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CHIFFRES POUR 2027
Thème 04

Emploi, chômage et coût du travail

Deux questions, traitées séparément. Pourquoi si peu de Français travaillent-ils par rapport aux Allemands et aux Néerlandais — et l'écart est-il aussi grand qu'il en a l'air ? Puis : que peut-on faire pour faire baisser le chômage et fluidifier le marché du travail, et que vaut la preuve derrière chaque levier proposé ?

La réponse en cinq lignes

L'écart de taux d'emploi se concentre aux deux extrémités de la vie active : les 25-54 ans français sont à moins de deux points de l'Allemagne. Face aux Pays-Bas, l'essentiel de l'écart est un artefact de comptage — il tombe de 13,0 à 0,7 point en équivalent temps plein. Face à l'Allemagne, il est plus réel mais se réduit de 61 %. Le seul écart qui résiste à toutes les corrections est celui des 60-64 ans, qui passe entièrement par l'inactivité et non par le chômage.

Côté leviers, le résultat est inconfortable : le mieux évalué (l'accompagnement intensif) n'a pas d'effet net agrégé, deux leviers populaires ont un résultat d'évaluation négatif, et le plus prometteur sur le plan du raisonnement — la réforme de la procédure prud'homale — n'a jamais été évalué nulle part.

Partie 1

Pourquoi si peu de Français travaillent

On localise l'écart avant de l'expliquer : quelles tranches d'âge, quel sexe, et ce qui en subsiste quand on compte des heures plutôt que des têtes. Puis les deux bouts de la vie active, où tout se joue.

D'où vient exactement l'écart de taux d'emploi avec l'Allemagne et les Pays-Bas ?

Le taux d'emploi des 15-64 ans est de 69,3 % en France, 77,2 % en Allemagne et 82,3 % aux Pays-Bas. Avant de chercher des causes, il faut savoir se situent ces 7,9 et 13,0 points. La décomposition ci-dessous est une identité arithmétique : la contribution de chaque tranche d'âge est son poids dans la population française multiplié par l'écart de taux d'emploi, et les contributions s'additionnent exactement à l'écart total.

Taux d'emploi par tranche d'âge, 2025FranceAllemagnePays-Bas
15-24 ans34,550,876,0
25-54 ans83,084,986,7
55-59 ans78,883,181,9
60-64 ans44,467,669,5
65-69 ans10,823,229,5
15-64 ans69,377,282,3

Ce qui compose l'écart de taux d'emploi

Contribution de chaque tranche d'âge, en points de taux d'emploi des 15-64 ans, 2025.

Écart avec l'Allemagne (7,9 pts au total)Écart avec les Pays-Bas (13,0 pts)
contribution à l'écart, en points de taux d'emploi 0 2 5 8 15-24 ans 3,12 7,96 60-64 ans 2,39 2,58 25-54 ans 1,14 2,22 55-59 ans 0,45 0,33
Deux écarts de nature différente. Le retard sur l'Allemagne est fait à 40 % des jeunes et à 36 % des seniors, à parts presque égales. Le retard sur les Pays-Bas vient à 61 % des seuls 15-24 ans. Dans les deux cas, le cœur d'activité — les 25-54 ans — ne contribue que pour 14 à 17 % : la France y est à 83,0 % contre 84,9 % en Allemagne. Ce n'est pas là que se joue l'écart.

Eurostat, lfsa_ergan (taux d'emploi par âge) et lfsa_pganws (population par âge), données annuelles 2025, champ ménages ordinaires. Décomposition calculée par nos soins : contribution = poids de la tranche dans la population française × écart de taux. À ces contributions s'ajoute un effet de structure démographique — les pyramides des âges diffèrent — de +0,77 point face à l'Allemagne et de −0,06 point face aux Pays-Bas, qui n'apparaît pas sur le graphique. Avec lui, la somme reconstitue exactement les 7,87 et 13,03 points d'écart.

Ce n'est pas un problème d'emploi féminin

Taux d'emploi des 15-64 ans par sexe, 2025FranceAllemagnePays-Bas
Hommes71,980,285,7
Femmes66,774,178,9
Écart hommes − femmes5,26,16,8
Contribution à l'écart total : hommes / femmes51,5 % / 47,3 %52,1 % / 47,4 %

Hommes et femmes contribuent à parts quasi égales aux deux écarts. Mieux : la France a le plus petit écart de genre des trois pays. Le taux d'emploi féminin français est bas en niveau, mais élevé relativement à celui des hommes français — et, comme la fiche suivante le montre, les Françaises qui travaillent travaillent beaucoup plus longtemps que les Allemandes et surtout que les Néerlandaises.

Ce qu'il faut retenir
  1. L'écart français se concentre aux deux extrémités de la vie active, pas au milieu. Les 25-54 ans français sont à moins de deux points de l'Allemagne.
  2. Face à l'Allemagne, jeunes et seniors pèsent à peu près autant — 40 % et 36 % de l'écart.
  3. Face aux Pays-Bas, les jeunes font à eux seuls 61 % de l'écart. La fiche suivante montre que cette contribution est très largement un artefact du comptage en têtes.
  4. Le sexe n'est pas une clé de lecture pertinente ici : la France a le plus faible écart hommes-femmes des trois pays.

Et si on comptait des heures plutôt que des têtes ? L'écart fond

Un taux d'emploi compte des personnes, pas du travail. Une Néerlandaise employée quatorze heures par semaine et une Française employée trente-cinq heures comptent chacune pour une unité. Or les Pays-Bas ont le taux de temps partiel le plus élevé du monde développé : le rapport gouvernemental néerlandais IBO Deeltijdwerk l'écrit sans détour — « nulle part au monde les femmes ne travaillent aussi souvent à temps partiel ».

2025, 15-64 ansFranceAllemagnePays-Bas
Part du temps partiel dans l'emploi16,9 %29,4 %42,7 %
— femmes25,9 %48,6 %63,3 %
— hommes8,4 %12,2 %23,9 %
Durée hebdomadaire habituelle, emploi principal37,0 h34,8 h31,5 h
— femmes34,8 h31,0 h27,4 h
— hommes39,1 h38,3 h35,3 h

Une Néerlandaise en emploi travaille en moyenne 27,4 heures par semaine, une Française 34,8 — soit 27 % de plus pour la Française.

Le taux d'emploi, en têtes puis en équivalent temps plein

2025. L'équivalent temps plein rapporte l'emploi à une base de 40 heures hebdomadaires.

En têtesEn équivalent temps plein
taux d'emploi des 15-64 ans, %, 2025 0 25 50 75 Pays-Bas 82,3 64,8 Allemagne 77,2 67,2 France 69,3 64,1
Le classement s'inverse. L'écart France / Pays-Bas passe de 13,0 points à 0,7 point : 94,5 % de l'écart disparaît. L'écart France / Allemagne passe de 7,9 à 3,1 points, soit 61 % en moins. Et les Pays-Bas perdent la première place au profit de l'Allemagne. L'Insee parvient au même constat : « en équivalent temps plein, l'écart de taux d'emploi de la France se réduit par rapport à l'Allemagne et aux Pays-Bas, en particulier pour les femmes ».

Eurostat, lfsi_emp_a (taux d'emploi) et lfsa_ewhun2 (durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal), 2025. Eurostat ne publie pas d'indicateur « taux d'emploi en équivalent temps plein » : le calcul est le nôtre, selon la convention usuelle d'un équivalent temps plein à 40 heures, hors emplois secondaires. Une convention différente déplacerait les niveaux, pas le renversement de classement.

Données de la figure
CatégorieEn têtesEn équivalent temps plein
Pays-Bas82,364,8
Allemagne77,267,2
France69,364,1

Le seul indicateur qui neutralise tout : les heures par habitant

FranceAllemagnePays-Bas
Mesure A — comptabilité nationale, 2024
Heures par personne en emploi1 5121 3451 453
Heures par habitant de 15 à 64 ans1 1201 1701 307
Indice, France = 100100104,4116,7
Mesure B — enquêtes forces de travail, 2024
Heures par personne en emploi1 5951 5391 354
Heures par habitant de 15 à 64 ans1 1051 2121 132
Indice, France = 100100109,7102,4

Mesure A : Eurostat, nama_10_a10_e, heures totales travaillées et emploi intérieur, 2024 ; rapport calculé par nos soins et contrôlé sur la tranche 15-74, qui donne le même classement. Mesure B : Rexecode, document de travail n° 98, décembre 2025 — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat ; méthode : taux d'emploi × durée annuelle effective issue des enquêtes emploi harmonisées.

LimitesC'est la limite majeure de cette fiche : les deux sources ne s'accordent pas. Elles divergent de 14 % sur les heures par travailleur allemand, pour la même année. L'Insee a documenté l'origine du problème (Insee Analyses n° 26) : l'enquête emploi allemande ne recense que 3,7 semaines de congés annuels déclarés contre 6,7 en France, une sous-estimation manifeste qui gonfle les heures allemandes dans la mesure B. Aucune des deux mesures ne peut être présentée comme la bonne. Nous donnons les deux.

Le temps partiel français est le plus rare et le plus subi

Temps partiel involontaire, 2025FranceAllemagnePays-Bas
En % de l'emploi à temps partiel21,2 %5,3 %2,2 %
Rapporté à la population de 15-64 ans2,48 %1,20 %0,77 %

C'est le renversement complet de la lecture naïve : la France a peu de temps partiel, mais c'est le plus contraint des trois. Rapportée à sa population, elle compte deux fois plus de personnes en temps partiel subi que l'Allemagne et trois fois plus que les Pays-Bas.

Les mini-jobs allemands : une masse équivalente à 79 % de l'écart franco-allemand

L'Allemagne comptait 7,9 millions de personnes en emploi faiblement rémunéré au 30 juin 2025, dont 4,38 millions à titre exclusif. Rémunération plafonnée à 556 € par mois, exonérée d'impôt et de cotisations maladie, dépendance et chômage. Ils sont intégralement comptés dans l'emploi : le Bureau international du travail considère comme occupée toute personne ayant travaillé au moins une heure dans la semaine de référence, donc un mini-jobber compte pour une unité entière, comme un salarié à temps plein.

Les seuls mini-jobs exclusifs de 15 à 64 ans (environ 3,29 millions de personnes) représentent 6,25 points de taux d'emploi allemand, à comparer aux 7,87 points d'écart avec la France.

Avertissement : ce chiffre est un ordre de grandeur arithmétique, pas un contrefactuel. Il ne dit pas que supprimer les mini-jobs ramènerait l'Allemagne au niveau français — la France a elle aussi des emplois très courts, et une partie des mini-jobbers basculerait vers un emploi ordinaire. Aucune évaluation de ce scénario n'existe. Ce qu'il établit, c'est l'échelle.

Ce qu'il faut retenir
  1. L'avantage néerlandais est un avantage de comptage, pas de travail. Les Pays-Bas n'ont pas beaucoup plus de travail par personne : ils ont beaucoup plus de personnes qui travaillent peu. En équivalent temps plein, l'écart avec la France tombe de 13,0 à 0,7 point.
  2. Les Néerlandais à temps complet ne travaillent pas plus que les Français : 1 677 heures contre 1 673 en 2023. Toute la différence est de composition, pas d'intensité.
  3. L'avantage allemand résiste mieux — l'Allemagne prend même la première place en équivalent temps plein — mais il repose lui aussi en partie sur des emplois très courts : les mini-jobs pèsent l'équivalent de 79 % de l'écart franco-allemand.
  4. Ce qui reste incontestable : la France a le temps partiel le plus subi des trois, et le passage aux heures ne fait pas disparaître son retard — il le divise par deux à cinq selon la mesure et le pays de comparaison.

Les seniors : l'âge légal ne suffit pas à expliquer l'écart

C'est l'hypothèse évidente, et elle est vraie comme cadrage, insuffisante comme explication. Trois faits l'établissent.

Taux d'emploi de fin de carrière, 2025FranceAllemagnePays-BasÉcart FR/DE
55-59 ans78,883,181,9−4,3
60-64 ans44,467,669,5−23,2
65-69 ans10,823,229,5−12,4
55-64 ans61,775,375,8−13,6

Premier fait : l'écart est tout entier après 60 ans. À 55-59 ans, la France est à trois ou quatre points de ses voisins — le problème y est réglé, et la série le confirme : 48,6 % en 1995, 78,8 % en 2025, soit +30,2 points. À 60-64 ans, l'écart est cinq à six fois plus grand.

Situation des 60-64 ans, 2025FranceAllemagnePays-Bas
En emploi44,4 %67,6 %69,5 %
Au chômage, rapporté à la population de la tranche2,6 %2,0 %1,7 %
Inactifs53,0 %30,4 %28,7 %

Deuxième fait, et c'est le plus net : la totalité de l'écart passe par l'inactivité, pas par le chômage. Le chômage des 60-64 ans est quasi identique dans les trois pays. Les seniors français ne sont pas au chômage : ils ont quitté la population active. Si la France avait le taux d'inactivité allemand à 60-64 ans, 966 000 personnes de plus seraient dans la population active.

Le « sas » entre l'emploi et la retraite

Situation l'année précédant la liquidation de la pensionEnsembleFemmesHommes
En emploi68 %63 %72 %
Chômage13 %14 %12 %
Maladie ou invalidité7 %
Hors de tout dispositif public identifié12 %
Non en emploi32 %37 %28 %

DREES, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 20, échantillon interrégimes de cotisants 2017, génération 1950. Le Sénat (rapport n° 749, 2018-2019) donne un cadrage complémentaire sur l'ensemble de la trajectoire : « plus de la moitié de la génération née en 1946 a connu une période de chômage ou d'inactivité entre l'emploi et la retraite ».

Troisième fait : près d'un nouveau retraité sur trois n'était pas en emploi juste avant de liquider sa pension — et plus d'une femme sur trois. L'âge de départ ne dit rien de ce qui se passe avant lui. L'assurance chômage documente précisément ce pont : 27 mois d'indemnisation à partir de 57 ans, un pic d'entrées à 59 ans que l'Unédic qualifie elle-même d'« effet d'aubaine », et 85 % des sortants à 62 ans qui basculent directement vers la retraite.

Ce que la France a construit puis démonté

Dispositif de cessation anticipéeEffectifsFermeture
Garantie de ressources (1972, 1977) — 60-64 ans, 70 % du brut418 000 au pic en 19841983
Contrats de solidarité (1982)≈ 200 000 en 18 moisfin 1983
Préretraite progressive (1982)26 800 entrées en 1995réforme de 2003
ARPE (1995)43 000 entrées en 1998début des années 2000
ASFNE / FNE — dès 56 ans, 65 % du brut≈ 23 000 en 1997supprimée en décembre 2011
Dispense de recherche d'emploi — chômeurs seniors dispensés de rechercher, hors statistiques du chômage≈ 6 % des 55-64 ans1er janvier 2012

Au début des années 2000, le Sénat estime qu'environ 10 % des 55-64 ans bénéficiaient d'un dispositif de cessation anticipée. Et la réaction du taux d'emploi est éloquente : entre 1995 et 2000, le taux d'emploi des 55-59 ans français est resté strictement plat (48,6 → 48,1) pendant que les Pays-Bas décollaient. Le mouvement français ne commence qu'après 2003 — après la fermeture de la préretraite progressive — et s'accélère entre 2010 et 2012.

LimitesCe rapprochement entre dates de fermeture et inflexions de courbe est une corrélation temporelle documentée, pas une évaluation causale. Nous n'avons identifié aucune évaluation avec contrefactuel de la suppression de la dispense de recherche d'emploi (2012) ni de la fermeture des ASFNE. C'est une lacune réelle de la littérature française sur une réforme qui a concerné 6 % d'une classe d'âge.
Ce qu'il faut retenir
  1. L'écart senior est entièrement situé après 60 ans — 23 points face à l'Allemagne contre 4 points à 55-59 ans.
  2. Il passe par l'inactivité, pas par le chômage. Les taux de chômage des 60-64 ans sont identiques dans les trois pays. 966 000 personnes séparent la France de l'inactivité allemande.
  3. Un tiers des nouveaux retraités n'était pas en emploi l'année précédente. Le problème n'est pas seulement l'âge de sortie du système, c'est le sas de plusieurs années qui le précède — chômage indemnisé long, invalidité, et 12 % hors de tout dispositif identifié.
  4. La France a démantelé ses préretraites très tard, la dernière porte se fermant en 2012, et son taux d'emploi senior a réagi avec le décalage correspondant.

Le cas néerlandais des seniors : de 13,6 % à 69,5 % en trente ans

C'est la trajectoire la plus spectaculaire d'Europe, et elle contient une leçon d'ordonnancement des réformes.

Taux d'emploi des 60-64 ans, France et Pays-Bas

1995-2025. Les Pays-Bas partaient d'un niveau plus bas que la France.

Pays-BasFrance
Emploi des 60-64 ans0204060taux d'emploi des 60-64 ans, %19952003201020172025Pays-BasFrance
+55,9 points aux Pays-Bas contre +33,9 en France. Partis d'un niveau inférieur à celui de la France en 1995 (13,6 % contre 10,5 % — l'écart est de 3 points), les Pays-Bas terminent 25 points devant. L'Allemagne, non représentée faute de série intermédiaire vérifiée, va de 18,0 % en 1995 à 67,6 % en 2025.

Eurostat, lfsa_ergan, taux d'emploi des 60-64 ans, données annuelles. La série allemande n'est pas tracée : nous n'avons pu vérifier que ses deux extrémités sur source primaire, et nous ne complétons pas une courbe par interpolation.

Données de la figure
AbscissePays-BasFrance
199513,610,5
200018,510,2
200324,212,6
200522,413,8
200624,3
200728,5
200832,316,2
201036,417,8
201242,821,5
201550,527,7
201961,132,7
202367,538,9
202569,544,4

Les trois temps de la réforme néerlandaise

ÉtapeContenuEffet sur le taux d'emploi des 60-64
1997-1999 — Neutralisation actuarielleConversion, secteur par secteur, des régimes de sortie anticipée par répartition (VUT) en prépensions capitalisées et actuariellement neutres : l'accès reste possible mais le report est récompensé. Bascule du fonds des fonctionnaires au 1er avril 1997, de la santé au 1er janvier 1999.
1er janvier 2006 — Fin de l'avantage fiscalLa loi VPL met fin à la déductibilité fiscale des cotisations de sortie anticipée pour les générations nées à partir de 1950. C'est la mesure qui rend ces dispositifs inintéressants pour l'employeur comme pour le salarié.+20,4 pts entre 2005 et 2012
2013-2025 — Relèvement de l'âge légalÂge de l'AOW porté de 65 à 67 ans en 2024, puis indexé sur l'espérance de vie : depuis l'accord de 2019, +3 mois pour 4,5 mois d'espérance de vie gagnée.+26,7 pts entre 2012 et 2025
La leçon d'ordonnancement

Les deux leviers ont produit chacun environ la moitié du mouvement. Mais l'accélération de 2005 à 2012 précède tout relèvement de l'âge légal, qui n'a commencé qu'en 2013 — elle ne peut donc pas lui être imputée. Les Pays-Bas ont fermé les voies de sortie avant de relever l'âge légal, et la première étape a produit à elle seule un gain considérable. C'est le point le plus transposable du dossier néerlandais.

