21 chapitresChaque chiffre porte sa source et son millésime, parmi 223 références. Voir les sources.
Le fait le plus important de ce thème est récent et peu connu : depuis 2023, les coûts salariaux unitaires allemands progressent plus vite que les français. L'avantage compétitif allemand des années 2000 s'est inversé.
Le recul de l’emploi et de la valeur ajoutée industriels, les coûts, et la part qui vient réellement des délocalisations — bien plus faible qu’on ne le dit.
Emploi manufacturier français (Eurostat, milliers de personnes) : 3 584 en 1995, 3 509 en 2000, 2 785 en 2010, 2 639 en 2016 — puis remontée à 2 800 en 2024. Soit −886 000 emplois de 1995 à 2016, puis +161 000 de 2016 à 2024. Sur période plus longue : 22 % de la population active en 1980 (5,33 millions), 12 % en 2007.
Part du manufacturier dans la valeur ajoutée : 22,3 % en 1970, 16,1 % en 2000, 11,2-11,4 % en 2024-2025.
| Indicateur (2023) | France | Allemagne | Italie |
|---|---|---|---|
| VA industrie (NACE B-E) / PIB | 13,4 % | 21,9 % | ≈ 22 % (2021) |
| Emploi industriel / emploi total | 10,1 % | 17,7 % | n.d. |
Eurostat, comptes nationaux annuels par branche : nama_10_a10 (valeur ajoutée) et nama_10_a10_e (emploi), périmètre NACE B à E, données 2023. Périmètre à surveiller : « industrie » au sens B-E inclut l'énergie, l'eau et les déchets, et donne un poids supérieur à « industrie manufacturière » au sens C seul.
Le coût horaire est ce que l'employeur paie par heure travaillée. Le coût salarial unitaire rapporte ce coût à la productivité : c'est le coût du travail par unité produite. C'est le second qui détermine la compétitivité — un pays peut avoir des salaires élevés et rester compétitif si sa productivité suit.
| Pays | Ensemble de l'économie | Industrie manufacturière |
|---|---|---|
| Pays-Bas | 45,2 | 47,3 |
| Allemagne | 43,5 | 48,5 |
| France | 43,4 | 45,7 |
| Italie | 31,0 | 31,7 |
| Espagne | 25,5 | 27,2 |
| Pologne | 17,3 | 15,5 |
| UE-27 | 33,5 | 33,8 |
Point capital pour le débat : sur l'ensemble de l'économie France ≈ Allemagne (43,4 contre 43,5 €), mais dans le manufacturier l'Allemagne est nettement au-dessus (48,5 contre 45,7 €). L'écart de coût horaire industriel n'est donc pas défavorable à la France. Particularité française en revanche : la part des coûts non salariaux (cotisations) est de 32,3 %, la plus élevée de l'UE, contre 24,8 % de moyenne.
Coûts salariaux unitaires nominaux, France et Allemagne
Base 100 en 2000. Au-dessus de l'autre courbe = perte de compétitivité relative.
Eurostat, nama_10_lp_ulc, coût salarial unitaire nominal rapporté aux heures travaillées, ensemble de l'économie, rebasé par nos soins en 2000 = 100. Périmètre : ensemble de l'économie, pas la seule industrie manufacturière.
| Abscisse | Allemagne | France |
|---|---|---|
| 2000 | 100,0 | 100,0 |
| 2001 | 100,0 | 102,2 |
| 2002 | 101,1 | 105,2 |
| 2003 | 102,4 | 107,2 |
| 2004 | 102,0 | 108,0 |
| 2005 | 101,3 | 110,0 |
| 2006 | 99,4 | 111,6 |
| 2007 | 99,2 | 113,1 |
| 2008 | 102,0 | 116,2 |
| 2009 | 108,6 | 120,0 |
| 2010 | 107,5 | 121,1 |
| 2011 | 107,9 | 122,2 |
| 2012 | 111,6 | 125,2 |
| 2013 | 114,2 | 126,9 |
| 2014 | 116,2 | 128,0 |
| 2015 | 118,6 | 128,4 |
| 2016 | 120,3 | 129,6 |
| 2017 | 122,0 | 131,0 |
| 2018 | 126,0 | 132,1 |
| 2019 | 130,1 | 131,0 |
| 2020 | 135,1 | 136,5 |
| 2021 | 134,4 | 137,5 |
| 2022 | 139,5 | 143,7 |
| 2023 | 150,5 | 149,3 |
| 2024 | 159,2 | 152,7 |
| 2025 | 166,6 | 155,1 |
Ce résultat change la lecture du débat français sur la compétitivité-coût : l'argument était solide pour la période 2000-2012, il ne l'est plus aujourd'hui. Ce qui ne signifie pas que la compétitivité française soit rétablie — le décrochage accumulé sur quinze ans a détruit des capacités industrielles qui ne reviennent pas mécaniquement.
