mot.
1. L'encadrement de l'évolution des loyers — issu de la loi de 1989 et reconduit par décret annuel. Portée large : toutes les zones tendues, soit 28 agglomérations et environ 1 150 communes. Il plafonne la hausse à la relocation et au renouvellement sur l'indice de référence des loyers. Il ne dit rien du niveau du loyer.
2. L'encadrement du niveau des loyers — expérimentation issue de la loi de 2018. Le préfet fixe par secteur un loyer de référence, un plafond majoré de 20 % et un plancher minoré de 30 %. Portée étroite et volontaire : Paris depuis juillet 2019, Lille depuis mars 2020, Plaine Commune et Est Ensemble en Seine-Saint-Denis, Lyon et Villeurbanne depuis 2021, Bordeaux et Montpellier depuis 2022, Grenoble, Marseille, le Pays basque, et les outre-mer depuis juin 2025.
Ce second dispositif est largement inappliqué. Le taux de non-conformité constaté est de 33 % des annonces à Paris en 2023 — une annonce sur trois — et de 28 % en moyenne sur l'ensemble des villes encadrées en 2024. Le dépassement moyen sur les dossiers sanctionnés à Paris est de 166 € par mois, soit 4 172 € de trop-perçu par dossier. Et les sanctions sont dérisoires : 15 amendes administratives à Paris sur 2023-2025, pour 67 909 € au total. L'effet mesuré est réel mais modeste : une modération de la croissance des loyers parisiens de 5,2 % sur 2019-2024, montant à 8,2 % en 2024 et 13,1 % pour les studios.
Trois facteurs, par ordre d'importance décroissante.
Et l'Allemagne ? Son encadrement est d'une autre nature : le Mietspiegel est un loyer de référence local juridiquement opposable, la hausse en cours de bail est plafonnée, et le dispositif s'applique de longue date sur un parc locatif privé qui représente la moitié du logement du pays. La combinaison d'un parc locatif privé très large — donc concurrentiel — et d'une référence de prix opposable produit un résultat que ni un petit parc social ni un encadrement expérimental et peu sanctionné ne peuvent reproduire.
Une conclusion à formuler nettement : le faible taux d'effort des locataires français ne vient pas de l'encadrement des loyers. Il vient d'abord du budget — les aides personnelles au logement — et ensuite du parc social. C'est un choix de politique publique différent, avec un coût budgétaire et non réglementaire.
Prix des logements rapportés au revenu disponible
Indice, base 100 en 2015. Il s'agit d'une évolution, pas d'un niveau : deux pays à 100 en 2015 peuvent avoir des niveaux d'accessibilité très différents.
OCDE, base des prix de l'immobilier, ratio prix des logements sur revenu disponible par habitant, indice base 100 en 2015. Il s'agit d'une évolution, pas d'un niveau : deux pays à 100 en 2015 peuvent avoir des niveaux d'accessibilité très différents.
| Abscisse | Portugal | Pays-Bas | États-Unis | Allemagne | France |
|---|---|---|---|---|---|
| 2000 | 134,8 | 107,8 | 106,3 | 116,5 | 67,5 |
| 2005 | 115,0 | 116,0 | 124,0 | 102,0 | 95,0 |
| 2010 | 106,9 | 120,1 | 99,6 | 93,8 | 103,7 |
| 2015 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
| 2020 | 124,0 | 116,0 | 112,0 | 116,0 | 99,0 |
| 2024 | 147,3 | 130,5 | 128,1 | 105,0 | 93,6 |
| Indice prix / revenu, base 100 en 2015 | 2000 | 2010 | 2024 | 2000→2024 |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 71,1 | 99,7 | 105,9 | +48,9 % |
| Portugal | 134,8 | 106,9 | 147,3 | +9,2 % |
| Espagne | 80,6 | 134,7 | 115,7 | +43,6 % |
| France | 67,5 | 103,7 | 93,6 | +38,6 % |
| Pays-Bas | 107,8 | 120,1 | 130,5 | +21,1 % |
| États-Unis | 106,3 | 99,6 | 128,1 | +20,5 % |
| Italie | 84,5 | 119,0 | 87,0 | +3,0 % |
| Allemagne | 116,5 | 93,8 | 105,0 | −9,9 % |
Eurostat ilc_lvho07c et ilc_mded01, 2024 ; OCDE, indicateurs analytiques des prix des logements ; ministère de la Transition écologique, page « Encadrement des loyers » ; Ville de Paris, expertise des collectivités sur l'encadrement des loyers, juin 2025 ; Banque des Territoires d'après la définition harmonisée de l'OCDE pour le parc social.
