21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Deux questions, traitées séparément. Pourquoi si peu de Français travaillent-ils par rapport aux Allemands et aux Néerlandais — et l'écart est-il aussi grand qu'il en a l'air ? Puis : que peut-on faire pour faire baisser le chômage et fluidifier le marché du travail, et que vaut la preuve derrière chaque levier proposé ?
L'écart de taux d'emploi se concentre aux deux extrémités de la vie active : les 25-54 ans français sont à moins de deux points de l'Allemagne. Face aux Pays-Bas, l'essentiel de l'écart est un artefact de comptage — il tombe de 13,0 à 0,7 point en équivalent temps plein. Face à l'Allemagne, il est plus réel mais se réduit de 61 %. Le seul écart qui résiste à toutes les corrections est celui des 60-64 ans, qui passe entièrement par l'inactivité et non par le chômage.
Côté leviers, le résultat est inconfortable : le mieux évalué (l'accompagnement intensif) n'a pas d'effet net agrégé, deux leviers populaires ont un résultat d'évaluation négatif, et le plus prometteur sur le plan du raisonnement — la réforme de la procédure prud'homale — n'a jamais été évalué nulle part.
On localise l'écart avant de l'expliquer : quelles tranches d'âge, quel sexe, et ce qui en subsiste quand on compte des heures plutôt que des têtes. Puis les deux bouts de la vie active, où tout se joue.
Le taux d'emploi des 15-64 ans est de 69,3 % en France, 77,2 % en Allemagne et 82,3 % aux Pays-Bas. Avant de chercher des causes, il faut savoir où se situent ces 7,9 et 13,0 points. La décomposition ci-dessous est une identité arithmétique : la contribution de chaque tranche d'âge est son poids dans la population française multiplié par l'écart de taux d'emploi, et les contributions s'additionnent exactement à l'écart total.
| Taux d'emploi par tranche d'âge, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| 15-24 ans | 34,5 | 50,8 | 76,0 |
| 25-54 ans | 83,0 | 84,9 | 86,7 |
| 55-59 ans | 78,8 | 83,1 | 81,9 |
| 60-64 ans | 44,4 | 67,6 | 69,5 |
| 65-69 ans | 10,8 | 23,2 | 29,5 |
| 15-64 ans | 69,3 | 77,2 | 82,3 |
Ce qui compose l'écart de taux d'emploi
Contribution de chaque tranche d'âge, en points de taux d'emploi des 15-64 ans, 2025.
Eurostat, lfsa_ergan (taux d'emploi par âge) et lfsa_pganws (population par âge), données annuelles 2025, champ ménages ordinaires. Décomposition calculée par nos soins : contribution = poids de la tranche dans la population française × écart de taux. À ces contributions s'ajoute un effet de structure démographique — les pyramides des âges diffèrent — de +0,77 point face à l'Allemagne et de −0,06 point face aux Pays-Bas, qui n'apparaît pas sur le graphique. Avec lui, la somme reconstitue exactement les 7,87 et 13,03 points d'écart.
| Taux d'emploi des 15-64 ans par sexe, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Hommes | 71,9 | 80,2 | 85,7 |
| Femmes | 66,7 | 74,1 | 78,9 |
| Écart hommes − femmes | 5,2 | 6,1 | 6,8 |
| Contribution à l'écart total : hommes / femmes | — | 51,5 % / 47,3 % | 52,1 % / 47,4 % |
Hommes et femmes contribuent à parts quasi égales aux deux écarts. Mieux : la France a le plus petit écart de genre des trois pays. Le taux d'emploi féminin français est bas en niveau, mais élevé relativement à celui des hommes français — et, comme la fiche suivante le montre, les Françaises qui travaillent travaillent beaucoup plus longtemps que les Allemandes et surtout que les Néerlandaises.
Un taux d'emploi compte des personnes, pas du travail. Une Néerlandaise employée quatorze heures par semaine et une Française employée trente-cinq heures comptent chacune pour une unité. Or les Pays-Bas ont le taux de temps partiel le plus élevé du monde développé : le rapport gouvernemental néerlandais IBO Deeltijdwerk l'écrit sans détour — « nulle part au monde les femmes ne travaillent aussi souvent à temps partiel ».
| 2025, 15-64 ans | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Part du temps partiel dans l'emploi | 16,9 % | 29,4 % | 42,7 % |
| — femmes | 25,9 % | 48,6 % | 63,3 % |
| — hommes | 8,4 % | 12,2 % | 23,9 % |
| Durée hebdomadaire habituelle, emploi principal | 37,0 h | 34,8 h | 31,5 h |
| — femmes | 34,8 h | 31,0 h | 27,4 h |
| — hommes | 39,1 h | 38,3 h | 35,3 h |
Une Néerlandaise en emploi travaille en moyenne 27,4 heures par semaine, une Française 34,8 — soit 27 % de plus pour la Française.
Le taux d'emploi, en têtes puis en équivalent temps plein
2025. L'équivalent temps plein rapporte l'emploi à une base de 40 heures hebdomadaires.
Eurostat, lfsi_emp_a (taux d'emploi) et lfsa_ewhun2 (durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal), 2025. Eurostat ne publie pas d'indicateur « taux d'emploi en équivalent temps plein » : le calcul est le nôtre, selon la convention usuelle d'un équivalent temps plein à 40 heures, hors emplois secondaires. Une convention différente déplacerait les niveaux, pas le renversement de classement.
| Catégorie | En têtes | En équivalent temps plein |
|---|---|---|
| Pays-Bas | 82,3 | 64,8 |
| Allemagne | 77,2 | 67,2 |
| France | 69,3 | 64,1 |
| France | Allemagne | Pays-Bas | |
|---|---|---|---|
| Mesure A — comptabilité nationale, 2024 | |||
| Heures par personne en emploi | 1 512 | 1 345 | 1 453 |
| Heures par habitant de 15 à 64 ans | 1 120 | 1 170 | 1 307 |
| Indice, France = 100 | 100 | 104,4 | 116,7 |
| Mesure B — enquêtes forces de travail, 2024 | |||
| Heures par personne en emploi | 1 595 | 1 539 | 1 354 |
| Heures par habitant de 15 à 64 ans | 1 105 | 1 212 | 1 132 |
| Indice, France = 100 | 100 | 109,7 | 102,4 |
Mesure A : Eurostat, nama_10_a10_e, heures totales travaillées et emploi intérieur, 2024 ; rapport calculé par nos soins et contrôlé sur la tranche 15-74, qui donne le même classement. Mesure B : Rexecode, document de travail n° 98, décembre 2025 — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat ; méthode : taux d'emploi × durée annuelle effective issue des enquêtes emploi harmonisées.
| Temps partiel involontaire, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| En % de l'emploi à temps partiel | 21,2 % | 5,3 % | 2,2 % |
| Rapporté à la population de 15-64 ans | 2,48 % | 1,20 % | 0,77 % |
C'est le renversement complet de la lecture naïve : la France a peu de temps partiel, mais c'est le plus contraint des trois. Rapportée à sa population, elle compte deux fois plus de personnes en temps partiel subi que l'Allemagne et trois fois plus que les Pays-Bas.
L'Allemagne comptait 7,9 millions de personnes en emploi faiblement rémunéré au 30 juin 2025, dont 4,38 millions à titre exclusif. Rémunération plafonnée à 556 € par mois, exonérée d'impôt et de cotisations maladie, dépendance et chômage. Ils sont intégralement comptés dans l'emploi : le Bureau international du travail considère comme occupée toute personne ayant travaillé au moins une heure dans la semaine de référence, donc un mini-jobber compte pour une unité entière, comme un salarié à temps plein.
Les seuls mini-jobs exclusifs de 15 à 64 ans (environ 3,29 millions de personnes) représentent 6,25 points de taux d'emploi allemand, à comparer aux 7,87 points d'écart avec la France.
Avertissement : ce chiffre est un ordre de grandeur arithmétique, pas un contrefactuel. Il ne dit pas que supprimer les mini-jobs ramènerait l'Allemagne au niveau français — la France a elle aussi des emplois très courts, et une partie des mini-jobbers basculerait vers un emploi ordinaire. Aucune évaluation de ce scénario n'existe. Ce qu'il établit, c'est l'échelle.
C'est l'hypothèse évidente, et elle est vraie comme cadrage, insuffisante comme explication. Trois faits l'établissent.
| Taux d'emploi de fin de carrière, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas | Écart FR/DE |
|---|---|---|---|---|
| 55-59 ans | 78,8 | 83,1 | 81,9 | −4,3 |
| 60-64 ans | 44,4 | 67,6 | 69,5 | −23,2 |
| 65-69 ans | 10,8 | 23,2 | 29,5 | −12,4 |
| 55-64 ans | 61,7 | 75,3 | 75,8 | −13,6 |
Premier fait : l'écart est tout entier après 60 ans. À 55-59 ans, la France est à trois ou quatre points de ses voisins — le problème y est réglé, et la série le confirme : 48,6 % en 1995, 78,8 % en 2025, soit +30,2 points. À 60-64 ans, l'écart est cinq à six fois plus grand.
| Situation des 60-64 ans, 2025 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| En emploi | 44,4 % | 67,6 % | 69,5 % |
| Au chômage, rapporté à la population de la tranche | 2,6 % | 2,0 % | 1,7 % |
| Inactifs | 53,0 % | 30,4 % | 28,7 % |
Deuxième fait, et c'est le plus net : la totalité de l'écart passe par l'inactivité, pas par le chômage. Le chômage des 60-64 ans est quasi identique dans les trois pays. Les seniors français ne sont pas au chômage : ils ont quitté la population active. Si la France avait le taux d'inactivité allemand à 60-64 ans, 966 000 personnes de plus seraient dans la population active.
| Situation l'année précédant la liquidation de la pension | Ensemble | Femmes | Hommes |
|---|---|---|---|
| En emploi | 68 % | 63 % | 72 % |
| Chômage | 13 % | 14 % | 12 % |
| Maladie ou invalidité | 7 % | — | — |
| Hors de tout dispositif public identifié | 12 % | — | — |
| Non en emploi | 32 % | 37 % | 28 % |
DREES, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 20, échantillon interrégimes de cotisants 2017, génération 1950. Le Sénat (rapport n° 749, 2018-2019) donne un cadrage complémentaire sur l'ensemble de la trajectoire : « plus de la moitié de la génération née en 1946 a connu une période de chômage ou d'inactivité entre l'emploi et la retraite ».
Troisième fait : près d'un nouveau retraité sur trois n'était pas en emploi juste avant de liquider sa pension — et plus d'une femme sur trois. L'âge de départ ne dit rien de ce qui se passe avant lui. L'assurance chômage documente précisément ce pont : 27 mois d'indemnisation à partir de 57 ans, un pic d'entrées à 59 ans que l'Unédic qualifie elle-même d'« effet d'aubaine », et 85 % des sortants à 62 ans qui basculent directement vers la retraite.
| Dispositif de cessation anticipée | Effectifs | Fermeture |
|---|---|---|
| Garantie de ressources (1972, 1977) — 60-64 ans, 70 % du brut | 418 000 au pic en 1984 | 1983 |
| Contrats de solidarité (1982) | ≈ 200 000 en 18 mois | fin 1983 |
| Préretraite progressive (1982) | 26 800 entrées en 1995 | réforme de 2003 |
| ARPE (1995) | 43 000 entrées en 1998 | début des années 2000 |
| ASFNE / FNE — dès 56 ans, 65 % du brut | ≈ 23 000 en 1997 | supprimée en décembre 2011 |
| Dispense de recherche d'emploi — chômeurs seniors dispensés de rechercher, hors statistiques du chômage | ≈ 6 % des 55-64 ans | 1er janvier 2012 |
Au début des années 2000, le Sénat estime qu'environ 10 % des 55-64 ans bénéficiaient d'un dispositif de cessation anticipée. Et la réaction du taux d'emploi est éloquente : entre 1995 et 2000, le taux d'emploi des 55-59 ans français est resté strictement plat (48,6 → 48,1) pendant que les Pays-Bas décollaient. Le mouvement français ne commence qu'après 2003 — après la fermeture de la préretraite progressive — et s'accélère entre 2010 et 2012.
C'est la trajectoire la plus spectaculaire d'Europe, et elle contient une leçon d'ordonnancement des réformes.
Taux d'emploi des 60-64 ans, France et Pays-Bas
1995-2025. Les Pays-Bas partaient d'un niveau plus bas que la France.
Eurostat, lfsa_ergan, taux d'emploi des 60-64 ans, données annuelles. La série allemande n'est pas tracée : nous n'avons pu vérifier que ses deux extrémités sur source primaire, et nous ne complétons pas une courbe par interpolation.
| Abscisse | Pays-Bas | France |
|---|---|---|
| 1995 | 13,6 | 10,5 |
| 2000 | 18,5 | 10,2 |
| 2003 | 24,2 | 12,6 |
| 2005 | 22,4 | 13,8 |
| 2006 | 24,3 | — |
| 2007 | 28,5 | — |
| 2008 | 32,3 | 16,2 |
| 2010 | 36,4 | 17,8 |
| 2012 | 42,8 | 21,5 |
| 2015 | 50,5 | 27,7 |
| 2019 | 61,1 | 32,7 |
| 2023 | 67,5 | 38,9 |
| 2025 | 69,5 | 44,4 |
| Étape | Contenu | Effet sur le taux d'emploi des 60-64 |
|---|---|---|
| 1997-1999 — Neutralisation actuarielle | Conversion, secteur par secteur, des régimes de sortie anticipée par répartition (VUT) en prépensions capitalisées et actuariellement neutres : l'accès reste possible mais le report est récompensé. Bascule du fonds des fonctionnaires au 1er avril 1997, de la santé au 1er janvier 1999. | — |
| 1er janvier 2006 — Fin de l'avantage fiscal | La loi VPL met fin à la déductibilité fiscale des cotisations de sortie anticipée pour les générations nées à partir de 1950. C'est la mesure qui rend ces dispositifs inintéressants pour l'employeur comme pour le salarié. | +20,4 pts entre 2005 et 2012 |
| 2013-2025 — Relèvement de l'âge légal | Âge de l'AOW porté de 65 à 67 ans en 2024, puis indexé sur l'espérance de vie : depuis l'accord de 2019, +3 mois pour 4,5 mois d'espérance de vie gagnée. | +26,7 pts entre 2012 et 2025 |
Les deux leviers ont produit chacun environ la moitié du mouvement. Mais l'accélération de 2005 à 2012 précède tout relèvement de l'âge légal, qui n'a commencé qu'en 2013 — elle ne peut donc pas lui être imputée. Les Pays-Bas ont fermé les voies de sortie avant de relever l'âge légal, et la première étape a produit à elle seule un gain considérable. C'est le point le plus transposable du dossier néerlandais.
