21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Rapporté à la population, l'emploi public français est quasi stable depuis vingt ans. Ce qui a changé, c'est sa composition — et c'est ce déplacement qui explique le sentiment d'abandon.
| Au 31 décembre 2024 | Effectifs | Part | Pour 100 000 hab. |
|---|---|---|---|
| Fonction publique d'État | 2 587 400 | 44,0 % | 3 774 |
| Fonction publique territoriale | 2 039 400 | 34,7 % | 2 975 |
| Fonction publique hospitalière | 1 249 900 | 21,3 % | 1 823 |
| Ensemble | 5 876 700 | 100 % | 8 573 |
Statuts : 63,8 % de fonctionnaires titulaires, 24,0 % de contractuels (part en hausse continue), 5,3 % de militaires. La fonction publique représente 20 % de l'emploi total en 2023, contre 22 % en 1989.
| Ministère | Effectifs | Part | Pour 100 000 hab. |
|---|---|---|---|
| Éducation, enseignement supérieur, recherche | 1 490 000 | 58 % | 2 179 |
| Intérieur et Outre-mer | 306 000 | 12 % | 448 |
| Armées | 290 100 | 11 % | 424 |
| Ministères économiques et financiers | 142 100 | 6 % | 208 |
| Justice | 95 000 | 4 % | 139 |
| Ministères sociaux | 94 400 | 4 % | 138 |
| Transition écologique | 66 500 | 3 % | 97 |
| Agriculture | 45 500 | 2 % | 67 |
| Culture | 25 100 | 1 % | 37 |
DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques au 31 décembre 2024, trois versants ; population Insee pour les ratios pour 100 000 habitants, calculés par nos soins. Les effectifs physiques diffèrent des équivalents temps plein, davantage utilisés pour la masse salariale.
L'Éducation nationale représente à elle seule 58 % de la fonction publique d'État. Toute discussion sur « la réduction du nombre de fonctionnaires d'État » qui ne dit pas ce qu'elle fait des enseignants parle de 42 % du sujet.
Emploi public par versant, pour 100 000 habitants
2005 et 2024. Neutralise la croissance démographique.
DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, effectifs physiques par versant au 31 décembre ; population Eurostat demo_gind. Rapport pour 100 000 habitants calculé par nos soins, 2005 et 2024.
| Catégorie | 2005 | 2024 |
|---|---|---|
| Fonction publique d'État | 4 208 | 3 774 |
| Fonction publique territoriale | 2 474 | 2 975 |
| Fonction publique hospitalière | 1 666 | 1 823 |
| Pour 100 000 habitants | 2005 | 2014 | 2020 | 2024 | Δ 2005-2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| Fonction publique d'État | 4 208 | 3 608 | 3 734 | 3 774 | −10,3 % |
| Fonction publique territoriale | 2 474 | 2 857 | 2 900 | 2 975 | +20,3 % |
| Fonction publique hospitalière | 1 666 | 1 751 | 1 791 | 1 823 | +9,5 % |
| Ensemble | 8 347 | 8 216 | 8 425 | 8 573 | +2,7 % |
C'est le résultat central de ce thème. Une fois neutralisée la croissance démographique, l'emploi public total par habitant est quasi stable sur vingt ans (+2,7 %). Le débat sur « l'explosion des effectifs » ne résiste pas à cette normalisation. En revanche, la recomposition est massive : l'État recule de 10 %, le territorial progresse de 20 %.
Les deux questions ont la même réponse, et c'est l'un des points les plus éclairants du document.
Le paradoxe apparent — plus d'agents publics au total, sentiment de désengagement — se résout par trois mécanismes distincts, tous documentés dans ce document.
Le ressenti n'est donc pas une illusion statistique — c'est une lecture correcte d'une réalité que la moyenne nationale masque. Les deux affirmations « il y a autant d'agents publics par habitant qu'il y a vingt ans » et « les services publics reculent près de chez moi » peuvent être vraies simultanément.
| Pour 100 000 habitants | France | Allemagne | Roy.-Uni | États-Unis | Médiane européenne |
|---|---|---|---|---|---|
| Policiers | 361 | 311 | ≥ 211 * | ≈ 240 ** | — |
| Juges professionnels | 11,3 | 24,7 | — | — | 17,6 |
| Médecins | 328 | 453 | 330 | 368 | — |
| Infirmiers et sages-femmes | 942 | 1 225 | 955 | 1 338 | — |
| Enseignants (pré-primaire à secondaire) | 1 194 | 1 550 | — | — | — |
| Budget justice par habitant | 77 € | 136 € | — | — | 75 € |
CEPEJ (Conseil de l'Europe) et Eurostat crim_just_job pour la justice et la police ; OCDE, Panorama des administrations publiques, et DGAFP pour la France ; populations Eurostat et Banque mondiale. Ratios calculés par nos soins. Les périmètres nationaux ne se recouvrent pas parfaitement — les polices municipales, les forces fédérées et les personnels administratifs des juridictions sont traités différemment selon les pays ; les cas signalés par un astérisque dans le tableau sont ceux où l'écart de périmètre est le plus important.
* Borne inférieure : 146 442 policiers en Angleterre et pays de Galles rapportés à la population du Royaume-Uni entier — numérateur incomplet. ** Données FBI, hors forces fédérales ; les seules polices locales donnent 143 pour 100 000.