Le mécanisme a été mesuré. Euwals, van Vuuren et Wolthoff exploitent le décalage temporel des réformes entre secteurs — les fonctionnaires et l'enseignement traités en 1997, la santé et les télécoms servant de groupe de contrôle — sur un panel de 2 937 personnes employées à 55 ans. Résultat : c'est l'effet-prix qui domine. Une hausse de 100 000 € du gain à rester allonge la carrière d'environ huit mois ; une baisse de 100 000 € du patrimoine retraite ne l'allonge que de cinq à six mois. Ce n'est pas d'appauvrir les futurs retraités qui les fait travailler plus longtemps, c'est de rendre le report payant.

LimitesUn effet secondaire mesuré, à ne pas taire : le RIVM néerlandais relève que le groupe des 60-65 ans est le seul dont l'état de santé ne s'est pas amélioré entre 1997 et 2017, et relie explicitement ce constat à la disparition des options de sortie anticipée. La participation à 60 ans est très dépendante de la santé : 82 % des hommes en bonne santé travaillent contre 32 % en mauvaise santé. Une politique qui ferme les sorties sans traiter l'usure professionnelle déplace le problème plutôt qu'elle ne le résout.
Contre-exemple à ne pas cacherL'Allemagne a fait l'inverse en 2014 : la Rente mit 63 — retraite sans décote après 45 années d'assurance — a rouvert une voie de sortie anticipée de masse au moment même où le pays relevait son âge normal vers 67 ans. Près d'un tiers des nouveaux retraités l'utilisent, soit plus de 250 000 personnes par an. Le DIW montre que le critère des 45 années cible mal la pénibilité : près de 70 % des hommes ouest-allemands remplissant la condition dans la génération 1957 avaient une pénibilité professionnelle faible. L'âge est progressivement relevé à 65 ans pour les générations nées à partir de 1964.

Les autres facteurs français, et ce qu'ils pèsent réellement

FacteurMesureCe qu'il explique
Formation continue après 50 ansFrance 35,5 % · Allemagne 58,9 % · Pays-Bas 55,1 %Le plus grand écart institutionnel identifié. Mais corrélation transversale, pas causalité.
Profil de rémunérationnon chiffréLa France a une croissance continue du salaire à tous les âges pour les emplois non manuels, l'Allemagne des salaires plats après 40-49 ans (OFCE). Le décrochage salaire/productivité peut freiner l'embauche.
Discrimination à l'embauche mesurée par testing−4,6 pts de taux de rappel à 51-52 ansRéelle et significative pour les responsables administratifs du privé, non significative pour les aides-soignants. Trop faible d'un ordre de grandeur pour expliquer 23 points d'écart d'emploi.
Licenciements pour inaptitude1 licenciement sur 4 chez les 55 ans et plusIndice d'usure professionnelle, non chiffrée par ailleurs sur source primaire.

OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024, « Maintien des seniors dans l'emploi en Europe » (formation continue, profils salariaux) ; Challe, L'Horty, Petit & Wolff, TEPP, rapport n° 2025-07 — 3 375 candidatures fictives en réponse à 675 offres, Île-de-France, novembre 2023 à mars 2024 ; Unédic (licenciements pour inaptitude).

Données manquantesTrois lacunes sur ce sujet. (1) L'écart de coût du travail entre un senior et un junior à poste équivalent n'est pas chiffré : la recherche France Stratégie sur ce point est annoncée mais sa phase sur la performance des entreprises n'est pas publiée. (2) La santé au travail et l'usure professionnelle ne sont pas chiffrées sur source primaire française. (3) L'âge effectif de sortie du marché du travail publié par l'OCDE n'a pas pu être obtenu sur source primaire (pages de navigation seules, PDF bloqués).

Les jeunes : ce que le taux d'emploi néerlandais mesure vraiment

Les 15-24 ans font 61 % de l'écart avec les Pays-Bas et 40 % de l'écart avec l'Allemagne. Mais ces deux contributions ne recouvrent pas du tout la même réalité, et la décomposition ci-dessous le montre en une ligne.

Les 15-24 ans, 2025, en % de la classe d'âgeFranceAllemagnePays-Bas
En formation72,270,577,9
— dont en emploi17,829,457,8
— dont hors emploi54,441,020,1
Hors formation27,429,522,1
— dont en emploi16,421,318,2
— dont ni en emploi ni en formation (NEET)11,08,23,9
Total en emploi34,250,776,0

Trois quarts des jeunes Néerlandais en emploi sont en même temps en formation (76,1 %, contre 52,0 % en France). Et 74 % des jeunes Néerlandais en formation travaillent, contre 41,7 % des Allemands et 24,7 % des Français.

Heures travaillées par personne de 15 à 24 ans

Par semaine, rapportées à toute la classe d'âge et non aux seuls jeunes en emploi. 2025.

heures travaillées par personne de 15-24 ans et par semaine 0 5 10 15 Allemagne 15,7 Pays-Bas 15,0 France 11,3
Le renversement est complet. En têtes, les Pays-Bas emploient 2,2 fois plus de jeunes que la France (76,0 contre 34,5). En heures rapportées à toute la classe d'âge, ils n'en font travailler que 1,32 fois plus — et l'Allemagne passe devant. Un jeune Néerlandais en emploi travaille 19,7 heures par semaine, un Français 32,8, un Allemand 30,9.

Calcul par nos soins : taux d'emploi des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ergan) × durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ewhun2), 2025. Décomposition emploi/formation : Eurostat edat_lfse_18, contrôlée sur lfsi_neet_a — les deux séries indépendantes concordent exactement.

Données de la figure
Catégorieb1
Allemagne15,7
Pays-Bas15,0
France11,3

Refaite en heures, la contribution des jeunes à l'écart franco-néerlandais se réduit d'environ 70 %. Le premier facteur apparent de cet écart est donc, pour l'essentiel, un artefact du comptage en têtes d'emplois étudiants de quelques heures.

La nuance à ne pas perdre : le taux de NEET, lui, ne dépend pas du nombre d'heures. Et il est de 3,9 % aux Pays-Bas contre 11,0 % en France — 2,8 fois moins. Cet écart-là est réel, et c'est le seul qu'il faut chercher à combler.

Pourquoi les jeunes Français travaillent-ils si peu pendant leurs études ?

L'organisation des études. La structure des cursus français — classes préparatoires, contrôle continu, calendrier universitaire — offre moins de créneaux compatibles avec un emploi d'appoint.

L'écosystème du temps partiel. Un marché où 42,7 % des emplois sont à temps partiel offre mécaniquement beaucoup plus de postes courts. Le rapport néerlandais IBO Deeltijdwerk fait remonter cette structure à l'accord de Wassenaar de 1982 : deux tiers des emplois créés après 1982 étaient à temps partiel, et les conventions collectives ont progressivement ouvert un droit à demander le temps partiel.

Le coût d'un jeune. Le salaire minimum néerlandais est dégressif par âge, ce qui rend économiquement viables des emplois d'appoint que la France, avec un SMIC unique, ne peut pas offrir au même coût.

Ce qu'il faut retenir
  1. Le taux d'emploi des jeunes n'est pas un bon indicateur de comparaison. Il mélange des apprentis à temps quasi complet, des étudiants à quelques heures et des jeunes sortis du système.
  2. L'écart avec les Pays-Bas est à 70 % un artefact de comptage. En heures, l'Allemagne passe devant les Pays-Bas.
  3. L'écart réel se lit sur le NEET : 11,0 % en France, 8,2 % en Allemagne, 3,9 % aux Pays-Bas. C'est 2,8 fois plus de jeunes déconnectés à la fois de l'emploi et de la formation.
  4. Les deux voisins y parviennent par des chemins opposés : l'Allemagne par l'apprentissage à temps quasi complet, les Pays-Bas par la conjonction d'une participation record à la formation (77,9 %) et d'un petit boulot pour les trois quarts des étudiants.

L'apprentissage a-t-il refermé l'écart avec l'Allemagne ? Le test par le comptage

Le taux d'emploi des 15-24 ans français est de 34,5 % contre 50,8 % en Allemagne : seize points d'écart. C'est l'un des chiffres les plus cités du débat, et l'un des plus mal utilisés, parce que le taux d'emploi des jeunes est le pire indicateur possible pour comparer deux pays. Trois raisons, toutes vérifiables.

Ce que chaque indicateur compte chez les jeunes

Taux d'emploi 15-24 — numérateur : les jeunes en emploi, apprentis et jobs étudiants compris, dès une heure par semaine. Dénominateur : toute la classe d'âge, étudiants inclus. Un pays où l'on étudie plus longtemps a mécaniquement un taux d'emploi plus faible, sans que cela dise quoi que ce soit sur son marché du travail. 72,2 % des 15-24 ans français sont en études ou en formation.

Taux de chômage 15-24 — dénominateur : les seuls actifs de 15-24 ans, soit 43 % de la classe d'âge en France. D'où un chiffre spectaculaire mais dont la base est très étroite.

Ratio chômage / population — même numérateur, dénominateur honnête : toute la classe d'âge.

Taux de NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation, rapporté à toute la classe d'âge. C'est le seul indicateur immunisé contre les conventions de comptage.

2025, 15-24 ansFranceAllemagnePays-BasUE-27États-Unis *
Taux d'emploi34,5 %50,8 %76,0 %34,5 %50,0 %
Taux d'activité43,0 %54,7 %83,3 %40,7 %55,6 %
Taux de chômage (% des actifs)19,8 %7,1 %8,8 %15,2 %10,0 %
Ratio chômage / population8,5 %3,9 %7,4 %6,2 %5,5 %
Part en études ou formation72,2 %70,5 %77,9 %73,9 %
NEET 15-2411,0 %8,2 %3,9 %9,0 %
NEET 20-2416,2 %10,0 %5,6 %12,9 %

Eurostat, enquête forces de travail (EU-LFS), moyennes annuelles 2025, jeux lfsi_emp_a, une_rt_a, edat_lfse_20, edat_lfse_18 ; champ ménages ordinaires, France hors Mayotte. * États-Unis : BLS, Current Population Survey, moyennes annuelles 2025, champ 16-24 ans — le BLS ne couvre pas les 15 ans, ce qui surestime structurellement le taux américain de 2 à 4 points dans cette comparaison.

Trois façons de mesurer le sous-emploi des jeunes

2025. Le classement ne change pas, mais l'ampleur de l'écart franco-allemand est divisée par cinq selon l'indicateur.

Taux d'emploi 15-24NEET 15-24NEET 20-24
%, 2025 0 25 50 75 Pays-Bas 76,0 3,9 5,6 Allemagne 50,8 8,2 10,0 États-Unis * 50,0 0,0 0,0 UE-27 34,5 9,0 12,9 France 34,5 11,0 16,2
Sur le taux d'emploi, l'écart France-Allemagne est de 16,3 points. Sur le NEET des 15-24 ans, il tombe à 2,8 points. Le NEET est le seul des trois qui ne dépende pas de la durée des études ni du statut donné aux apprentis. Les États-Unis n'ont pas de NEET publié sur ce champ.

Eurostat, mêmes jeux que le tableau ci-dessus, 2025. Les barres NEET des États-Unis sont absentes : le seul chiffre fédéral disponible (NCES, 13 % des 18-24 ans, American Community Survey 2022) porte sur une autre tranche d'âge, une autre source et un autre millésime — il n'est comparable à aucune colonne.

Données de la figure
CatégorieTaux d'emploi 15-24NEET 15-24NEET 20-24
Pays-Bas76,03,95,6
Allemagne50,88,210,0
États-Unis *50,00,00,0
UE-2734,59,012,9
France34,511,016,2

La question décisive : quelle part de l'écart est un artefact de comptage ?

En Allemagne comme en France, un apprenti a un contrat de travail : il est compté en emploi tout en étant en formation. Un lycéen professionnel sous statut scolaire ne l'est pas. Le taux d'emploi des jeunes mesure donc en partie le mode d'organisation de la formation professionnelle, pas la capacité du marché du travail à absorber les jeunes.

Recalcul hors apprentis, 2024FranceAllemagneÉcart
Taux d'emploi 15-2434,4 %51,0 %16,6 pts
dont apprentis et alternants10,0 pts12,4 pts2,4 pts
Taux d'emploi hors apprentis24,4 %38,6 %14,2 pts

L'effet de comptage explique aujourd'hui entre 1,2 et 2,4 points d'un écart de 16,6 points, soit environ 7 à 15 %. Les 85 à 93 % restants sont une différence réelle. Ce résultat est contre-intuitif et c'est le point le plus important du dossier : l'artefact était nettement plus fort avant 2018, quand la France comptait environ 5 points d'apprentis dans sa classe d'âge contre 12 à 13 en Allemagne. L'explosion de l'apprentissage français a largement refermé l'écart de comptage — sans refermer l'écart de taux d'emploi.

Le test décisif20172024Variation
Taux d'emploi 15-24, France29,2 %34,4 %+5,2 pts
Taux d'emploi 15-24, Allemagne45,9 %51,0 %+5,1 pts
Écart France / Allemagne16,7 pts16,6 pts−0,1 pt
Apprentis, part de la classe d'âge, France≈ 5,4 pts10,0 à 11,2 pts+4,6 à +5,8 pts

La hausse du taux d'emploi des jeunes français depuis 2017 est du même ordre de grandeur que la hausse du poids des apprentis dans la classe d'âge. Et l'écart avec l'Allemagne est inchangé.

Le contrôle par le NEET, immunisé contre l'artefact20172025Variation
NEET 15-24, France11,4 %11,0 %−0,4 pt
NEET 15-24, Allemagne6,3 %8,2 %+1,9 pt
NEET 20-24, France17,5 %16,2 %−1,3 pt
NEET 20-24, Allemagne9,1 %10,0 %+0,9 pt

Sur l'indicateur non manipulable, la France a gagné 0,4 point en huit ans sur les 15-24 et 1,3 point sur les 20-24. L'écart avec l'Allemagne s'est réduit de plus de deux points — mais davantage par la dégradation allemande que par l'amélioration française.

L'apprentissage français a crû sur les étudiants du supérieur, pas sur les jeunes peu qualifiés

Entrées annuelles en apprentissage, par niveau préparé

France, 2018-2024, en milliers de nouveaux contrats.

Supérieur (bac+2 et plus)Secondaire et infra
Entrées en apprentissage0100200300milliers d'entrées en apprentissage2018202020222024Supérieur (bac+2 et plus)Secondaire et infra
Les entrées dans le supérieur sont passées de 67 100 en 2018 à 345 400 en 2024, soit +415 %. La part des entrants préparant un diplôme bac+2 à bac+5 est passée de 39 % à 61 %. En 2024, entrées du secondaire (344 500) et entrées de niveau licence-master (345 400) sont à égalité.

DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 (entrées par niveau) ; DEPP, note d'information n° 25.44, juillet 2025 (stocks au 31 décembre 2024) ; Dares, Dares Résultats n° 3, janvier 2026.

Données de la figure
AbscisseSupérieur (bac+2 et plus)Secondaire et infra
201867,1253,9
2020148,0277,0
2022268,1315,0
2023320,0330,1
2024345,5344,5
Stock d'apprentis, France, 31 décembre 2024EffectifPartÉvolution 2023-2024
Secondaire392 03537,3 %+1,7 %
— dont CAP182 80417,4 %−2,6 %
— dont baccalauréat professionnel71 4086,8 %−1,1 %
— dont brevet professionnel40 4093,8 %−2,9 %
Supérieur (bac+2 et plus)657 93062,7 %+3,5 %
— dont BTS187 50017,9 %−1,2 %
— dont niveaux master et ingénieur253 26224,1 %+5,8 %
Total1 049 965100 %+2,8 %

Les effectifs en CAP, bac pro et brevet professionnel baissent en 2024 — c'est-à-dire précisément les publics pour lesquels la littérature française identifie un effet propre de l'apprentissage sur l'insertion. Le seul segment en croissance forte est le niveau master-ingénieur, qui représente désormais près d'un apprenti français sur quatre. En Allemagne, la formation duale est intégralement de niveau secondaire : 62,7 % des apprentis français préparent un diplôme du supérieur, contre environ 0 % des apprentis du système dual allemand.

Le coût de l'apprentissage, 2023FranceAllemagne
Coût public par apprenti et par an14 700 €4 700 €
— dont subvention à l'employeur4 200 €76 €
— dont coût de formation8 381 €4 350 €
Dépense publique totale, apprentissage14,9 Md€ (6,1 Md€ en 2018)
— dont financement des CFA8,5 Md€
— dont aides aux employeurs4,3 Md€
Dépenses de tous les dispositifs d'emploi des jeunes, 20237,3 Md€, soit 2 × le niveau de 2017

DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 ; IGAS-IGF, revue de dépenses apprentissage et formation professionnelle, 2024 ; Cour des comptes, Rapport public annuel 2025, « Les politiques publiques en faveur des jeunes ».

La seule évaluation avec contrefactuel

Comité d'évaluation du plan France Relance, rapport final de janvier 2024 (France Stratégie), travaux de Sophie Maillard et Agathe Rosenzweig. Méthode : différence de discontinuités exploitant le seuil de 250 salariés, en comparant les entreprises de 50-245 et de 255-1 000 salariés sur 2019-2020.

Résultat : +7,2 % d'emploi apprenti pour 1 000 € d'aide supplémentaire ; environ 80 000 contrats supplémentaires en 2020 et 200 000 en 2022, soit environ la moitié de la croissance totale de l'apprentissage entre 2019 et 2022 ; coût d'environ 20 000 € par emploi créé. Si la moitié seulement de la croissance est imputable à l'aide, l'autre moitié relève d'autres facteurs, dont l'effet d'aubaine — mais le rapport ne publie pas de taux d'aubaine explicite.