Le mécanisme a été mesuré. Euwals, van Vuuren et Wolthoff exploitent le décalage temporel des réformes entre secteurs — les fonctionnaires et l'enseignement traités en 1997, la santé et les télécoms servant de groupe de contrôle — sur un panel de 2 937 personnes employées à 55 ans. Résultat : c'est l'effet-prix qui domine. Une hausse de 100 000 € du gain à rester allonge la carrière d'environ huit mois ; une baisse de 100 000 € du patrimoine retraite ne l'allonge que de cinq à six mois. Ce n'est pas d'appauvrir les futurs retraités qui les fait travailler plus longtemps, c'est de rendre le report payant.
| Facteur | Mesure | Ce qu'il explique |
|---|---|---|
| Formation continue après 50 ans | France 35,5 % · Allemagne 58,9 % · Pays-Bas 55,1 % | Le plus grand écart institutionnel identifié. Mais corrélation transversale, pas causalité. |
| Profil de rémunération | non chiffré | La France a une croissance continue du salaire à tous les âges pour les emplois non manuels, l'Allemagne des salaires plats après 40-49 ans (OFCE). Le décrochage salaire/productivité peut freiner l'embauche. |
| Discrimination à l'embauche mesurée par testing | −4,6 pts de taux de rappel à 51-52 ans | Réelle et significative pour les responsables administratifs du privé, non significative pour les aides-soignants. Trop faible d'un ordre de grandeur pour expliquer 23 points d'écart d'emploi. |
| Licenciements pour inaptitude | 1 licenciement sur 4 chez les 55 ans et plus | Indice d'usure professionnelle, non chiffrée par ailleurs sur source primaire. |
OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024, « Maintien des seniors dans l'emploi en Europe » (formation continue, profils salariaux) ; Challe, L'Horty, Petit & Wolff, TEPP, rapport n° 2025-07 — 3 375 candidatures fictives en réponse à 675 offres, Île-de-France, novembre 2023 à mars 2024 ; Unédic (licenciements pour inaptitude).
Les 15-24 ans font 61 % de l'écart avec les Pays-Bas et 40 % de l'écart avec l'Allemagne. Mais ces deux contributions ne recouvrent pas du tout la même réalité, et la décomposition ci-dessous le montre en une ligne.
| Les 15-24 ans, 2025, en % de la classe d'âge | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| En formation | 72,2 | 70,5 | 77,9 |
| — dont en emploi | 17,8 | 29,4 | 57,8 |
| — dont hors emploi | 54,4 | 41,0 | 20,1 |
| Hors formation | 27,4 | 29,5 | 22,1 |
| — dont en emploi | 16,4 | 21,3 | 18,2 |
| — dont ni en emploi ni en formation (NEET) | 11,0 | 8,2 | 3,9 |
| Total en emploi | 34,2 | 50,7 | 76,0 |
Trois quarts des jeunes Néerlandais en emploi sont en même temps en formation (76,1 %, contre 52,0 % en France). Et 74 % des jeunes Néerlandais en formation travaillent, contre 41,7 % des Allemands et 24,7 % des Français.
Heures travaillées par personne de 15 à 24 ans
Par semaine, rapportées à toute la classe d'âge et non aux seuls jeunes en emploi. 2025.
Calcul par nos soins : taux d'emploi des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ergan) × durée hebdomadaire habituelle dans l'emploi principal des 15-24 ans (Eurostat lfsa_ewhun2), 2025. Décomposition emploi/formation : Eurostat edat_lfse_18, contrôlée sur lfsi_neet_a — les deux séries indépendantes concordent exactement.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Allemagne | 15,7 |
| Pays-Bas | 15,0 |
| France | 11,3 |
Refaite en heures, la contribution des jeunes à l'écart franco-néerlandais se réduit d'environ 70 %. Le premier facteur apparent de cet écart est donc, pour l'essentiel, un artefact du comptage en têtes d'emplois étudiants de quelques heures.
La nuance à ne pas perdre : le taux de NEET, lui, ne dépend pas du nombre d'heures. Et il est de 3,9 % aux Pays-Bas contre 11,0 % en France — 2,8 fois moins. Cet écart-là est réel, et c'est le seul qu'il faut chercher à combler.
L'organisation des études. La structure des cursus français — classes préparatoires, contrôle continu, calendrier universitaire — offre moins de créneaux compatibles avec un emploi d'appoint.
L'écosystème du temps partiel. Un marché où 42,7 % des emplois sont à temps partiel offre mécaniquement beaucoup plus de postes courts. Le rapport néerlandais IBO Deeltijdwerk fait remonter cette structure à l'accord de Wassenaar de 1982 : deux tiers des emplois créés après 1982 étaient à temps partiel, et les conventions collectives ont progressivement ouvert un droit à demander le temps partiel.
Le coût d'un jeune. Le salaire minimum néerlandais est dégressif par âge, ce qui rend économiquement viables des emplois d'appoint que la France, avec un SMIC unique, ne peut pas offrir au même coût.
Le taux d'emploi des 15-24 ans français est de 34,5 % contre 50,8 % en Allemagne : seize points d'écart. C'est l'un des chiffres les plus cités du débat, et l'un des plus mal utilisés, parce que le taux d'emploi des jeunes est le pire indicateur possible pour comparer deux pays. Trois raisons, toutes vérifiables.
Taux d'emploi 15-24 — numérateur : les jeunes en emploi, apprentis et jobs étudiants compris, dès une heure par semaine. Dénominateur : toute la classe d'âge, étudiants inclus. Un pays où l'on étudie plus longtemps a mécaniquement un taux d'emploi plus faible, sans que cela dise quoi que ce soit sur son marché du travail. 72,2 % des 15-24 ans français sont en études ou en formation.
Taux de chômage 15-24 — dénominateur : les seuls actifs de 15-24 ans, soit 43 % de la classe d'âge en France. D'où un chiffre spectaculaire mais dont la base est très étroite.
Ratio chômage / population — même numérateur, dénominateur honnête : toute la classe d'âge.
Taux de NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation, rapporté à toute la classe d'âge. C'est le seul indicateur immunisé contre les conventions de comptage.
| 2025, 15-24 ans | France | Allemagne | Pays-Bas | UE-27 | États-Unis * |
|---|---|---|---|---|---|
| Taux d'emploi | 34,5 % | 50,8 % | 76,0 % | 34,5 % | 50,0 % |
| Taux d'activité | 43,0 % | 54,7 % | 83,3 % | 40,7 % | 55,6 % |
| Taux de chômage (% des actifs) | 19,8 % | 7,1 % | 8,8 % | 15,2 % | 10,0 % |
| Ratio chômage / population | 8,5 % | 3,9 % | 7,4 % | 6,2 % | 5,5 % |
| Part en études ou formation | 72,2 % | 70,5 % | 77,9 % | 73,9 % | — |
| NEET 15-24 | 11,0 % | 8,2 % | 3,9 % | 9,0 % | — |
| NEET 20-24 | 16,2 % | 10,0 % | 5,6 % | 12,9 % | — |
Eurostat, enquête forces de travail (EU-LFS), moyennes annuelles 2025, jeux lfsi_emp_a, une_rt_a, edat_lfse_20, edat_lfse_18 ; champ ménages ordinaires, France hors Mayotte. * États-Unis : BLS, Current Population Survey, moyennes annuelles 2025, champ 16-24 ans — le BLS ne couvre pas les 15 ans, ce qui surestime structurellement le taux américain de 2 à 4 points dans cette comparaison.
Trois façons de mesurer le sous-emploi des jeunes
2025. Le classement ne change pas, mais l'ampleur de l'écart franco-allemand est divisée par cinq selon l'indicateur.
Eurostat, mêmes jeux que le tableau ci-dessus, 2025. Les barres NEET des États-Unis sont absentes : le seul chiffre fédéral disponible (NCES, 13 % des 18-24 ans, American Community Survey 2022) porte sur une autre tranche d'âge, une autre source et un autre millésime — il n'est comparable à aucune colonne.
| Catégorie | Taux d'emploi 15-24 | NEET 15-24 | NEET 20-24 |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 76,0 | 3,9 | 5,6 |
| Allemagne | 50,8 | 8,2 | 10,0 |
| États-Unis * | 50,0 | 0,0 | 0,0 |
| UE-27 | 34,5 | 9,0 | 12,9 |
| France | 34,5 | 11,0 | 16,2 |
En Allemagne comme en France, un apprenti a un contrat de travail : il est compté en emploi tout en étant en formation. Un lycéen professionnel sous statut scolaire ne l'est pas. Le taux d'emploi des jeunes mesure donc en partie le mode d'organisation de la formation professionnelle, pas la capacité du marché du travail à absorber les jeunes.
| Recalcul hors apprentis, 2024 | France | Allemagne | Écart |
|---|---|---|---|
| Taux d'emploi 15-24 | 34,4 % | 51,0 % | 16,6 pts |
| dont apprentis et alternants | 10,0 pts | 12,4 pts | 2,4 pts |
| Taux d'emploi hors apprentis | 24,4 % | 38,6 % | 14,2 pts |
L'effet de comptage explique aujourd'hui entre 1,2 et 2,4 points d'un écart de 16,6 points, soit environ 7 à 15 %. Les 85 à 93 % restants sont une différence réelle. Ce résultat est contre-intuitif et c'est le point le plus important du dossier : l'artefact était nettement plus fort avant 2018, quand la France comptait environ 5 points d'apprentis dans sa classe d'âge contre 12 à 13 en Allemagne. L'explosion de l'apprentissage français a largement refermé l'écart de comptage — sans refermer l'écart de taux d'emploi.
| Le test décisif | 2017 | 2024 | Variation |
|---|---|---|---|
| Taux d'emploi 15-24, France | 29,2 % | 34,4 % | +5,2 pts |
| Taux d'emploi 15-24, Allemagne | 45,9 % | 51,0 % | +5,1 pts |
| Écart France / Allemagne | 16,7 pts | 16,6 pts | −0,1 pt |
| Apprentis, part de la classe d'âge, France | ≈ 5,4 pts | 10,0 à 11,2 pts | +4,6 à +5,8 pts |
La hausse du taux d'emploi des jeunes français depuis 2017 est du même ordre de grandeur que la hausse du poids des apprentis dans la classe d'âge. Et l'écart avec l'Allemagne est inchangé.
| Le contrôle par le NEET, immunisé contre l'artefact | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| NEET 15-24, France | 11,4 % | 11,0 % | −0,4 pt |
| NEET 15-24, Allemagne | 6,3 % | 8,2 % | +1,9 pt |
| NEET 20-24, France | 17,5 % | 16,2 % | −1,3 pt |
| NEET 20-24, Allemagne | 9,1 % | 10,0 % | +0,9 pt |
Sur l'indicateur non manipulable, la France a gagné 0,4 point en huit ans sur les 15-24 et 1,3 point sur les 20-24. L'écart avec l'Allemagne s'est réduit de plus de deux points — mais davantage par la dégradation allemande que par l'amélioration française.
Entrées annuelles en apprentissage, par niveau préparé
France, 2018-2024, en milliers de nouveaux contrats.
DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 (entrées par niveau) ; DEPP, note d'information n° 25.44, juillet 2025 (stocks au 31 décembre 2024) ; Dares, Dares Résultats n° 3, janvier 2026.
| Abscisse | Supérieur (bac+2 et plus) | Secondaire et infra |
|---|---|---|
| 2018 | 67,1 | 253,9 |
| 2020 | 148,0 | 277,0 |
| 2022 | 268,1 | 315,0 |
| 2023 | 320,0 | 330,1 |
| 2024 | 345,5 | 344,5 |
| Stock d'apprentis, France, 31 décembre 2024 | Effectif | Part | Évolution 2023-2024 |
|---|---|---|---|
| Secondaire | 392 035 | 37,3 % | +1,7 % |
| — dont CAP | 182 804 | 17,4 % | −2,6 % |
| — dont baccalauréat professionnel | 71 408 | 6,8 % | −1,1 % |
| — dont brevet professionnel | 40 409 | 3,8 % | −2,9 % |
| Supérieur (bac+2 et plus) | 657 930 | 62,7 % | +3,5 % |
| — dont BTS | 187 500 | 17,9 % | −1,2 % |
| — dont niveaux master et ingénieur | 253 262 | 24,1 % | +5,8 % |
| Total | 1 049 965 | 100 % | +2,8 % |
Les effectifs en CAP, bac pro et brevet professionnel baissent en 2024 — c'est-à-dire précisément les publics pour lesquels la littérature française identifie un effet propre de l'apprentissage sur l'insertion. Le seul segment en croissance forte est le niveau master-ingénieur, qui représente désormais près d'un apprenti français sur quatre. En Allemagne, la formation duale est intégralement de niveau secondaire : 62,7 % des apprentis français préparent un diplôme du supérieur, contre environ 0 % des apprentis du système dual allemand.
| Le coût de l'apprentissage, 2023 | France | Allemagne |
|---|---|---|
| Coût public par apprenti et par an | 14 700 € | 4 700 € |
| — dont subvention à l'employeur | 4 200 € | 76 € |
| — dont coût de formation | 8 381 € | 4 350 € |
| Dépense publique totale, apprentissage | 14,9 Md€ (6,1 Md€ en 2018) | — |
| — dont financement des CFA | 8,5 Md€ | — |
| — dont aides aux employeurs | 4,3 Md€ | — |
| Dépenses de tous les dispositifs d'emploi des jeunes, 2023 | 7,3 Md€, soit 2 × le niveau de 2017 | — |
DG Trésor, Trésor-Éco n° 376, novembre 2025 ; IGAS-IGF, revue de dépenses apprentissage et formation professionnelle, 2024 ; Cour des comptes, Rapport public annuel 2025, « Les politiques publiques en faveur des jeunes ».
