21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
La question utile n'est pas « le pouvoir d'achat augmente-t-il ? » mais « lequel ? ». Moyen ou médian, par ménage ou par unité de consommation — les réponses divergent.
Oui, mais avec une trajectoire heurtée. Le niveau de vie médian est passé d'environ 20 360 €/an en 1999 à 26 740 € en 2024 (2 228 € par mois pour une personne seule), en euros constants.
Le gain est réel mais très inégalement réparti : deux phases de hausse (1996-2011, 2017-2024) encadrent un long palier 2008-2018. Surtout, le premier décile est resté quasi stable (environ 850 €/mois en 2004 contre 830 € en 2024) quand le dernier décile progressait de 24 %.
1. L'indicateur médiatisé est agrégé. Le « pouvoir d'achat » cité au journal est celui du revenu disponible brut de l'ensemble des ménages — un indicateur macroéconomique qui augmente presque mécaniquement avec la population et le nombre de ménages. Rapporté par unité de consommation, il progresse beaucoup moins, et a même reculé en 2022.
2. Moyenne n'est pas médiane. Le pouvoir d'achat moyen est tiré vers le haut par les hauts revenus ; le médian progresse plus lentement. Dans le privé en 2024, le salaire net moyen est de 2 733 €/mois et le médian de 2 190 € — 19,9 % d'écart. Le « salaire moyen » ne correspond à l'expérience de personne.
3. L'inflation vécue diffère de l'inflation moyenne. Les ménages modestes consacrent une part plus grande de leur budget à l'alimentation et à l'énergie, précisément les postes qui ont le plus augmenté en 2022-2023.
Résultat : une hausse « moyenne » du pouvoir d'achat national peut parfaitement coexister avec une baisse réelle pour une majorité de ménages. Les deux affirmations sont vraies.
| Dépenses pré-engagées (2011) | Part du revenu disponible |
|---|---|
| Ménages pauvres | 61 % |
| Ménages modestes non pauvres | 39 % |
| Classes moyennes | 31 % |
| Ménages aisés | 23 % |
Insee et DREES, travaux sur les dépenses pré-engagées, données 2011 — dernier millésime disponible pour cette ventilation par niveau de vie. La notion de dépense « pré-engagée » (logement, assurances, abonnements, remboursements de crédits) est une convention statistique, pas une catégorie juridique.
Entre 2001 et 2011, cette part a augmenté de 7 points pour les seuls ménages pauvres. Logement et énergie représentent 57 % de ces dépenses. Sur très longue période, la part de ces dépenses dans la consommation totale est passée d'environ 12 % en 1960 à environ 29-30 % aujourd'hui, tirée par le logement.
Les classes moyennes ne se sont pas appauvries en niveau absolu — leur niveau de vie a progressé d'environ 16 % depuis le milieu des années 1990 — mais quatre constats vrais expliquent le sentiment inverse : progression plus lente que le dernier décile, décennie de stagnation 2008-2018, dépenses contraintes croissantes, et position de contribuable net (moins bénéficiaires des dispositifs ciblés, tout en supportant l'essentiel de l'IR).
| Indice de Gini (2024, Eurostat, échelle 0-100) | France | Allemagne | UE-27 |
|---|---|---|---|
| Avant transferts, pensions incluses dans les transferts | 53,3 | 48,7 | n.d. |
| Avant transferts, pensions exclues | 37,0 | 35,5 | 34,3 |
| Après transferts et impôts | 30,0 | 29,5 | 29,4 |
Eurostat, ilc_di12, indice de Gini du revenu disponible équivalisé, 2024 ; OCDE, Income Distribution Database, pour les Gini avant et après transferts. Le traitement des pensions de retraite est décisif : les compter comme transferts ou comme revenu primaire change l'indice avant redistribution de plus de seize points, comme le montre le tableau.
C'est la question centrale, et la réponse est largement mécanique — pas le signe d'une société plus inégalitaire au départ.
1. Les retraites sont comptées comme un « transfert ». Regardez les deux premières lignes du tableau : le Gini français « avant transferts » passe de 53,3 à 37,0 selon qu'on classe les pensions dans les transferts ou non. Dans un pays où les retraites sont publiques et représentent 14 % du PIB, retirer les pensions du revenu « primaire » produit une armée de retraités à revenu nul — d'où un Gini artificiellement énorme. Aux Pays-Bas, où l'essentiel de la retraite est privé, les pensions comptent comme revenu primaire et le Gini avant transferts paraît bien plus faible. Le même système produit deux chiffres opposés selon la convention comptable.
2. Le taux d'emploi joue dans le même sens. Un pays avec beaucoup de personnes hors emploi — jeunes, seniors, chômeurs — a mécaniquement plus de ménages à revenu primaire faible ou nul. Le faible taux d'emploi français des jeunes (34,4 %) et des seniors (60,3 %) gonfle le Gini avant redistribution.
3. En sens inverse, la redistribution française est réellement puissante. Hors pensions, elle fait passer le Gini de 37,0 à 30,0 — soit 7 points, l'une des réductions les plus fortes de l'OCDE. Le rapport interdécile passe de 21,1 à 6,2.
Conclusion : l'écart avant/après en France mesure deux choses à la fois — une vraie redistribution, et un artefact de comptabilisation des retraites. Citer « la France a les inégalités primaires les plus fortes d'Europe » sans cette précision est trompeur.
Après redistribution, la France est parmi les pays les moins inégalitaires des grandes économies — mais l'indicateur se dégrade : Gini à 30,0 en 2024, maximum depuis le début de la série en 1996. En comparaison (Banque mondiale, échelle différente) : France 31,8, Royaume-Uni 32,4, Allemagne 33,7, États-Unis 41,8.
Le tableau précédent laisse le lecteur devant une convention comptable insatisfaisante : les pensions y sont traitées comme des transferts, ce qui fait apparaître les retraités avec un revenu « de marché » proche de zéro. Cette convention n'est pas défendable pour juger d'une société. Il existe une correction propre : restreindre la mesure à la population d'âge actif, ce que l'OCDE publie.
| Indice de Gini, 2022 | Marché — population totale | Marché — 18-65 ans | Effet de la correction | Disponible — 18-65 ans | Réduction |
|---|---|---|---|---|---|
| France | 0,524 | 0,438 | −0,086 | 0,299 | −31,7 % |
| États-Unis | 0,512 | 0,472 | −0,041 | 0,389 | −17,5 % |
| Royaume-Uni | 0,512 | 0,462 | −0,050 | 0,363 | −21,3 % |
| Italie | 0,508 | 0,423 | −0,085 | 0,317 | −25,1 % |
| Allemagne | 0,505 | 0,418 | −0,087 | 0,312 | −25,4 % |
| Espagne | 0,480 | 0,414 | −0,066 | 0,312 | −24,6 % |
| Pays-Bas | 0,441 | 0,395 | −0,046 | 0,293 | −25,8 % |
| Suède | 0,439 | 0,372 | −0,067 | 0,283 | −23,9 % |
La démonstration est nette, et elle valide l'intuition. Les trois pays où la correction est la plus forte — France (−0,086), Allemagne (−0,087), Italie (−0,085) — sont exactement les trois grands régimes de retraite par répartition publique. Les trois où elle est la plus faible — États-Unis (−0,041), Pays-Bas (−0,046), Royaume-Uni (−0,050) — sont exactement les trois à forte capitalisation. Le classement de l'ampleur de la correction reproduit le classement du poids de la capitalisation. L'artefact est identifié, mesuré, et il vaut environ 8 points de Gini pour la France.