Prix des logements, quatre pays
Indice, base 100 en 2015. Prix nominaux.
Eurostat, prc_hpi_a, indice des prix des logements, prix nominaux, base 100 en 2015 ; complété par l'OCDE pour les États-Unis.
| Abscisse | Pays-Bas | Espagne | Allemagne | France |
|---|---|---|---|---|
| 2005 | 106,3 | — | 83,3 | 84,7 |
| 2006 | — | 135,5 | — | — |
| 2007 | — | 148,8 | — | 100,6 |
| 2008 | 118,7 | — | 82,3 | 101,5 |
| 2009 | — | 137,0 | — | — |
| 2011 | 109,3 | 124,3 | 86,8 | 105,5 |
| 2013 | 95,8 | 96,2 | 92,6 | 102,9 |
| 2015 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
| 2018 | 124,4 | 118,6 | 121,7 | 107,3 |
| 2020 | 144,1 | 127,5 | 138,7 | 116,6 |
| 2022 | 186,8 | 142,0 | 164,1 | 131,8 |
| 2023 | 183,3 | 147,7 | 150,3 | 131,3 |
| 2024 | 198,2 | 160,3 | 148,0 | 126,4 |
| 2025 | 215,2 | 180,6 | 152,7 | 127,3 |
Le ratio prix / revenu, lui, a bien décroché. L'indice Friggit (prix des logements anciens rapporté au revenu par ménage, base 1 en 2000) atteint 1,55 pour la France entière au 3ᵉ trimestre 2024 — 1,98 à Paris, 1,58 en Île-de-France, 1,52 en province. Le pic de la série se situe en 2007. L'IGEDD résume : « par rapport au revenu par ménage, le prix des logements s'est envolé de 2002 à 2007 puis a lévité ».
Le moteur principal identifié par l'IGEDD : les conditions financières — baisse des taux d'intérêt et allongement des crédits, de 15 ans au début des années 2000 à plus de 20-25 ans — qui ont accru la capacité d'emprunt sans que les revenus suivent. Sur ce socle de crédit bon marché, une offre contrainte dans les zones tendues a fait que l'ajustement s'est fait par les prix et non par le volume construit.
La construction s'est effondrée d'environ un tiers depuis 2022, très loin de l'objectif de 400 000 logements par an.
Sur la vacance : 3,1 millions de logements vacants en 2023, soit 8,2 % du parc, contre 1,9 million en 1990. Le point essentiel est géographique : la vacance est concentrée dans les territoires en déprise (Creuse 15,9 %, Martinique 16,1 %) et faible dans les zones tendues (moins de 7 % à Nantes, 3,1-3,3 % en Corse). Les logements vacants ne sont pas un gisement disponible là où la crise est la plus aiguë.
Le chiffre vient du Conseil des prélèvements obligatoires (rattaché à la Cour des comptes), Pour une fiscalité du logement plus cohérente, décembre 2023 : « la fiscalité du logement s'élève à 92 Md€ en 2022, soit 3,5 % du PIB et près de 8 % des prélèvements obligatoires ».
| Impôt (2022) | Md€ | Bloc |
|---|---|---|
| Taxe foncière sur les propriétés bâties | 25,5 | Détention |
| Droits de mutation à titre onéreux (« frais de notaire ») | 16,8 | Transaction |
| Droits de succession et de donation | 11,2 | Transmission |
| Impôt sur le revenu foncier + prélèvements sociaux | 8,3 | Revenus |
| Taxe d'habitation sur les résidences secondaires | 2,8 | Détention |
| Imposition des plus-values immobilières | 2,8 | Cession |
| Impôt sur la fortune immobilière | 2,1 | Détention |
| Taxe d'aménagement | ≈ 1,1 | Production |
| TVA sur les terrains à bâtir | < 1 | Production |
| Taxe sur les logements vacants | ≈ 0,08 | Détention |
| Sous-total identifié | ≈ 71,7 | sur 92 Md€ |
| Par bloc | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Détention (foncier, THRS, IFI, TLV) | ≈ 30,6 | 43 % |
| Transactions et transmissions (DMTO, successions, plus-values) | ≈ 30,8 | 43 % |
| Revenus locatifs | ≈ 8,3 | 12 % |
| Production et construction | ≈ 2,1 | 3 % |
Cour des comptes, travaux sur la fiscalité du logement ; DGFiP pour les rendements par impôt, données 2022. Le regroupement par bloc — détention, transaction, revenus locatifs — est notre reconstitution : l'administration ne publie pas cet agrégat sous cette forme.