Comité d'évaluation du plan France Relance, rapport final de janvier 2024 (France Stratégie), travaux de Sophie Maillard et Agathe Rosenzweig. Méthode : différence de discontinuités exploitant le seuil de 250 salariés, en comparant les entreprises de 50-245 et de 255-1 000 salariés sur 2019-2020.
Résultat : +7,2 % d'emploi apprenti pour 1 000 € d'aide supplémentaire ; environ 80 000 contrats supplémentaires en 2020 et 200 000 en 2022, soit environ la moitié de la croissance totale de l'apprentissage entre 2019 et 2022 ; coût d'environ 20 000 € par emploi créé. Si la moitié seulement de la croissance est imputable à l'aide, l'autre moitié relève d'autres facteurs, dont l'effet d'aubaine — mais le rapport ne publie pas de taux d'aubaine explicite.
| Allemagne, formation duale | Valeur | Année |
|---|---|---|
| Taux de reprise en emploi après l'apprentissage (Übernahmequote) | 79 % (61 % en 2010) | 2024 |
| Part d'une classe d'âge entrant en apprentissage, jeunes de nationalité allemande | 52,8 % (54,8 % en 2023) | 2024 |
| Offre de places d'apprentissage | 530 300 (−4,6 %) | 2025 |
| Demande des jeunes | 560 300 (+0,7 %) | 2025 |
| Candidats non placés | 84 400 (+19,9 %) | 2025 |
| Nouveaux contrats, évolution depuis 2010 | −14 % | 2010-2024 |
| Entrants dans le secteur de transition (Übergangsbereich) | 262 210, 4e hausse consécutive | 2025 |
| Rémunération conventionnelle moyenne de l'apprenti | 1 209 € brut/mois | 2025 |
| Rémunération minimale légale, 1re année | 724 €/mois | 2026 |
Pour la deuxième année consécutive, la demande des jeunes dépasse l'offre de places. Le système dual n'est plus en excès d'offre, et le secteur de transition — les dispositifs pour les jeunes qui n'accèdent pas à une place — croît pour la quatrième année de suite.
| Salaire minimum rapporté au salaire médian des temps pleins | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| France | 50,1 % | 50,8 % |
| Allemagne | 49,9 % | 49,2 % |
| Pays-Bas | 60,8 % | 58,5 % |
| États-Unis | 25,0 % | 24,1 % |
Constat contre-intuitif : le SMIC français et le Mindestlohn allemand sont à un niveau relatif quasiment identique. L'argument « le coût d'entrée français est structurellement plus élevé que l'allemand » ne tient pas sur cet indicateur depuis l'instauration du salaire minimum allemand. Ce qui distingue réellement l'Allemagne, c'est l'existence d'un sous-minimum d'apprentissage explicite et chiffré — 724 € par mois en première année, très inférieur au Mindestlohn, dont les apprentis sont exclus par construction.
| Statut des 15-24 ans en emploi, France 2024 | Part | 25 ans et plus |
|---|---|---|
| CDI | 41,6 % | — |
| CDD | 18,6 % | 6,5 % |
| Intérim | 5,2 % | 1,6 % |
| Apprentissage et alternance | 29,2 % | — |
| Total CDD + intérim | 23,8 % | 8,1 % |
Un jeune français en emploi est 2,9 fois plus souvent en CDD et 3,3 fois plus souvent en intérim qu'un salarié de 25 ans ou plus.
L'écart franco-allemand sur l'emploi des jeunes est réel à 85-93 % : ce n'est pas un artefact statistique. Mais l'indicateur qui le mesure le mieux — le NEET — donne un écart de 2,8 points, pas de 16. Et la France a déjà fait l'essentiel du chemin sur l'instrument que le débat désigne comme la solution : l'apprentissage a plus que triplé, pour 15 Md€ par an, sans réduire l'écart de taux d'emploi, parce que la croissance s'est portée sur le supérieur et non sur les publics peu qualifiés. C'est un résultat inconfortable pour tout le monde.
Voici, dispositif par dispositif, ce que ces deux pays font que la France ne fait pas — avec, à chaque fois, la qualité de la preuve disponible.
| Dispositif | Pays | Ce qu'il fait | Ce qui est mesuré |
|---|---|---|---|
| Neutralité actuarielle des sorties anticipées | Pays-Bas, 1997-1999 | Le report du départ est récompensé ; rester un an de plus rapporte | Évaluation causale par différences de différences entre secteurs. L'effet-prix domine l'effet-revenu |
| Fin de la déductibilité fiscale des préretraites | Pays-Bas, 2006 | Rend les dispositifs de sortie inintéressants pour l'employeur comme pour le salarié | +20,4 pts d'emploi des 60-64 entre 2005 et 2012, avant tout relèvement de l'âge légal (lecture de série, non causale) |
| Indexation de l'âge légal sur l'espérance de vie | Pays-Bas, 2013 → | +3 mois d'âge légal pour 4,5 mois d'espérance de vie gagnée. Retire la question du calendrier politique | +26,7 pts entre 2012 et 2025 (lecture de série) |
| Système dual | Allemagne | L'apprenti a un contrat de travail à temps quasi complet ; 476 000 nouveaux contrats en 2025 | Taux de reprise en emploi de 79 % en 2024, record historique. Mais le système se contracte : l'offre de places recule de 4,6 %, et pour la 2e année la demande dépasse l'offre |
| Salaire minimum dégressif par âge | Pays-Bas | 30 % du taux adulte à 15 ans, 50 % à 18 ans, 100 % à 21 ans. Rend viables les emplois d'appoint étudiants | Évaluation causale du relèvement de 2019 : salaires +3 à 5 %, « quasiment aucune influence » sur la participation à court terme |
| Formation continue des seniors | Allemagne, Pays-Bas | 58,9 % et 55,1 % des plus de 50 ans en formation liée à l'emploi, contre 35,5 % en France | Corrélation forte avec le taux d'emploi des seniors. Aucune évaluation causale |
| Voie professionnelle scolaire avec stages (MBO-BOL) | Pays-Bas | 330 000 étudiants, 69 % de l'enseignement professionnel — la voie majoritaire n'est pas l'apprentissage | Taux de NEET de 3,9 %, le plus bas d'Europe (descriptif) |
| Startersbeurs (bourse de démarrage) | Pays-Bas | 6 mois, 32 h/semaine, ≈ 700 € versés par l'entreprise, statut d'indemnité et non de salaire | Aucune évaluation avec contrefactuel. Le chiffre « la moitié a un emploi ensuite » circule sans groupe de contrôle |
Euwals, van Vuuren & Wolthoff, De Economist 2010 / CPB Discussion Paper n° 52 (neutralité actuarielle) ; loi VPL du 1er janvier 2006 ; accord retraite néerlandais de juin 2019 ; BIBB, marché de l'apprentissage au 30 septembre 2025 ; IAB (taux de reprise) ; UWV, barème du salaire minimum au 1er janvier 2026 ; SEO Economisch Onderzoek, rapport n° 2020-80, décembre 2020 (évaluation du salaire minimum jeune) ; OFCE, Revue de l'OFCE n° 184, 2024 (formation continue) ; OCW in cijfers au 1er octobre 2025 (MBO).
15 ans 30 % du taux adulte · 16 ans 34,5 % · 17 ans 39,5 % · 18 ans 50 % · 19 ans 60 % · 20 ans 80 % · 21 ans et plus : 100 %, soit 14,99 € brut de l'heure.
L'âge du taux plein a été abaissé de 23 à 22 ans en 2017, puis à 21 ans en 2019. Une réforme annoncée pour le 1er janvier 2027 relève tous les taux jeunes — 40 % à 16 ans, 62,5 % à 18 ans, 75 % à 19 ans — au motif de rémunérer plus équitablement des jeunes qui cumulent souvent études et emploi. Les Pays-Bas sont donc en train de réduire la dégressivité qu'on leur emprunte comme modèle.
La première fiche de ce chapitre conclut que le sexe n’est pas une clé de lecture pertinente pour l’écart de taux d’emploi français : la France a le plus faible écart hommes-femmes des trois pays comparés. C’est exact, et c’est incomplet. Deux choses restent à dire. D’où vient ce résultat — un rattrapage de quarante ans, aujourd’hui à l’arrêt. Et ce qu’il ne dit pas : le salaire, où l’écart ne se referme qu’à la marge, et où il se creuse avec l’âge.
| Écart hommes − femmes de taux d’activité, France, 15-64 ans | 1984 | 2004 | 2024 |
|---|---|---|---|
| En points de pourcentage | 20,6 | 9,8 | 6,0 |
| Réduction sur les vingt années écoulées | — | 10,8 | 3,8 |
En 2024, 71,5 % des femmes de 15 à 64 ans sont actives, contre 77,5 % des hommes. Le taux d’activité féminin est passé de 54,5 % en 1975 à 71,2 % en 2023 : c’est l’une des transformations les plus massives du marché du travail français sur un demi-siècle. Mais le rythme du rattrapage a été divisé par près de trois entre les deux moitiés de la période — 10,8 points gagnés de 1984 à 2004, 3,8 seulement de 2004 à 2024 — et l’écart ne se réduit plus depuis le milieu des années 2010.
Insee, enquêtes Emploi, séries longues du marché du travail, résultats 2024. Le taux d’activité masculin de 1984 n’est pas repris ici : seul l’écart est documenté à cette date. Pour 1975, l’Insee situe l’écart à « près de 30 points » sans en publier la décimale, et il n’est donc pas porté au tableau.
C’est le résultat le plus contre-intuitif de la période, et il est établi sur données de générations plutôt que sur coupes annuelles. L’Ined a suivi l’activité et l’emploi entre 25 et 50 ans, génération par génération : après une progression continue depuis les femmes nées en 1920, l’activité et l’emploi féminins stagnent pour les générations nées après 1970. Dans le même temps, ces mêmes indicateurs déclinent légèrement chez les hommes. La conclusion suit mécaniquement : l’écart continue de se réduire, mais ce resserrement est désormais entièrement dû à la baisse du taux d’emploi des hommes, et non à la hausse de celui des femmes.
Ined, Population & Sociétés, « Après plusieurs décennies de forte progression, le taux d’emploi des femmes commence à stagner en France », novembre 2022. Analyse par génération, femmes et hommes de 25 à 50 ans.
| Écart hommes − femmes de taux d’emploi, 20-64 ans | Année | Points |
|---|---|---|
| Finlande | 2024 | 0,7 |
| Lituanie | 2024 | 1,4 |
| Estonie | 2024 | 1,7 |
| Lettonie | 2024 | 3,3 |
| France | 2023 | 5,5 |
| Union européenne | 2024 | 10,0 |
| Roumanie | 2024 | 18,1 |
| Grèce | 2024 | 18,8 |
| Italie | 2024 | 19,4 |
L’écart français est environ deux fois plus faible que la moyenne de l’Union. Il reste très au-dessus des pays nordiques et baltes, où il est quasi nul, mais il est à un tiers du niveau italien.
Eurostat, enquête sur les forces de travail, taux d’emploi des 20-64 ans par sexe, lfsi_emp_a. Union européenne : femmes 70,2 %, hommes 80,4 %, soit 10,2 points en 2023 ; 10,0 points en 2024. France : femmes 71,7 %, hommes 77,2 %, soit 5,5 points en 2023. La valeur française 2024 par sexe n’a pas été reprise sur source primaire, d’où la ligne datée de 2023 : sur un an, l’écart de l’Union n’a bougé que de 0,2 point, mais la comparaison ligne à ligne perd cette précision.
Revenu salarial — tout ce qu’une personne a perçu dans l’année. Il intègre le temps partiel et les mois passés hors emploi. Il répond à : combien gagne-t-elle ?
Salaire en équivalent temps plein (EQTP) — le salaire ramené à un temps plein. Il neutralise la durée du travail, pas le métier. C’est la mesure la plus proche d’un salaire horaire dans les publications françaises. Il répond à : combien gagne-t-elle par heure travaillée ?
Salaire horaire brut — la mesure d’Eurostat pour l’écart européen. Proche de l’EQTP, mais brute et non nette.
À poste comparable — même profession, chez le même employeur. Il neutralise en plus le métier et l’entreprise. Il répond à : à travail identique, dans la même boîte, l’écart subsiste-t-il ?
| Écart de salaire femmes-hommes, secteur privé, France | 2023 | 2024 |
|---|---|---|
| Revenu salarial | 22,2 % | 21,8 % |
| Salaire net en équivalent temps plein | 14,2 % | 14,0 % |
| — dont champ privé strict, hors activité secondaire publique | — | 13,0 % |
| À poste comparable : même emploi, même établissement | 3,8 % | 3,6 % |
Sur trente ans, les deux premières lignes ont reculé dans les mêmes proportions : l’écart de revenu salarial passe de 34 % en 1995 à 22 % en 2023, l’écart en équivalent temps plein de 22 % à 14 %. Un tiers de l’écart a disparu, et il n’a disparu ni par la seule durée du travail ni par le seul salaire horaire : les deux ont bougé ensemble.