Ce que la correction change : la France cesse d'être le pays le plus inégalitaire avant redistribution. Elle passe du 1ᵉʳ au 3ᵉ rang, derrière les États-Unis et le Royaume-Uni, et l'ampleur apparente de sa redistribution tombe de −43 % à −32 %.
Ce que la correction ne change pas : même restreinte aux 18-65 ans, la France reste plus inégalitaire avant redistribution que l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas et la Suède — et elle conserve la redistribution la plus forte des huit pays. Le constat « inégalités primaires élevées, forte redistribution » survit à la correction, atténué mais non renversé.
| France | 1996 | 2020 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| Gini du revenu disponible | 0,274 | 0,277 | 0,294 | 0,297 | 0,302 |
| Rapport D9/D1 | — | 3,30 | 3,38 | 3,49 | 3,48 |
| Rapport (100−S80)/S20 | — | 4,07 | 4,40 | 4,53 | 4,62 |
| Taux de pauvreté à 60 % du médian | — | — | 14,4 % | 15,4 % | — |
Oui, nettement. Le Gini gagne +0,028 point entre 1996 et 2024, soit +10 %, et 2024 est le niveau le plus élevé de la série. Le taux de pauvreté a bondi de +1,0 point en une seule année entre 2022 et 2023, la plus forte hausse annuelle de la série moderne.
L'explication de l'Insee est un effet de ciseaux, et non une dégradation du marché du travail : d'un côté les ménages modestes perdent du pouvoir d'achat avec l'extinction des mesures exceptionnelles de 2022 — indemnité inflation, chèques énergie exceptionnels, remise carburant — et la volatilité des revenus des indépendants ; de l'autre les ménages aisés gagnent, portés par la remontée des taux d'intérêt et des revenus de placement.
Point à noter, et il nuance le tableau : les inégalités primaires se creusent plus vite que les inégalités finales. Sur la convention de l'Insee, où les pensions comptent comme revenu primaire, le Gini avant redistribution passe de 0,347 en 1996 à 0,373 en 2021 — son plus haut niveau observé — pendant que le Gini après redistribution passe de 0,274 à 0,294. Le système socio-fiscal a en réalité renforcé son pouvoir redistributif : la réduction du rapport D9/D1 est passée de 32 % en 2002 à 42 % en 2021. Il absorbe une part croissante d'un choc croissant.
OCDE, Income Distribution Database, 2022, population totale et tranche 18-65 ans ; Insee, enquête Revenus fiscaux et sociaux ; Insee Première n° 2063, Niveau de vie et pauvreté en 2023.
Combien, réparti comment entre la pierre, l'épargne, les actions et la dette, comment cela se compare en Europe et aux États-Unis, et comment c'est distribué dans la population. Les quatre fiches suivantes détaillent chacun de ces points.
| Fin 2024 | Md€ | % du patrimoine brut | Ce que c'est |
|---|---|---|---|
| La pierre et les autres actifs réels | 9 967 | 58,4 % | Logements 4 807, terrains bâtis 4 043, autres 1 117. Près de la moitié de la valeur immobilière est du foncier, pas du bâti. |
| L'épargne liquide | 2 108 | 12,4 % | Numéraire, dépôts à vue, livrets. 86,9 % des ménages en détiennent, mais cela ne pèse que 12 % du patrimoine. |
| L'assurance-vie et l'épargne retraite | 2 090 | 12,2 % | Dont environ deux tiers en fonds euros, eux-mêmes investis à près de 58 % en obligations. |
| Les actions et parts de fonds | 2 155 | 12,6 % | Dominées par les actions non cotées — le capital des entreprises familiales — bien plus que par la Bourse. |
| Autres créances et divers | 743 | 4,4 % | Résidu non ventilé par l'Insee. |
| Patrimoine brut | 17 063 | 100 % | — |
| La dette | −2 112 | 12,4 % du brut | Dont 1 286 Md€ de crédits à l'habitat et 221 Md€ de crédits à la consommation. |
| Patrimoine net | 14 953 | — | 76,5 % du patrimoine national net |
Insee, comptes de patrimoine base 2020, Insee Première n° 2081, fin 2024, secteur des ménages y compris entrepreneurs individuels. Ventilation du crédit : Banque de France, Stat Info « Crédits aux particuliers », juin 2026 — champ « particuliers », plus étroit que celui des comptes de patrimoine (voir la fiche sur la dette).
| Structure du patrimoine brut des ménages | France | Allemagne | Italie | États-Unis |
|---|---|---|---|---|
| Immobilier et actifs réels | 58,4 % | 58,5 % | 52,9 % | 30,2 % |
| Dépôts et épargne liquide | 12,4 % | 15,3 % | 12,4 % | 7,7 % |
| Assurance-vie, fonds de pension, droits à retraite | 12,2 % | 11,4 % | — | 18,0 % |
| Actions, fonds et titres | 12,6 % | 14,8 % | 17,7 % | 40,2 % |
| Dette rapportée au patrimoine brut | 12,4 % | 9,5 % | 8,2 % | 10,5 % |
France : Insee, fin 2024. Allemagne : Bundesbank et Destatis, Sektorale und gesamtwirtschaftliche Vermögensbilanzen, fin 2024. Italie : Banca d'Italia, La ricchezza dei settori istituzionali, fin 2024. États-Unis : Federal Reserve, Financial Accounts Z.1, tableau B.101, T4 2025. Parts calculées par nos soins. L'Espagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni ne figurent pas dans ce tableau : nous n'avons pas trouvé de mesure primaire de leurs actifs non financiers des ménages, et sans dénominateur aucune part n'est calculable. Nous préférons la case vide au chiffre approché.
Les 30,2 % d'actifs réels américains contre 58 % en France ne signifient pas que les Américains sont moins propriétaires. L'écart est réel mais amplifié par la valorisation boursière : le patrimoine brut américain est gonflé par 46 000 Md$ d'actions cotées. C'est le dénominateur qui bouge, pas seulement le numérateur.
Part des dépôts et de l'épargne liquide dans le patrimoine financier
Numéraire, dépôts à vue et livrets, en % des actifs financiers des ménages. Millésimes 2024-2025 selon les pays.