Eurostat lc_lci_lev (coût horaire) et nama_10_lp_ulc (coûts salariaux unitaires nominaux, NULC_PER), 2024-2025.
Causes classées par le Conseil d'analyse économique sur 2000-2007, période où la part industrielle recule de 6 points en France pendant qu'elle progresse de 6 points en Allemagne :
Les gains de productivité détruisent de l'emploi industriel sans détruire de production. Si une usine produit autant avec 20 % d'ouvriers en moins grâce à l'automatisation, l'emploi industriel recule alors que la valeur ajoutée est stable. Ce n'est pas de la désindustrialisation au sens économique : c'est de la modernisation. L'Insee mesure une productivité manufacturière progressant de +3,2 %/an contre +1,7 % pour l'ensemble de l'économie — l'industrie détruit donc mécaniquement de l'emploi plus vite que les autres secteurs, à production égale.
La mutation structurelle (ou « déformation de la demande ») désigne le fait qu'à mesure que les revenus augmentent, les ménages consacrent une part décroissante de leur budget aux biens manufacturés et croissante aux services — santé, loisirs, éducation, restauration. La demande se déplace, l'emploi suit. C'est un phénomène commun à toutes les économies avancées, y compris l'Allemagne.
Ces deux mécanismes expliquent, à eux seuls, 65 % des pertes d'emploi industriel françaises sur 2000-2007. Autrement dit : les deux tiers de la « désindustrialisation » ne sont pas des délocalisations.
L'intitulé habituel — « quelle part vient des délocalisations, de la Chine, des coûts, de l'euro, de l'énergie ? » — suppose qu'il existe une décomposition complète. Elle n'existe pas. Voici ce qui existe réellement.
| Facteur | Part 1980-2007 | Part 2000-2007 |
|---|---|---|
| Gains de productivité + déformation de la demande | 29 % | 65 % |
| Externalisation vers les services (effet statistique) | 20-25 % | 5 % |
| Concurrence internationale | 13 % | 28 % |
Trois réserves majeures, et elles sont décisives :
Sur l'euro et les normes en particulier : aucune part chiffrée isolée n'a été trouvée dans la littérature académique française. Ce sont des facteurs invoqués dans le débat, pas des grandeurs mesurées.
L. Demmou, DG Trésor, document de travail 2010/01, repris par le CAE note 13.
C'est le facteur le plus récent et le plus mal compris, parce que la situation s'est complètement retournée entre 2022 et 2025.
| Électricité industrielle, €/kWh hors taxes | France | Allemagne | Italie | Espagne | UE-27 |
|---|---|---|---|---|---|
| 2020, 1ᵉʳ semestre | 0,075 | 0,085 | 0,088 | 0,088 | 0,082 |
| 2022, 2ᵉ semestre (pic) | 0,251 | 0,178 | 0,203 | 0,152 | 0,199 |
| 2025, 1ᵉʳ semestre | 0,130 | 0,183 | 0,168 | 0,116 | 0,157 |
La France a connu le pic le plus violent en 2022 (+230 % par rapport à 2020, du fait de l'indisponibilité du parc nucléaire), mais elle est redescendue à 0,130 €/kWh en 2025, très en dessous de la moyenne UE (0,157) et surtout de l'Allemagne (0,183). L'Allemagne est aujourd'hui le pays cher parmi les grands, avec des prix industriels restés 115 % au-dessus de leur niveau de 2020.
Mais sur le gaz, la situation est inverse. En 2025, la France paie 19,7 €/GJ contre 18,9 en Allemagne, 16,6 en Italie et 17,7 en moyenne UE — après avoir atteint le pic du panel en 2024 (26,2 €/GJ).
Conclusion : l'énergie est un désavantage français pour les industries gazo-intensives (chimie, verre, engrais) et un avantage pour les industries électro-intensives (métallurgie de l'aluminium, électrolyse, data centers). Parler de « l'énergie » comme d'un facteur unique n'a pas de sens.
Eurostat nrg_pc_205 (électricité, bande IC 500-1999 MWh) et nrg_pc_203 (gaz, bande I2), hors taxes.
| France (Trendeo) | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Solde d'usines (ouvertures − fermetures) | négatif | −63, pire depuis 2014 |
| Fermetures d'usines | réf. | +32 % |
| Création nette d'emplois | +9 500 | +310 |
| Investissements annoncés | ≈ 99 Md€ | 160 Md€ (+61 %) |
| dont data centers | — | 67 Md€ (42 %), 2 800 emplois |
Trendeo, Observatoire de l'investissement — opérateur privé, pas un producteur de statistique publique : le décompte repose sur un recensement de presse et d'annonces, avec un champ et un seuil de taille qui lui sont propres. Il n'existe pas d'équivalent public de cette série. À utiliser comme indicateur de tendance, pas comme mesure.