Insee Focus n° 377, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », et n° 349, même titre pour 2023. Base Tous salariés, déclarations sociales nominatives, secteur privé. L’écart à poste comparable est estimé par une régression du logarithme du salaire à effets fixes croisant le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et le numéro Siret de l’établissement. Série longue 1995-2023 : blog de l’Insee, « Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes », édition 2025.
Ce trajet recouvre trois mécanismes distincts, que le débat public confond régulièrement en un seul. Ils sont mesurés séparément, par des travaux différents.
| Ce que neutralise chaque étage | Écart restant |
|---|---|
| Rien : revenu salarial brut de comparaison, 2024 | 21,8 % |
| + la durée du travail : temps partiel et mois hors emploi | 14,0 % |
| + le métier, le niveau du poste et l’employeur | 3,6 % |
1. Le métier — oui, les femmes exercent des professions moins payées. C’est le mécanisme le plus massif, et il est brutalement visible dès qu’on regarde qui fait quoi. 40 % des salariées exercent l’une des vingt professions les plus courantes chez les femmes — secrétaires, employées des services comptables, aides à domicile — contre 29 % des salariés chez les hommes : l’emploi féminin est nettement plus concentré. L’Insee chiffre l’ensemble : 68 % de l’écart en équivalent temps plein vient de ce que femmes et hommes n’occupent pas les mêmes postes, un poste étant défini comme une profession donnée dans un établissement donné.
| Quelques métiers, et la part des femmes qui les exercent | Part des femmes |
|---|---|
| Assistantes maternelles | 98 % |
| Secrétaires de direction | 95 % |
| Aides à domicile et aides ménagères | 93 % |
| Aides-soignantes | 92 % |
| Conducteurs routiers | 3,2 % |
| Maçons qualifiés | 0,6 % |
Ces métiers ne sont pas payés pareil, et l’écart de rémunération entre eux est bien plus grand que l’écart entre femmes et hommes à l’intérieur de chacun. Un ordre de grandeur : le salaire net moyen en équivalent temps plein du secteur privé est de 2 735 € par mois en 2023, avec une médiane à 2 183 € ; il est de 4 630 € pour les cadres, 2 050 € pour les ouvriers et 1 940 € pour les employés — la catégorie la plus féminisée. Les conducteurs routiers, métier masculin à 96,8 %, sont à 2 172 €.
Le calcul est standard et porte un nom : on applique à chaque sexe la même grille de salaires par profession, et on ne fait varier que la répartition des femmes et des hommes entre professions. Ce qui subsiste est l’écart qu’on obtiendrait si, à métier donné, femmes et hommes étaient payés à l’identique — c’est-à-dire l’écart imputable à la seule composition professionnelle. C’est le premier terme d’une décomposition de Blinder-Oaxaca, et l’Insee le publie.
| Décomposition de l’écart de salaire, nomenclature PCS, 2013 | Points |
|---|---|
| Écart interprofessionnel — la ségrégation entre métiers | 6,7 |
| Écart intraprofessionnel expliqué — structure de l’emploi par sexe à l’intérieur de chaque métier | 3,2 |
| Écart intraprofessionnel inexpliqué | 6,8 |
| Écart total | 16,7 |
Le seul effet de composition professionnelle pèse 6,7 points sur 16,7, soit 40 % de l’écart. Ce n’est ni marginal ni majoritaire : c’est le plus gros bloc identifié, mais il laisse 6,8 points inexpliqués à l’intérieur des métiers, presque autant. Autrement dit, à supposer qu’on égalise demain la répartition des femmes et des hommes entre professions sans rien changer d’autre, on effacerait environ deux cinquièmes de l’écart.
Ce résultat est remarquablement stable. Le Conseil d’analyse économique arrive au même ordre de grandeur sur trois coupes espacées de vingt-deux ans : en 1990, 2002 et 2012, l’écart de revenu salarial dépasse 20 %, dont un peu plus de 10 points dus à la différence de durée du travail et environ 7 points à la ségrégation professionnelle. La structure de l’écart n’a pratiquement pas bougé depuis les années 1990 — seul son niveau a baissé.
Insee, décomposition de Blinder-Oaxaca sur la nomenclature PCS, données 2013, reprise dans les travaux régionaux de l’institut. Conseil d’analyse économique, note n° 17, « Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes », 2014, Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa : décomposition sur 1990, 2002 et 2012.
1. Le niveau de découpage pilote le résultat. Il n’existe pas de « part due au métier » en soi : c’est une fonction de la finesse avec laquelle on définit un métier. Sur une nomenclature PCS, la ségrégation professionnelle explique 6,7 points sur 16,7. En descendant au libellé d’emploi dans un établissement donné, la même logique explique 68 % de l’écart. Les deux chiffres sont justes et ne se contredisent pas : ils ne découpent pas au même grain. C’est pourquoi l’Insee publie toujours la nomenclature à côté du nombre.
2. Quel salaire attribuer à chaque métier ? Si l’on prend le salaire moyen du métier tous sexes confondus, on contamine le terme de composition : la moyenne d’un métier féminisé est elle-même tirée vers le bas par le salaire des femmes qui l’exercent. Le choix classique — grille masculine, grille féminine, ou grille commune — change le résultat, et aucune option n’est neutre. C’est le problème d’indice de toute décomposition de ce type.
3. Le calcul suppose que les salaires par métier sont donnés. Or l’hypothèse inverse est défendue et discutée : certains métiers seraient moins payés parce qu’ils sont féminisés. Si elle est vraie, attribuer l’écart au « métier » ne l’explique pas — cela déplace la question d’un cran, du salaire vers la valeur reconnue au métier.
2. L’employeur — à métier égal, toutes les entreprises ne paient pas pareil. C’est le point le moins intuitif, alors il faut le dire précisément. Une même personne, avec le même métier et les mêmes qualifications, ne gagne pas la même chose selon l’entreprise qui l’emploie : certaines versent une prime salariale durable, d’autres non. Cela se mesure parce qu’on observe les mêmes salariés changer d’entreprise, ce qui permet de séparer ce qui tient à la personne de ce qui tient à l’employeur. L’ordre de grandeur est considérable.
| Salaire net mensuel médian selon la taille de l’entreprise, secteur privé, 2023 | € |
|---|---|
| Moins de 10 salariés | 1 865 |
| De 50 à 249 salariés | 2 238 |
| 5 000 salariés ou plus | 2 689 |
| Écart entre les très grandes et les très petites | 824 |
La proportion de salariés payés au Smic suit la même pente : 24,2 % dans les entreprises de 1 à 9 salariés, contre 12,4 % ailleurs. « Travailler dans une entreprise qui paie moins » veut donc dire quelque chose de très concret : plus souvent une petite structure, un secteur à faible valeur ajoutée par tête, une entreprise qui partage peu.
Cette répartition inégale entre entreprises explique 11 % de l’inégalité de salaire horaire — à compétences productives égales. Elle n’est pas stable au fil de la vie : elle est près de deux fois plus grande entre mères et pères qu’entre femmes et hommes sans enfant, et se creuse surtout à la naissance du deuxième enfant. Le mécanisme identifié n’est pas mystérieux : les mères sont davantage présentes dans des entreprises proches du domicile et offrant des horaires plus flexibles. C’est un arbitrage, et il se paie en salaire.
3. Le niveau du poste — et c’est ici que l’intuition se retourne.
« 27 % des cadres dirigeants sont des femmes » signifie que les femmes sont très minoritaires à ce niveau, pas qu’elles y sont favorisées. Le chiffre se compare à leur poids dans l’ensemble : elles sont 41,9 % des salariés du privé en équivalent temps plein. Passer de 42 % de l’ensemble à 27 % des cadres dirigeants et 23 % des dirigeants salariés, c’est une sous-représentation qui s’accentue à mesure qu’on monte.
C’est la façon la plus directe de voir le phénomène : plutôt que de comparer des salaires moyens, on regarde qui se trouve à chaque niveau de rémunération.
| Part des femmes selon le niveau de rémunération, secteur privé | Part des femmes |
|---|---|
| Bénéficiaires de la revalorisation du Smic, novembre 2024 | 59,2 % |
| Ensemble des salariés en équivalent temps plein, 2023 | 41,9 % |
| Au-dessus du 9e décile, soit 4 302 € nets par mois | 34 % |
| Top 1 %, au-dessus de 10 222 € nets par mois | 23,5 % |
| Top 100 des rémunérations | 10 % |
| Pour comparaison — fonction publique : 65 % des emplois, mais… | 39 % |
La décroissance est continue et sans exception : surreprésentées au Smic, à parité au milieu, minoritaires au neuvième décile, marginales au sommet. Et la dernière ligne interdit d’y voir un simple effet de secteur : dans la fonction publique, où les femmes occupent 65 % des emplois, elles ne sont que 39 % du 1 % le mieux rémunéré. Le resserrement se produit dans les deux mondes, quelle que soit la composition de départ.
Ce tableau est le plus contre-intuitif de la fiche, et c’est celui qui départage vos hypothèses.
| Écart de salaire femmes-hommes en EQTP, par catégorie, 2024 | Écart | Part des femmes dans la catégorie (2019) |
|---|---|---|
| Cadres | 14,8 % | 41 % |
| Ouvriers | 11,7 % | — |
| Professions intermédiaires | 11,2 % | 57 % |
| Employés | 1,9 % | 70 % |
Là où les femmes sont les plus nombreuses, l’écart est presque nul ; là où elles sont minoritaires, il est le plus grand. Chez les employés — catégorie féminisée à 70 % et la moins bien payée — l’écart de salaire en équivalent temps plein tombe à 1,9 %, et l’écart de volume de travail à 1,3 %. Chez les cadres, il monte à 14,8 %.
La conséquence est importante pour le diagnostic. L’explication « les femmes exercent des métiers moins payés » est vraie au niveau agrégé — c’est le 68 % — mais elle ne suffit pas, parce qu’elle prédirait un écart réparti uniformément à l’intérieur des catégories. Or il ne l’est pas. L’écart se concentre là où il y a une carrière à faire : des promotions, des primes variables, des négociations individuelles, un accès aux postes de direction. Chez les employés, où la grille laisse peu de latitude, il n’y a presque pas d’écart.
Insee Première n° 1803, « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », juin 2020, données 2017 : part de 68 % et concentration professionnelle. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet de répartition entre entreprises, panel du secteur privé, France métropolitaine, 16-65 ans, 1995-2015, 3 307 020 observations, effets employeurs identifiés par la mobilité des salariés. Insee Première n° 2020 et n° 2079, « Les salaires dans le secteur privé » en 2023 et 2024 : salaires par catégorie et par taille d’entreprise, déciles, part des femmes en haut de la distribution. Insee, France, portrait social, édition 2025, fiche sur les très hauts salaires. Dares, salariés au Smic au 1er novembre 2024. Écarts par catégorie socioprofessionnelle : Insee Focus n° 377. Part des femmes par catégorie : Insee, données 2019.
| Écart de salaire net en EQTP, secteur privé, par âge | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|
| Moins de 25 ans | 4,7 % | 4,3 % | 3,2 % |
| 55 ans ou plus | 22,7 % | — | — |
| 60 ans ou plus | — | 24,9 % | 24,1 % |
| Ensemble | — | — | 13,0 % |
| Rapport borne haute / borne basse | 4,8 | 5,8 | 7,5 |
L’intuition d’un écart qui se creuse avec l’âge est vérifiée, et l’ordre de grandeur est plus violent qu’on ne l’attend : 3,2 % avant 25 ans, 24,1 % à partir de 60 ans, soit un rapport de 1 à 7,5. L’écart d’ensemble, 13,0 %, est une moyenne qui ne décrit la situation d’aucune tranche d’âge en particulier. À noter que le rapport a augmenté sur trois ans : la borne basse baisse vite — les jeunes générations sont presque à l’égalité — tandis que la borne haute bouge à peine. La moyenne se réduit donc, mais l’éventail entre âges s’écarte.
Insee Focus n° 320 pour 2022, n° 349 pour 2023 et n° 377 pour 2024. Champ : salariés du privé, hors rémunérations tirées d’une activité secondaire publique. La borne haute publiée change de définition entre 2022 et 2023 — « 55 ans ou plus » puis « 60 ans ou plus » — les deux colonnes ne sont donc pas comparables ligne à ligne, et les rapports de la dernière ligne, calculés par nos soins, portent chacun sur les bornes de leur propre millésime.
La coupe par nombre d’enfants, elle, est publiée — et elle raconte la même histoire de façon bien plus nette. C’est probablement le tableau le plus important de cette fiche.
| Écart femmes-hommes selon les enfants, secteur privé, 2022 | % |
|---|---|
| Salariés sans enfant — écart de salaire net en EQTP | 5,8 |
| Mères et pères de trois enfants ou plus — écart en EQTP | 28,2 |
| Mères et pères, tous effets cumulés — écart de revenu salarial | 29,9 |
L’écart part de 5,8 % entre salariés sans enfant — un niveau proche du 3,6 % mesuré à poste comparable — et atteint 28,2 % entre parents de trois enfants ou plus. Le gradient d’âge et le gradient de parentalité sont, pour l’essentiel, le même phénomène observé sous deux angles : les femmes de 50 ans et plus ne sont pas pénalisées parce qu’elles ont 50 ans, mais parce qu’elles ont accumulé vingt ans d’effets d’une divergence qui s’ouvre à la première naissance.
L’estimation causale est disponible et elle est sans ambiguïté : cinq ans après l’arrivée d’un enfant, le revenu salarial des mères salariées du privé est inférieur d’environ 25 % à ce qu’il aurait été sans cette naissance — et celui des pères n’est pas affecté. L’écart ne vient donc pas d’une baisse au moment de la naissance qui se rattraperait ensuite : il vient de carrières durablement ralenties.