France : Insee, fin 2024. Allemagne : Bundesbank et Destatis, fin 2024. Italie : Banca d'Italia, fin 2024. Espagne : Banco de España, comptes financiers T3 2025 — « au plus bas depuis 30 ans ». Belgique : Banque nationale de Belgique, fin 2025. États-Unis : Federal Reserve, Z.1, T4 2025. Parts calculées par nos soins. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont absents faute de dénominateur disponible.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Allemagne | 36,9 |
| Espagne | 33,9 |
| Belgique | 29,8 |
| France | 29,7 |
| Italie | 26,3 |
| États-Unis | 11,0 |
En taux de détention, les Français sont massivement en épargne liquide : 86,9 % des ménages détiennent un livret, contre 41,7 % une assurance-vie. En masse, ces livrets ne pèsent que 29,7 % du patrimoine financier. Combien de ménages détiennent, et combien de patrimoine cela représente, sont deux questions différentes — et les livrets dominent écrasamment la première tout en étant minoritaires sur la seconde.
| Part des actions et parts de fonds dans le patrimoine financier | % | Périmètre |
|---|---|---|
| États-Unis | 53,3 | dont 11,4 points de parts d'entreprises non cotées |
| Belgique | 48,4 | dont 395,6 Md€ de non-coté contre 93,6 Md€ d'actions cotées |
| Allemagne | 35,7 | bloc « titres » unique, titres de créance inclus |
| France | 30,4 | actions et parts de fonds |
| Italie | 29,3 | actions et participations seules |
En poids dans le patrimoine, la France est dans la moyenne européenne — l'écart est bien moindre que ne le suggère le débat public. Mais il faut lire ce tableau avec un avertissement décisif : dans tous ces pays, le bloc est dominé par les actions non cotées, c'est-à-dire le capital des entreprises familiales, pas la Bourse. En Belgique, le non-coté pèse quatre fois les actions cotées. Cette part ne mesure donc pas l'actionnariat populaire, et l'utiliser pour dire que « les Français sont actionnaires à 30 % » serait une erreur de lecture grave. En France, seuls 17,4 % des ménages détiennent des valeurs mobilières, et les actions cotées en direct ne pèsent que 4 % du patrimoine financier.
| Début 2024 | Patrimoine brut |
|---|---|
| 30 % des ménages possèdent moins de | 40 100 € |
| Médiane | 205 100 € |
| Seuil des 10 % les mieux dotés | 857 700 € |
| Seuil des 5 % | 1 268 200 € |
| Seuil du 1 % | 3 020 900 € |
Les 10 % les mieux dotés détiennent 48 % de la masse, la moitié la moins dotée 8 %. L'indice de Gini du patrimoine est de 0,652 contre 0,299 pour le niveau de vie : l'inégalité de patrimoine est plus de deux fois celle des revenus. Et la composition change radicalement selon la position : les trois premiers déciles n'ont qu'une voiture et un livret, les déciles 4 à 9 ont un logement, et seul le dernier décile est diversifié.
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, Insee Focus n° 371, situation début 2024. La fiche « Combien faut-il posséder pour être dans les 10 % ? » développe cette distribution, sa composition par décile, l'effet d'âge et le poids de l'héritage.
| Encours de crédit aux particuliers, juin 2026 | Md€ | Part | Croissance annuelle |
|---|---|---|---|
| Crédits à l'habitat | 1 286 | 83 % | +0,2 % |
| Crédits à la consommation | 221 | 14 % | +2,4 % |
| Autres crédits | 36 | 2 % | +18,8 % |
| Total | 1 543 | 100 % | +0,9 % |
L'endettement des ménages, comparé
Dette rapportée au revenu disponible brut, puis au PIB. Fin 2025.
Banque de France, Stat Info « Taux d'endettement des agents non financiers — comparaisons internationales », millésime T4 2025, publié le 21 mai 2026 ; concept de dette des comptes nationaux financiers (crédits consolidés). Contrôle croisé sur Eurostat tec00104 : France 90,9 % en 2024. Les Pays-Bas et la Belgique ne figurent pas dans cette publication et ne sont donc pas représentés.
| Catégorie | % du revenu disponible | % du PIB |
|---|---|---|
| États-Unis | 122,2 | 93,4 |
| Royaume-Uni | 114,5 | 73,4 |
| France | 90,0 | 59,1 |
| Zone euro | 82,4 | 50,5 |
| Allemagne | 76,0 | 49,0 |
| Espagne | 67,9 | 42,8 |
| Italie | 55,8 | 35,9 |
L'encours de crédit continue de croître, faiblement. Ce qui a changé, c'est le dénominateur : l'inflation de 2022-2023 a gonflé le revenu disponible pendant que la remontée des taux gelait la production de crédit — 128,6 Md€ de production immobilière en 2023 contre 217,9 Md€ en 2022. Le flux net de crédit aux ménages n'a été que de 3 Md€ en 2024. La reprise de 2025 (171,3 Md€, +29,3 %) n'a pas encore inversé le ratio.
| France | Valeur |
|---|---|
| Ménages ayant un emprunt en cours | 45,6 % |
| — endettés pour l'immobilier | 30,0 % |
| — endettés pour la consommation | 24,5 % |
| Montant moyen emprunté, 2025 | 193 948 € |
| Durée moyenne à l'octroi | 22,4 ans |
| Taux d'effort moyen à l'octroi | 30,4 % |
| Endettement moyen, en années de revenu | 4,5 |
| Part de la production au-delà du seuil de 35 % | 16,3 % (27,9 % en 2020) |
| Part de la production à taux fixe | 99,6 % |
| Part de l'encours cautionné ou garanti | 97,4 % |
| Primo-accédants dans la production | 43,7 % |
Insee, Insee Focus n° 354, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 (taux de détention) ; ACPR, Analyses et Synthèses n° 183, « Le financement de l'habitat en 2025 », 30 juillet 2026 (conditions d'octroi).
Taux d'effort maximal 35 % des revenus, assurance comprise. Durée maximale 25 ans, portée à 27 ans avec différé d'amortissement dans certains cas. Marge de flexibilité de 20 % de la production trimestrielle, dont au moins 70 % doit aller à l'acquisition de la résidence principale et au moins 30 % de ce sous-ensemble aux primo-accédants.
Recommandation en décembre 2019, transformée en décision juridiquement contraignante le 29 septembre 2021, applicable au 1er janvier 2022, révisée en juin puis décembre 2023.
Un point de débat, à trancher par le chiffre : la marge de flexibilité n'est pas saturée — 16,3 % de dérogations en 2025 pour un plafond de 20 %. L'argument selon lequel le HCSF « bloquerait » le marché doit être confronté à ce constat.