Le système dual allemand se contracte — et il n'est pas ce qu'on croit

Allemagne, formation dualeValeurAnnée
Taux de reprise en emploi après l'apprentissage (Übernahmequote)79 % (61 % en 2010)2024
Part d'une classe d'âge entrant en apprentissage, jeunes de nationalité allemande52,8 % (54,8 % en 2023)2024
Offre de places d'apprentissage530 300 (−4,6 %)2025
Demande des jeunes560 300 (+0,7 %)2025
Candidats non placés84 400 (+19,9 %)2025
Nouveaux contrats, évolution depuis 2010−14 %2010-2024
Entrants dans le secteur de transition (Übergangsbereich)262 210, 4e hausse consécutive2025
Rémunération conventionnelle moyenne de l'apprenti1 209 € brut/mois2025
Rémunération minimale légale, 1re année724 €/mois2026

Pour la deuxième année consécutive, la demande des jeunes dépasse l'offre de places. Le système dual n'est plus en excès d'offre, et le secteur de transition — les dispositifs pour les jeunes qui n'accèdent pas à une place — croît pour la quatrième année de suite.

LimitesLe système dual allemand ne protège pas de tout. Le taux d'accès à une place d'apprentissage est de 33 % pour les candidats de nationalité étrangère contre 46 % pour les Allemands, soit 13 points d'écart (Berufsbildungsbericht 2026, campagne 2024-2025) ; pour les réfugiés, 31 %. Et surtout : le taux de sortants précoces — 18-24 ans sans diplôme du secondaire et hors formation — est nettement plus élevé en Allemagne (13,1 %) qu'en France (7,2 %) en 2025, et plus élevé que la moyenne UE-27 (9,1 %). Sur cet indicateur, la France est meilleure que l'Allemagne et meilleure que l'Europe.

Les autres facteurs, et ce qu'ils valent réellement

Salaire minimum rapporté au salaire médian des temps pleins20242025
France50,1 %50,8 %
Allemagne49,9 %49,2 %
Pays-Bas60,8 %58,5 %
États-Unis25,0 %24,1 %

Constat contre-intuitif : le SMIC français et le Mindestlohn allemand sont à un niveau relatif quasiment identique. L'argument « le coût d'entrée français est structurellement plus élevé que l'allemand » ne tient pas sur cet indicateur depuis l'instauration du salaire minimum allemand. Ce qui distingue réellement l'Allemagne, c'est l'existence d'un sous-minimum d'apprentissage explicite et chiffré — 724 € par mois en première année, très inférieur au Mindestlohn, dont les apprentis sont exclus par construction.

Statut des 15-24 ans en emploi, France 2024Part25 ans et plus
CDI41,6 %
CDD18,6 %6,5 %
Intérim5,2 %1,6 %
Apprentissage et alternance29,2 %
Total CDD + intérim23,8 %8,1 %

Un jeune français en emploi est 2,9 fois plus souvent en CDD et 3,3 fois plus souvent en intérim qu'un salarié de 25 ans ou plus.

LimitesLe taux Eurostat de « contrats temporaires chez les 15-24 ans » (France 57,1 %, Allemagne 48,1 % en 2025) compte les apprentis comme salariés en contrat temporaire dans les deux pays. Il ne mesure donc pas la précarité au sens du débat public, et il faut lui préférer la ventilation nationale ci-dessus. Par ailleurs le recalcul « hors apprentis » plus haut mélange un comptage administratif allemand et une part d'enquête française : c'est pourquoi le résultat est donné en fourchette (7 à 15 %) et non en chiffre unique.
Données manquantesQuatre lacunes sur ce sujet. (1) La structure par âge des apprentis français n'est pas publiée, alors que l'Allemagne publie que 84,6 % de ses apprentis ont moins de 25 ans. (2) Le flux annuel actuel de sortants sans diplôme : la dernière donnée DEPP diffusée en ligne porte sur 2008-2010 (122 000 par an). (3) Aucune évaluation ne relie les 15 Md€ annuels de l'apprentissage à un effet macroéconomique sur le taux d'emploi ou le taux de NEET des jeunes. (4) L'effet de substitution entre apprentis subventionnés et autres jeunes salariés — un apprenti à 14 700 € de coût public remplace-t-il un CDD non subventionné ? — n'est pas estimé. La revue de dépenses interministérielle d'avril 2024 recense plus de 10,95 Md€ de dispositifs créés depuis 2017 et écrit ne pas identifier d'évaluation contrefactuelle pour les principaux d'entre eux.
Ce qu'on peut conclure honnêtement

L'écart franco-allemand sur l'emploi des jeunes est réel à 85-93 % : ce n'est pas un artefact statistique. Mais l'indicateur qui le mesure le mieux — le NEET — donne un écart de 2,8 points, pas de 16. Et la France a déjà fait l'essentiel du chemin sur l'instrument que le débat désigne comme la solution : l'apprentissage a plus que triplé, pour 15 Md€ par an, sans réduire l'écart de taux d'emploi, parce que la croissance s'est portée sur le supérieur et non sur les publics peu qualifiés. C'est un résultat inconfortable pour tout le monde.

Les dispositifs qui fonctionnent en Allemagne et aux Pays-Bas

Voici, dispositif par dispositif, ce que ces deux pays font que la France ne fait pas — avec, à chaque fois, la qualité de la preuve disponible.

DispositifPaysCe qu'il faitCe qui est mesuré
Neutralité actuarielle des sorties anticipéesPays-Bas, 1997-1999Le report du départ est récompensé ; rester un an de plus rapporteÉvaluation causale par différences de différences entre secteurs. L'effet-prix domine l'effet-revenu
Fin de la déductibilité fiscale des préretraitesPays-Bas, 2006Rend les dispositifs de sortie inintéressants pour l'employeur comme pour le salarié+20,4 pts d'emploi des 60-64 entre 2005 et 2012, avant tout relèvement de l'âge légal (lecture de série, non causale)
Indexation de l'âge légal sur l'espérance de viePays-Bas, 2013 →+3 mois d'âge légal pour 4,5 mois d'espérance de vie gagnée. Retire la question du calendrier politique+26,7 pts entre 2012 et 2025 (lecture de série)
Système dualAllemagneL'apprenti a un contrat de travail à temps quasi complet ; 476 000 nouveaux contrats en 2025Taux de reprise en emploi de 79 % en 2024, record historique. Mais le système se contracte : l'offre de places recule de 4,6 %, et pour la 2e année la demande dépasse l'offre
Salaire minimum dégressif par âgePays-Bas30 % du taux adulte à 15 ans, 50 % à 18 ans, 100 % à 21 ans. Rend viables les emplois d'appoint étudiantsÉvaluation causale du relèvement de 2019 : salaires +3 à 5 %, « quasiment aucune influence » sur la participation à court terme
Formation continue des seniorsAllemagne, Pays-Bas58,9 % et 55,1 % des plus de 50 ans en formation liée à l'emploi, contre 35,5 % en FranceCorrélation forte avec le taux d'emploi des seniors. Aucune évaluation causale
Voie professionnelle scolaire avec stages (MBO-BOL)Pays-Bas330 000 étudiants, 69 % de l'enseignement professionnel — la voie majoritaire n'est pas l'apprentissageTaux de NEET de 3,9 %, le plus bas d'Europe (descriptif)
Startersbeurs (bourse de démarrage)Pays-Bas6 mois, 32 h/semaine, ≈ 700 € versés par l'entreprise, statut d'indemnité et non de salaireAucune évaluation avec contrefactuel. Le chiffre « la moitié a un emploi ensuite » circule sans groupe de contrôle

Euwals, van Vuuren & Wolthoff, De Economist 2010 / CPB Discussion Paper n° 52 (neutralité actuarielle) ; loi VPL du 1er janvier 2006 ; accord retraite néerlandais de juin 2019 ; BIBB, marché de l'apprentissage au 30 septembre 2025 ; IAB (taux de reprise) ; UWV, barème du salaire minimum au 1er janvier 2026 ; SEO Economisch Onderzoek, rapport n° 2020-80, décembre 2020 (évaluation du salaire minimum jeune) ; OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024 (formation continue) ; OCW in cijfers au 1er octobre 2025 (MBO).

Le barème néerlandais du salaire minimum par âge, au 1er janvier 2026

15 ans 30 % du taux adulte · 16 ans 34,5 % · 17 ans 39,5 % · 18 ans 50 % · 19 ans 60 % · 20 ans 80 % · 21 ans et plus : 100 %, soit 14,99 € brut de l'heure.

L'âge du taux plein a été abaissé de 23 à 22 ans en 2017, puis à 21 ans en 2019. Une réforme annoncée pour le 1er janvier 2027 relève tous les taux jeunes — 40 % à 16 ans, 62,5 % à 18 ans, 75 % à 19 ans — au motif de rémunérer plus équitablement des jeunes qui cumulent souvent études et emploi. Les Pays-Bas sont donc en train de réduire la dégressivité qu'on leur emprunte comme modèle.

LimitesL'évaluation néerlandaise du salaire minimum jeune établit qu'une hausse modérée n'a pas détruit d'emploi à court terme. Elle ne dit rien sur l'effet inverse — ce que produirait l'introduction d'un barème dégressif dans un pays qui n'en a pas. Aucune étude ne teste cette question-là. L'inférence « les Pays-Bas ont un salaire minimum jeune et un fort emploi des jeunes, donc la France devrait en adopter un » est une corrélation, pas un résultat causal — d'autant que l'emploi des jeunes néerlandais est constitué à 76 % d'étudiants travaillant 19,7 heures par semaine. Par ailleurs, la fenêtre d'observation de l'évaluation ne couvre que huit mois, avant la crise sanitaire.
Ce qu'il faut retenir
  1. Le dispositif le mieux établi de tout ce comparatif est néerlandais et concerne les seniors : rendre le report du départ financièrement payant, plutôt que baisser les pensions. C'est le seul point où une évaluation causale identifie clairement le mécanisme.
  2. L'ordre des réformes compte : les Pays-Bas ont fermé les voies de sortie avant de relever l'âge légal, et la première étape a produit à elle seule la moitié du gain.
  3. Le système dual allemand marche mais se contracte — ce n'est pas un mécanisme auto-entretenu.
  4. Le salaire minimum jeune est le dispositif le plus directement transposable et le moins bien établi : son effet à l'introduction n'a jamais été mesuré nulle part, et les Pays-Bas sont en train de le réduire.

L’emploi des femmes : quarante ans de rattrapage, un écart de salaire qui grandit avec l’âge

La première fiche de ce chapitre conclut que le sexe n’est pas une clé de lecture pertinente pour l’écart de taux d’emploi français : la France a le plus faible écart hommes-femmes des trois pays comparés. C’est exact, et c’est incomplet. Deux choses restent à dire. D’où vient ce résultat — un rattrapage de quarante ans, aujourd’hui à l’arrêt. Et ce qu’il ne dit pas : le salaire, où l’écart ne se referme qu’à la marge, et où il se creuse avec l’âge.

Quarante ans : le rattrapage a eu lieu, puis a ralenti des deux tiers

Écart hommes − femmes de taux d’activité, France, 15-64 ans198420042024
En points de pourcentage20,69,86,0
Réduction sur les vingt années écoulées10,83,8

En 2024, 71,5 % des femmes de 15 à 64 ans sont actives, contre 77,5 % des hommes. Le taux d’activité féminin est passé de 54,5 % en 1975 à 71,2 % en 2023 : c’est l’une des transformations les plus massives du marché du travail français sur un demi-siècle. Mais le rythme du rattrapage a été divisé par près de trois entre les deux moitiés de la période — 10,8 points gagnés de 1984 à 2004, 3,8 seulement de 2004 à 2024 — et l’écart ne se réduit plus depuis le milieu des années 2010.

Insee, enquêtes Emploi, séries longues du marché du travail, résultats 2024. Le taux d’activité masculin de 1984 n’est pas repris ici : seul l’écart est documenté à cette date. Pour 1975, l’Insee situe l’écart à « près de 30 points » sans en publier la décimale, et il n’est donc pas porté au tableau.

LimitesCe tableau porte sur le taux d’activité — en emploi ou au chômage — et non sur le taux d’emploi des autres fiches du chapitre. Les deux séries ne se substituent pas l’une à l’autre : entre 2023 et 2024, l’écart d’activité remonte de 5,6 à 6,0 points, ce qui relève de la révision annuelle et du bruit d’enquête, pas d’un retournement.

Le resserrement récent ne vient plus des femmes

C’est le résultat le plus contre-intuitif de la période, et il est établi sur données de générations plutôt que sur coupes annuelles. L’Ined a suivi l’activité et l’emploi entre 25 et 50 ans, génération par génération : après une progression continue depuis les femmes nées en 1920, l’activité et l’emploi féminins stagnent pour les générations nées après 1970. Dans le même temps, ces mêmes indicateurs déclinent légèrement chez les hommes. La conclusion suit mécaniquement : l’écart continue de se réduire, mais ce resserrement est désormais entièrement dû à la baisse du taux d’emploi des hommes, et non à la hausse de celui des femmes.

Ined, Population & Sociétés, « Après plusieurs décennies de forte progression, le taux d’emploi des femmes commence à stagner en France », novembre 2022. Analyse par génération, femmes et hommes de 25 à 50 ans.

Comparée à ses voisins, la France est du bon côté — sur l’emploi

Écart hommes − femmes de taux d’emploi, 20-64 ansAnnéePoints
Finlande20240,7
Lituanie20241,4
Estonie20241,7
Lettonie20243,3
France20235,5
Union européenne202410,0
Roumanie202418,1
Grèce202418,8
Italie202419,4

L’écart français est environ deux fois plus faible que la moyenne de l’Union. Il reste très au-dessus des pays nordiques et baltes, où il est quasi nul, mais il est à un tiers du niveau italien.

Eurostat, enquête sur les forces de travail, taux d’emploi des 20-64 ans par sexe, lfsi_emp_a. Union européenne : femmes 70,2 %, hommes 80,4 %, soit 10,2 points en 2023 ; 10,0 points en 2024. France : femmes 71,7 %, hommes 77,2 %, soit 5,5 points en 2023. La valeur française 2024 par sexe n’a pas été reprise sur source primaire, d’où la ligne datée de 2023 : sur un an, l’écart de l’Union n’a bougé que de 0,2 point, mais la comparaison ligne à ligne perd cette précision.

Le salaire : quatre écarts, qui ne répondent pas à la même question

Quatre mesures, quatre questions

Revenu salarial — tout ce qu’une personne a perçu dans l’année. Il intègre le temps partiel et les mois passés hors emploi. Il répond à : combien gagne-t-elle ?

Salaire en équivalent temps plein (EQTP) — le salaire ramené à un temps plein. Il neutralise la durée du travail, pas le métier. C’est la mesure la plus proche d’un salaire horaire dans les publications françaises. Il répond à : combien gagne-t-elle par heure travaillée ?

Salaire horaire brut — la mesure d’Eurostat pour l’écart européen. Proche de l’EQTP, mais brute et non nette.

À poste comparable — même profession, chez le même employeur. Il neutralise en plus le métier et l’entreprise. Il répond à : à travail identique, dans la même boîte, l’écart subsiste-t-il ?

Écart de salaire femmes-hommes, secteur privé, France20232024
Revenu salarial22,2 %21,8 %
Salaire net en équivalent temps plein14,2 %14,0 %
— dont champ privé strict, hors activité secondaire publique13,0 %
À poste comparable : même emploi, même établissement3,8 %3,6 %

Sur trente ans, les deux premières lignes ont reculé dans les mêmes proportions : l’écart de revenu salarial passe de 34 % en 1995 à 22 % en 2023, l’écart en équivalent temps plein de 22 % à 14 %. Un tiers de l’écart a disparu, et il n’a disparu ni par la seule durée du travail ni par le seul salaire horaire : les deux ont bougé ensemble.

Insee Focus n° 377, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », et n° 349, même titre pour 2023. Base Tous salariés, déclarations sociales nominatives, secteur privé. L’écart à poste comparable est estimé par une régression du logarithme du salaire à effets fixes croisant le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et le numéro Siret de l’établissement. Série longue 1995-2023 : blog de l’Insee, « Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes », édition 2025.

De 14,0 % à 3,6 % : ce que ce trajet contient, et ce qu’il ne contient pas

Ce n’est pas une question d’heuresLes heures sont déjà sorties du calcul avant ce trajet. C’est l’étape précédente — de 21,8 % à 14,0 % — qui neutralise le temps partiel et les mois passés hors emploi. Le passage de 14,0 % à 3,6 % se fait à durée de travail identique : il ne doit rien au volume horaire, et tout à les femmes travaillent et à quel poste. Autrement dit, à temps de travail égal, la quasi-totalité de l’écart qui subsiste est un écart de position, pas un écart de rémunération de la même position.

Ce trajet recouvre trois mécanismes distincts, que le débat public confond régulièrement en un seul. Ils sont mesurés séparément, par des travaux différents.

Ce que neutralise chaque étageÉcart restant
Rien : revenu salarial brut de comparaison, 202421,8 %
+ la durée du travail : temps partiel et mois hors emploi14,0 %
+ le métier, le niveau du poste et l’employeur3,6 %

1. Le métier — oui, les femmes exercent des professions moins payées. C’est le mécanisme le plus massif, et il est brutalement visible dès qu’on regarde qui fait quoi. 40 % des salariées exercent l’une des vingt professions les plus courantes chez les femmes — secrétaires, employées des services comptables, aides à domicile — contre 29 % des salariés chez les hommes : l’emploi féminin est nettement plus concentré. L’Insee chiffre l’ensemble : 68 % de l’écart en équivalent temps plein vient de ce que femmes et hommes n’occupent pas les mêmes postes, un poste étant défini comme une profession donnée dans un établissement donné.

Quelques métiers, et la part des femmes qui les exercentPart des femmes
Assistantes maternelles98 %
Secrétaires de direction95 %
Aides à domicile et aides ménagères93 %
Aides-soignantes92 %
Conducteurs routiers3,2 %
Maçons qualifiés0,6 %

Ces métiers ne sont pas payés pareil, et l’écart de rémunération entre eux est bien plus grand que l’écart entre femmes et hommes à l’intérieur de chacun. Un ordre de grandeur : le salaire net moyen en équivalent temps plein du secteur privé est de 2 735 € par mois en 2023, avec une médiane à 2 183 € ; il est de 4 630 € pour les cadres, 2 050 € pour les ouvriers et 1 940 € pour les employés — la catégorie la plus féminisée. Les conducteurs routiers, métier masculin à 96,8 %, sont à 2 172 €.

Peut-on isoler la part due au seul métier ? Oui — et elle vaut environ 7 points

Le calcul est standard et porte un nom : on applique à chaque sexe la même grille de salaires par profession, et on ne fait varier que la répartition des femmes et des hommes entre professions. Ce qui subsiste est l’écart qu’on obtiendrait si, à métier donné, femmes et hommes étaient payés à l’identique — c’est-à-dire l’écart imputable à la seule composition professionnelle. C’est le premier terme d’une décomposition de Blinder-Oaxaca, et l’Insee le publie.