Insee Focus n° 320, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2022 » : écarts selon le nombre d’enfants. Insee Analyses n° 44, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? » : effet causal de l’arrivée d’un enfant, estimé par comparaison à la trajectoire contrefactuelle.
La comparaison « à poste comparable » de l’Insee croise le libellé d’emploi, la catégorie socioprofessionnelle et l’établissement. Elle ne contrôle ni l’ancienneté dans l’entreprise, ni l’expérience accumulée. Ce n’est pas un détail : l’ancienneté est l’un des principaux déterminants du salaire à poste donné, et les interruptions de carrière — plus fréquentes et plus longues chez les femmes — se traduisent mécaniquement par une ancienneté et une expérience moindres à âge égal. Une partie du 3,6 % résiduel est donc, très probablement, de l’ancienneté non mesurée ; et le gradient d’âge, à l’inverse, est en partie un gradient d’ancienneté divergente. Le mécanisme identifié plus haut le confirme indirectement : la sortie d’emploi des mères de jeunes enfants, et leur réorientation vers des employeurs proches du domicile, remettent périodiquement le compteur d’ancienneté à zéro.
Un pays peut afficher un écart de salaire dérisoire pour la pire des raisons. L’Italie a le plus petit écart de salaire horaire de l’Union — 2,2 % — et le plus grand écart de taux d’emploi : 19,4 points. Les deux vont ensemble. Quand le taux d’emploi féminin est bas, les femmes qui travaillent sont en moyenne bien plus diplômées et bien mieux positionnées que l’ensemble des femmes : l’écart de salaire mesuré se referme sans que rien ne se soit amélioré. C’est un effet de sélection, pas une performance. La France est dans la configuration inverse — un écart d’emploi parmi les plus faibles d’Europe, un écart de salaire proche de la moyenne européenne — et c’est la configuration à préférer.
Eurostat, écart de rémunération entre femmes et hommes sous forme non ajustée, salaire horaire brut, earn_gr_gpgr2, 2023 : 12,0 % dans l’Union, 12,3 % en zone euro, de −0,9 % au Luxembourg à 19,0 % en Lettonie. L’écart de taux d’emploi italien est celui du tableau ci-dessus, Eurostat 2024. Le rapprochement des deux indicateurs, et sa lecture en termes de sélection, sont de notre fait.
Récapitulatif de ce que chaque cause pèse, du mieux mesuré au moins mesuré. Ces lignes ne s’additionnent pas — elles viennent d’études, d’années et de champs différents, et plusieurs se recouvrent — mais elles se classent.
| Ce qui produit l’écart, et ce que la mesure en dit | Mesure |
|---|---|
| 1. La durée du travail — temps partiel et mois passés hors emploi | 7,8 points sur 21,8 |
| 2. Le métier — la ségrégation entre professions, nomenclature PCS | 6,7 points sur 16,7 |
| 3. L’employeur — la répartition entre entreprises, à compétences égales | 11 % de l’écart horaire |
| 4. Les promotions et le niveau de poste | non chiffré |
| Ce que révèle la parentalité — écart entre salariés sans enfant, puis entre parents de trois enfants ou plus | de 5,8 % à 28,2 % |
| Ce que révèle l’âge — écart avant 25 ans, puis à 60 ans ou plus | de 3,2 % à 24,1 % |
Les deux dernières lignes sont mises à part parce qu’elles ne sont pas des causes : l’âge et le nombre d’enfants ne rémunèrent rien. Ce sont des révélateurs, qui mesurent combien les quatre premières causes s’accumulent au fil d’une carrière. Et la quatrième reste la seule qu’aucune statistique publique ne chiffre directement — on ne l’observe qu’en creux, par le contraste entre les 1,9 % d’écart chez les employés et les 14,8 % chez les cadres.
Cinq indicateurs coexistent, ils ne comptent ni les mêmes personnes ni la même base, et le débat public les échange constamment. Avant de discuter des remèdes, il faut savoir de quoi on parle.
C'est le prolongement indispensable du PIB par personne en emploi. Si la France produit à peu près autant que ses voisins par personne qui travaille, mais nettement moins par habitant, c'est que moins de gens travaillent. Encore faut-il mesurer correctement combien. Cinq indicateurs coexistent, ils ne comptent ni les mêmes personnes ni la même base, et le débat public les échange constamment.
Chômage au sens du BIT — trois critères cumulatifs : sans emploi (pas une heure travaillée dans la semaine de référence), avoir cherché activement dans les quatre semaines précédentes, être disponible sous deux semaines. Manquer un seul critère fait sortir de la catégorie. Dénominateur : la population active.
Demandeurs d'emploi inscrits à France Travail — catégories A à E, plus F et G créées en 2025. Dénominateur : aucun, c'est un effectif administratif.
Halo autour du chômage — inactifs au sens du BIT qui souhaitent travailler sans remplir les trois critères. Dénominateur : la population de 15 à 64 ans.
Sous-emploi — personnes en emploi à temps partiel qui veulent travailler plus et sont disponibles, plus le chômage partiel. Dénominateur : les personnes en emploi.
Taux d'emploi — personnes en emploi rapportées à la population de 15 à 64 ans.
| Population des 15-64 ans, T2 2026 | % des 15-64 ans | Effectif indicatif |
|---|---|---|
| En emploi | 69,0 | ≈ 28,8 M |
| — dont en sous-emploi (sous-ensemble de l'emploi) | ≈ 3,0 | ≈ 1,3 M |
| Chômeurs au sens du BIT | 6,4 | ≈ 2,7 M |
| Halo autour du chômage | 4,4 | 1,865 M |
| Autres inactifs (étudiants, retraités précoces, personnes ne souhaitant pas travailler) | 20,2 | ≈ 8,4 M |
| Total | 100,0 | ≈ 41,8 M |
Où sont les 15-64 ans, et ce que « 100 % » désigne
Le taux de chômage de 8,3 % ne se lit pas sur cette barre : son dénominateur est la population active, pas les 15-64 ans.
Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 (taux d'emploi, d'activité, halo) ; enquête Emploi, séries CVS, France entière hors communautés. La ventilation en points de pourcentage est notre calcul à partir des taux publiés : l'Insee ne publie pas ce tableau sous cette forme. Effectifs indicatifs obtenus en appliquant ces taux à une population 15-64 d'environ 41,8 millions.
| Catégorie | En emploi | Chômage BIT | Halo | Autres inactifs |
|---|---|---|---|---|
| 15-64 ans | 69,0 | 6,4 | 4,4 | 20,2 |
| Les trois ratios à ne pas confondre | Numérateur | Dénominateur | T2 2026 |
|---|---|---|---|
| Taux de chômage | Chômeurs BIT | Population active | 8,3 % |
| Taux d'emploi | Personnes en emploi | Population 15-64 | 69,0 % |
| Taux d'activité | Actifs | Population 15-64 | 75,4 % |
| Part du halo | Halo | Population 15-64 | 4,4 % |
| Taux de sous-emploi | Sous-employés | Personnes en emploi | 4,4 % |
| Taux d'emploi en équivalent temps plein | Emploi en EQTP | Population 15-64 | 64,2 % |
Le taux de chômage a pour dénominateur la population active, qui est elle-même un choix de société : un pays qui décourage la recherche d'emploi — préretraites, dispenses de recherche, invalidité — fait baisser son taux de chômage sans créer un seul emploi. Le taux d'emploi est insensible à cet effet. C'est pourquoi la France peut afficher un taux de chômage proche de la moyenne européenne et un taux d'emploi inférieur de deux points, avec un décrochage concentré aux deux extrémités de la vie active.
| 2024 | Taux d'emploi 15-64 | 15-24 ans | 55-64 ans |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 82,3 % | 76,0 % | — |
| Allemagne | 77,2 % | 51,0 % | 75,0 % |
| UE-27 | 70,8 % | 35,0 % | 65,2 % |
| France | 68,8 % | 34,4 % | 60,3 % |
| Italie | 62,2 % | — | — |
Eurostat, enquête forces de travail, 2024, via Insee, France, portrait social 2025. Champ : population 15-64 ans, ménages ordinaires.
| T2 2026 | Effectif | Écart avec le chômage BIT |
|---|---|---|
| Chômeurs au sens du BIT (Insee) | 2 677 000 | référence |
| Catégorie A — sans emploi, tenu de rechercher | 3 323 000 | + 0,65 M |
| Catégories A + B + C — avec activité réduite | 5 801 500 | + 3,12 M |
| Catégories A à E — dont dispensés de recherche et en emploi aidé | 6 532 400 | + 3,86 M |
| Toutes catégories, F et G comprises | ≈ 7 520 700 | + 4,84 M |
L'écart joue dans les deux sens en même temps, et c'est ce que le débat omet systématiquement. Environ un chômeur BIT sur trois n'est pas inscrit en catégorie A — jeunes sans droits, personnes en fin de droits qui se sont désinscrites, démissionnaires. Et environ deux demandeurs d'emploi sur cinq ne sont pas chômeurs au sens du BIT, principalement parce qu'ils travaillent (catégories B, C, E) ou sont dispensés de recherche (D).
Conséquence pratique : « 3,3 millions », « 5,8 millions » et « 2,7 millions » ne sont pas trois estimations du même phénomène. Le premier inclut des non-chômeurs et exclut des chômeurs. Le troisième est le seul comparable internationalement.
France Travail / DARES, statistiques du marché du travail (STMT), T2 2026, données CVS-CJO, France entière ; Insee, Informations rapides n° 192, août 2026 ; Insee, L'essentiel sur… le chômage.
| France, moyenne annuelle 2025 | Effectif | Part des chômeurs |
|---|---|---|
| Moins d'un an | 1 885 000 | 76,9 % |
| 1 à 2 ans | 334 000 | 13,6 % |
| 2 ans et plus | 232 000 | 9,5 % |
| dont 1 an et plus — chômage de longue durée | 566 000 | 23,1 % |
| Total chômeurs 2025 | 2 451 000 | 100 % |
Chômage de longue et de très longue durée, part des chômeurs
2025. Contrairement à une idée reçue, la France n'est pas un cas extrême européen sur cette dimension.
Eurostat, jeu une_ltu_a, indicateurs LTU et VLTU, unité PC_UNE, 15-74 ans, données annuelles 2025. Note Eurostat : statut « d » (définition différente) pour la France et l'Espagne.
| Catégorie | 12 mois et plus | 24 mois et plus |
|---|---|---|
| Italie | 50,3 | 28,7 |
| Espagne | 32,1 | 18,6 |
| UE-27 | 31,5 | 16,4 |
| Allemagne | 27,9 | 13,9 |
| France | 23,0 | 9,5 |
| Pays-Bas | 13,7 | 7,4 |
| Taux de chômage | Valeur | Champ |
|---|---|---|
| 15-24 ans | 21,6 % | T2 2026, Insee |
| 25-49 ans | 7,5 % | T2 2026 |
| 50 ans et plus | 5,5 % | T2 2026 |
| Sans diplôme ou brevet, sortis de formation depuis 1 à 4 ans | 42,4 % | Insee, Formations et emploi 2025, données 2023 |
| CAP-BEP, même champ | 17,5 % | idem |
| Baccalauréat, même champ | 18,2 % | idem |
| Enseignement supérieur, même champ | 6,8 à 11,0 % | idem |
| France métropolitaine | 7,9 % | T1 2026, taux localisés |
| Guyane — maximum | 19,3 % | idem |
| Cantal — minimum départemental | 4,7 % | idem |
L'amplitude territoriale va de 4,7 % à 19,3 %, soit un rapport de 1 à 4,1 entre les extrêmes départementaux France entière, et de 1 à 2,7 en métropole seule.
Un fait à contre-courant du récit dominant : le nombre de chômeurs diplômés du supérieur a été multiplié par 2,5 en vingt ans, de 186 000 à 460 000, à taux de chômage inchangé — pur effet de la massification. Depuis 2020, il y a presque autant de chômeurs diplômés du supérieur que de chômeurs sans diplôme.
| Flux | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Nouvelles entrées en indemnisation | 549 000 / trimestre | Unédic, T3 2025 |
| Personnes arrivant en fin de droits | ≈ 57 000 / mois | DG Trésor, oct. 2025, données MiDAS |
| Part des allocataires travaillant une partie du mois | 51 % | Unédic, T3 2025 |
| Allocataires ayant retravaillé au 4e mois | ≈ 50 % | Unédic |
| Part des premières reprises d'emploi constituant une sortie durable | 1 sur 4 | Unédic |
| Part des emplois retrouvés durant 6 mois ou plus | 1 sur 3 | Unédic |
Ce dernier chiffre commande la lecture de toutes les évaluations qui suivent : « retour à l'emploi » ne signifie pas « insertion ». Une évaluation qui mesure le retour à l'emploi à trois ou six mois mesure en grande partie des transitions vers des contrats courts.
| Emplois vacants, France | T2 2025 | T2 2026 |
|---|---|---|
| Nombre d'emplois vacants | 488 000 | 433 600 |
| Taux de vacance | 2,5 % | 2,2 % |
| Offres abandonnées faute de candidat adéquat, 2024 | 151 000, soit 4,9 % des offres | |
| dont contrats durables (CDI ou plus de 6 mois) | 99 000 | |
| Offres finalement pourvues | 83,6 % | |
DARES, enquête Acemo, définition Eurostat (poste créé, non occupé, recherche active, souhait de pourvoir sous 3 mois) ; champ entreprises de 10 salariés et plus, privé hors agriculture, intérim et particuliers employeurs. France Travail, 2024, offres abandonnées. Comparaison européenne : Eurostat, taux de vacance T1 2025 — France 2,5 %, zone euro 2,4 %, UE-27 2,2 %, Pays-Bas 4,2 % (maximum).
Les parties précédentes mesurent le problème. Celle-ci examine les solutions proposées, chacune avec la qualité de preuve qui l'accompagne — et il faut accepter que les leviers les plus populaires ne soient pas les mieux établis.