L'explication est structurelle : 99,6 % de la production est à taux fixe et 97,4 % de l'encours est cautionné ou garanti. Le risque de taux est porté par les prêteurs, pas par les emprunteurs — contrairement à l'Espagne, historiquement à taux variable, ou au Royaume-Uni, où le taux fixe ne court que deux à cinq ans. Et l'octroi français est adossé au revenu, par le taux d'effort, et non à la valeur du bien : c'est le sens même de la règle du HCSF.
La dette hypothécaire des ménages néerlandais dépasse 800 Md€, soit environ 77 % du PIB — ce seul poste excède l'endettement total des ménages français (59,1 %) et allemands (49,0 %). 59 % des ménages néerlandais ont une dette, le taux le plus élevé de la zone euro, et la quotité de financement peut atteindre 100 % de la valeur du bien.
Le mécanisme est fiscal : la hypotheekrenteaftrek permet de déduire les intérêts d'emprunt du revenu imposable. Tant que la déduction s'opérait au taux marginal supérieur — jusqu'à 52 % — le système subventionnait l'endettement le plus long et le plus élevé possible, et il était rationnel de ne jamais amortir : d'où la prolifération des prêts sans remboursement du capital. La banque centrale néerlandaise recommande explicitement la suppression de cette déductibilité et un plafonnement de la quotité à 90 %.
Où en est la réforme : elle ne supprime pas la déduction, elle plafonne le taux auquel elle s'impute — 37,48 % en 2025, 37,56 % en 2026, contre un taux marginal supérieur de 49,50 %. Le plafond est désormais indexé sur la tranche basse et ne baisse plus. La suppression progressive est arrivée à son terme sans supprimer l'avantage : elle l'a plafonné à environ 37,5 %.
| Part du patrimoine détenue par | Insee (enquête, 2021) | WID.world |
|---|---|---|
| Le 1 % le mieux doté | ≈ 15 % | ≈ 25 % |
| Les 10 % les mieux dotés | ≈ 47 % | ≈ 55-60 % |
| La moitié la moins dotée | ≈ 5 % | ≈ 5 % |
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2021 (déclaratif, en ménages ordinaires) et World Inequality Database, profil France (comptes nationaux distributifs). Les deux sources divergent fortement au sommet de la distribution : l'enquête sous-représente les très hauts patrimoines par non-réponse et sous-déclaration, la WID les reconstitue à partir de sources fiscales et de comptes nationaux. Nous donnons les deux plutôt que d'arbitrer.
Les inégalités de patrimoine ont augmenté : Gini de 0,639 (1998) à 0,662 (2021). Et le patrimoine immobilier explique désormais 62 % des inégalités totales de patrimoine, contre 55 % en 1998 — être propriétaire ou locataire explique une part croissante des écarts de richesse.
Composition : logements 4 807 Md€, terrains bâtis 4 043 Md€, actifs financiers 7 096 Md€, moins 2 112 Md€ de crédits. L'immobilier représente environ 52 % du patrimoine brut. La concentration est forte — indice de Gini du patrimoine brut à 0,652, les 10 % les mieux dotés en détenant près de la moitié — et surtout structurée par l'âge et le statut d'occupation : les 30 % les moins dotés n'ont pratiquement que des biens d'équipement, les déciles 4 à 9 ont 70 à 75 % de leur patrimoine en immobilier, et seuls les 10 % du haut sont réellement diversifiés (53 % immobilier, 24 % financier, 19 % professionnel).
| Patrimoine net par ménage, enquête BCE vague 2021 | Médian | Moyen | Moyen / médian | Propriétaires |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | 242 400 € | 408 000 € | 1,68 | 72,4 % |
| Italie | 159 000 € | 350 000 € | 2,20 | 77,5 % |
| Espagne | 127 700 € | 278 700 € | 2,18 | 73,9 % |
| France | 125 700 € | 277 100 € | 2,20 | 57,5 % |
| Pays-Bas | 105 600 € | 219 600 € | 2,08 | 56,9 % |
| Zone euro | 123 500 € | 292 100 € | 2,37 | 61,7 % |
| Allemagne | 106 700 € | 315 600 € | 2,96 | 44,5 % |
| Luxembourg | 717 700 € | 1 269 700 € | 1,77 | 65,6 % |
| Malte | 273 600 € | 413 000 € | 1,51 | 79,0 % |
Le patrimoine brut est la somme de ce qu’on possède, sans rien retrancher : résidence principale, autre immobilier, dépôts, assurance-vie, actions, actifs professionnels, véhicules et objets de valeur.
Le patrimoine net, c’est le brut moins toutes les dettes — capital restant dû du crédit immobilier, crédits à la consommation, découverts. C’est donc bien « ce que le ménage possède réellement », au sens où c’est ce qui resterait si tout était vendu et tout remboursé.
Deux ménages, même pays, même année :
Le second possède plus de pierre et détient plus d’actifs ; il est nettement moins riche. C’est la dette, pas ce qui est possédé, qui fait l’écart — et c’est exactement ce qui sépare la Belgique des Pays-Bas dans le tableau ci-dessus.
Attention en relisant cette fiche : les 205 100 € et 374 900 € cités plus haut sont des patrimoines bruts (Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine), quand le tableau européen est en net. Dans l’enquête de la BCE elle-même, le brut médian français atteint 177 300 € pour un net de 125 700 € : 41 % d’écart, à la même date et sur le même échantillon. Comparer un brut à un net n’a aucun sens.
Les sept lignes d’origine ne se reconstituaient pas depuis l’enquête citée. Elles ont été remplacées par les valeurs publiées de la vague 2021 (tableaux A1 et A2, agrégat DN3001) : l’écart allait de −3 % pour l’Allemagne à +36 % pour les Pays-Bas, sans règle apparente, alors que les taux de propriété, eux, étaient justes à moins d’un point près. Le millésime a suivi : il n’existe pas de « vague 2023 » — les vagues sont 2010, 2014, 2017 et 2021, la quatrième ayant été publiée en 2023.
Le texte qui suit date d’avant la correction et n’a pas été réécrit : son point 2 affirme que le patrimoine moyen allemand est « presque identique » au français. Sur les valeurs publiées, il lui est supérieur de 14 % (315 600 € contre 277 100 €), et le rapport moyenne/médiane est de 2,96 contre 2,20, non de 3,14 contre 2,22. Le reste du raisonnement tient : le ménage allemand médian reste nettement moins riche que le français et l’italien, et le taux de propriété reste le déterminant dominant.
Enfin, les lignes Luxembourg et Malte sont ajoutées par la refonte. La Belgique n’est pas première de la zone euro : elle est première des six pays que le tableau d’origine avait retenus.
La médiane belge est bien la plus élevée des grands pays de la zone euro, et ce n’est pas un artefact de mesure : on compare des patrimoines nets, dettes déduites. Le ménage belge médian possède réellement davantage que le néerlandais ou l’allemand. Trois mécanismes se cumulent, tous réels.