Décomposition de l’écart de salaire, nomenclature PCS, 2013Points
Écart interprofessionnel — la ségrégation entre métiers6,7
Écart intraprofessionnel expliqué — structure de l’emploi par sexe à l’intérieur de chaque métier3,2
Écart intraprofessionnel inexpliqué6,8
Écart total16,7

Le seul effet de composition professionnelle pèse 6,7 points sur 16,7, soit 40 % de l’écart. Ce n’est ni marginal ni majoritaire : c’est le plus gros bloc identifié, mais il laisse 6,8 points inexpliqués à l’intérieur des métiers, presque autant. Autrement dit, à supposer qu’on égalise demain la répartition des femmes et des hommes entre professions sans rien changer d’autre, on effacerait environ deux cinquièmes de l’écart.

Ce résultat est remarquablement stable. Le Conseil d’analyse économique arrive au même ordre de grandeur sur trois coupes espacées de vingt-deux ans : en 1990, 2002 et 2012, l’écart de revenu salarial dépasse 20 %, dont un peu plus de 10 points dus à la différence de durée du travail et environ 7 points à la ségrégation professionnelle. La structure de l’écart n’a pratiquement pas bougé depuis les années 1990 — seul son niveau a baissé.

Insee, décomposition de Blinder-Oaxaca sur la nomenclature PCS, données 2013, reprise dans les travaux régionaux de l’institut. Conseil d’analyse économique, note n° 17, « Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes », 2014, Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa : décomposition sur 1990, 2002 et 2012.

Limites — trois pièges de ce calcul, et ils sont sérieux

1. Le niveau de découpage pilote le résultat. Il n’existe pas de « part due au métier » en soi : c’est une fonction de la finesse avec laquelle on définit un métier. Sur une nomenclature PCS, la ségrégation professionnelle explique 6,7 points sur 16,7. En descendant au libellé d’emploi dans un établissement donné, la même logique explique 68 % de l’écart. Les deux chiffres sont justes et ne se contredisent pas : ils ne découpent pas au même grain. C’est pourquoi l’Insee publie toujours la nomenclature à côté du nombre.

2. Quel salaire attribuer à chaque métier ? Si l’on prend le salaire moyen du métier tous sexes confondus, on contamine le terme de composition : la moyenne d’un métier féminisé est elle-même tirée vers le bas par le salaire des femmes qui l’exercent. Le choix classique — grille masculine, grille féminine, ou grille commune — change le résultat, et aucune option n’est neutre. C’est le problème d’indice de toute décomposition de ce type.

3. Le calcul suppose que les salaires par métier sont donnés. Or l’hypothèse inverse est défendue et discutée : certains métiers seraient moins payés parce qu’ils sont féminisés. Si elle est vraie, attribuer l’écart au « métier » ne l’explique pas — cela déplace la question d’un cran, du salaire vers la valeur reconnue au métier.

2. L’employeur — à métier égal, toutes les entreprises ne paient pas pareil. C’est le point le moins intuitif, alors il faut le dire précisément. Une même personne, avec le même métier et les mêmes qualifications, ne gagne pas la même chose selon l’entreprise qui l’emploie : certaines versent une prime salariale durable, d’autres non. Cela se mesure parce qu’on observe les mêmes salariés changer d’entreprise, ce qui permet de séparer ce qui tient à la personne de ce qui tient à l’employeur. L’ordre de grandeur est considérable.

Salaire net mensuel médian selon la taille de l’entreprise, secteur privé, 2023
Moins de 10 salariés1 865
De 50 à 249 salariés2 238
5 000 salariés ou plus2 689
Écart entre les très grandes et les très petites824

La proportion de salariés payés au Smic suit la même pente : 24,2 % dans les entreprises de 1 à 9 salariés, contre 12,4 % ailleurs. « Travailler dans une entreprise qui paie moins » veut donc dire quelque chose de très concret : plus souvent une petite structure, un secteur à faible valeur ajoutée par tête, une entreprise qui partage peu.

Cette répartition inégale entre entreprises explique 11 % de l’inégalité de salaire horaire — à compétences productives égales. Elle n’est pas stable au fil de la vie : elle est près de deux fois plus grande entre mères et pères qu’entre femmes et hommes sans enfant, et se creuse surtout à la naissance du deuxième enfant. Le mécanisme identifié n’est pas mystérieux : les mères sont davantage présentes dans des entreprises proches du domicile et offrant des horaires plus flexibles. C’est un arbitrage, et il se paie en salaire.

3. Le niveau du poste — et c’est ici que l’intuition se retourne.

Attention au sens de lecture

« 27 % des cadres dirigeants sont des femmes » signifie que les femmes sont très minoritaires à ce niveau, pas qu’elles y sont favorisées. Le chiffre se compare à leur poids dans l’ensemble : elles sont 41,9 % des salariés du privé en équivalent temps plein. Passer de 42 % de l’ensemble à 27 % des cadres dirigeants et 23 % des dirigeants salariés, c’est une sous-représentation qui s’accentue à mesure qu’on monte.

La part des femmes décroît à chaque étage de l’échelle des salaires

C’est la façon la plus directe de voir le phénomène : plutôt que de comparer des salaires moyens, on regarde qui se trouve à chaque niveau de rémunération.

Part des femmes selon le niveau de rémunération, secteur privéPart des femmes
Bénéficiaires de la revalorisation du Smic, novembre 202459,2 %
Ensemble des salariés en équivalent temps plein, 202341,9 %
Au-dessus du 9e décile, soit 4 302 € nets par mois34 %
Top 1 %, au-dessus de 10 222 € nets par mois23,5 %
Top 100 des rémunérations10 %
Pour comparaison — fonction publique : 65 % des emplois, mais…39 %

La décroissance est continue et sans exception : surreprésentées au Smic, à parité au milieu, minoritaires au neuvième décile, marginales au sommet. Et la dernière ligne interdit d’y voir un simple effet de secteur : dans la fonction publique, où les femmes occupent 65 % des emplois, elles ne sont que 39 % du 1 % le mieux rémunéré. Le resserrement se produit dans les deux mondes, quelle que soit la composition de départ.

L’écart n’est pas surtout entre catégories : il est à l’intérieur de la plus qualifiée

Ce tableau est le plus contre-intuitif de la fiche, et c’est celui qui départage vos hypothèses.

Écart de salaire femmes-hommes en EQTP, par catégorie, 2024ÉcartPart des femmes dans la catégorie (2019)
Cadres14,8 %41 %
Ouvriers11,7 %
Professions intermédiaires11,2 %57 %
Employés1,9 %70 %

Là où les femmes sont les plus nombreuses, l’écart est presque nul ; là où elles sont minoritaires, il est le plus grand. Chez les employés — catégorie féminisée à 70 % et la moins bien payée — l’écart de salaire en équivalent temps plein tombe à 1,9 %, et l’écart de volume de travail à 1,3 %. Chez les cadres, il monte à 14,8 %.

La conséquence est importante pour le diagnostic. L’explication « les femmes exercent des métiers moins payés » est vraie au niveau agrégé — c’est le 68 % — mais elle ne suffit pas, parce qu’elle prédirait un écart réparti uniformément à l’intérieur des catégories. Or il ne l’est pas. L’écart se concentre là où il y a une carrière à faire : des promotions, des primes variables, des négociations individuelles, un accès aux postes de direction. Chez les employés, où la grille laisse peu de latitude, il n’y a presque pas d’écart.

Insee Première n° 1803, « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », juin 2020, données 2017 : part de 68 % et concentration professionnelle. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet de répartition entre entreprises, panel du secteur privé, France métropolitaine, 16-65 ans, 1995-2015, 3 307 020 observations, effets employeurs identifiés par la mobilité des salariés. Insee Première n° 2020 et n° 2079, « Les salaires dans le secteur privé » en 2023 et 2024 : salaires par catégorie et par taille d’entreprise, déciles, part des femmes en haut de la distribution. Insee, France, portrait social, édition 2025, fiche sur les très hauts salaires. Dares, salariés au Smic au 1er novembre 2024. Écarts par catégorie socioprofessionnelle : Insee Focus n° 377. Part des femmes par catégorie : Insee, données 2019.

LimitesLes trois chiffres de décomposition ne s’additionnent pas, et personne ne devrait tenter de les soustraire l’un de l’autre. Ils viennent d’études différentes, sur des années différentes (2017 pour le 68 %, un panel 1995-2015 pour le 11 %), avec des définitions différentes de la variable expliquée — écart en EQTP dans un cas, salaire horaire dans l’autre. Le 11 % attribué à l’employeur est en outre inclus dans le 68 % attribué au poste, puisqu’un poste est défini comme une profession dans un établissement. La décomposition additive propre — quelle part au métier, quelle part au niveau, quelle part à l’employeur, sur une même année et un même champ — n’est pas publiée. De même, les parts de femmes par catégorie socioprofessionnelle sont de 2019 et les écarts de 2024 : la colonne de droite du tableau ci-dessus situe un ordre de grandeur, elle ne se lit pas au dixième.
Donnée manquanteLa ventilation de l’écart par secteur d’activité à métier constant. L’intuition d’un effet sectoriel — les femmes seraient concentrées dans des branches qui paient mal — est plausible mais elle n’est pas isolée dans les publications françaises : l’Insee mesure à profession × établissement, ce qui absorbe le secteur sans le chiffrer séparément. À noter que l’exemple le plus souvent cité à l’appui de cette intuition, les infirmières, sort du champ : ces statistiques portent sur le secteur privé, où l’hôpital public n’entre pas.
Donnée manquanteLe taux de promotion comparé des femmes et des hommes, à poste et ancienneté identiques. C’est le chaînon qui manque pour passer du constat — l’écart se concentre chez les cadres et se creuse avec l’âge — au mécanisme précis. Aucune statistique publique française ne suit, sur un panel, la probabilité annuelle de promotion selon le sexe à caractéristiques comparables. On observe le résultat cumulé, pas le pas annuel qui le produit.
LimitesLe 3,6 % n’est pas « la discrimination ». L’Insee l’écrit lui-même : la part inexpliquée ne peut pas être interprétée comme une mesure de la discrimination salariale, car elle reflète aussi des caractéristiques non observées, qui peuvent biaiser l’estimation dans les deux sens. La régression se limite en outre aux établissements où plusieurs salariés occupent le même poste : les très petites entreprises en sortent, ainsi que tous les postes uniques.

Par tranche d’âge : l’écart est sept fois plus grand à 60 ans qu’à 25

Écart de salaire net en EQTP, secteur privé, par âge202220232024
Moins de 25 ans4,7 %4,3 %3,2 %
55 ans ou plus22,7 %
60 ans ou plus24,9 %24,1 %
Ensemble13,0 %
Rapport borne haute / borne basse4,85,87,5

L’intuition d’un écart qui se creuse avec l’âge est vérifiée, et l’ordre de grandeur est plus violent qu’on ne l’attend : 3,2 % avant 25 ans, 24,1 % à partir de 60 ans, soit un rapport de 1 à 7,5. L’écart d’ensemble, 13,0 %, est une moyenne qui ne décrit la situation d’aucune tranche d’âge en particulier. À noter que le rapport a augmenté sur trois ans : la borne basse baisse vite — les jeunes générations sont presque à l’égalité — tandis que la borne haute bouge à peine. La moyenne se réduit donc, mais l’éventail entre âges s’écarte.

Insee Focus n° 320 pour 2022, n° 349 pour 2023 et n° 377 pour 2024. Champ : salariés du privé, hors rémunérations tirées d’une activité secondaire publique. La borne haute publiée change de définition entre 2022 et 2023 — « 55 ans ou plus » puis « 60 ans ou plus » — les deux colonnes ne sont donc pas comparables ligne à ligne, et les rapports de la dernière ligne, calculés par nos soins, portent chacun sur les bornes de leur propre millésime.

Donnée manquanteLes tranches intermédiaires. L’Insee ne publie, dans ses Focus annuels, que les deux bornes : moins de 25 ans, et la tranche la plus âgée. Les tranches 25-39, 40-49 et 50-59 ne figurent dans aucune des publications nationales consultées. On sait donc que l’écart passe de 3 % à 24 % ; on ne sait pas s’il progresse régulièrement ou s’il bascule brutalement, ni à quel âge. La question posée — l’écart se creuse-t-il surtout après 50 ans ? — n’est pas tranchable sur la statistique publiée.

Mais le gradient d’âge est d’abord un gradient de parentalité

La coupe par nombre d’enfants, elle, est publiée — et elle raconte la même histoire de façon bien plus nette. C’est probablement le tableau le plus important de cette fiche.

Écart femmes-hommes selon les enfants, secteur privé, 2022%
Salariés sans enfant — écart de salaire net en EQTP5,8
Mères et pères de trois enfants ou plus — écart en EQTP28,2
Mères et pères, tous effets cumulés — écart de revenu salarial29,9

L’écart part de 5,8 % entre salariés sans enfant — un niveau proche du 3,6 % mesuré à poste comparable — et atteint 28,2 % entre parents de trois enfants ou plus. Le gradient d’âge et le gradient de parentalité sont, pour l’essentiel, le même phénomène observé sous deux angles : les femmes de 50 ans et plus ne sont pas pénalisées parce qu’elles ont 50 ans, mais parce qu’elles ont accumulé vingt ans d’effets d’une divergence qui s’ouvre à la première naissance.

L’estimation causale est disponible et elle est sans ambiguïté : cinq ans après l’arrivée d’un enfant, le revenu salarial des mères salariées du privé est inférieur d’environ 25 % à ce qu’il aurait été sans cette naissance — et celui des pères n’est pas affecté. L’écart ne vient donc pas d’une baisse au moment de la naissance qui se rattraperait ensuite : il vient de carrières durablement ralenties.

Insee Focus n° 320, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2022 » : écarts selon le nombre d’enfants. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet causal de l’arrivée d’un enfant, estimé par comparaison à la trajectoire contrefactuelle.

LimitesUne coupe transversale par âge confond deux effets que rien ici ne sépare. L’effet d’âge et de parentalité : les carrières divergent après les premières naissances, et l’écart accumulé ne se rattrape pas. L’effet de génération : une femme de 60 ans en 2024 est entrée sur le marché du travail au milieu des années 1980, avec des diplômes, des métiers et des interruptions de carrière qui ne sont pas ceux d’une femme de 25 ans aujourd’hui. Le suivi par génération de l’Ined suggère que les deux jouent. Lire le gradient d’âge comme la trajectoire future des femmes de 25 ans serait une erreur — mais lire la baisse de la borne basse comme la fin du problème en serait une autre, puisque cette même borne basse remonte dès la première naissance.
Donnée manquanteL’écart à poste comparable, par tranche d’âge, n’est pas publié. C’est pourtant la donnée décisive : on sait que l’écart brut en EQTP est 7,5 fois plus grand à 60 ans qu’avant 25 ans, on ne sait pas ce qu’il en reste une fois le métier et l’établissement neutralisés. Autrement dit, la statistique publique ne permet pas de trancher entre les deux explications possibles du gradient d’âge — les femmes de 50 ans et plus sont-elles moins payées au même poste, ou occupent-elles des postes différents ? Les deux appellent des réponses de politique publique opposées.

L’ancienneté : le facteur que la décomposition ne neutralise pas

La comparaison « à poste comparable » de l’Insee croise le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et l’établissement. Elle ne contrôle ni l’ancienneté dans l’entreprise, ni l’expérience accumulée. Ce n’est pas un détail : l’ancienneté est l’un des principaux déterminants du salaire à poste donné, et les interruptions de carrière — plus fréquentes et plus longues chez les femmes — se traduisent mécaniquement par une ancienneté et une expérience moindres à âge égal. Une partie du 3,6 % résiduel est donc, très probablement, de l’ancienneté non mesurée ; et le gradient d’âge, à l’inverse, est en partie un gradient d’ancienneté divergente. Le mécanisme identifié plus haut le confirme indirectement : la sortie d’emploi des mères de jeunes enfants, et leur réorientation vers des employeurs proches du domicile, remettent périodiquement le compteur d’ancienneté à zéro.

Donnée manquanteL’ancienneté moyenne dans l’entreprise par sexe, et son rendement salarial comparé, n’ont pas été établis ici sur source primaire récente. La Dares documente que l’ancienneté est moins bien rémunérée pour les femmes que pour les hommes, mais l’évaluation chiffrée disponible porte sur les salaires horaires de 2002 : elle est trop ancienne pour être citée comme un ordre de grandeur actuel. Tant que cette donnée manque, la part du gradient d’âge attribuable à l’ancienneté reste une conjecture argumentée, pas un résultat.

Le paradoxe italien : le plus petit écart de salaire, le plus grand écart d’emploi

Un pays peut afficher un écart de salaire dérisoire pour la pire des raisons. L’Italie a le plus petit écart de salaire horaire de l’Union — 2,2 % — et le plus grand écart de taux d’emploi : 19,4 points. Les deux vont ensemble. Quand le taux d’emploi féminin est bas, les femmes qui travaillent sont en moyenne bien plus diplômées et bien mieux positionnées que l’ensemble des femmes : l’écart de salaire mesuré se referme sans que rien ne se soit amélioré. C’est un effet de sélection, pas une performance. La France est dans la configuration inverse — un écart d’emploi parmi les plus faibles d’Europe, un écart de salaire proche de la moyenne européenne — et c’est la configuration à préférer.

Eurostat, écart de rémunération entre femmes et hommes sous forme non ajustée, salaire horaire brut, earn_gr_gpgr2, 2023 : 12,0 % dans l’Union, 12,3 % en zone euro, de −0,9 % au Luxembourg à 19,0 % en Lettonie. L’écart de taux d’emploi italien est celui du tableau ci-dessus, Eurostat 2024. Le rapprochement des deux indicateurs, et sa lecture en termes de sélection, sont de notre fait.

Le diagnostic, dans l’ordre

Récapitulatif de ce que chaque cause pèse, du mieux mesuré au moins mesuré. Ces lignes ne s’additionnent pas — elles viennent d’études, d’années et de champs différents, et plusieurs se recouvrent — mais elles se classent.