On dit souvent que la spécificité française n'est pas le coût de la séparation mais son incertitude. C'est une affirmation vérifiable, et elle se vérifie — mais pour une raison plus précise que celle qu'on avance d'ordinaire : ce n'est pas tant le montant qui est imprévisible que le moment où l'affaire est close.
| Durée moyenne d'une procédure | 2012 | 2022 |
|---|---|---|
| Première instance, au fond | 15,2 mois | 17,6 mois |
| Parcours avec départage (partage des voix entre conseillers) | 29,2 mois | 34,9 mois |
| Appel | 15,6 mois | 26,7 mois (+71 %) |
| Cassation | 16,5 mois | 18,8 mois |
| Référés | 1,9 mois | 2,4 mois |
Toutes les durées se sont allongées entre 2012 et 2022, alors même que le nombre d'affaires était divisé par deux — de 206 039 en 2013 à 100 863 en 2022. La baisse du stock n'a produit aucun gain de délai.
| Durée cumulée d'un litige mené à son terme, barème 2022 | Durée |
|---|---|
| Première instance + appel | 44,3 mois — 3 ans 8 mois |
| Départage + appel | 61,6 mois — 5 ans 1 mois |
| Départage + appel + cassation | 80,4 mois — 6 ans 8 mois |
C'est l'indicateur le plus direct de l'aléa, et il est spécifiquement français. Dans aucun des autres systèmes examinés le jugement de première instance n'est aussi peu clôturant : 60 % des décisions vont en appel, et parmi celles-là 70 % voient le jugement modifié au moins partiellement.
| Indicateur d'incertitude | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Délai dont dispose le salarié pour contester | 12 mois | 3 semaines | sans objet |
| Moment du contrôle du motif | Postérieur | Postérieur | Préalable |
| Qui juge en première instance | 4 non-professionnels (2 employeurs, 2 salariés) | 1 juge professionnel qui préside + 2 assesseurs | 1 magistrat professionnel |
| Durée en première instance | 17,6 mois | ≈ 3 mois | 6 sem. (UWV) / 12 sem. (juge) |
| Part des affaires réglées par accord | non publié | ≈ 80 % | 89 % des ruptures |
| Prévisibilité du montant | Fourchette barémée, écartée en cas de nullité | Usage négocié de 0,5 mois par année | Formule : 1/3 de mois par année, plafond 102 000 € |
France : ministère de la Justice, SDSE, « Les affaires prud'homales dans la chaîne judiciaire de 2012 à 2022 », mai 2024 ; article L. 1471-1 du code du travail pour le délai de contestation. Allemagne : § 4 et § 1a du Kündigungsschutzgesetz, § 61a ArbGG ; les durées et le taux d'accord viennent de compilations secondaires de statistiques Destatis que nous n'avons pas pu vérifier dans le fichier source, publié en tableur non extractible — à traiter comme ordre de grandeur. Pays-Bas : SEO Economisch Onderzoek, Evaluatie Wet werk en zekerheid, juin 2020 ; Rijksoverheid pour la transitievergoeding.
La France est le seul des quatre systèmes examinés à confier le jugement de première instance à une formation exclusivement non professionnelle. La conséquence est mécanique et mesurable : quand les quatre conseillers se partagent, l'affaire repart devant un juge professionnel — le départage — et la durée double, de 17,6 à 34,9 mois.
Les Pays-Bas ont un système d'autorisation préalable à voie imposée : motif économique ou inaptitude longue devant l'UWV, organisme public ; tous les autres motifs devant un juge professionnel. L'employeur ne choisit pas sa voie. Voilà ce qu'en fait la pratique.
| Voie de rupture aux Pays-Bas | 2011-2012 | 2018-2019 |
|---|---|---|
| Accord amiable (vaststellingsovereenkomst) | 61 % | 89 % |
| Autorisation de l'UWV | 24 % | 7 % |
| Décision du juge | 9 % | 2 % |
L'autorisation préalable ne fonctionne pas comme un filtre effectivement exercé : l'UWV examine 7 % des cas. Elle fonctionne comme une menace crédible, chiffrée et rapide, qui structure la négociation privée. Ce qui réduit l'incertitude néerlandaise, ce n'est pas que l'UWV examine les dossiers — c'est que les parties savent, avant de négocier, ce que vaut le dossier : voie imposée, critères écrits, délai de six semaines, et une indemnité calculable à l'euro près.
La transitievergoeding est en effet une formule arithmétique : un tiers de mois de salaire par année de service, dès le premier jour de travail depuis 2020, période d'essai comprise, plafonnée à 102 000 € bruts. Pas de fourchette, pas d'arbitrage judiciaire sur le montant.
La France a la voie amiable sans la norme de référence claire ; les Pays-Bas ont les deux. La rupture conventionnelle française — 515 000 en 2023 — joue un rôle fonctionnellement analogue, mais elle se négocie dans l'ombre d'une norme floue : une indemnité à négocier au-dessus d'un minimum légal, et un risque résiduel de contentieux au barème, avec 60 % d'appel derrière.
Ce qui est transposable n'est donc pas l'institution — c'est la prévisibilité du montant.
| France, ordres de grandeur | Valeur |
|---|---|
| Fins de CDI, 2023 | 4 437 700 |
| — dont licenciements (économiques et non économiques) | 612 000 |
| — dont ruptures conventionnelles | 515 200 |
| Affaires prud'homales nouvelles au fond, 2022 | 84 051 |
| Rapport, en ordre de grandeur | ≈ 1 licenciement sur 7 à 8 |
C'est la question sur laquelle le débat français est le plus assuré et la littérature la plus prudente. La réponse honnête tient en trois effets distincts, que le débat traite comme un seul.
| Paramètres au 1er avril 2025 | Valeur |
|---|---|
| Affiliation minimale | 6 mois sur les 24 derniers (36 mois à partir de 55 ans) |
| Durée maximale, moins de 55 ans | 18 mois |
| Durée maximale, 55-56 ans | 22,5 mois |
| Durée maximale, 57 ans et plus | 27 mois |
| Formule | 57 % du salaire journalier de référence, ou 40,4 % + 13,11 €/jour |
| Dégressivité | −30 % au 7e mois au-delà de ≈ 4 500 € brut/mois |
| Allocation nette mensuelle moyenne | 1 048 € |
| Allocataires pris en charge / indemnisés | 3,8 M / 2,6 M |
| Dépenses d'allocation 2025 | 37,0 Md€ (dépenses totales 45,2 Md€) |
| Dette nette de l'Unédic fin 2025 | −59,8 Md€ |
Unédic, convention du 15 novembre 2024 en vigueur au 1er avril 2025 ; Unédic, Paramètres utiles, éd. janvier 2025 ; Unédic, prévisions financières du 12 juin 2025.
Plafond mensuel de l'allocation chômage
Le seul point où la France est réellement isolée en Europe.
Unédic, Tableau de données comparatives sur l'assurance chômage dans 15 pays d'Europe, millésime 1er mai 2024 ; valeur France actualisée au 1er avril 2025. Royaume-Uni : allocation forfaitaire, converti en équivalent mensuel.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| France | 8 826 |
| Allemagne | 3 280 |
| Danemark | 3 146 |
| Suède | 2 340 |
| Italie | 1 550 |
| Espagne | 1 400 |
| Royaume-Uni | 410 |
| Assurance chômage | Affiliation minimale | Durée maximale | Taux de remplacement |
|---|---|---|---|
| France | 6 mois / 24 | 18 à 27 mois | 57 % du brut de référence |
| Allemagne | 12 mois / 30 | 6 à 24 mois | 60 % du net (67 % avec enfant) |
| Pays-Bas | 26 sem. / 36 | 3 à 24 mois | 75 % puis 70 % |
| Danemark | seuil de revenu | 24 mois sur 3 ans | 65 %, puis dégressif |
| Italie | 13 sem. / 4 ans | jusqu'à 24 mois | 75 %, −3 %/mois dès le 6e |
| Espagne | 360 j / 6 ans | 4 à 24 mois | 70 % puis 60 % |
| Suède | 6 à 12 mois | 300 jours | 65 % |
| Royaume-Uni | 2 exercices fiscaux | 6 mois | forfait |
| États-Unis | variable par État | 12 à 30 sem. (26 le plus souvent) | ≈ 45-50 % |
Réduire la durée ou le montant accélère la sortie du chômage de la personne concernée. C'est le résultat le mieux établi de l'économie du travail depuis quarante ans. L'effet marginal d'un mois supplémentaire de droits sur la durée de non-emploi se situe entre 0,1 et 0,4 mois, soit 3 à 12 jours de chômage supplémentaires par mois de droits supplémentaire.
| Évaluations avec contrefactuel | Dispositif | Effet marginal |
|---|---|---|
| Card, Chetty & Weber (2007) | Autriche, discontinuité d'éligibilité | taux de sortie −5 à −9 % |
| Schmieder, von Wachter & Bender (2012) | Allemagne, discontinuités administratives | 0,12 |
| Johnston & Mas (2016) | Missouri, réduction législative brutale | ≈ 0,3 |
| Le Barbanchon (2016) | France | ≈ 0,3 |
| van Ours & Vodopivec (2008) | Slovénie | ≈ 0,4 |
| Évaluations françaises des réformes récentes | Résultat |
|---|---|
| Unédic — dégressivité (50 000 allocataires à hauts revenus) | Durée de chômage réduite d'environ 24 jours |
| Unédic — nouveau calcul du salaire de référence (≈ 1,1 M d'allocataires) | Allocation journalière −6 € (−16 %) ; retour à l'emploi accéléré mais vers des contrats de moins de 6 mois |
| Unédic — affiliation portée de 4 à 6 mois | −30 000 entrées mensuelles ; −14 % d'ouvertures de droits |
| IPP, rapport n° 55 (avril 2025) — réforme du SJR | +5 à +20 % de jours travaillés pour les groupes les plus affectés ; élasticité emploi-allocation de −0,5 à −0,9 ; perte de revenu cumulée jusqu'à 1 000 € sur six mois |
| Unédic — bonus-malus (≈ 30 000 entreprises) | Effets « limités » ; architecture trop complexe pour être incitative |
C'est le point où le débat français ne présente presque jamais qu'un seul côté. Card-Chetty-Weber, Johnston & Mas et l'IPP ne trouvent aucun effet sur le salaire de reprise ou la stabilité des emplois. Nekoei & Weber (2017) trouvent au contraire qu'une extension de 9 semaines augmente le salaire de reprise d'environ 0,5 %, en permettant d'accéder à des entreprises de meilleure qualité. Les données françaises suggèrent que l'accélération obtenue se fait plutôt vers des emplois plus courts — mais aucune étude française n'a mesuré l'effet sur le salaire de reprise avec un contrefactuel propre.
Une élasticité micro mesure ce qui arrive à un chômeur dont les droits sont réduits, les autres chômeurs et le nombre d'emplois vacants étant inchangés. Si les postes à pourvoir sont en partie déterminés par la demande, un chômeur qui cherche plus intensément prend un emploi qu'un autre chômeur aurait obtenu. Landais, Michaillat et Saez calibrent une micro-élasticité de 0,4 à 0,8 pour une macro-élasticité de 0 à 0,3 : environ 40 % de l'effet micro se dissipe en pur déplacement entre chômeurs, et cette proportion augmente quand le marché est détendu.
Corollaire de politique publique, contre-intuitif : réduire l'indemnisation est moins efficace précisément quand le chômage est élevé, c'est-à-dire quand on est le plus tenté de le faire. C'est l'argument théorique en faveur de la contracyclicité, que la France a adoptée en 2023 dans le bon sens.
La preuve expérimentale française la plus directe de l'effet de déplacement vient de Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot et Zamora (2013), expérience randomisée en grappes sur l'accompagnement renforcé de jeunes diplômés : +1,7 point d'emploi stable pour les bénéficiaires, −2,1 points pour les non-bénéficiaires des mêmes zones, soit environ 36 emplois gagnés contre 48 déplacés pour 1 000 personnes traitées. Les auteurs concluent que « le nombre net d'emplois créés par le programme apparaît négligeable rapporté à son coût ». Le déplacement était significatif en marché détendu et non significatif en marché tendu.
| Ancrage | Ce qu'il dit | Ce qu'il vaut |
|---|---|---|
| Banque de France, 2026 | Les réformes de 2021 et 2023 ont réduit le chômage structurel de 0,6 point | Calibration macro, pas d'intervalle de confiance publié, non validée par contrefactuel |
| Unédic, contracyclicité 2023 | ≈ 4,5 Md€ d'économies annuelles et ≈ 300 000 allocataires en moins | Effet budgétaire et sur les allocataires — un allocataire en moins n'est pas un chômeur en moins |
| Gouvernement, mars 2026 (ruptures conventionnelles) | 12 000 à 15 000 retours à l'emploi supplémentaires par an | Soit environ 0,04 point de taux de chômage rapporté à 32,25 M d'actifs |
À défaut, voici une fourchette raisonnée, construite à partir des élasticités micro publiées et corrigée du coin d'élasticité de Landais-Michaillat-Saez. Elle est présentée avec ses hypothèses parce que le débat public utilise couramment des chiffres construits de la même façon sans les afficher.
Ce calcul est un ordre de grandeur, pas une estimation. Il repose sur des élasticités estimées dans d'autres pays et d'autres conjonctures. La borne basse — effet nul — n'est pas exclue par la littérature dans un contexte de chômage élevé et croissant comme celui de 2026.
| Situation 3 mois après la fin de droits | Part |
|---|---|
| En emploi salarié | 31 % |
| Au RSA | 18 % |
| À l'ASS | 11 % |
| Ni emploi salarié, ni RSA, ni ASS | ≈ 40 % |
| Ayant repris un emploi au moins une fois dans les 12 mois | 58 % |
DG Trésor, octobre 2025, cohorte des personnes arrivées en fin de droits au 2e semestre 2022, suivie 12 mois sur données administratives MiDAS. Volume concerné : environ 57 000 personnes par mois.