Trois lectures. La France a plutôt plus de policiers que l'Allemagne. Elle a deux fois moins de juges — c'est l'écart le plus marqué et le plus documenté du tableau. Et elle a moins de médecins et d'infirmiers que l'Allemagne et les États-Unis, à parité approximative avec le Royaume-Uni.
Les hôpitaux. La France classe 1,25 million d'agents hospitaliers dans la fonction publique. L'Allemagne a largement privatisé ses hôpitaux, le personnel du NHS britannique n'est pas fonctionnaire. Comparer « 5,9 millions d'agents publics français » à un agrégat allemand est mécaniquement biaisé de plus d'un million de personnes.
Les enseignants. Fonctionnaires d'État en France, des Länder en Allemagne, salariés d'établissements ou de collectivités au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le ratio allemand est en outre surestimé : ce sont des effectifs physiques, et l'Allemagne a beaucoup plus de temps partiel enseignant.
La gendarmerie. Militaire en France, comptée avec la police par Eurostat — sans équivalent dans la plupart des pays. Les polices municipales ne sont pas identifiables dans cette source.
Donnée manquante : le nombre de procureurs pour 100 000 habitants, et l'emploi public en % de l'emploi total pour l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, n'ont pas pu être obtenus. Les effectifs « purement administratifs » ne sont pas définis de façon harmonisée : le seul substitut est la branche « administration publique et défense » des comptes nationaux, qui inclut policiers et militaires mais exclut enseignants et hospitaliers — donc ne recoupe aucun versant.
La fonction « services généraux » représente 181 Md€ en 2024, soit 11 % de la dépense publique et environ 2 650 € par habitant. Mais en points de PIB, ce poste ne s'écarte de la zone euro que de +0,3 point — et hors charge de la dette, la France est exactement à la moyenne UE-27 (voir thème 01). Sur l'administration générale, la France se distingue très peu de ses voisins.
Le millefeuille. La France compte 34 935 communes, environ 1 250 intercommunalités, 101 départements, 18 régions et l'État déconcentré. Le rapport Ravignon (2024) chiffre à au moins 7,4 Md€ par an les coûts de coordination : 6 Md€ côté collectivités (4,8 pour les communes) et 1,5 Md€ côté État. Les compétences les plus coûteuses en coordination : enseignement (1,2 Md€), urbanisme (819 M€), voirie (566 M€). 85 % de ce coût vient de compétences partagées entre niveaux — malgré la suppression de la clause de compétence générale par la loi NOTRe.
Les opérateurs de l'État : 438 opérateurs recensés en 2023 (contre 649 en 2008, soit −32 %), pour un financement public de 76,6 Md€. Le périmètre plus large des organismes divers d'administration centrale atteint 107,7 Md€.
Allemagne — le cas le mieux documenté. Le Normenkontrollrat, créé en 2006 avec la méthode des coûts standards importée des Pays-Bas, a permis une réduction de 25 % des charges administratives des entreprises entre 2006 et 2011, soit plus de 12 Md€ d'économies annuelles.
Royaume-Uni. La règle « one-in, one-out » (2011-2012) revendiquait environ 4 Md£ de charges retirées contre 3,1 Md£ introduites, soit une économie nette proche d'1 Md£.
Le facteur commun des deux succès : une méthode de mesure systématique, des objectifs chiffrés et une évaluation ex post. C'est précisément ce que la France n'a pas généralisé.
| Domaine | Moyens | Diagnostic |
|---|---|---|
| Santé | Élevés (11,5 % du PIB) | Meilleure mortalité traitable d'Europe. Déserts médicaux, mortalité infantile, accès dégradé : problème de répartition et d'organisation, pas de volume. |
| École | Dans la moyenne OCDE | Primaire sous-doté de 11 %, secondaire sur-doté de 13 %. Enseignants à 0,64-0,69 du salaire des diplômés du supérieur pour 900 h d'enseignement. Problème d'allocation interne. |
| Justice | 77 €/hab. contre 136 € en Allemagne ; 11,3 juges contre 24,7 | Vrai problème de moyens. Sous-investissement chronique et documenté. |
| Sécurité | 361 policiers/100 000, plus que l'Allemagne — sous réserve de périmètre | Moyens comparativement élevés. Taux d'élucidation des vols ≤ 8 %. Question d'efficacité et d'organisation plus que de volume — mais la donnée comparative manque. |
| Collectivités | En croissance, en partie par transferts | Au moins 7,4 Md€/an de coordination. Problème d'efficacité organisationnelle. |
Tableau de synthèse : chaque ligne renvoie aux fiches correspondantes du document, où figurent les sources primaires détaillées. La colonne « diagnostic » est notre appréciation, formée à partir de ces chiffres — c'est une lecture, pas une mesure.
En synthèse : la France ne manque pas globalement de moyens publics — elle est en tête de l'OCDE pour la dépense totale et l'emploi public par habitant est stable. Les difficultés relèvent très majoritairement de problèmes d'allocation et d'organisation, à l'exception notable de la justice, où le sous-financement par rapport aux voisins est direct et mesuré.
Mis à jour : 2026-08