Ce qui produit l’écart, et ce que la mesure en ditMesure
1. La durée du travail — temps partiel et mois passés hors emploi7,8 points sur 21,8
2. Le métier — la ségrégation entre professions, nomenclature PCS6,7 points sur 16,7
3. L’employeur — la répartition entre entreprises, à compétences égales11 % de l’écart horaire
4. Les promotions et le niveau de postenon chiffré
Ce que révèle la parentalité — écart entre salariés sans enfant, puis entre parents de trois enfants ou plusde 5,8 % à 28,2 %
Ce que révèle l’âge — écart avant 25 ans, puis à 60 ans ou plusde 3,2 % à 24,1 %

Les deux dernières lignes sont mises à part parce qu’elles ne sont pas des causes : l’âge et le nombre d’enfants ne rémunèrent rien. Ce sont des révélateurs, qui mesurent combien les quatre premières causes s’accumulent au fil d’une carrière. Et la quatrième reste la seule qu’aucune statistique publique ne chiffre directement — on ne l’observe qu’en creux, par le contraste entre les 1,9 % d’écart chez les employés et les 14,8 % chez les cadres.

Ce qu’il faut retenir
  1. Le rattrapage a bien eu lieu : l’écart d’activité hommes-femmes est passé de 20,6 points en 1984 à 6,0 points en 2024, et l’écart de salaire en équivalent temps plein de 22 % en 1995 à 14 % en 2023. Mais le rythme a été divisé par près de trois entre les deux moitiés de la période, et l’écart d’emploi ne se réduit plus depuis le milieu des années 2010.
  2. Ce qui reste du resserrement de l’emploi ne vient plus des femmes. Pour les générations nées après 1970, l’emploi féminin stagne : selon l’Ined, la réduction de l’écart est désormais entièrement due à la baisse du taux d’emploi des hommes.
  3. À temps de travail égal, l’écart qui subsiste est un écart de position, pas de rémunération d’une même position. Les heures sortent du calcul entre 21,8 % et 14,0 % ; le trajet de 14,0 % à 3,6 % ne doit rien au volume horaire. 68 % de l’écart en EQTP vient de ce que femmes et hommes n’occupent pas les mêmes postes, et la répartition entre entreprises en explique à elle seule 11 % — à métier égal, le salaire médian va de 1 865 € dans les entreprises de moins de dix salariés à 2 689 € dans celles de plus de cinq mille.
  4. La part imputable au seul métier est chiffrable, et elle vaut environ 40 % de l’écart : 6,7 points sur 16,7 en nomenclature PCS. Ce n’est pas une constante mais une fonction du grain d’analyse — au libellé d’emploi dans un établissement donné, la même logique en explique 68 %. La structure est stable depuis 1990.
  5. Mais l’écart n’est pas surtout entre catégories : il est à l’intérieur de la plus qualifiée. Il vaut 1,9 % chez les employés — catégorie féminisée à 70 % et la moins payée — et 14,8 % chez les cadres. L’explication par les seuls métiers prédirait un écart uniforme à l’intérieur des catégories : il ne l’est pas. L’écart se concentre là où il y a une carrière à faire.
  6. La part des femmes décroît à chaque étage de l’échelle des salaires, sans exception : 59,2 % des bénéficiaires de la revalorisation du Smic, 41,9 % de l’ensemble des salariés, 34 % au-dessus du neuvième décile, 23,5 % du top 1 %, 10 % du top 100. Ce n’est pas un effet de secteur : dans la fonction publique, où les femmes sont 65 % des effectifs, elles ne sont que 39 % du 1 % le mieux rémunéré.
  7. L’écart se creuse fortement avec l’âge, et le facteur est de 7,5 : 3,2 % avant 25 ans, 24,1 % à 60 ans et plus. L’éventail s’est même ouvert depuis 2022, la borne basse baissant vite et la borne haute presque pas.
  8. Ce gradient d’âge est d’abord un gradient de parentalité. L’écart vaut 5,8 % entre salariés sans enfant — proche du 3,6 % à poste comparable — et 28,2 % entre parents de trois enfants ou plus. Cinq ans après une naissance, le revenu salarial des mères est inférieur d’environ 25 % à sa trajectoire contrefactuelle ; celui des pères n’est pas affecté.
  9. Deux données manquent, et ce sont celles qui trancheraient : l’écart à poste comparable par tranche d’âge n’est pas publié, ni les tranches d’âge intermédiaires. On ignore donc si les femmes de 50 ans et plus sont moins payées au même poste ou occupent des postes différents, et à quel âge la bascule se produit. L’ancienneté, qui expliquerait une partie des deux, n’est neutralisée dans aucune décomposition publiée.
Partie 2

Le chômage : ce que les chiffres mesurent réellement

Cinq indicateurs coexistent, ils ne comptent ni les mêmes personnes ni la même base, et le débat public les échange constamment. Avant de discuter des remèdes, il faut savoir de quoi on parle.

Taux d'emploi, taux de chômage : ce que chaque mesure compte réellement

C'est le prolongement indispensable du PIB par personne en emploi. Si la France produit à peu près autant que ses voisins par personne qui travaille, mais nettement moins par habitant, c'est que moins de gens travaillent. Encore faut-il mesurer correctement combien. Cinq indicateurs coexistent, ils ne comptent ni les mêmes personnes ni la même base, et le débat public les échange constamment.

Cinq mesures, cinq dénominateurs

Chômage au sens du BIT — trois critères cumulatifs : sans emploi (pas une heure travaillée dans la semaine de référence), avoir cherché activement dans les quatre semaines précédentes, être disponible sous deux semaines. Manquer un seul critère fait sortir de la catégorie. Dénominateur : la population active.

Demandeurs d'emploi inscrits à France Travail — catégories A à E, plus F et G créées en 2025. Dénominateur : aucun, c'est un effectif administratif.

Halo autour du chômage — inactifs au sens du BIT qui souhaitent travailler sans remplir les trois critères. Dénominateur : la population de 15 à 64 ans.

Sous-emploi — personnes en emploi à temps partiel qui veulent travailler plus et sont disponibles, plus le chômage partiel. Dénominateur : les personnes en emploi.

Taux d'emploi — personnes en emploi rapportées à la population de 15 à 64 ans.

Population des 15-64 ans, T2 2026% des 15-64 ansEffectif indicatif
En emploi69,0≈ 28,8 M
— dont en sous-emploi (sous-ensemble de l'emploi)≈ 3,0≈ 1,3 M
Chômeurs au sens du BIT6,4≈ 2,7 M
Halo autour du chômage4,41,865 M
Autres inactifs (étudiants, retraités précoces, personnes ne souhaitant pas travailler)20,2≈ 8,4 M
Total100,0≈ 41,8 M

Où sont les 15-64 ans, et ce que « 100 % » désigne

Le taux de chômage de 8,3 % ne se lit pas sur cette barre : son dénominateur est la population active, pas les 15-64 ans.

En emploiChômage BITHaloAutres inactifs
% des 15-64 ans, T2 2026 0 50 100 15-64 ans
Le même fait, deux chiffres. Le chômage BIT vaut 8,3 % de la population active mais 6,4 % des 15-64 ans : l'écart ne tient qu'au dénominateur. Le « non-emploi élargi » — chômage plus halo, rapporté aux 15-64 ans — atteint 10,8 %. C'est la source de confusion la plus fréquente du débat.

Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 (taux d'emploi, d'activité, halo) ; enquête Emploi, séries CVS, France entière hors communautés. La ventilation en points de pourcentage est notre calcul à partir des taux publiés : l'Insee ne publie pas ce tableau sous cette forme. Effectifs indicatifs obtenus en appliquant ces taux à une population 15-64 d'environ 41,8 millions.

Données de la figure
CatégorieEn emploiChômage BITHaloAutres inactifs
15-64 ans69,06,44,420,2
Les trois ratios à ne pas confondreNumérateurDénominateurT2 2026
Taux de chômageChômeurs BITPopulation active8,3 %
Taux d'emploiPersonnes en emploiPopulation 15-6469,0 %
Taux d'activitéActifsPopulation 15-6475,4 %
Part du haloHaloPopulation 15-644,4 %
Taux de sous-emploiSous-employésPersonnes en emploi4,4 %
Taux d'emploi en équivalent temps pleinEmploi en EQTPPopulation 15-6464,2 %

Pourquoi le taux d'emploi est le bon indicateur pour comparer les pays

Le taux de chômage a pour dénominateur la population active, qui est elle-même un choix de société : un pays qui décourage la recherche d'emploi — préretraites, dispenses de recherche, invalidité — fait baisser son taux de chômage sans créer un seul emploi. Le taux d'emploi est insensible à cet effet. C'est pourquoi la France peut afficher un taux de chômage proche de la moyenne européenne et un taux d'emploi inférieur de deux points, avec un décrochage concentré aux deux extrémités de la vie active.

2024Taux d'emploi 15-6415-24 ans55-64 ans
Pays-Bas82,3 %76,0 %
Allemagne77,2 %51,0 %75,0 %
UE-2770,8 %35,0 %65,2 %
France68,8 %34,4 %60,3 %
Italie62,2 %

Eurostat, enquête forces de travail, 2024, via Insee, France, portrait social 2025. Champ : population 15-64 ans, ménages ordinaires.

LimitesLes effectifs administratifs de France Travail ne sont pas comparables au chômage BIT et ne le sont plus non plus dans le temps : la loi pour le plein emploi a rendu l'inscription automatique pour les allocataires du RSA, les jeunes suivis en mission locale et les personnes suivies par Cap emploi, créé deux catégories F et G, et le label de statistique publique a été temporairement suspendu sur ces séries. Toute comparaison avant/après janvier 2025 est invalide sans retraitement.

« 2,7 millions » ou « 5,8 millions » de chômeurs ? Les deux, et ce ne sont pas les mêmes gens

T2 2026EffectifÉcart avec le chômage BIT
Chômeurs au sens du BIT (Insee)2 677 000référence
Catégorie A — sans emploi, tenu de rechercher3 323 000+ 0,65 M
Catégories A + B + C — avec activité réduite5 801 500+ 3,12 M
Catégories A à E — dont dispensés de recherche et en emploi aidé6 532 400+ 3,86 M
Toutes catégories, F et G comprises≈ 7 520 700+ 4,84 M

L'écart joue dans les deux sens en même temps, et c'est ce que le débat omet systématiquement. Environ un chômeur BIT sur trois n'est pas inscrit en catégorie A — jeunes sans droits, personnes en fin de droits qui se sont désinscrites, démissionnaires. Et environ deux demandeurs d'emploi sur cinq ne sont pas chômeurs au sens du BIT, principalement parce qu'ils travaillent (catégories B, C, E) ou sont dispensés de recherche (D).

Conséquence pratique : « 3,3 millions », « 5,8 millions » et « 2,7 millions » ne sont pas trois estimations du même phénomène. Le premier inclut des non-chômeurs et exclut des chômeurs. Le troisième est le seul comparable internationalement.

France Travail / DARES, statistiques du marché du travail (STMT), T2 2026, données CVS-CJO, France entière ; Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 ; Insee, L'essentiel sur… le chômage.

Comment se décompose le chômage : durée, âge, diplôme, territoire

Par durée

France, moyenne annuelle 2025EffectifPart des chômeurs
Moins d'un an1 885 00076,9 %
1 à 2 ans334 00013,6 %
2 ans et plus232 0009,5 %
dont 1 an et plus — chômage de longue durée566 00023,1 %
Total chômeurs 20252 451 000100 %

Chômage de longue et de très longue durée, part des chômeurs

2025. Contrairement à une idée reçue, la France n'est pas un cas extrême européen sur cette dimension.

12 mois et plus24 mois et plus
% des chômeurs, 2025 0 20 40 Italie 50,3 28,7 Espagne 32,1 18,6 UE-27 31,5 16,4 Allemagne 27,9 13,9 France 23,0 9,5 Pays-Bas 13,7 7,4
La France est sous la moyenne européenne et sous l'Allemagne. Le problème français est un niveau élevé du chômage total, pas une composition anormalement enkystée. L'Italie, avec 50,3 % de chômage de longue durée, est le cas véritablement extrême.

Eurostat, jeu une_ltu_a, indicateurs LTU et VLTU, unité PC_UNE, 15-74 ans, données annuelles 2025. Note Eurostat : statut « d » (définition différente) pour la France et l'Espagne.

Données de la figure
Catégorie12 mois et plus24 mois et plus
Italie50,328,7
Espagne32,118,6
UE-2731,516,4
Allemagne27,913,9
France23,09,5
Pays-Bas13,77,4
LimitesLe seuil américain du chômage de longue durée est de 27 semaines (environ 6 mois), celui d'Eurostat de 12 mois. Les 25,5 % américains (BLS, juillet 2026) ne sont donc pas comparables aux 23,0 % français : à seuil identique, la part américaine serait sensiblement plus faible. Par ailleurs la mesure administrative raconte une autre histoire — 2 394 000 demandeurs d'emploi de longue durée fin 2024, soit 43,6 % des catégories A+B+C — parce que l'ancienneté d'inscription n'est pas interrompue par les périodes d'activité réduite, contrairement à l'ancienneté de chômage BIT.

Par âge, diplôme et territoire

Taux de chômageValeurChamp
15-24 ans21,6 %T2 2026, Insee
25-49 ans7,5 %T2 2026
50 ans et plus5,5 %T2 2026
Sans diplôme ou brevet, sortis de formation depuis 1 à 4 ans42,4 %Insee, Formations et emploi 2025, données 2023
CAP-BEP, même champ17,5 %idem
Baccalauréat, même champ18,2 %idem
Enseignement supérieur, même champ6,8 à 11,0 %idem
France métropolitaine7,9 %T1 2026, taux localisés
Guyane — maximum19,3 %idem
Cantal — minimum départemental4,7 %idem

L'amplitude territoriale va de 4,7 % à 19,3 %, soit un rapport de 1 à 4,1 entre les extrêmes départementaux France entière, et de 1 à 2,7 en métropole seule.

Un fait à contre-courant du récit dominant : le nombre de chômeurs diplômés du supérieur a été multiplié par 2,5 en vingt ans, de 186 000 à 460 000, à taux de chômage inchangé — pur effet de la massification. Depuis 2020, il y a presque autant de chômeurs diplômés du supérieur que de chômeurs sans diplôme.

Le stock cache des flux considérables

FluxValeurSource
Nouvelles entrées en indemnisation549 000 / trimestreUnédic, T3 2025
Personnes arrivant en fin de droits≈ 57 000 / moisDG Trésor, oct. 2025, données MiDAS
Part des allocataires travaillant une partie du mois51 %Unédic, T3 2025
Allocataires ayant retravaillé au 4e mois≈ 50 %Unédic
Part des premières reprises d'emploi constituant une sortie durable1 sur 4Unédic
Part des emplois retrouvés durant 6 mois ou plus1 sur 3Unédic

Ce dernier chiffre commande la lecture de toutes les évaluations qui suivent : « retour à l'emploi » ne signifie pas « insertion ». Une évaluation qui mesure le retour à l'emploi à trois ou six mois mesure en grande partie des transitions vers des contrats courts.

Donnée manquanteLa durée médiane d'un épisode complet de chômage n'est pas publiée de façon visible par la statistique française. La répartition par durée porte sur le stock, qui surestime fortement la durée des épisodes entrants par un biais de longueur classique. Le BLS américain publie mensuellement durée médiane et durée moyenne des épisodes ; l'Insee n'a pas d'équivalent aussi accessible.

Les « emplois non pourvus » : ce que la mesure officielle dit, et ce qu'elle ne dit pas

Emplois vacants, FranceT2 2025T2 2026
Nombre d'emplois vacants488 000433 600
Taux de vacance2,5 %2,2 %
Offres abandonnées faute de candidat adéquat, 2024151 000, soit 4,9 % des offres
dont contrats durables (CDI ou plus de 6 mois)99 000
Offres finalement pourvues83,6 %

DARES, enquête Acemo, définition Eurostat (poste créé, non occupé, recherche active, souhait de pourvoir sous 3 mois) ; champ entreprises de 10 salariés et plus, privé hors agriculture, intérim et particuliers employeurs. France Travail, 2024, offres abandonnées. Comparaison européenne : Eurostat, taux de vacance T1 2025 — France 2,5 %, zone euro 2,4 %, UE-27 2,2 %, Pays-Bas 4,2 % (maximum).

  1. Un emploi vacant n'est pas un emploi non pourvu. Les 433 600 sont un stock instantané dans un flux : un poste normalement pourvu en deux mois y figure. Un stock de vacances nul signalerait un marché dysfonctionnel, pas un marché parfait.
  2. Le vrai indicateur de non-pourvoi est de 151 000 offres abandonnées, soit 4,9 % — pas 433 600, et il porte sur des offres, non sur des postes permanents.
  3. Le chiffre ne dit rien des causes. Deux tiers des difficultés déclarées invoquent l'absence de candidats compétents ou expérimentés, ce qui pointe autant vers un défaut d'investissement en formation que vers un défaut d'incitation.
  4. Aucun appariement n'est mesuré entre chômeurs et emplois vacants — ni sectoriel, ni géographique, ni en compétences. Le raisonnement « X emplois non pourvus et Y chômeurs, donc les chômeurs ne veulent pas travailler » suppose une substituabilité parfaite qui n'est jamais démontrée.
LimitesLe taux de vacance américain (4,4 %, JOLTS juin 2026) est structurellement le double du français : la mesure capte autant l'intensité de la rotation que la « pénurie ». Les Pays-Bas cumulent le taux de vacance le plus élevé d'Europe et le taux d'emploi le plus élevé — un taux de vacance élevé n'est pas en soi un dysfonctionnement.
Partie 3

Les leviers : ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qui n'est pas prouvé

Les parties précédentes mesurent le problème. Celle-ci examine les solutions proposées, chacune avec la qualité de preuve qui l'accompagne — et il faut accepter que les leviers les plus populaires ne soient pas les mieux établis.

L'aléa judiciaire de la rupture : en quoi la France est-elle différente ?

On dit souvent que la spécificité française n'est pas le coût de la séparation mais son incertitude. C'est une affirmation vérifiable, et elle se vérifie — mais pour une raison plus précise que celle qu'on avance d'ordinaire : ce n'est pas tant le montant qui est imprévisible que le moment où l'affaire est close.

Combien de temps dure un contentieux prud'homal

Durée moyenne d'une procédure20122022
Première instance, au fond15,2 mois17,6 mois
Parcours avec départage (partage des voix entre conseillers)29,2 mois34,9 mois
Appel15,6 mois26,7 mois (+71 %)
Cassation16,5 mois18,8 mois
Référés1,9 mois2,4 mois

Toutes les durées se sont allongées entre 2012 et 2022, alors même que le nombre d'affaires était divisé par deux — de 206 039 en 2013 à 100 863 en 2022. La baisse du stock n'a produit aucun gain de délai.