Sous l'effet de la contracyclicité de 2023, les arrivées en fin de droits sont passées de 41 000 à 70 000 par mois entre mars 2023 et mars 2025, et la part basculant vers l'ASS de 13 % à 20 %. À l'inverse, l'IPP ne trouve pas de report significatif vers le RSA après la réforme du salaire de référence de 2021 — résultat qui va contre l'hypothèse d'un report généralisé, au moins pour cette réforme et cette population.
Note n° 90, avril 2026 : durcir les conditions d'éligibilité (de 6 à 8 mois d'affiliation) est jugé « peu indiqué » — cela génère « principalement des économies mécaniques, avec des effets comportementaux limités », au détriment des populations modestes. Supprimer la marche intermédiaire senior est jugé « plus pertinent » : cela réduirait les entrées au chômage pour un public mieux équipé financièrement. Le CAE recommande surtout d'intégrer la valeur assurantielle du dispositif, dimension systématiquement absente des chiffrages budgétaires.
| Assurance chômage | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Condition d'entrée | 6 mois sur 24 | 12 mois sur 60 | 26 semaines sur 36 |
| Durée maximale, salarié de 40 ans | 18 mois | 12 mois | jusqu'à 24 mois |
| Durée maximale, seniors | 27 mois (57 ans et +) | 24 mois (58 ans et +) | 24 mois |
| Taux de remplacement | 57 % du brut de référence | 60 % du net (67 % avec enfant) | 75 % puis 70 % |
| Dégressivité | −30 % au 7e mois au-delà de 4 960 € brut | non | non |
| Après épuisement | ASS puis RSA | Bürgergeld forfaitaire sous condition de ressources | assistance sociale |
| Mécanisme original | Modulation contracyclique : durée réduite de 25 % tant que le chômage est bas | — | Durée liée au millésime des années de carrière |
France : Unédic, convention du 15 novembre 2024, circulaire n° 2025-03 du 1er avril 2025. Allemagne : BMAS, Anspruchsdauer von Arbeitslosengeld ; Bundesagentur für Arbeit. Pays-Bas : UWV, Hoelang duurt een WW-uitkering.
On lit couramment que les Pays-Bas accordent « 1 mois de droit par année travaillée les dix premières années, puis 0,5 mois ». C'est inexact. La règle réelle est une règle de millésime, pas d'ancienneté : les années de carrière antérieures à 2016 valent 1 mois chacune, celles à partir de 2016 valent 0,5 mois, le tout plafonné à 24 mois. Un salarié entré sur le marché du travail en 2016 devra donc 48 années de carrière pour atteindre le plafond, contre 24 pour un salarié dont la carrière a commencé avant. C'est une extinction progressive des droits longs, pas un barème d'ancienneté.
La France est au milieu, pas en tête, sur la durée maximale de droit commun. Elle est en revanche nettement au-dessus sur la facilité d'entrée (6 mois d'affiliation contre 12 en Allemagne), sur la durée pour les seniors, et sur le plafond d'indemnisation en valeur absolue.
| Ce qui est affirmé | Sur quelle base | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Baisse du chômage structurel d'environ 3 points (dont 1,4 pt attribué à Hartz IV) | Krebs & Scheffel, IMF Economic Review 2013 — modèle de recherche et d'appariement calibré | Calibration — pas une mesure. Le résultat dépend entièrement de la structure du modèle |
| Amélioration de l'efficacité d'appariement | Stops, IZA Journal 2016 — fonction d'appariement sur 329 groupes professionnels × 402 zones, 138 mois | Estimation empirique — mais l'auteur refuse explicitement de quantifier la part attribuable aux réformes |
| « C'est Hartz qui a modéré les salaires » | Centre for European Reform, 2017 : la modération salariale commence en 1995, née de la décentralisation de la négociation collective et de la menace de délocalisation | Objection documentée, non réfutée |
| Ce qui est mesuré directement, sans modèle | Avant | Après |
|---|---|---|
| Taux de pauvreté des chômeurs | 41 % (2004) | 68 % (2010) |
| Taux de pauvreté des personnes en emploi | 4,8 % (2004) | 7,5 % (2006) |
| Taux de pauvreté général | 12,5 % (2000) | 14,7 % (2005) |
| Coefficient de Gini | 26,2 (2000) | 28,8 (2005) |
| Intérim | 331 000 (2003) | 882 000 (2011) — ×2,7 |
DG Trésor, Trésor-Économics n° 110, mars 2013, « How have the Hartz reforms shaped the German labour market? ».
Les bénéfices supposés de Hartz reposent sur un modèle calibré ; les coûts constatés reposent sur des statistiques descriptives directes. Un dossier honnête ne peut pas mettre les deux sur le même plan. Le chiffre de 3 points est le plus cité dans le débat français et c'est le moins solide du dossier ; la pauvreté des chômeurs passée de 41 % à 68 % est le plus robuste, parce qu'il mesure une conséquence mécanique de la suppression de la prestation contributive longue, et non un effet comportemental.
La question réellement pertinente — qu'aurait fait l'Allemagne sans Hartz mais avec la décentralisation salariale des années 1990 ? — n'a reçu aucune réponse.
Les deux affirmations sont vraies simultanément, et le débat les présente comme contradictoires. Le taux d'entrée en CDD atteint 110 % de l'effectif salarié moyen, plus de 90 % des embauches se font en CDD ou en intérim, et la rotation de la main-d'œuvre a été quintuplée en trente ans. Mais les indicateurs de stock — part des contrats temporaires dans l'emploi, part des salariés ayant moins d'un an d'ancienneté — sont restés quasi stables sur quinze ans.
L'explication : ce ne sont pas les emplois précaires qui se sont multipliés, ce sont les contrats courts qui sont devenus plus courts — 83,8 % des fins de CDD portent sur des contrats de moins d'un mois, contre 75,8 % en 2007. Le phénomène se concentre sur les mêmes personnes et les mêmes métiers.
| Ancienneté dans l'entreprise | Moyenne (années) | Médiane | Part < 1 an |
|---|---|---|---|
| France | 11,9 | — | — |
| Allemagne | 11,9 | — | — |
| Italie | 12,7 | — | — |
| Espagne | 11,3 | — | — |
| Royaume-Uni | 8,7 (en déclin) | — | — |
| États-Unis | — | 3,9 | 22 % |
Goulart & Oesch, « Job tenure in Western Europe, 1993-2021 », Work, Employment and Society, 2024, données EU-LFS et EWCS (moyennes) ; BLS, Employee Tenure in 2024, enquête CPS janvier 2024 (médianes).
Indemnité légale et préavis, pour 10 ans d'ancienneté
En mois de salaire. Le résultat est l'inverse de l'intuition commune.
France : art. L1234-9 et L1234-1 du Code du travail (1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà ; préavis de 2 mois au-delà de 2 ans). Allemagne : §1a KSchG et §622 BGB. Royaume-Uni : statutory redundancy pay, barème 22-40 ans, ancienneté plafonnée à 20 ans et salaire hebdomadaire plafonné à 751 £ depuis avril 2026. États-Unis : employment at will, aucune indemnité légale.
| Catégorie | Indemnité | Préavis |
|---|---|---|
| Allemagne | 5,0 | 4,0 |
| France | 2,5 | 2,0 |
| Royaume-Uni | 2,3 | 2,3 |
| États-Unis | 0,0 | 0,0 |
| Indemnité prud'homale pour licenciement sans cause réelle et sérieuse | Plancher (≥ 11 salariés) | Plafond |
|---|---|---|
| 2 ans d'ancienneté | 3 mois | 3 mois |
| 5 ans | 3 mois | 6 mois |
| 10 ans | 3 mois | 10 mois |
| 20 ans | 3 mois | 15,5 mois |
| 30 ans et plus | 3 mois | 20 mois |
Le barème ne s'applique pas en cas de nullité du licenciement — discrimination, harcèlement, représailles, violation d'une liberté fondamentale, statut protecteur : plancher de 6 mois et aucun plafond. Il a été validé par la Cour de cassation en assemblée plénière le 11 mai 2022, et reste contesté par le Comité européen des droits sociaux.
| Ce qui a été mesuré | Résultat |
|---|---|
| Recours prud'homaux avant la réforme | divisés par près de deux en dix ans — la baisse est antérieure |
| Évolution après 2017 | −5 % en 2018, −1 % en 2019 : ralentissement de la baisse antérieure |
| Part des affaires réglées à l'amiable | 48,9 % (2017) → 57,6 % (2019) |
L'asymétrie entre 19 % des ouvertures et 26 % des dépenses tient au profil : allocation journalière moyenne de 53 € contre 39 € pour l'ensemble, et 77 % des allocataires disposant d'au moins 18 mois de droits. Spécificité française à noter : les pays voisins n'ouvrent pas automatiquement droit aux allocations en cas de rupture d'un commun accord — ils examinent chaque situation. C'est précisément ce que vise le projet de loi de mars 2026.
Les indicateurs de l'OCDE (EPR pour les contrats permanents, EPT pour les temporaires, échelle de 0 à 6) classent la France à 2,56 sur les CDI, contre 2,60 en Allemagne, 3,61 aux Pays-Bas et 0,09 aux États-Unis. France et Allemagne sont quasiment identiques, et toutes deux moins protectrices que les Pays-Bas, qui affichent pourtant le meilleur taux d'emploi d'Europe. L'écart réel porte sur les contrats temporaires : 3,50 en France contre 1,00 en Allemagne. C'est la dualité réglementaire, pas le niveau général de protection, qui distingue la France.
Les Pays-Bas cumulent un des scores de protection les plus élevés de l'OCDE, une indemnisation de 24 mois à 75 % de remplacement, et le taux d'emploi le plus élevé d'Europe (82,3 %), le taux de vacance le plus élevé de l'UE (4,2 %) et la part de chômage de longue durée la plus faible (13,7 %). Le Danemark présente une configuration analogue. Affirmer qu'assouplir la protection de l'emploi ferait mécaniquement monter le taux d'emploi français n'est pas soutenu par les données comparatives. Affirmer symétriquement que la protection de l'emploi est sans coût ne l'est pas davantage : son effet sur le dualisme est réel et mesuré.
| Part des 25-64 ans en formation, 2025 | % |
|---|---|
| Suède | 38,2 |
| Danemark | 31,0 |
| Finlande | 28,1 |
| Pays-Bas | 25,9 |
| France | 15,5 |
| UE-27 | 13,7 |
La France dépense 56,6 Md€ pour la formation professionnelle et l'apprentissage, soit environ 1,9 % du PIB — davantage rapportée au PIB que la plupart des pays nordiques — pour une participation de 15,5 %, très en dessous de la leur. L'écart entre la dépense et la participation interroge l'efficience du système, sans qu'aucune évaluation ne le documente causalement.
Voici l'ensemble des leviers discutés dans le débat français, avec l'effet mesuré, la qualité de la preuve et les effets indésirables documentés. Le classement va du mieux établi au plus incertain — et il ne coïncide pas avec la popularité des mesures.
A — essai contrôlé randomisé avec mesure des effets de déplacement · B — essai randomisé sans mesure d'équilibre général · C — quasi-expérimental crédible (différences de différences, discontinuité, expérience naturelle datée) · D — appariement sur observables, panel · E — calibration de modèle, ce qui n'est pas une mesure · F — aucune évaluation.
| Levier | Effet mesuré | Preuve | Effets indésirables documentés |
|---|---|---|---|
| Accompagnement intensif des chômeurs | Individuel +4,5 à +10,2 pts de sortie vers l'emploi à 6 mois. Agrégé : effet net non significatif | A | Déplacement quasi intégral entre chômeurs. Résultat répliqué par trois équipes indépendantes en 2013, 2014 et 2026 |
| Dégressivité des allocations élevées | +3 à +5 pts d'emploi à 12 mois sur les allocataires concernés ; −24 jours de chômage | C | Concessions salariales plus fréquentes (59 % contre 49 %). Ne concerne que 3 % des allocataires |
| Contrôle de la recherche d'emploi | +3 pts d'emploi à 6 mois, sur le contrôle aléatoire seulement | D | Non extrapolable au contrôle ciblé ; déplacement non mesuré ; 12 à 14 % de sanctions |
| Durcir le contrôle de la fausse indépendance | −62 000 indépendants sans salariés en un an aux Pays-Bas, par transition vers le salariat | C | Effet emploi net probablement nul : recomposition statutaire |
| Raccourcir la chaîne de CDD | Hausse des transitions vers le CDI, sauf pour les peu diplômés | C/D | Aucun effet pour les peu diplômés. Les Pays-Bas ont annulé la mesure en 2020 |
| Réduire la durée d'indemnisation | Sortie du régime plus précoce mais pas d'emploi supplémentaire (évaluation néerlandaise d'une réduction de 3 mois) | C — résultat négatif | La sortie anticipée ne se traduit pas en emploi |
| Chômage partiel | Amortissement macro réel : emploi −1,7 % pour un volume de travail −9,4 % | D | Effets d'aubaine d'environ 40 % ; destructions différées plutôt qu'évitées. Le coût par emploi sauvé n'existe pas |
| Réduire le délai de contestation (12 mois → quelques semaines) | Réduction mécanique de la fenêtre d'incertitude d'un facteur 17 | F | Restriction d'accès au juge. Effet emploi jamais mesuré nulle part |
| Professionnaliser la 1re instance prud'homale | Réduction attendue du départage (34,9 → 17,6 mois) et du taux d'appel | F | Le taux de départage n'est même pas publié : l'ampleur du gain est inconnue |
| Autorisation préalable de licenciement | Aucun effet démontré — l'évaluation officielle néerlandaise conclut à l'absence de régime « plus activant » | C — résultat négatif | Contournée dans 89 % des cas ; coût moyen de rupture +8 % |
| Barème d'indemnités prud'homales | Aucun effet causal établi, ni sur l'emploi ni sur la dispersion | F | La baisse du contentieux commence en 2015, deux ans avant le barème. Incertitude déplacée vers les demandes en nullité |
| Droit de modifier son temps de travail | Corrélation forte avec le taux d'emploi féminin ; causalité non établie | F | Taux d'emploi élevé en personnes, pas en heures ; écarts de revenus et de pensions |
| Fluidifier le marché locatif (hypothèse d'Oswald) | +1 % de propriété ↔ +2,2 % de chômage à long terme | D | Contradiction assumée entre niveaux micro et macro ; réplications mitigées |
| « Faire les réformes Hartz » | 3 points de chômage structurel | E — calibration | Pauvreté des chômeurs 41 % → 68 % ; Gini +2,6 pts ; intérim ×2,7 |
Accompagnement : Crépon, Duflo, Gurgand, Rathelot & Zamora (2013) ; BCG-Cap Gemini pour France Travail (2014) ; IPP (2026). Dégressivité : Unédic (2025). Contrôle : France Travail (2018). Indépendants : CBS (2026). Chaîne de CDD et autorisation préalable : SEO Economisch Onderzoek (2020). Chômage partiel : Insee (2021), IAB. Prud'hommes : ministère de la Justice (2024) ; comité d'évaluation des ordonnances travail, France Stratégie. Hartz : Krebs & Scheffel (2013), Stops (2016), DG Trésor (2013).