Banque nationale de Belgique, Revue économique 2024 n° 11, « Household wealth and wealth inequality », et billet « Yes, Belgians are rich, but they are not the richest in the world! ». La BNB y précise que les chiffres belges de la vague 2021 sont extrapolés à partir de l’enquête de 2017 et portent de ce fait une marge d’erreur substantielle.
| Patrimoine net des families, enquête SCF 2022 | Dollars 2022 |
|---|---|
| Médian | 192 900 $ |
| Moyen | 1 063 700 $ |
| Rapport moyen / médian | 5,51 |
| Progression réelle de la médiane, 2019-2022 | +37 % |
| Progression réelle de la moyenne, 2019-2022 | +23 % |
Réserve fédérale des États-Unis, Survey of Consumer Finances, vague 2022, bulletin « Changes in U.S. Family Finances from 2019 to 2022 » (octobre 2023). Unité d’observation : la family (unité économique primaire), proche du ménage sans lui être identique. L’enquête sur-échantillonne les hauts patrimoines à partir de données fiscales, mais exclut les 400 plus grandes fortunes du classement Forbes. La vague 2025 n’est pas encore publiée.
Au taux moyen de 2022, la médiane américaine vaut environ 183 000 € et la moyenne 1 010 000 € : le ménage américain médian se situe entre le français et le belge, quand la moyenne américaine vaut trois fois et demie la française. Trois réserves avant d’en tirer quoi que ce soit.
La comparaison est biaisée en faveur des États-Unis sur la retraite. Ni l’enquête américaine ni l’européenne ne comptent les droits publics, mais la première compte les plans 401(k) et les IRA, qui sont le principal véhicule de retraite américain. Les États-Unis comptabilisent donc en patrimoine ce que la France laisse hors champ sous forme de droits en répartition.
L’enquête américaine capte bien mieux le sommet, grâce à un sur-échantillon tiré des données fiscales. Le rapport de 5,51 est donc à la fois plus élevé et mieux mesuré que les rapports européens, qui sont sous-estimés. Enfin l’unité d’observation diffère — family contre ménage — et la conversion au taux de change flatte les États-Unis, dont le niveau des prix est plus élevé.
Le ménage allemand médian est nettement moins riche que le français ou l'italien, alors que son revenu est plus élevé. Quatre mécanismes l'expliquent, et ils sont vérifiables dans le tableau.
Taux d'épargne des ménages 2024 : Allemagne 20,0 %, France 17,9 %, Pays-Bas 16,7 %, UE-27 14,5 %, Espagne 12,7 %, Italie 11,2 %. La France épargne beaucoup, et de plus en plus : 18,5 % en 2024 et 17,9 % en 2025 selon l'Insee, contre une moyenne de 14,7 % sur 2009-2019.
La question est où cette épargne va. Sur 6 537 Md€ de patrimoine financier des ménages au troisième trimestre 2025 :
| Placement | Md€ | Part |
|---|---|---|
| Produits de taux | 3 920,7 | 59,9 % |
| dont assurance-vie et retraite, supports en euros | 1 573,7 | 24,1 % |
| dont dépôts rémunérés (épargne réglementée 952 Md€) | 1 366,9 | 20,9 % |
| dont numéraire et dépôts à vue | 767,3 | 11,7 % |
| Produits de fonds propres | 2 517,0 | 38,5 % |
| dont actions non cotées et participations | 1 452,6 | 22,2 % |
| dont unités de compte d'assurance-vie | 579,8 | 8,9 % |
| dont actions cotées détenues en direct | 298,5 | 4,6 % |
| dont actions détenues via des fonds | 186,1 | 2,8 % |
Le contraste avec les États-Unis est le chiffre le plus parlant du bloc. Actions cotées, en direct et indirectement : environ 16 % du patrimoine financier en France, contre 46 % aux États-Unis — un rapport de 1 à 3. À l'inverse, la France concentre près de 60 % de son épargne financière sur des produits de taux, dont 24 % sur les seuls fonds en euros de l'assurance-vie. Ordres de grandeur : Livret A 449,6 Md€, LDDS 165,6 Md€, LEP 83,8 Md€ (épargne réglementée : près de 950 Md€, le Livret A étant détenu par 83 % des Français), assurance-vie 2 107 Md€ d'encours fin 2025 avec 39 % des cotisations en unités de compte, plan d'épargne en actions 126,5 Md€ pour 7,3 millions de plans, plan d'épargne retraite 141 Md€ pour 12,7 millions de titulaires.
| Détention par les non-résidents | Part |
|---|---|
| Capital des sociétés françaises du CAC 40, fin 2024 | 50,0 % — 1 083 Md€ sur 2 165 |
| Ensemble des actions cotées françaises, fin 2024 | 46 % |
| Hors CAC 40 | ≈ 30 % |
| Actions cotées, Allemagne | 56,9 % |
| Actions cotées, Italie | 49,4 % |
| Actions cotées, Espagne | 48,7 % |
Perspective longue : les non-résidents détenaient environ 10 % de la capitalisation boursière française en 1977, 25 % en 1993, 40 % à partir de 2000, et la part sur le CAC 40 oscille depuis 2013 entre 49 et 55 %. Origine géographique des détenteurs non résidents fin 2024 : zone euro 39,7 %, États-Unis 33,6 %, Royaume-Uni 5,5 %, Norvège 3,5 %, îles Caïmans 2,7 %.
La France est-elle pour autant « vendue » ? Le tableau est plus nuancé, et c'est la position extérieure nette qui le dit : −885 Md€ fin 2025, soit −29,6 % du PIB, contre +82 % pour l'Allemagne, +79 % pour l'Espagne, +59 % pour les Pays-Bas et +26 % pour l'Italie. Mais la décomposition par instrument est décisive : la position en investissements directs est créditrice de +568 Md€ — les entreprises françaises possèdent davantage à l'étranger que l'inverse — tandis que la position en investissements de portefeuille est débitrice de −1 073 Md€, canal par lequel les non-résidents détiennent la dette publique. Les engagements extérieurs des seules administrations publiques, environ 1 477 Md€, représentent plus du double de la position nette négative du pays. Le secteur privé français est, au net, créditeur vis-à-vis du reste du monde ; c'est l'État qui est débiteur.