Durée cumulée d'un litige mené à son terme, barème 2022Durée
Première instance + appel44,3 mois — 3 ans 8 mois
Départage + appel61,6 mois — 5 ans 1 mois
Départage + appel + cassation80,4 mois — 6 ans 8 mois
LimitesCe cumul est une somme de moyennes par étape, calculées sur des populations différentes : les affaires portées en appel ne sont pas un tirage aléatoire des affaires de première instance. Ce n'est pas la durée moyenne des affaires effectivement menées jusqu'au bout, qui n'est pas publiée. Le vrai chiffre pourrait être supérieur ou inférieur. C'est une lacune statistique française : le ministère de la Justice ne publie pas de durée « bout en bout » par affaire suivie.

Les deux chiffres décisifs : le premier jugement ne clôt rien

60 %Taux d'appel des décisions prud'homales de première instance
≈ 30 %Part des jugements confirmés en totalité en appel
≈ 50 %Part des décisions infirmées partiellement
1 sur 3Probabilité qu'un jugement de première instance soit définitif

C'est l'indicateur le plus direct de l'aléa, et il est spécifiquement français. Dans aucun des autres systèmes examinés le jugement de première instance n'est aussi peu clôturant : 60 % des décisions vont en appel, et parmi celles-là 70 % voient le jugement modifié au moins partiellement.

La fenêtre d'exposition : un facteur 17

Indicateur d'incertitudeFranceAllemagnePays-Bas
Délai dont dispose le salarié pour contester12 mois3 semainessans objet
Moment du contrôle du motifPostérieurPostérieurPréalable
Qui juge en première instance4 non-professionnels (2 employeurs, 2 salariés)1 juge professionnel qui préside + 2 assesseurs1 magistrat professionnel
Durée en première instance17,6 mois≈ 3 mois6 sem. (UWV) / 12 sem. (juge)
Part des affaires réglées par accordnon publié≈ 80 %89 % des ruptures
Prévisibilité du montantFourchette barémée, écartée en cas de nullitéUsage négocié de 0,5 mois par annéeFormule : 1/3 de mois par année, plafond 102 000 €

France : ministère de la Justice, SDSE, « Les affaires prud'homales dans la chaîne judiciaire de 2012 à 2022 », mai 2024 ; article L. 1471-1 du code du travail pour le délai de contestation. Allemagne : § 4 et § 1a du Kündigungsschutzgesetz, § 61a ArbGG ; les durées et le taux d'accord viennent de compilations secondaires de statistiques Destatis que nous n'avons pas pu vérifier dans le fichier source, publié en tableur non extractible — à traiter comme ordre de grandeur. Pays-Bas : SEO Economisch Onderzoek, Evaluatie Wet werk en zekerheid, juin 2020 ; Rijksoverheid pour la transitievergoeding.

La France est le seul des quatre systèmes examinés à confier le jugement de première instance à une formation exclusivement non professionnelle. La conséquence est mécanique et mesurable : quand les quatre conseillers se partagent, l'affaire repart devant un juge professionnel — le départage — et la durée double, de 17,6 à 34,9 mois.

Donnée manquanteLe ministère de la Justice ne publie pas la part des affaires partant en départage. Sans ce chiffre, on ne peut pas calculer le coût agrégé du paritarisme pur en mois de procédure. C'est une donnée qui existe dans les systèmes d'information de la Chancellerie et qui est décisive pour arbitrer une réforme de la juridiction.

Le paradoxe néerlandais : l'autorisation préalable est contournée dans 9 cas sur 10

Les Pays-Bas ont un système d'autorisation préalable à voie imposée : motif économique ou inaptitude longue devant l'UWV, organisme public ; tous les autres motifs devant un juge professionnel. L'employeur ne choisit pas sa voie. Voilà ce qu'en fait la pratique.

Voie de rupture aux Pays-Bas2011-20122018-2019
Accord amiable (vaststellingsovereenkomst)61 %89 %
Autorisation de l'UWV24 %7 %
Décision du juge9 %2 %
Ce que le modèle néerlandais fait réellement — et ce n'est pas ce qu'on lui prête

L'autorisation préalable ne fonctionne pas comme un filtre effectivement exercé : l'UWV examine 7 % des cas. Elle fonctionne comme une menace crédible, chiffrée et rapide, qui structure la négociation privée. Ce qui réduit l'incertitude néerlandaise, ce n'est pas que l'UWV examine les dossiers — c'est que les parties savent, avant de négocier, ce que vaut le dossier : voie imposée, critères écrits, délai de six semaines, et une indemnité calculable à l'euro près.

La transitievergoeding est en effet une formule arithmétique : un tiers de mois de salaire par année de service, dès le premier jour de travail depuis 2020, période d'essai comprise, plafonnée à 102 000 € bruts. Pas de fourchette, pas d'arbitrage judiciaire sur le montant.

La France a la voie amiable sans la norme de référence claire ; les Pays-Bas ont les deux. La rupture conventionnelle française — 515 000 en 2023 — joue un rôle fonctionnellement analogue, mais elle se négocie dans l'ombre d'une norme floue : une indemnité à négocier au-dessus d'un minimum légal, et un risque résiduel de contentieux au barème, avec 60 % d'appel derrière.

Ce qui est transposable n'est donc pas l'institution — c'est la prévisibilité du montant.

LimitesIl faut résister à la conclusion facile. L'évaluation officielle néerlandaise de sa propre réforme conclut qu'aucun indice ne montre que la loi de 2015 ait produit un régime de licenciement « plus activant ». La baisse du volume de ruptures contentieuses est attribuée principalement à la conjoncture, pas à la loi. Et le coût moyen d'un licenciement a augmenté de 8 % après la réforme, à 28 300 € — la France n'est donc pas un pays où la séparation coûterait peu et serait seulement incertaine : elle est aussi coûteuse en gestion.

Combien de ruptures finissent devant le juge ?

France, ordres de grandeurValeur
Fins de CDI, 20234 437 700
— dont licenciements (économiques et non économiques)612 000
— dont ruptures conventionnelles515 200
Affaires prud'homales nouvelles au fond, 202284 051
Rapport, en ordre de grandeur≈ 1 licenciement sur 7 à 8
LimitesCe ratio est un ordre de grandeur, jamais une statistique officielle : millésimes différents faute de données appariées ; le numérateur inclut des litiges qui ne portent pas sur une rupture (rappels de salaire, heures supplémentaires, requalification de CDD) et des contestations de ruptures conventionnelles ou de CDD absentes du dénominateur ; les périmètres géographiques et sectoriels diffèrent. La lacune de fond : les fins de CDI sont comptées par la Dares, les contentieux par le ministère de la Justice, et les deux bases ne sont pas appariées. On ne peut donc pas calculer le taux de contentieux par type de rupture, ni suivre une rupture jusqu'à son issue.
Donnée manquante — et elle est décisiveLe ministère de la Justice ne publie aucune statistique nationale sur le montant moyen, médian ou la dispersion des indemnités effectivement allouées. Conséquence directe : l'affirmation « le barème de 2017 a réduit la dispersion des indemnités » n'est adossée à aucune évaluation publique avec contrefactuel. Il n'existe pas de mesure avant/après de la variance des montants à caractéristiques comparables. C'est précisément la statistique qui permettrait d'objectiver « l'incertitude », et aucun des trois pays ne la produit. Elle serait accessible par l'open data judiciaire, techniquement possible depuis 2019 et jamais exploité à cette fin.
Ce qu'il faut retenir
  1. La thèse est confirmée sur trois dimensions. La durée (17,6 mois contre environ 3 mois en Allemagne, un facteur 6). La non-finalité du premier jugement (60 % d'appel, 30 % de confirmation totale) — c'est l'anomalie proprement française. Et la fenêtre d'exposition : 12 mois contre 3 semaines, un facteur 17, probablement le paramètre le plus sous-discuté du débat français et le plus facilement modifiable.
  2. Elle est nuancée sur une dimension : le coût n'est pas nul et n'est pas le plus bas. Le coût moyen néerlandais d'un licenciement, 28 300 €, est élevé.
  3. La comparaison reste asymétrique : nous établissons solidement le chiffre français, mais les taux d'appel et d'infirmation allemands et néerlandais n'ont pas pu être collectés. C'est la principale faiblesse de cette fiche.
  4. Aucune évaluation causale n'existe de l'effet de l'incertitude prud'homale sur l'embauche. Le raisonnement est solide, le gain d'emploi attendu d'une réforme est inconnu.

Réduire la durée d'indemnisation ferait-il baisser le chômage ?

C'est la question sur laquelle le débat français est le plus assuré et la littérature la plus prudente. La réponse honnête tient en trois effets distincts, que le débat traite comme un seul.

Le système actuel

Paramètres au 1er avril 2025Valeur
Affiliation minimale6 mois sur les 24 derniers (36 mois à partir de 55 ans)
Durée maximale, moins de 55 ans18 mois
Durée maximale, 55-56 ans22,5 mois
Durée maximale, 57 ans et plus27 mois
Formule57 % du salaire journalier de référence, ou 40,4 % + 13,11 €/jour
Dégressivité−30 % au 7e mois au-delà de ≈ 4 500 € brut/mois
Allocation nette mensuelle moyenne1 048 €
Allocataires pris en charge / indemnisés3,8 M / 2,6 M
Dépenses d'allocation 202537,0 Md€ (dépenses totales 45,2 Md€)
Dette nette de l'Unédic fin 2025−59,8 Md€

Unédic, convention du 15 novembre 2024 en vigueur au 1er avril 2025 ; Unédic, Paramètres utiles, éd. janvier 2025 ; Unédic, prévisions financières du 12 juin 2025.

La France est-elle une exception ? Sur une seule dimension, et pas celle qu'on croit

Plafond mensuel de l'allocation chômage

Le seul point où la France est réellement isolée en Europe.

plafond mensuel d'allocation, euros02 5005 0007 500France8 826Allemagne3 280Danemark3 146Suède2 340Italie1 550Espagne1 400Royaume-Uni410
Le plafond français est 2,7 fois le plafond allemand, 5,7 fois l'italien, 6,3 fois l'espagnol. Mais il est très largement théorique : 0,14 % des allocataires l'atteignent, et l'allocation nette moyenne effective est de 1 048 €. C'est le point sur lequel l'argument de l'exception française est empiriquement fondé — et simultanément celui dont l'incidence budgétaire est la plus faible.

Unédic, Tableau de données comparatives sur l'assurance chômage dans 15 pays d'Europe, millésime 1er mai 2024 ; valeur France actualisée au 1er avril 2025. Royaume-Uni : allocation forfaitaire, converti en équivalent mensuel.

Données de la figure
Catégorieb1
France8 826
Allemagne3 280
Danemark3 146
Suède2 340
Italie1 550
Espagne1 400
Royaume-Uni410
Assurance chômageAffiliation minimaleDurée maximaleTaux de remplacement
France6 mois / 2418 à 27 mois57 % du brut de référence
Allemagne12 mois / 306 à 24 mois60 % du net (67 % avec enfant)
Pays-Bas26 sem. / 363 à 24 mois75 % puis 70 %
Danemarkseuil de revenu24 mois sur 3 ans65 %, puis dégressif
Italie13 sem. / 4 ansjusqu'à 24 mois75 %, −3 %/mois dès le 6e
Espagne360 j / 6 ans4 à 24 mois70 % puis 60 %
Suède6 à 12 mois300 jours65 %
Royaume-Uni2 exercices fiscaux6 moisforfait
États-Unisvariable par État12 à 30 sem. (26 le plus souvent)≈ 45-50 %
  1. Sur la durée, la France n'est pas une exception. 18 mois pour les moins de 55 ans est comparable aux Pays-Bas, au Danemark, à l'Espagne et à l'Italie. La singularité porte sur le régime senior (27 contre 24 mois en Allemagne), pas sur le cas général.
  2. Sur les conditions d'entrée, la France est parmi les plus accessibles : 6 mois sur 24 (ratio 0,25) contre 12 mois sur 30 en Allemagne (0,40). Seule l'Italie est plus accessible.
  3. Sur le taux de remplacement, la France est dans la moyenne haute, sans être aberrante.
  4. Sur le plafond, la France est isolée — mais 0,14 % des allocataires sont concernés.

Les trois effets que le débat confond

(a) L'effet microéconomique : robuste, bien mesuré, de magnitude modérée

Réduire la durée ou le montant accélère la sortie du chômage de la personne concernée. C'est le résultat le mieux établi de l'économie du travail depuis quarante ans. L'effet marginal d'un mois supplémentaire de droits sur la durée de non-emploi se situe entre 0,1 et 0,4 mois, soit 3 à 12 jours de chômage supplémentaires par mois de droits supplémentaire.

Évaluations avec contrefactuelDispositifEffet marginal
Card, Chetty & Weber (2007)Autriche, discontinuité d'éligibilitétaux de sortie −5 à −9 %
Schmieder, von Wachter & Bender (2012)Allemagne, discontinuités administratives0,12
Johnston & Mas (2016)Missouri, réduction législative brutale≈ 0,3
Le Barbanchon (2016)France≈ 0,3
van Ours & Vodopivec (2008)Slovénie≈ 0,4
Évaluations françaises des réformes récentesRésultat
Unédic — dégressivité (50 000 allocataires à hauts revenus)Durée de chômage réduite d'environ 24 jours
Unédic — nouveau calcul du salaire de référence (≈ 1,1 M d'allocataires)Allocation journalière −6 € (−16 %) ; retour à l'emploi accéléré mais vers des contrats de moins de 6 mois
Unédic — affiliation portée de 4 à 6 mois−30 000 entrées mensuelles ; −14 % d'ouvertures de droits
IPP, rapport n° 55 (avril 2025) — réforme du SJR+5 à +20 % de jours travaillés pour les groupes les plus affectés ; élasticité emploi-allocation de −0,5 à −0,9 ; perte de revenu cumulée jusqu'à 1 000 € sur six mois
Unédic — bonus-malus (≈ 30 000 entreprises)Effets « limités » ; architecture trop complexe pour être incitative
(b) L'effet sur la qualité de l'appariement : littérature divisée, résultat non tranché

C'est le point où le débat français ne présente presque jamais qu'un seul côté. Card-Chetty-Weber, Johnston & Mas et l'IPP ne trouvent aucun effet sur le salaire de reprise ou la stabilité des emplois. Nekoei & Weber (2017) trouvent au contraire qu'une extension de 9 semaines augmente le salaire de reprise d'environ 0,5 %, en permettant d'accéder à des entreprises de meilleure qualité. Les données françaises suggèrent que l'accélération obtenue se fait plutôt vers des emplois plus courts — mais aucune étude française n'a mesuré l'effet sur le salaire de reprise avec un contrefactuel propre.

(c) L'effet macroéconomique : le maillon le plus faible

Une élasticité micro mesure ce qui arrive à un chômeur dont les droits sont réduits, les autres chômeurs et le nombre d'emplois vacants étant inchangés. Si les postes à pourvoir sont en partie déterminés par la demande, un chômeur qui cherche plus intensément prend un emploi qu'un autre chômeur aurait obtenu. Landais, Michaillat et Saez calibrent une micro-élasticité de 0,4 à 0,8 pour une macro-élasticité de 0 à 0,3 : environ 40 % de l'effet micro se dissipe en pur déplacement entre chômeurs, et cette proportion augmente quand le marché est détendu.

Corollaire de politique publique, contre-intuitif : réduire l'indemnisation est moins efficace précisément quand le chômage est élevé, c'est-à-dire quand on est le plus tenté de le faire. C'est l'argument théorique en faveur de la contracyclicité, que la France a adoptée en 2023 dans le bon sens.

La preuve expérimentale française la plus directe de l'effet de déplacement vient de Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot et Zamora (2013), expérience randomisée en grappes sur l'accompagnement renforcé de jeunes diplômés : +1,7 point d'emploi stable pour les bénéficiaires, −2,1 points pour les non-bénéficiaires des mêmes zones, soit environ 36 emplois gagnés contre 48 déplacés pour 1 000 personnes traitées. Les auteurs concluent que « le nombre net d'emplois créés par le programme apparaît négligeable rapporté à son coût ». Le déplacement était significatif en marché détendu et non significatif en marché tendu.

Alors, de combien le chômage baisserait-il ?

Donnée manquanteIl n'existe aucune estimation française publiée reliant directement une réduction donnée de la durée d'indemnisation à une baisse du taux de chômage agrégé, avec intervalle de confiance. Les trois seuls ancrages quantitatifs disponibles ne sont pas cohérents entre eux, et aucun ne mesure ce que le débat croit qu'il mesure.
AncrageCe qu'il ditCe qu'il vaut
Banque de France, 2026Les réformes de 2021 et 2023 ont réduit le chômage structurel de 0,6 pointCalibration macro, pas d'intervalle de confiance publié, non validée par contrefactuel
Unédic, contracyclicité 2023≈ 4,5 Md€ d'économies annuelles et ≈ 300 000 allocataires en moinsEffet budgétaire et sur les allocataires — un allocataire en moins n'est pas un chômeur en moins
Gouvernement, mars 2026 (ruptures conventionnelles)12 000 à 15 000 retours à l'emploi supplémentaires par anSoit environ 0,04 point de taux de chômage rapporté à 32,25 M d'actifs

À défaut, voici une fourchette raisonnée, construite à partir des élasticités micro publiées et corrigée du coin d'élasticité de Landais-Michaillat-Saez. Elle est présentée avec ses hypothèses parce que le débat public utilise couramment des chiffres construits de la même façon sans les afficher.

9 à 36 jEffet micro sur la durée de non-emploi, pour −3 mois de droits
0,08 à 0,3 ptTraduction en taux de chômage, en équilibre partiel
0,05 à 0,18 ptAprès correction macro (atténuation de 40 %)
0 à 0,3 ptFourchette d'incertitude réelle — la borne nulle n'est pas exclue

Ce calcul est un ordre de grandeur, pas une estimation. Il repose sur des élasticités estimées dans d'autres pays et d'autres conjonctures. La borne basse — effet nul — n'est pas exclue par la littérature dans un contexte de chômage élevé et croissant comme celui de 2026.

Les effets de report, qui ne sont pas déduits des économies affichées

Situation 3 mois après la fin de droitsPart
En emploi salarié31 %
Au RSA18 %
À l'ASS11 %
Ni emploi salarié, ni RSA, ni ASS≈ 40 %
Ayant repris un emploi au moins une fois dans les 12 mois58 %

DG Trésor, octobre 2025, cohorte des personnes arrivées en fin de droits au 2e semestre 2022, suivie 12 mois sur données administratives MiDAS. Volume concerné : environ 57 000 personnes par mois.

Sous l'effet de la contracyclicité de 2023, les arrivées en fin de droits sont passées de 41 000 à 70 000 par mois entre mars 2023 et mars 2025, et la part basculant vers l'ASS de 13 % à 20 %. À l'inverse, l'IPP ne trouve pas de report significatif vers le RSA après la réforme du salaire de référence de 2021 — résultat qui va contre l'hypothèse d'un report généralisé, au moins pour cette réforme et cette population.