La question du niveau des prélèvements sur le travail, distincte de celle du nombre de personnes qui travaillent — et souvent confondue avec elle.
Pour un salarié non-cadre, les cotisations salariales représentent environ 22 à 23 % du brut (CSG-CRDS 9,70 %, vieillesse 7,30 %, chômage 0,75 %, retraite complémentaire). Côté employeur, de 25 à 45 % du brut (maladie 13 %, vieillesse 10,66 %, famille 5,25 %, chômage 4,05 %, complémentaire 4,72 à 12,95 %).
Exemple : pour 2 500 € brut, le net perçu est d'environ 1 950 € et le coût employeur d'environ 3 600 €. La différence finance la retraite par répartition, l'assurance maladie, les allocations familiales, l'assurance chômage et la formation.
Depuis 2026, la réduction générale dégressive unique exonère fortement les cotisations patronales jusqu'à 3 SMIC — contre 1,6 SMIC auparavant. Le coût employeur au SMIC est donc proche du salaire brut. À 3 000 € brut, une comparaison à net identique (2 370 €) donne 1 701 € de cotisations en France (41,8 % du coût complet) contre 1 305 € en Allemagne (35,5 %). Au-delà de 3 SMIC (environ 5 300 € brut), les allègements disparaissent et le coin fiscal remonte nettement.
Parce que le coin fiscal français est le plus concentré au monde côté employeur : 26,7 points de cotisations patronales contre 13,5 en moyenne OCDE. À coût employeur identique, une part disproportionnée n'atteint jamais la fiche de paie. C'est un choix de modèle : une protection sociale large financée sur le salaire plutôt que par l'impôt général.
S'y ajoute une modération salariale prolongée : croissance du salaire brut de 1,4 % en 2025, deuxième plus faible de l'OCDE après la Suisse.
La France a les cotisations patronales les plus élevées de son échantillon de comparaison. C'est vrai, c'est constamment cité, et cela ne prouve presque rien tout seul — parce que ce qui pèse sur l'emploi est le prélèvement total sur le travail, pas la ligne du bulletin de paie où il apparaît. Mais la conclusion inverse — « la distinction n'est qu'une convention » — est également fausse. La réponse exacte est plus intéressante que les deux slogans.
| Coin fiscalo-social, 2025, célibataire au salaire moyen, en % du coût total employeur | Total | Impôt sur le revenu | Cotisations salariales | Cotisations patronales |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | 52,5 | 20,1 | 11,0 | 21,4 |
| Allemagne | 49,3 | 14,2 | 17,8 | 17,3 |
| France | 47,2 | 12,2 | 8,3 | 26,7 |
| Italie | 45,8 | 14,5 | 7,2 | 24,0 |
| Suède | 41,1 | 11,9 | 5,3 | 23,9 |
| Pays-Bas | 35,9 | 15,8 | 8,9 | 11,2 |
| Danemark | 35,8 | 35,1 | 0,0 | 0,7 |
| Moyenne OCDE | 35,1 | 13,4 | 8,1 | 13,5 |
| Royaume-Uni | 32,4 | 15,4 | 4,9 | 12,0 |
| États-Unis | 30,0 | 15,4 | 7,1 | 7,5 |
OCDE, Taxing Wages 2026, données 2025, célibataire sans enfant au salaire moyen. Les décompositions sont cohérentes avec les totaux à 0,1 point près.
La France est championne des cotisations patronales et avant-dernière de l'impôt sur le revenu au salaire moyen. Un débat qui ne cite que la part patronale décrit une singularité réelle mais en tire une conclusion fausse sur le poids total.
Cotisations patronales 0,7 % — trente-huit fois moins qu'en France. Cotisations salariales 0,0 %. Impôt sur le revenu 35,1 %, près de trois fois le niveau français. Coin total 35,8 % contre 47,2 %.
L'écart de 26 points sur la part patronale se réduit à 11,4 points sur le total : les deux tiers de l'écart apparent sont une différence de plomberie fiscale, pas de pression sur le travail. Le Danemark finance une protection sociale de niveau comparable à la française presque entièrement par l'impôt. Il n'existe donc aucun lien nécessaire entre le niveau de protection sociale et le niveau des cotisations patronales.
| Pour 100 € de coût total employeur | France | Danemark |
|---|---|---|
| Cotisations patronales | 26,70 € | 0,70 € |
| Salaire brut | 73,30 € | 99,30 € |
| Cotisations salariales | 8,30 € | 0,00 € |
| Impôt sur le revenu | 12,20 € | 35,10 € |
| Salaire net | 52,80 € | 64,20 € |
Le salaire brut danois est supérieur de 35 % au salaire brut français à coût employeur strictement identique, uniquement parce que le Danemark ne prélève quasiment rien avant le brut. Règle méthodologique qui devrait s'imposer dans le débat : les seules comparaisons salariales internationales valides portent sur le coût total employeur ou sur le net après impôt, en parité de pouvoir d'achat. Toute comparaison de salaires bruts entre pays de structures différentes est méthodologiquement nulle.
Le résultat classique de l'économie publique dit que celui qui verse légalement un prélèvement n'est pas nécessairement celui qui le supporte : à long terme, l'incidence dépend du rapport des élasticités d'offre et de demande de travail, pas de l'étiquette juridique. C'est un résultat théorique. L'empirie est nettement plus nuancée, et c'est là que le débat français se trompe le plus souvent.
| Bozio, Breda & Grenet — l'étude française de référence | Transfert vers les salaires |
|---|---|
| Cotisations à lien contributif fort et transparent (retraite complémentaire) | ≈ 103 % (91 à 106 % à 9 ans) |
| Cotisations à lien contributif faible ou nul (maladie, famille) | ≈ 15 % (6 à 21 % à 6 ans) |
| Impôt sur le revenu payé par le salarié | quasi intégral |
Bozio, Breda & Grenet, Review of Economic Studies, 2025 (document de travail IPP/PSE 2019), exploitant six réformes françaises de cotisations : hausse des cotisations patronales de retraite complémentaire au-dessus du plafond (2000-2005), déplafonnement des cotisations famille (1989-1990) et maladie (1981-1983). Le transfert intégral s'opère en cinq à six ans.
Conséquence directe et rarement énoncée : le résultat théorique standard n'est vérifié que pour les cotisations contributives. Pour les cotisations non contributives — maladie et famille, précisément celles que les allégements ciblent — le transfert vers les salaires est d'environ 15 %, donc quasi nul, et les entreprises en supportent l'essentiel. Baisser les cotisations famille ou maladie n'augmentera pas les salaires ; baisser les cotisations retraite, en revanche, se transforme largement en hausse de salaire immédiat et en baisse de droits futurs.
| Les autres résultats empiriques | Ce qu'ils trouvent |
|---|---|
| Saez, Schoefer & Seim (Suède, 2019) — baisse de 16 points pour les moins de 26 ans | Aucun effet sur les salaires nets des jeunes traités ; effet emploi de +2,1 points (élasticité 0,21). L'ajustement s'opère au niveau de l'entreprise, qui partage la rente avec l'ensemble de ses salariés, y compris les non-éligibles |
| Saez, Matsaganis & Tsakloglou (Grèce, 2012) | Les employeurs compensent les hausses de la part patronale, pas celles de la part salariale. Conclusion des auteurs : « l'incidence légale importe pour l'incidence économique » — le contraire exact de la prédiction canonique |
| Benzarti & Harju (Finlande, 2021) | Prélèvement majoritairement supporté par les entreprises, effets emploi significatifs, effets négligeables sur les rémunérations |
| Benzarti, synthèse (NBER WP 32819) | Trois anomalies systématiques : les élasticités ne suffisent pas à prédire l'incidence (« les effets d'équité dominent les effets de marché ») ; l'incidence légale compte ; les effets emploi sont asymétriques — les baisses créent de l'emploi, les hausses en détruisent peu |
| Les allégements de cotisations sur les bas salaires | Valeur |
|---|---|
| Coût budgétaire, 2024 | ≈ 75 Md€, soit 2,5 % du PIB |
| Coût en 2009, pour mémoire | 22,2 Md€ |
| Effet sur le coût employeur au SMIC | ≈ −700 € par mois, soit environ un tiers de moins |
| Taux marginaux effectifs entre 1,2 et 2 SMIC | 75 à 80 % |
| Illustration du Groupe d'experts SMIC | une hausse de 100 € du net génère 0 € de revenu disponible pour un surcoût de 242 € |
| Salariés concernés par la revalorisation du SMIC de novembre 2024 | 12,4 %, dont 59,2 % de femmes |
| Ce que les évaluations mesurent | Emplois | Coût par emploi |
|---|---|---|
| Allégements ciblés sur les bas salaires (DG Trésor, doc. n° 97, 2012, mesures 1993-1997) | 200 000 à 400 000 | 20 000 à 40 000 € bruts ; 8 000 à 28 000 € nets |
| CICE, peu ciblé (France Stratégie, comité de suivi) | ≈ 100 000 (micro-économétrique) | ≈ 180 000 € |
Le contraste est le résultat le plus solide du sujet. Les allégements ciblés sur les bas salaires coûtent 20 000 à 40 000 € par emploi ; le CICE, peu ciblé, environ 180 000 €. Le ciblage sur le SMIC est ce qui fait l'efficacité — exactement comme la théorie de l'incidence le prédit, puisque c'est là, et seulement là, que la cotisation patronale ne peut pas être absorbée par le salaire.
A. Baisse de cotisations contributives (retraite, chômage) : le transfert vers les salaires est de ~103 % en cinq à six ans. C'est une hausse du salaire immédiat contre une baisse des droits futurs — un arbitrage intertemporel, pas un gain net.
B. Baisse de cotisations non contributives au-dessus du SMIC (maladie, famille) : ~15 % de transfert. Le reste demeure dans les marges. Effet emploi faible et cher.
C. Baisse au voisinage du SMIC : 0 % de transfert, par impossibilité juridique. C'est une baisse effective du coût du travail, avec un effet emploi réel — mais elle crée la trappe à bas salaires.
Une seule des trois crée de l'emploi avec un rapport coût-efficacité défendable : la troisième. Et c'est précisément celle dont la logique repose sur le fait que la distinction patronal/salarial n'est pas une convention. C'est le paradoxe central : la théorie dit que la distinction est conventionnelle ; c'est parce que cette convention est inscrite dans la loi — le SMIC est un brut — qu'elle produit des effets réels sur lesquels une politique publique peut s'appuyer.
Trois options seulement, non équivalentes. La TVA (dite « TVA sociale » — elle taxe aussi les importations mais pèse davantage sur les ménages modestes). La CSG élargie (assiette incluant capital et pensions). Une réduction de prestations. À défaut, la baisse creuse le déficit de la Sécurité sociale.
Le MEDEF a proposé en 2024-2025 une baisse nette de 30 Md€ compensée par la TVA et un élargissement de la CSG aux retraités aisés. Le débat porte moins sur la faisabilité que sur qui supporte le transfert. C'est un choix politique, pas un arbitrage technique.
Card et Krueger (1994) ne trouvaient pas d'effet négatif net sur l'emploi de la restauration rapide au New Jersey. Cengiz, Dube, Lindner et Zipperer (2019, QJE), sur 138 hausses du salaire minimum aux États-Unis entre 1979 et 2016, concluent à un effet net proche de zéro pour des hausses modérées, avec réallocation plutôt que destruction. David Neumark continue à l'inverse de trouver des effets négatifs significatifs. Le débat n'est pas tranché.
Le cas français est spécifique : le SMIC y est déjà l'un des plus élevés de l'OCDE relativement au salaire médian, ce qui rapproche la France des configurations où les études trouvent le plus facilement des effets négatifs sur l'emploi peu qualifié. Le groupe d'experts SMIC (2025) recommande de ne pas donner de coup de pouce en 2026 : effet limité sur la pauvreté laborieuse, risque réel sur l'emploi des moins qualifiés, aggravation de la compression des salaires.
La productivité horaire a baissé de 1,1 % entre 2019 et 2025 et se situe 4,9 points sous sa tendance pré-Covid. Ce décrochage s'atténue en comparaison relative : la zone euro hors France affiche désormais aussi un écart de 1,8 point.
Explications avancées par la Banque de France, encore exploratoires : dispositifs de soutien à l'emploi (apprentissage massif, allègements de cotisations) ayant fait entrer sur le marché du travail des profils moins productifs à court terme, réallocation sectorielle, rémanence des aides Covid.
Mis à jour : 2026-08