Insee Première n° 2081 (comptes de patrimoine 2024) et Insee Focus n° 371 (enquête Histoire de vie et Patrimoine 2024) ; BCE, Household Finance and Consumption Survey, vague 2023 ; Eurostat ilc_lvho02 et nasa_10_ki ; Banque de France, Épargne et patrimoine financiers des ménages T3 2025, Bulletin n° 261/3 et Balance des paiements et position extérieure 2024-2025 ; Réserve fédérale, comptes financiers.
| Patrimoine des ménages, fin 2024 | Md€ | % du brut | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|
| Actifs non financiers | 9 967 | 58,4 % | −0,6 % |
| — logements, le bâti seul | 4 807 | 28,2 % | +1,2 % |
| — terrains bâtis | 4 043 | 23,7 % | −3,2 % |
| — autres bâtiments, équipements, actifs divers | 1 117 | 6,5 % | — |
| Actifs financiers | 7 096 | 41,6 % | — |
| Patrimoine brut | 17 063 | 100 % | — |
| Passif (crédits) | −2 112 | 12,4 % du brut | 0,0 % |
| Patrimoine net | 14 953 | — | +0,7 % |
Insee, comptes de patrimoine, base 2020, Insee Première n° 2081, secteur des ménages (y compris entrepreneurs individuels), France, fin 2024. Le patrimoine net représente 8,2 années de revenu disponible net et environ 511 % du PIB ; les ménages détiennent 76,5 % du patrimoine national net (19 559 Md€).
Premier fait rarement relevé : le « logement » des Français est presque autant du terrain que du bâti. Les terrains bâtis pèsent 4 043 Md€ contre 4 807 Md€ de constructions, soit 45,7 % de la valeur immobilière. Et c'est le foncier qui a baissé en 2024 (−3,2 %) pendant que le bâti progressait : la correction immobilière récente est d'abord une correction foncière.
Où sont placés les 6 590 Md€ de patrimoine financier des ménages
Fin 2025, en milliards d'euros. Périmètre « principaux placements financiers », légèrement plus étroit que celui des comptes de patrimoine.
Banque de France, Stat Info « Épargne et patrimoine financiers des ménages », T4 2025, publié le 21 mai 2026. La Banque de France classe par nature de risque (produits de taux contre produits de fonds propres) et non par instrument comptable ; les sous-totaux ont été vérifiés : produits de taux 3 911,4 Md€ (59,3 %), produits de fonds propres 2 576,0 Md€ (39,1 %), autres 103,1 Md€.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Assurance-vie, fonds en euros | 1 570,6 |
| Actions non cotées et participations | 1 507,4 |
| Livrets et comptes à terme | 1 363,3 |
| Numéraire et dépôts à vue | 763,0 |
| Assurance-vie, unités de compte | 606,7 |
| Actions cotées, en direct | 263,3 |
| Actions via fonds | 198,6 |
| Obligations via fonds | 134,0 |
| Obligations en direct | 54,8 |
| Fonds monétaires | 25,7 |
| Taux de détention par les ménages, début 2024 | % | Évolution depuis 1998 |
|---|---|---|
| Au moins un livret d'épargne | 86,9 | stable |
| — dont Livret A | 78,1 | — |
| — dont LEP | 21,5 | — |
| Assurance-vie | 41,7 | +13 points (28,9 % en 1998) |
| Épargne logement (PEL, CEL) | 27,0 | −14 points |
| Épargne retraite | 19,1 | — |
| Valeurs mobilières (actions, obligations, fonds) | 17,4 | −7 points depuis 2004 (24,2 %) |
| Épargne salariale | 15,6 | — |
| Résidence principale | 57,2 | stable depuis 25 ans |
| Au moins un bien immobilier | 61,2 | — |
| Patrimoine professionnel | 15,3 | −4 points |
| Au moins un emprunt en cours | 45,6 | — |
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, 11 940 ménages interrogés de juin 2023 à janvier 2024, France hors Mayotte, ménages en logement ordinaire, situation début 2024 (Insee Focus n° 354). Série longue : enquêtes Patrimoine 1998-2021, France métropolitaine.
Deux mouvements de fond en vingt-cinq ans. La détention d'actions et de titres a baissé d'un quart depuis 2004, pendant que l'assurance-vie gagnait treize points. Et le taux de propriété de la résidence principale est stable depuis un quart de siècle : il n'y a eu ni démocratisation ni recul de l'accession — seulement un déplacement générationnel.
En direct, les ménages français ne détiennent que 54,8 Md€ de titres de créance, soit 0,8 % de leur patrimoine financier. On en conclut d'ordinaire à une « aversion française aux obligations ». C'est l'inverse : il y a intermédiation quasi intégrale.
Le portefeuille des assureurs français — 2 619 Md€ de placements, soit environ 90 % du PIB — est investi à 57,6 % en obligations : 34,0 % en obligations d'entreprises et 23,6 % en obligations souveraines. Les trois producteurs convergent : entre 56 % et 64 % selon le traitement des fonds et le périmètre.
Autrement dit, le fonds en euros est le produit obligataire de détail français. Il offre au ménage la même exposition, avec en plus la garantie du capital, la liquidité et la mutualisation. Trois raisons expliquent l'absence de détention directe : aucune enveloppe fiscale ne loge l'obligation en direct — le PEA est réservé aux titres de capital, l'assurance-vie capte l'avantage successoral ; l'État a cessé de distribuer des OAT au détail ; et l'intermédiation est simplement plus avantageuse.
| Ce que cela représente en dette publique | Montant |
|---|---|
| Obligations souveraines françaises détenues par les assureurs, fin 2024 | 336,4 Md€ |
| Dette publique au sens de Maastricht, fin 2024 | 3 305,3 Md€ |
| Part de la dette publique détenue par les assureurs | 10,2 % |
| Part adossée in fine à l'épargne des ménages en assurance-vie | de l'ordre de 8 % |
La question « faut-il que les Français financent la dette française ? » est donc mal posée : ils le font déjà, à hauteur d'environ un dixième, sans le savoir, par un canal invisible qui ne figure sur aucun relevé d'épargnant. La contrepartie de cette désintermédiation apparente est que la part des non-résidents dans la dette négociable de l'État atteint environ 56 % début 2025, contre 47,5 % fin 2021.
| Ce que rapporte le fonds en euros | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Rendement moyen servi, contrats individuels | 2,26 % | 2,63 % | 2,63 % | 2,63 % |
| Inflation | — | — | 2,0 % | 0,9 % |
| Livret A, moyenne annuelle | — | — | 3,1 % | 2,2 % |
ACPR, Analyses & Synthèses n° 180, juin 2026 ; taux nets de frais de gestion, avant prélèvements sociaux et fiscaux. Encours de l'assurance-vie fin 2025 : 2 088 Md€, dont environ 68 % en fonds euros et 32 % en unités de compte (France Assureurs). La bascule vers les unités de compte se fait par les flux — elles captent 85 % de la collecte nette 2025 — et non par les stocks.