Données manquantesCinq angles morts documentés : (1) aucun travail français ne relie les réformes de l'assurance chômage aux entrées en invalidité ou en AAH, canal pourtant documenté aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ; (2) aucune évaluation ex post de l'effet des réformes de 2023 et 2025 sur la pauvreté ; (3) les 40 % de personnes en fin de droits « ni emploi, ni RSA, ni ASS » ne sont pas caractérisées ; (4) aucun bilan consolidé pour les finances publiques — les 4,5 Md€ d'économies sont un solde Unédic, dont ne sont déduits ni le transfert vers l'ASS (État) ni celui vers le RSA (départements) ; (5) l'effet sur les droits à retraite, les périodes non indemnisées n'étant pas validées.
La position du Conseil d'analyse économique

Note n° 90, avril 2026 : durcir les conditions d'éligibilité (de 6 à 8 mois d'affiliation) est jugé « peu indiqué » — cela génère « principalement des économies mécaniques, avec des effets comportementaux limités », au détriment des populations modestes. Supprimer la marche intermédiaire senior est jugé « plus pertinent » : cela réduirait les entrées au chômage pour un public mieux équipé financièrement. Le CAE recommande surtout d'intégrer la valeur assurantielle du dispositif, dimension systématiquement absente des chiffrages budgétaires.

L'indemnisation du chômage comparée, et ce que les réformes Hartz ont réellement produit

Assurance chômageFranceAllemagnePays-Bas
Condition d'entrée6 mois sur 2412 mois sur 6026 semaines sur 36
Durée maximale, salarié de 40 ans18 mois12 moisjusqu'à 24 mois
Durée maximale, seniors27 mois (57 ans et +)24 mois (58 ans et +)24 mois
Taux de remplacement57 % du brut de référence60 % du net (67 % avec enfant)75 % puis 70 %
Dégressivité−30 % au 7e mois au-delà de 4 960 € brutnonnon
Après épuisementASS puis RSABürgergeld forfaitaire sous condition de ressourcesassistance sociale
Mécanisme originalModulation contracyclique : durée réduite de 25 % tant que le chômage est basDurée liée au millésime des années de carrière

France : Unédic, convention du 15 novembre 2024, circulaire n° 2025-03 du 1er avril 2025. Allemagne : BMAS, Anspruchsdauer von Arbeitslosengeld ; Bundesagentur für Arbeit. Pays-Bas : UWV, Hoelang duurt een WW-uitkering.

Une correction à apporter au débat français sur le barème néerlandais

On lit couramment que les Pays-Bas accordent « 1 mois de droit par année travaillée les dix premières années, puis 0,5 mois ». C'est inexact. La règle réelle est une règle de millésime, pas d'ancienneté : les années de carrière antérieures à 2016 valent 1 mois chacune, celles à partir de 2016 valent 0,5 mois, le tout plafonné à 24 mois. Un salarié entré sur le marché du travail en 2016 devra donc 48 années de carrière pour atteindre le plafond, contre 24 pour un salarié dont la carrière a commencé avant. C'est une extinction progressive des droits longs, pas un barème d'ancienneté.

La France est au milieu, pas en tête, sur la durée maximale de droit commun. Elle est en revanche nettement au-dessus sur la facilité d'entrée (6 mois d'affiliation contre 12 en Allemagne), sur la durée pour les seniors, et sur le plafond d'indemnisation en valeur absolue.

Les réformes Hartz : une asymétrie de preuve à ne jamais escamoter

Ce qui est affirméSur quelle baseNiveau de preuve
Baisse du chômage structurel d'environ 3 points (dont 1,4 pt attribué à Hartz IV)Krebs & Scheffel, IMF Economic Review 2013 — modèle de recherche et d'appariement calibréCalibration — pas une mesure. Le résultat dépend entièrement de la structure du modèle
Amélioration de l'efficacité d'appariementStops, IZA Journal 2016 — fonction d'appariement sur 329 groupes professionnels × 402 zones, 138 moisEstimation empirique — mais l'auteur refuse explicitement de quantifier la part attribuable aux réformes
« C'est Hartz qui a modéré les salaires »Centre for European Reform, 2017 : la modération salariale commence en 1995, née de la décentralisation de la négociation collective et de la menace de délocalisationObjection documentée, non réfutée
Ce qui est mesuré directement, sans modèleAvantAprès
Taux de pauvreté des chômeurs41 % (2004)68 % (2010)
Taux de pauvreté des personnes en emploi4,8 % (2004)7,5 % (2006)
Taux de pauvreté général12,5 % (2000)14,7 % (2005)
Coefficient de Gini26,2 (2000)28,8 (2005)
Intérim331 000 (2003)882 000 (2011) — ×2,7

DG Trésor, Trésor-Économics n° 110, mars 2013, « How have the Hartz reforms shaped the German labour market? ».

Ce qu'il faut retenir

Les bénéfices supposés de Hartz reposent sur un modèle calibré ; les coûts constatés reposent sur des statistiques descriptives directes. Un dossier honnête ne peut pas mettre les deux sur le même plan. Le chiffre de 3 points est le plus cité dans le débat français et c'est le moins solide du dossier ; la pauvreté des chômeurs passée de 41 % à 68 % est le plus robuste, parce qu'il mesure une conséquence mécanique de la suppression de la prestation contributive longue, et non un effet comportemental.

La question réellement pertinente — qu'aurait fait l'Allemagne sans Hartz mais avec la décentralisation salariale des années 1990 ? — n'a reçu aucune réponse.

La fluidité du marché du travail : mobilité, séparation, reconversion

Un marché très fluide en flux et très segmenté en stock

Les deux affirmations sont vraies simultanément, et le débat les présente comme contradictoires. Le taux d'entrée en CDD atteint 110 % de l'effectif salarié moyen, plus de 90 % des embauches se font en CDD ou en intérim, et la rotation de la main-d'œuvre a été quintuplée en trente ans. Mais les indicateurs de stock — part des contrats temporaires dans l'emploi, part des salariés ayant moins d'un an d'ancienneté — sont restés quasi stables sur quinze ans.

L'explication : ce ne sont pas les emplois précaires qui se sont multipliés, ce sont les contrats courts qui sont devenus plus courts — 83,8 % des fins de CDD portent sur des contrats de moins d'un mois, contre 75,8 % en 2007. Le phénomène se concentre sur les mêmes personnes et les mêmes métiers.

Ancienneté dans l'entrepriseMoyenne (années)MédianePart < 1 an
France11,9
Allemagne11,9
Italie12,7
Espagne11,3
Royaume-Uni8,7 (en déclin)
États-Unis3,922 %

Goulart & Oesch, « Job tenure in Western Europe, 1993-2021 », Work, Employment and Society, 2024, données EU-LFS et EWCS (moyennes) ; BLS, Employee Tenure in 2024, enquête CPS janvier 2024 (médianes).

LimitesLa valeur française est une moyenne, l'américaine une médiane : elles ne sont pas directement comparables, la moyenne étant tirée vers le haut par les carrières longues. L'écart réel reste substantiel mais moindre que le rapport brut de 3. Par ailleurs, Goulart et Oesch montrent un résultat contre-intuitif : contrôlée du vieillissement de la population active, l'ancienneté a en réalité diminué pour les travailleurs jeunes et d'âge intermédiaire — le vieillissement de la main-d'œuvre masque cette baisse.

Ce que coûte réellement une séparation

Indemnité légale et préavis, pour 10 ans d'ancienneté

En mois de salaire. Le résultat est l'inverse de l'intuition commune.

IndemnitéPréavis
mois de salaire, 10 ans d'ancienneté 0 2 4 Allemagne 5,0 4,0 France 2,5 2,0 Royaume-Uni 2,3 2,3 États-Unis 0,0 0,0
Le coût nominal allemand est le double du coût français. L'indemnité pratique allemande est de 0,5 mois par année d'ancienneté et le préavis atteint 7 mois à 20 ans d'ancienneté, contre 2 mois en France quelle que soit l'ancienneté. Ce que la France a de spécifique n'est pas le coût de la séparation, c'est l'aléa judiciaire.

France : art. L1234-9 et L1234-1 du Code du travail (1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà ; préavis de 2 mois au-delà de 2 ans). Allemagne : §1a KSchG et §622 BGB. Royaume-Uni : statutory redundancy pay, barème 22-40 ans, ancienneté plafonnée à 20 ans et salaire hebdomadaire plafonné à 751 £ depuis avril 2026. États-Unis : employment at will, aucune indemnité légale.

Données de la figure
CatégorieIndemnitéPréavis
Allemagne5,04,0
France2,52,0
Royaume-Uni2,32,3
États-Unis0,00,0
LimitesLes chiffres français sont des planchers : les conventions collectives prévoient très souvent davantage. Les chiffres allemands ne sont pas des droits : il n'existe pas de droit général à indemnité en Allemagne. Le §1a du Kündigungsschutzgesetz ouvre 0,5 mois par année uniquement si l'employeur le propose en échange de la renonciation à contester ; la même règle sert de barème transactionnel devant les Arbeitsgerichte. Le système allemand repose sur une protection procédurale forte monnayée transactionnellement, pas sur un barème d'indemnités.

Le barème Macron : la mesure la plus commentée et la moins évaluée

Indemnité prud'homale pour licenciement sans cause réelle et sérieusePlancher (≥ 11 salariés)Plafond
2 ans d'ancienneté3 mois3 mois
5 ans3 mois6 mois
10 ans3 mois10 mois
20 ans3 mois15,5 mois
30 ans et plus3 mois20 mois

Le barème ne s'applique pas en cas de nullité du licenciement — discrimination, harcèlement, représailles, violation d'une liberté fondamentale, statut protecteur : plancher de 6 mois et aucun plafond. Il a été validé par la Cour de cassation en assemblée plénière le 11 mai 2022, et reste contesté par le Comité européen des droits sociaux.

Ce qui a été mesuréRésultat
Recours prud'homaux avant la réformedivisés par près de deux en dix ans — la baisse est antérieure
Évolution après 2017−5 % en 2018, −1 % en 2019 : ralentissement de la baisse antérieure
Part des affaires réglées à l'amiable48,9 % (2017) → 57,6 % (2019)
Donnée manquanteLe comité d'évaluation des ordonnances travail (France Stratégie, 2020) écrit explicitement que l'enquête « ne mesure pas l'effet de l'ordonnance de 2017 sur le montant des indemnités et sur la nature des réparations », renvoyant à un second volet jamais publié. À ce jour, il n'existe aucune évaluation de l'effet du barème sur les montants effectivement alloués, sur les embauches en CDI, ni sur le nombre de licenciements. Le principal argument économique en faveur du barème — réduire l'incertitude sur le coût de séparation pour lever un frein à l'embauche — n'a jamais été testé empiriquement en France, neuf ans après son adoption.

La rupture conventionnelle

515 000Ruptures conventionnelles signées en 2024
19 %des ouvertures de droits à l'assurance chômage
26 %des dépenses d'allocation, soit 9,4 Md€
25 %de cadres, contre 10 % de l'ensemble des allocataires

L'asymétrie entre 19 % des ouvertures et 26 % des dépenses tient au profil : allocation journalière moyenne de 53 € contre 39 € pour l'ensemble, et 77 % des allocataires disposant d'au moins 18 mois de droits. Spécificité française à noter : les pays voisins n'ouvrent pas automatiquement droit aux allocations en cas de rupture d'un commun accord — ils examinent chaque situation. C'est précisément ce que vise le projet de loi de mars 2026.

LimitesL'Unédic recense quatre études scientifiques aux résultats divergents sur la substitution. Elles s'accordent sur un seul point : les ruptures conventionnelles ont peu remplacé les licenciements pour motif personnel. Sur la substitution aux démissions, les estimations vont de 0 % à 75 % — un intervalle si large qu'il équivaut à une absence de connaissance.

Protection de l'emploi et taux d'emploi : un lien plus faible qu'on ne le dit

Les indicateurs de l'OCDE (EPR pour les contrats permanents, EPT pour les temporaires, échelle de 0 à 6) classent la France à 2,56 sur les CDI, contre 2,60 en Allemagne, 3,61 aux Pays-Bas et 0,09 aux États-Unis. France et Allemagne sont quasiment identiques, et toutes deux moins protectrices que les Pays-Bas, qui affichent pourtant le meilleur taux d'emploi d'Europe. L'écart réel porte sur les contrats temporaires : 3,50 en France contre 1,00 en Allemagne. C'est la dualité réglementaire, pas le niveau général de protection, qui distingue la France.

Le contre-exemple qu'il faut citer

Les Pays-Bas cumulent un des scores de protection les plus élevés de l'OCDE, une indemnisation de 24 mois à 75 % de remplacement, et le taux d'emploi le plus élevé d'Europe (82,3 %), le taux de vacance le plus élevé de l'UE (4,2 %) et la part de chômage de longue durée la plus faible (13,7 %). Le Danemark présente une configuration analogue. Affirmer qu'assouplir la protection de l'emploi ferait mécaniquement monter le taux d'emploi français n'est pas soutenu par les données comparatives. Affirmer symétriquement que la protection de l'emploi est sans coût ne l'est pas davantage : son effet sur le dualisme est réel et mesuré.

LimitesCes indicateurs datent de 2019 et notent la règle écrite, pas la pratique : l'Espagne conserve 24 à 27 % de contrats temporaires malgré une réglementation stricte. Les critiques juridiques documentées (Dalmasso, Revue de l'IRES n° 82) relèvent des erreurs de qualification — le Royaume-Uni est noté « permissif » sur l'obligation de reclassement alors que l'Employment Rights Act 1996 l'impose implicitement — et un périmètre qui omet le chômage partiel, instrument pourtant central de la protection allemande et française en récession. Conclusion de l'auteur : « la comparaison entre systèmes juridiques reste utile ; leur notation chiffrée non ».

Formation et reconversion

Part des 25-64 ans en formation, 2025%
Suède38,2
Danemark31,0
Finlande28,1
Pays-Bas25,9
France15,5
UE-2713,7

La France dépense 56,6 Md€ pour la formation professionnelle et l'apprentissage, soit environ 1,9 % du PIB — davantage rapportée au PIB que la plupart des pays nordiques — pour une participation de 15,5 %, très en dessous de la leur. L'écart entre la dépense et la participation interroge l'efficience du système, sans qu'aucune évaluation ne le documente causalement.

Donnée manquanteIl n'existe aucune évaluation d'impact avec contrefactuel publiée sur l'effet du CPF sur l'emploi ou le salaire. Le dispositif mobilise 2,2 Md€ par an depuis sa refonte de 2018. Les chiffres disponibles — 35 % des demandeurs d'emploi en emploi 8 à 9 mois après, 57 % de certifications obtenues — sont descriptifs, pas causaux : ils disent ce qu'il advient des personnes formées, pas ce qui leur serait advenu sans la formation. Ils sont pourtant régulièrement présentés comme des mesures d'impact. La seule variation quasi-expérimentale exploitable, l'instauration du reste à charge de 100 € en mai 2024, n'a pas encore donné lieu à une évaluation publiée.

Le tableau des leviers, classés par qualité de preuve

Voici l'ensemble des leviers discutés dans le débat français, avec l'effet mesuré, la qualité de la preuve et les effets indésirables documentés. Le classement va du mieux établi au plus incertain — et il ne coïncide pas avec la popularité des mesures.

L'échelle de preuve utilisée

A — essai contrôlé randomisé avec mesure des effets de déplacement · B — essai randomisé sans mesure d'équilibre général · C — quasi-expérimental crédible (différences de différences, discontinuité, expérience naturelle datée) · D — appariement sur observables, panel · Ecalibration de modèle, ce qui n'est pas une mesure · F — aucune évaluation.

LevierEffet mesuréPreuveEffets indésirables documentés
Accompagnement intensif des chômeursIndividuel +4,5 à +10,2 pts de sortie vers l'emploi à 6 mois. Agrégé : effet net non significatifADéplacement quasi intégral entre chômeurs. Résultat répliqué par trois équipes indépendantes en 2013, 2014 et 2026
Dégressivité des allocations élevées+3 à +5 pts d'emploi à 12 mois sur les allocataires concernés ; −24 jours de chômageCConcessions salariales plus fréquentes (59 % contre 49 %). Ne concerne que 3 % des allocataires
Contrôle de la recherche d'emploi+3 pts d'emploi à 6 mois, sur le contrôle aléatoire seulementDNon extrapolable au contrôle ciblé ; déplacement non mesuré ; 12 à 14 % de sanctions
Durcir le contrôle de la fausse indépendance−62 000 indépendants sans salariés en un an aux Pays-Bas, par transition vers le salariatCEffet emploi net probablement nul : recomposition statutaire
Raccourcir la chaîne de CDDHausse des transitions vers le CDI, sauf pour les peu diplômésC/DAucun effet pour les peu diplômés. Les Pays-Bas ont annulé la mesure en 2020
Réduire la durée d'indemnisationSortie du régime plus précoce mais pas d'emploi supplémentaire (évaluation néerlandaise d'une réduction de 3 mois)Crésultat négatifLa sortie anticipée ne se traduit pas en emploi
Chômage partielAmortissement macro réel : emploi −1,7 % pour un volume de travail −9,4 %DEffets d'aubaine d'environ 40 % ; destructions différées plutôt qu'évitées. Le coût par emploi sauvé n'existe pas
Réduire le délai de contestation (12 mois → quelques semaines)Réduction mécanique de la fenêtre d'incertitude d'un facteur 17FRestriction d'accès au juge. Effet emploi jamais mesuré nulle part
Professionnaliser la 1re instance prud'homaleRéduction attendue du départage (34,9 → 17,6 mois) et du taux d'appelFLe taux de départage n'est même pas publié : l'ampleur du gain est inconnue
Autorisation préalable de licenciementAucun effet démontré — l'évaluation officielle néerlandaise conclut à l'absence de régime « plus activant »Crésultat négatifContournée dans 89 % des cas ; coût moyen de rupture +8 %
Barème d'indemnités prud'homalesAucun effet causal établi, ni sur l'emploi ni sur la dispersionFLa baisse du contentieux commence en 2015, deux ans avant le barème. Incertitude déplacée vers les demandes en nullité
Droit de modifier son temps de travailCorrélation forte avec le taux d'emploi féminin ; causalité non établieFTaux d'emploi élevé en personnes, pas en heures ; écarts de revenus et de pensions
Fluidifier le marché locatif (hypothèse d'Oswald)+1 % de propriété ↔ +2,2 % de chômage à long termeDContradiction assumée entre niveaux micro et macro ; réplications mitigées
« Faire les réformes Hartz »3 points de chômage structurelEcalibrationPauvreté des chômeurs 41 % → 68 % ; Gini +2,6 pts ; intérim ×2,7

Accompagnement : Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot & Zamora (2013) ; BCG-Cap Gemini pour France Travail (2014) ; IPP (2026). Dégressivité : Unédic (2025). Contrôle : France Travail (2018). Indépendants : CBS (2026). Chaîne de CDD et autorisation préalable : SEO Economisch Onderzoek (2020). Chômage partiel : Insee (2021), IAB. Prud'hommes : ministère de la Justice (2024) ; comité d'évaluation des ordonnances travail, France Stratégie. Hartz : Krebs & Scheffel (2013), Stops (2016), DG Trésor (2013).