L'écart au total de 92 Md€ vient principalement de la TVA au taux normal sur la construction neuve, que le rapport n'isole pas.
Le cœur doctrinal du rapport tient dans une recommandation : basculer la charge de la transaction vers la détention. Les chiffres en donnent la mesure — la France taxe autant la mutation (30,8 Md€) que la détention (30,6 Md€), ce qui décourage la mobilité résidentielle. Les droits de mutation à 5,81 % sont parmi les plus élevés d'Europe, tandis que la taxe foncière repose sur des valeurs cadastrales obsolètes qui sous-évaluent les biens dans les communes les plus recherchées — un effet régressif.
| Aides publiques (2024) | Md€ |
|---|---|
| Total | 43,1 |
| — APL | 15,9 |
| — Avantages fiscaux | 13,0 |
| — MaPrimeRénov' | 1,9 |
| — Prêt à taux zéro | 1,9 |
SDES, Compte du logement, ministère de la Transition écologique, données 2024. Le compte du logement additionne des aides de nature hétérogène — prestations, avantages fiscaux, taux réduits, garanties — dont l'incidence économique n'est pas identique.
À mettre en regard, et rarement fait : le logement rapporte 92 Md€ à la puissance publique et lui coûte 43 Md€ d'aides. Le solde est largement positif pour les finances publiques.
Oui, au moins partiellement — c'est l'un des résultats les mieux établis de l'économie du logement française, et il est rarement admis dans le débat.
Gabrielle Fack (2005-2006) montre qu'une hausse des aides se traduit en grande partie par une hausse des loyers plutôt que par une amélioration du taux d'effort, en particulier là où l'offre est peu élastique. Une étude Insee de 2014, exploitant les zones de barème comme quasi-expérience naturelle, trouve des loyers 5,3 % plus élevés dans les zones à aide plus généreuse, sans effet perceptible sur la quantité ou la qualité de l'offre. Elle situe la fourchette internationale de captation entre 60 % et 80 % de l'aide absorbée par les prix.
Des travaux ultérieurs nuancent l'ampleur selon les segments. Mais aucune étude ne conclut à une captation nulle : le désaccord porte sur l'ampleur, pas sur l'existence de l'effet.
À Paris, l'évaluation de l'Apur (juin 2025) mesure une réduction des loyers d'environ 5,2 % par rapport au contrefactuel sur 2019-2024, avec un effet croissant, soit environ 80 € par mois. Mais le contournement est massif : 43,2 % des annonces dépassaient le plafond en 2023-2024 (51 % pour les meublés, 68,8 % pour les moins de 18 m²).
À Berlin, le Mietendeckel a été annulé en 2021 par la Cour constitutionnelle — pour un motif de compétence, non économique. L'expérience s'est arrêtée avant tout bilan.
À San Francisco, Diamond, McQuade et Qian montrent le résultat le plus inconfortable pour les deux camps : à court terme le contrôle protège les locataires en place, à long terme il réduit l'offre locative.
Trois leviers relativement établis, chacun avec ses perdants — que toute proposition honnête doit nommer.
Le paradoxe d'abord : 57,7 % des ménages sont propriétaires en 2021, taux quasi stable depuis 1998 — et les moins de 40 ans sont légèrement plus souvent propriétaires qu'il y a vingt ans.
Mais cette progression tient à l'endettement et concerne surtout les jeunes ménages aisés : elle masque une polarisation accrue. Indice décisif : parmi les propriétaires actuels, 62,2 % sont sans emprunt en cours — souvent via héritage ou donation. L'accès passe de plus en plus par un capital préalable plutôt que par le revenu courant.
Mis à jour : 2026-08