Le débat sur le patrimoine manque cruellement de repères concrets. Les voici.
| Seuil de patrimoine, début 2024 | Brut | Net |
|---|---|---|
| 10 % les moins dotés (D1) | 6 200 € | 4 600 € |
| D2 | 16 500 € | 13 200 € |
| D3 — 30 % des ménages sont en dessous | 40 100 € | 34 100 € |
| D4 | 112 100 € | 77 900 € |
| Médiane | 205 100 € | 148 100 € |
| D6 | 283 200 € | 224 200 € |
| D7 | 381 800 € | 317 400 € |
| D8 | 530 000 € | 457 900 € |
| Seuil des 10 % les mieux dotés | 857 700 € | 750 400 € |
| Seuil des 5 % | 1 268 200 € | — |
| Seuil du 1 % | 3 020 900 € | — |
C’est la confusion la plus coûteuse de ce chapitre, parce que les deux séries voisinent en permanence et n’ont pas la même unité de compte.
Conséquence directe sur les comparaisons internationales : un pays où les ménages sont plus petits affiche mécaniquement un patrimoine médian par ménage plus faible, sans que ses habitants soient moins riches. La taille moyenne des ménages n’est pas la même en France, en Allemagne et en Italie — aucun des tableaux de ce chapitre ne la neutralise, et le dossier n’en donne pas de mesure. C’est une limite à garder en tête avant de conclure d’un classement par ménage à un classement des personnes.
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024, Insee Focus n° 371, paru le 7 avril 2026, France hors Mayotte, ménages en logement ordinaire, situation début 2024.
Trois repères à retenir : 858 000 € de patrimoine brut suffisent pour entrer dans les 10 % les mieux dotés — un couple propriétaire d'un appartement parisien sans emprunt y est. 1,27 M€ pour les 5 %. 3,02 M€ pour le 1 %. L'écart entre le seuil des 10 % et celui du 1 % est d'un facteur 3,5 ; entre la médiane et le seuil du 1 %, d'un facteur 14,7. Et 30 % des ménages possèdent moins de 40 100 €.
L'inégalité de patrimoine est plus de deux fois celle des revenus. C'est le chiffre le plus robuste de ce thème, et il ne dépend d'aucune hypothèse de modélisation.
Trois France du patrimoine
Composition du patrimoine brut selon la position dans la distribution, début 2024, en %.
Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine, situation début 2024, tableau « Composition du patrimoine brut par décile », mis à jour le 7 avril 2026.
Une précision qui change la lecture du dernier décile : les 18,8 % de patrimoine professionnel y sont une moyenne trompeuse. Le patrimoine professionnel est détenu à 95 % par les 5 % les mieux dotés — l'essentiel se joue donc au-dessus du 95e centile, voire du 99e.
Un impôt assis sur le patrimoine immobilier frappe le milieu de la distribution. Un impôt assis sur le patrimoine professionnel et financier frappe le dernier centile. Ce ne sont pas les mêmes ménages — et les déciles 4 à 9 ne peuvent pas payer en actifs liquides ce qu'ils détiennent en mètres carrés.
| Patrimoine brut selon l'âge, début 2024 | Médian | Moyen |
|---|---|---|
| Moins de 30 ans | 26 100 € | 104 400 € |
| 30 à 39 ans | 146 200 € | 265 000 € |
| 40 à 49 ans | 215 200 € | 367 600 € |
| 50 à 59 ans | 254 100 € | 464 800 € |
| 60 à 69 ans | 245 000 € | 462 500 € |
| 70 ans ou plus | 247 600 € | 420 300 € |
| Ensemble | 205 100 € | 374 900 € |
Le rapport entre le patrimoine médian des 50-59 ans et celui des moins de 30 ans est de 9,7. Mais entre 40-49 ans et 70 ans et plus, il n'est que de 1,15. Le profil français est un plateau, pas une pente : l'écart est massif à l'entrée dans la vie active puis se referme presque complètement après 40 ans, et surtout il n'y a pas de désaccumulation à la retraite. C'est la signature d'un système par répartition, qui rend inutile de « manger son capital ».
Conséquence directe : l'effet de cycle de vie n'explique qu'une partie limitée de l'inégalité totale. Si toute l'inégalité était du cycle de vie, le patrimoine des plus de 70 ans redescendrait. Il ne redescend pas — il est transmis, pas consommé.
| 1970 | 2020 | |
|---|---|---|
| Part du patrimoine total qui est héritée plutôt qu'accumulée | 35 % | 60 % |
| Flux successoral annuel, en % du revenu national | ≈ 5 % (1950) | > 15 %, soit ≈ 300 Md€/an |
| Âge moyen à l'héritage | ≈ 30 ans (début XXe) | ≈ 50 ans |
| Héritage reçu sur la vie entière | Montant | Situation du ménage |
|---|---|---|
| Médiane | ≈ 70 000 € | 41 % des ménages ont déjà hérité |
| Top 10 % | > 500 000 € | — |
| Top 1 % | ≈ 4,2 M€ | — |
| Top 0,1 % | ≈ 13 M€ | Rapport au médian : ≈ 180 |
Un marqueur social plus fort que l'héritage : la donation. Le patrimoine médian est de 205 100 € dans l'ensemble, de 306 600 € chez les ménages ayant hérité, mais de 435 900 € chez ceux ayant reçu une donation. La donation est un transfert choisi, précoce et optimisé fiscalement, concentré dans le haut de la distribution ; l'héritage est subi et tardif. Le débat public parle de succession ; l'inégalité se joue en amont, dans la donation.
| La fiscalité du patrimoine, 2024 | Montant ou taux |
|---|---|
| Imposition totale du patrimoine | 113,2 Md€ |
| — dont détention et transmission | 64,3 Md€ |
| — dont revenus du patrimoine | 48,9 Md€ |
| Taxation de la détention, rapportée au patrimoine | 0,4 % |
| Taux effectif d'une transmission optimisée (pacte Dutreil et démembrement) | 2,1 % |
| Taux effectif d'une transmission non optimisée | 39,3 % |
Conseil des prélèvements obligatoires et Cour des comptes, « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », décembre 2025, données 2024 ; Conseil d'analyse économique, note n° 69 « Repenser l'héritage », décembre 2021, d'après Piketty & Zucman et Biernat et al. ; Insee, Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 pour les taux de détention d'héritage et de donation.
Un écart de facteur 19 entre transmission optimisée et non optimisée. Le CAE estimait de son côté le taux effectif à environ 10 % pour le top 0,1 %, contre un barème marginal affiché de 45 % — et un taux effectif plus élevé pour les classes moyennes supérieures que pour le sommet. La courbe d'imposition successorale française est régressive à son extrémité.