Ce qu'il faut retenir — et c'est inconfortable
  1. Le levier le mieux évalué est celui dont l'effet agrégé est le plus douteux. L'accompagnement intensif marche au niveau individuel et ne crée pas d'emploi net : le résultat est répliqué sur treize ans par trois équipes indépendantes, dont un essai randomisé en grappes spécifiquement conçu pour mesurer le déplacement. Le débat français cite systématiquement l'effet individuel et ignore l'effet de déplacement, qui est pourtant mesuré et publié.
  2. Deux leviers populaires ont un résultat d'évaluation négatif, pas simplement absent : réduire la durée d'indemnisation (la sortie plus précoce ne se traduit pas en emploi) et l'autorisation préalable de licenciement (le pays qui la pratique n'y trouve aucun effet activant).
  3. Le levier le plus prometteur sur le plan du raisonnement est celui qui n'a jamais été évalué : la réforme de la procédure prud'homale. L'anomalie française est réelle et documentée — facteur 6 sur la durée, facteur 17 sur la fenêtre de contestation, 60 % d'appel — et le gain d'emploi attendu de sa correction est inconnu. Il faut dire les deux choses.
  4. Le chiffre le plus cité du débat français est le moins solide. Les 3 points de Hartz viennent d'une calibration de modèle, au dernier niveau de l'échelle de preuve.
Partie 4

Le coût du travail et le salaire

La question du niveau des prélèvements sur le travail, distincte de celle du nombre de personnes qui travaillent — et souvent confondue avec elle.

Où va la différence entre le coût employeur et le net ?

Pour un salarié non-cadre, les cotisations salariales représentent environ 22 à 23 % du brut (CSG-CRDS 9,70 %, vieillesse 7,30 %, chômage 0,75 %, retraite complémentaire). Côté employeur, de 25 à 45 % du brut (maladie 13 %, vieillesse 10,66 %, famille 5,25 %, chômage 4,05 %, complémentaire 4,72 à 12,95 %).

Exemple : pour 2 500 € brut, le net perçu est d'environ 1 950 € et le coût employeur d'environ 3 600 €. La différence finance la retraite par répartition, l'assurance maladie, les allocations familiales, l'assurance chômage et la formation.

Combien coûte un salarié selon son niveau de salaire ?

Depuis 2026, la réduction générale dégressive unique exonère fortement les cotisations patronales jusqu'à 3 SMIC — contre 1,6 SMIC auparavant. Le coût employeur au SMIC est donc proche du salaire brut. À 3 000 € brut, une comparaison à net identique (2 370 €) donne 1 701 € de cotisations en France (41,8 % du coût complet) contre 1 305 € en Allemagne (35,5 %). Au-delà de 3 SMIC (environ 5 300 € brut), les allègements disparaissent et le coin fiscal remonte nettement.

Donnée manquanteAucune source ne fournit un tableau complet et actualisé du coût employeur à 5 000 € et 10 000 € brut pour la France et ses voisins simultanément. La comparaison ci-dessus provient d'un comparateur du MEDEF relayé par un média d'opinion.

Pourquoi les nets sont-ils faibles malgré un coût employeur élevé ?

Parce que le coin fiscal français est le plus concentré au monde côté employeur : 26,7 points de cotisations patronales contre 13,5 en moyenne OCDE. À coût employeur identique, une part disproportionnée n'atteint jamais la fiche de paie. C'est un choix de modèle : une protection sociale large financée sur le salaire plutôt que par l'impôt général.

S'y ajoute une modération salariale prolongée : croissance du salaire brut de 1,4 % en 2025, deuxième plus faible de l'OCDE après la Suisse.

Cotisations patronales ou salariales : la distinction change-t-elle réellement quelque chose ?

La France a les cotisations patronales les plus élevées de son échantillon de comparaison. C'est vrai, c'est constamment cité, et cela ne prouve presque rien tout seul — parce que ce qui pèse sur l'emploi est le prélèvement total sur le travail, pas la ligne du bulletin de paie où il apparaît. Mais la conclusion inverse — « la distinction n'est qu'une convention » — est également fausse. La réponse exacte est plus intéressante que les deux slogans.

Coin fiscalo-social, 2025, célibataire au salaire moyen, en % du coût total employeurTotalImpôt sur le revenuCotisations salarialesCotisations patronales
Belgique52,520,111,021,4
Allemagne49,314,217,817,3
France47,212,28,326,7
Italie45,814,57,224,0
Suède41,111,95,323,9
Pays-Bas35,915,88,911,2
Danemark35,835,10,00,7
Moyenne OCDE35,113,48,113,5
Royaume-Uni32,415,44,912,0
États-Unis30,015,47,17,5

OCDE, Taxing Wages 2026, données 2025, célibataire sans enfant au salaire moyen. Les décompositions sont cohérentes avec les totaux à 0,1 point près.

1er / 9Rang de la France sur les cotisations patronales
3e / 9Rang sur le coin fiscalo-social total
4e / 9Rang sur les cotisations salariales
8e / 9Rang sur l'impôt sur le revenu

La France est championne des cotisations patronales et avant-dernière de l'impôt sur le revenu au salaire moyen. Un débat qui ne cite que la part patronale décrit une singularité réelle mais en tire une conclusion fausse sur le poids total.

Le Danemark : le contre-exemple qui tranche la question

Cotisations patronales 0,7 % — trente-huit fois moins qu'en France. Cotisations salariales 0,0 %. Impôt sur le revenu 35,1 %, près de trois fois le niveau français. Coin total 35,8 % contre 47,2 %.

L'écart de 26 points sur la part patronale se réduit à 11,4 points sur le total : les deux tiers de l'écart apparent sont une différence de plomberie fiscale, pas de pression sur le travail. Le Danemark finance une protection sociale de niveau comparable à la française presque entièrement par l'impôt. Il n'existe donc aucun lien nécessaire entre le niveau de protection sociale et le niveau des cotisations patronales.

Pourquoi comparer des salaires bruts entre pays n'a aucun sens

Pour 100 € de coût total employeurFranceDanemark
Cotisations patronales26,70 €0,70 €
Salaire brut73,30 €99,30 €
Cotisations salariales8,30 €0,00 €
Impôt sur le revenu12,20 €35,10 €
Salaire net52,80 €64,20 €

Le salaire brut danois est supérieur de 35 % au salaire brut français à coût employeur strictement identique, uniquement parce que le Danemark ne prélève quasiment rien avant le brut. Règle méthodologique qui devrait s'imposer dans le débat : les seules comparaisons salariales internationales valides portent sur le coût total employeur ou sur le net après impôt, en parité de pouvoir d'achat. Toute comparaison de salaires bruts entre pays de structures différentes est méthodologiquement nulle.

Qui supporte réellement la cotisation ? Ce que mesurent les travaux, et non ce que dit la théorie

Le résultat classique de l'économie publique dit que celui qui verse légalement un prélèvement n'est pas nécessairement celui qui le supporte : à long terme, l'incidence dépend du rapport des élasticités d'offre et de demande de travail, pas de l'étiquette juridique. C'est un résultat théorique. L'empirie est nettement plus nuancée, et c'est là que le débat français se trompe le plus souvent.

Bozio, Breda & Grenet — l'étude française de référenceTransfert vers les salaires
Cotisations à lien contributif fort et transparent (retraite complémentaire)≈ 103 % (91 à 106 % à 9 ans)
Cotisations à lien contributif faible ou nul (maladie, famille)≈ 15 % (6 à 21 % à 6 ans)
Impôt sur le revenu payé par le salariéquasi intégral

Bozio, Breda & Grenet, Review of Economic Studies, 2025 (document de travail IPP/PSE 2019), exploitant six réformes françaises de cotisations : hausse des cotisations patronales de retraite complémentaire au-dessus du plafond (2000-2005), déplafonnement des cotisations famille (1989-1990) et maladie (1981-1983). Le transfert intégral s'opère en cinq à six ans.

Conséquence directe et rarement énoncée : le résultat théorique standard n'est vérifié que pour les cotisations contributives. Pour les cotisations non contributives — maladie et famille, précisément celles que les allégements ciblent — le transfert vers les salaires est d'environ 15 %, donc quasi nul, et les entreprises en supportent l'essentiel. Baisser les cotisations famille ou maladie n'augmentera pas les salaires ; baisser les cotisations retraite, en revanche, se transforme largement en hausse de salaire immédiat et en baisse de droits futurs.

Les autres résultats empiriquesCe qu'ils trouvent
Saez, Schoefer & Seim (Suède, 2019) — baisse de 16 points pour les moins de 26 ansAucun effet sur les salaires nets des jeunes traités ; effet emploi de +2,1 points (élasticité 0,21). L'ajustement s'opère au niveau de l'entreprise, qui partage la rente avec l'ensemble de ses salariés, y compris les non-éligibles
Saez, Matsaganis & Tsakloglou (Grèce, 2012)Les employeurs compensent les hausses de la part patronale, pas celles de la part salariale. Conclusion des auteurs : « l'incidence légale importe pour l'incidence économique » — le contraire exact de la prédiction canonique
Benzarti & Harju (Finlande, 2021)Prélèvement majoritairement supporté par les entreprises, effets emploi significatifs, effets négligeables sur les rémunérations
Benzarti, synthèse (NBER WP 32819)Trois anomalies systématiques : les élasticités ne suffisent pas à prédire l'incidence (« les effets d'équité dominent les effets de marché ») ; l'incidence légale compte ; les effets emploi sont asymétriques — les baisses créent de l'emploi, les hausses en détruisent peu

Les six cas où le partage patronal / salarial produit un effet réel

  1. La rigidité des salaires bruts à la baisse. L'ajustement théorique suppose que le brut puisse baisser. Or les bruts nominaux ne baissent quasiment jamais — contrats, conventions collectives, minima, normes d'équité. Une hausse de cotisation patronale devient donc intégralement un surcoût, résorbable seulement par le gel des augmentations futures, d'où les cinq à six ans mesurés. Sur l'horizon d'un mandat, la distinction a un effet réel.
  2. Au voisinage du SMIC — le cas décisif, et il est théoriquement imparable. Le SMIC est défini en brut. Un salarié au SMIC ne peut pas voir son brut baisser : c'est illégal. Donc une cotisation patronale ne peut, par construction juridique, être absorbée par le salaire. L'incidence est nécessairement à 100 % sur l'employeur et l'effet sur l'emploi est réel. C'est la justification économique des allégements de charges : ils ne sont pas une subvention aux entreprises mais la correction d'une rigidité que le SMIC lui-même crée.
  3. La perception. Un système où 26,7 points sur 47,2 sont prélevés avant l'apparition du brut sur la fiche de paie rend une grande partie du coin fiscalo-social invisible au salarié. Benzarti établit que l'incidence légale importe quand la saillance du prélèvement est faible — c'est un résultat empirique, pas une conjecture, et le cas grec en est l'illustration la plus nette.
  4. La négociation salariale. En France, conventions collectives, grilles et négociations annuelles obligatoires sont libellées en brut. Une baisse de cotisations patronales est donc invisible dans la variable négociée ; une baisse de cotisations salariales apparaît immédiatement dans le net et déplace le point de départ de la négociation suivante. Cela fournit le mécanisme institutionnel qui explique le résultat de Bozio-Breda-Grenet : la transparence, et pas seulement l'existence du lien contributif, est la condition du transfert.
  5. Les trappes à bas salaires. L'allégement décroissant fait exploser le taux marginal effectif : augmenter un salaire proche du SMIC coûte à l'employeur la hausse plus la perte d'exonération.
  6. La comparabilité internationale des salaires, traitée plus haut.
Les allégements de cotisations sur les bas salairesValeur
Coût budgétaire, 2024≈ 75 Md€, soit 2,5 % du PIB
Coût en 2009, pour mémoire22,2 Md€
Effet sur le coût employeur au SMIC≈ −700 € par mois, soit environ un tiers de moins
Taux marginaux effectifs entre 1,2 et 2 SMIC75 à 80 %
Illustration du Groupe d'experts SMICune hausse de 100 € du net génère 0 € de revenu disponible pour un surcoût de 242 €
Salariés concernés par la revalorisation du SMIC de novembre 202412,4 %, dont 59,2 % de femmes
Ce que les évaluations mesurentEmploisCoût par emploi
Allégements ciblés sur les bas salaires (DG Trésor, doc. n° 97, 2012, mesures 1993-1997)200 000 à 400 00020 000 à 40 000 € bruts ; 8 000 à 28 000 € nets
CICE, peu ciblé (France Stratégie, comité de suivi)≈ 100 000 (micro-économétrique)≈ 180 000 €

Le contraste est le résultat le plus solide du sujet. Les allégements ciblés sur les bas salaires coûtent 20 000 à 40 000 € par emploi ; le CICE, peu ciblé, environ 180 000 €. Le ciblage sur le SMIC est ce qui fait l'efficacité — exactement comme la théorie de l'incidence le prédit, puisque c'est là, et seulement là, que la cotisation patronale ne peut pas être absorbée par le salaire.

« Baisser les charges patronales » recouvre trois politiques distinctes

A. Baisse de cotisations contributives (retraite, chômage) : le transfert vers les salaires est de ~103 % en cinq à six ans. C'est une hausse du salaire immédiat contre une baisse des droits futurs — un arbitrage intertemporel, pas un gain net.

B. Baisse de cotisations non contributives au-dessus du SMIC (maladie, famille) : ~15 % de transfert. Le reste demeure dans les marges. Effet emploi faible et cher.

C. Baisse au voisinage du SMIC : 0 % de transfert, par impossibilité juridique. C'est une baisse effective du coût du travail, avec un effet emploi réel — mais elle crée la trappe à bas salaires.

Une seule des trois crée de l'emploi avec un rapport coût-efficacité défendable : la troisième. Et c'est précisément celle dont la logique repose sur le fait que la distinction patronal/salarial n'est pas une convention. C'est le paradoxe central : la théorie dit que la distinction est conventionnelle ; c'est parce que cette convention est inscrite dans la loi — le SMIC est un brut — qu'elle produit des effets réels sur lesquels une politique publique peut s'appuyer.

LimitesTrois désaccords à signaler. (1) La DG Trésor écrivait en 2012 que les travaux « ne semblent pas confirmer l'existence de trappes à bas salaires significatives » ; le rapport Bozio-Wasmer (2024) et le Groupe d'experts SMIC (2025) concluent l'inverse. Le barème lui-même s'est durci entre-temps — les deux constats peuvent être justes pour leurs périodes respectives. Il ne faut pas opposer les auteurs, mais dater les barèmes. (2) La fourchette d'emplois du CICE va de 100 000 (micro-économétrie) à 400 000 (macro-sectoriel avec bouclage) : les coûts par emploi cités publiquement vont de 45 000 € à plus de 4 M€ selon l'estimation retenue. Tout chiffre unique cité sans sa fourchette est trompeur. (3) L'asymétrie établie par Benzarti implique qu'une baisse de charges est difficilement réversible sans coût politique : les allégements sont passés de 22,2 à 75 Md€ en quinze ans, et la réforme de 2026 ne dégage que 600 M€ d'économies, soit 0,8 % du dispositif.
Donnée manquanteAucune enquête française ne mesure directement la connaissance qu'ont les salariés du coût total employeur. Les affirmations courantes sur « l'illusion fiscale des Français » sont, en l'état, des extrapolations à partir de résultats étrangers. De même, le bulletin de paie simplifié (2016-2017) et le prélèvement à la source (2019) ont modifié la saillance des prélèvements sans modifier leur montant : si la saillance importe, ces réformes ont eu des effets — ils n'ont pas été évalués.

Si on baisse les cotisations patronales de 10 Md€, qui finance ?

Trois options seulement, non équivalentes. La TVA (dite « TVA sociale » — elle taxe aussi les importations mais pèse davantage sur les ménages modestes). La CSG élargie (assiette incluant capital et pensions). Une réduction de prestations. À défaut, la baisse creuse le déficit de la Sécurité sociale.

Le MEDEF a proposé en 2024-2025 une baisse nette de 30 Md€ compensée par la TVA et un élargissement de la CSG aux retraités aisés. Le débat porte moins sur la faisabilité que sur qui supporte le transfert. C'est un choix politique, pas un arbitrage technique.

Augmenter fortement le SMIC détruit-il des emplois ?

Card et Krueger (1994) ne trouvaient pas d'effet négatif net sur l'emploi de la restauration rapide au New Jersey. Cengiz, Dube, Lindner et Zipperer (2019, QJE), sur 138 hausses du salaire minimum aux États-Unis entre 1979 et 2016, concluent à un effet net proche de zéro pour des hausses modérées, avec réallocation plutôt que destruction. David Neumark continue à l'inverse de trouver des effets négatifs significatifs. Le débat n'est pas tranché.

Le cas français est spécifique : le SMIC y est déjà l'un des plus élevés de l'OCDE relativement au salaire médian, ce qui rapproche la France des configurations où les études trouvent le plus facilement des effets négatifs sur l'emploi peu qualifié. Le groupe d'experts SMIC (2025) recommande de ne pas donner de coup de pouce en 2026 : effet limité sur la pauvreté laborieuse, risque réel sur l'emploi des moins qualifiés, aggravation de la compression des salaires.

LimitesLa valeur récente du ratio SMIC / salaire médian (indice de Kaitz) n'a pas pu être vérifiée sur source primaire.

Où en est la productivité ?

La productivité horaire a baissé de 1,1 % entre 2019 et 2025 et se situe 4,9 points sous sa tendance pré-Covid. Ce décrochage s'atténue en comparaison relative : la zone euro hors France affiche désormais aussi un écart de 1,8 point.

Explications avancées par la Banque de France, encore exploratoires : dispositifs de soutien à l'emploi (apprentissage massif, allègements de cotisations) ayant fait entrer sur le marché du travail des profils moins productifs à court terme, réallocation sectorielle, rémanence des aides Covid.

Mis à jour : 2026-08