La comparaison des patrimoines médians par ménage figure plus haut. Elle est utile mais elle laisse deux questions ouvertes : quel est le patrimoine agrégé rapporté au revenu, et les Français sont-ils vraiment plus « pierre » que leurs voisins ?
| Patrimoine net des ménages, en niveau agrégé | Montant | En années de revenu disponible |
|---|---|---|
| France, fin 2024 | 14 953 Md€ | 8,2 |
| Italie, fin 2024 | 11 732 Md€ | 8,2 |
| États-Unis, T4 2025 | 184,1 T$ | 7,94 |
| Pays-Bas, 2023 | 5 046 Md€ | voir ci-dessous |
| Royaume-Uni, 2024 | 10,8 T£ | — |
| Allemagne, Espagne, Belgique | non obtenus | — |
La France et l'Italie sont exactement au même niveau : 8,2 années de revenu disponible. L'idée que les Français seraient particulièrement patrimoniaux par rapport à leurs voisins latins ne résiste pas. Et les États-Unis sont en dessous (7,94), malgré des marchés actions historiquement hauts — le ratio américain a d'ailleurs reflué au premier trimestre 2026, ce qui rappelle sa volatilité : le patrimoine américain est boursier donc cyclique, le patrimoine français est immobilier donc inerte.
| Part des actifs non financiers dans le patrimoine des ménages | % |
|---|---|
| Royaume-Uni, 2024 | ≈ 61 |
| France, fin 2024 | 58,4 |
| Italie, fin 2024 | 52,9 |
| Pays-Bas, 2023 | 48,9 |
| États-Unis, T4 2025 | 30,0 |
Réponse : non, les Français ne sont pas des exceptions immobilières. Ils se situent entre l'Italie et le Royaume-Uni. L'écart réel n'est pas franco-européen mais euro-américain : un ménage américain a deux fois moins de son patrimoine en immobilier qu'un ménage britannique ou français. Le « biais pierre » français est en réalité un biais européen, et la singularité est américaine, portée par la capitalisation retraite et l'actionnariat de masse.
Là où la France s'écarte réellement de la moyenne européenne, c'est sur la structure financière : l'assurance et l'épargne retraite y pèsent 32,9 % des actifs financiers contre 26,9 % dans l'UE, et les actions non cotées (22,9 %) écrasent les actions cotées (4,0 %).
France : Insee, comptes de patrimoine base 2020, fin 2024. Italie : Banca d'Italia et Istat, La ricchezza dei settori istituzionali, fin 2024, secteur des familles. États-Unis : Federal Reserve, Financial Accounts Z.1, T4 2025, ménages et institutions sans but lucratif. Pays-Bas : CBS, comptes nationaux 2023. Royaume-Uni : ONS, National Balance Sheet, 2024. Part des actifs non financiers : calculs par nos soins sur ces mêmes sources. Structure financière européenne : Eurostat, Statistics Explained, actifs et passifs financiers des ménages, 2024 ; France : ACPR, 2025, et Banque de France, T4 2025.
| Source | Traitement des droits à retraite | Résultat pour les Pays-Bas |
|---|---|---|
| Comptes nationaux (CBS, 2023) | Inclus | Actifs financiers 3 120 Md€, dont 1 620 Md€ de droits à pension ; patrimoine net 5 046 Md€ |
| Enquête de la BCE (2023) | Exclus | Patrimoine net médian 143 500 €, sous la France, l'Italie et l'Espagne |
| Comptes distributifs de la BCE (2024) | Exclus également | Couvre environ 90 % des actifs des comptes nationaux |
Les droits à pension représentent 51,9 % des actifs financiers des ménages néerlandais et 26,6 % de leur patrimoine brut. Les retirer fait chuter le patrimoine net néerlandais de 32,1 %. Un même pays, deux positions opposées, uniquement à cause du périmètre.
Toute comparaison de patrimoine issue de l'enquête de la BCE sous-estime structurellement les pays à retraite capitalisée — Pays-Bas, Danemark, et hors zone euro le Royaume-Uni et les États-Unis — et flatte les pays à retraite par répartition : France, Italie, Espagne. La comparaison France-Allemagne présentée plus haut n'est pas affectée par ce biais, les deux pays étant en répartition dominante. La comparaison France-Pays-Bas l'est totalement.
| Engagements implicites du système de retraite | Valeur | Hypothèse |
|---|---|---|
| France, fin 2021 | ≈ 400 % du PIB, soit ≈ 10 000 Md€ | Taux d'actualisation 2 % réel, droits acquis à date |
| Variante à 1 % réel | 417 % du PIB | Sensibilité au taux d'actualisation |
| — dont fonction publique d'État | 1 317 Md€ | Au 31 décembre 2021 |
| Allemagne, fin 2015 | 8,9 T€, soit 291 % du PIB | Millésime ancien, comparaison fragile |
Ajouter ces droits au patrimoine des ménages français reviendrait à le majorer d'environ deux tiers. Pour les Pays-Bas, l'équivalent capitalisé est déjà compté. La hiérarchie France / Allemagne / Pays-Bas est donc largement un artefact de convention comptable : un Français de 55 ans dispose d'une créance retraite considérable qui n'apparaît nulle part dans son patrimoine, un Néerlandais du même âge la voit apparaître dans les comptes nationaux.
Après ajustements, l'enquête sur le patrimoine ne couvre que 66 % de l'agrégat des comptes nationaux (Banque de France, février 2024). Notre vérification indépendante converge : 31,4 millions de résidences principales × 374 900 € de patrimoine brut moyen = 11 772 Md€, contre 17 063 Md€ en comptabilité nationale, soit un taux de couverture d'environ 69 %. Un tiers du patrimoine des Français échappe à l'enquête, pour trois raisons : sous-déclaration des plus riches, difficulté d'évaluer l'immobilier et surtout les actions non cotées — le plus gros poste financier et le plus incertain — et différence de sources.
Voici comment le trou est bouché : imputation de ménages fortunés issus des classements de presse, complétée par des ménages synthétiques simulés selon une loi de Pareto au-delà d'un million d'euros, puis rehaussement proportionnel. Les parts du top 1 % et du top 0,1 % ne sont donc pas des mesures : ce sont des estimations sous hypothèse de forme de distribution.
Le débat n'est pas tranché, et les deux camps ont des arguments empiriques.
L'évaluation française : le comité France Stratégie sur la suppression de l'ISF et le prélèvement forfaitaire unique constate une forte hausse des dividendes distribués et une amélioration de certains indicateurs de financement, mais ne parvient pas à établir de lien statistique clair avec un surcroît d'investissement productif, ni à observer un retour massif d'exilés fiscaux.
Les élasticités : les études françaises trouvent des élasticités des revenus imposables modérées, plus faibles qu'aux États-Unis, mais des réponses migratoires réelles et concentrées sur des professions très mobiles.
Les expériences étrangères : le relèvement norvégien de l'impôt sur la fortune (2022) a été suivi de départs documentés — réels mais numériquement marginaux. La Suède a supprimé le sien en 2007 après un rendement décevant.
Deux positions s'affrontent sans que la littérature ne tranche : Zucman, Piketty et Landais plaident pour une taxation renforcée au vu du taux effectif très faible des plus grandes fortunes ; leurs critiques soulignent les risques d'évasion et contestent le traitement des plus-values latentes.
Mis à jour : 2026-08