Le contraste de 2025 est frappant : record d'investissements annoncés et pire solde d'usines depuis 2014. Les secteurs les plus touchés par les fermetures sont l'agroalimentaire et la métallurgie ; les PME et ETI sont les plus vulnérables. Et les data centers, qui absorbent 42 % des investissements annoncés, ne créent que 2 800 postes.
Il n'existe pas de statistique officielle des motifs de délocalisation. Ce que la littérature économique et les enquêtes d'entreprises identifient comme facteurs, par ordre de fréquence de citation :
Les impôts de production, l’anomalie française la mieux documentée du dossier fiscal — et l’absence de preuve que les baisser réindustrialise.
En comptabilité nationale, on distingue trois choses :
D21, impôts sur les produits — proportionnels aux ventes (TVA, TICPE, accises). Répercutés sur le prix.
D29, autres impôts sur la production — assis sur les facteurs de production détenus ou utilisés : masse salariale, valeur ajoutée, foncier, capital immobilisé. Dus même en cas de perte — c'est la caractéristique déterminante. Ce sont eux que l'on appelle « impôts de production » : CVAE, CFE, taxe foncière des entreprises, C3S, versement mobilité, taxe sur les salaires, IFER, TASCOM.
D51B, impôt sur les sociétés — assis sur le résultat. Nul si l'entreprise ne gagne rien.
La différence est économiquement décisive : le D29 s'impute avant le résultat et dégrade l'excédent d'exploitation même d'une entreprise déficitaire. L'industrie, capitalistique et foncièrement intensive, y est mécaniquement surexposée.
| Impôts de production (D29), 2024 | % du PIB |
|---|---|
| Suède * | 10,2 % |
| France | 4,4 % |
| Italie | 3,0 % |
| Moyenne UE-27 | 2,4 % |
| Espagne | 1,7 % |
| Pays-Bas | 1,2 % |
| Allemagne | 1,0 % |
| Irlande | 0,8 % |
Eurostat, gov_10a_taxag, poste D29 « autres impôts sur la production », secteur S13 et institutions de l'UE, en % du PIB, 2024. Attention au périmètre : le D29 brut inclut la taxe foncière acquittée par les ménages sur leur logement, les propriétaires étant en comptabilité nationale producteurs de services de logement. Le périmètre DGFiP, restreint aux entreprises, donne 3,3 % du PIB pour la même année.
* La Suède est un artefact de classification, pas une anomalie économique. Elle comptabilise une large part des cotisations employeurs en impôt sur la production. Vérification : cotisations sociales employeurs en % du PIB — Suède 3,4 %, Allemagne 7,0 %, France 10,0 %. En cumulant D29 + cotisations : France 14,4 %, Suède 13,6 %, Allemagne 8,0 %. Toute comparaison D29 brute incluant la Suède sans ce retraitement est trompeuse.
Le fait robuste, hors artefact suédois : la France affiche le D29 le plus élevé de l'UE, à 4,4 fois le niveau allemand. Montant total : 129 Md€, dont 76,3 Md€ portés par les sociétés non financières — c'est ce second chiffre qu'il faut utiliser pour parler de la charge sur les entreprises, et non les 129 Md€ souvent cités abusivement.
L'objection est juste et change le cadrage. Isoler le D29 est méthodologiquement fautif : un pays peut avoir un D29 élevé et un IS faible, ou l'inverse. Voici l'agrégat pertinent — tous les prélèvements sur les sociétés non financières, rapportés à leur valeur ajoutée.
| 2024 | Impôts de production | Impôt sur les sociétés | Cotisations patronales | TOTAL |
|---|---|---|---|---|
| France | 5,04 % | 4,31 % | 15,87 % | 25,22 % |
| Italie | 3,10 % | 4,19 % | 14,30 % | 21,59 % |
| Pays-Bas | 1,30 % | 6,26 % | 13,04 % | 20,60 % |
| Espagne | 1,66 % | 3,88 % | 13,84 % | 19,37 % |
| Allemagne | 1,14 % | 4,33 % | 10,32 % | 15,79 % |
Trois conclusions qui déplacent le débat :
Et en sens inverse : la France accorde une subvention fiscale implicite à la R&D de 34 %, 3ᵉ rang de l'OCDE, via le crédit d'impôt recherche. Comparer la fiscalité brute sans cette contrepartie serait trompeur.
Eurostat nasa_10_nf_tr, secteur S11, direct=PAID, 2024, rapporté à la valeur ajoutée brute du même secteur ; Tax Foundation pour les taux nominaux d'IS.
L'anomalie est réelle (voir ci-dessus). Mais l'effet mesuré de la baisse de 10 Md€ de 2021 est décevant. L'évaluation du comité France Stratégie (octobre 2025, à partir des travaux de l'IPP) conclut à : un effet positif mais limité sur l'investissement ; aucun effet détecté à court terme sur l'emploi ; pas d'effet observé sur le chiffre d'affaires ni les exportations. Le bénéfice était pourtant bien ciblé — 4,8 Md€ pour l'industrie, allègement deux fois supérieur pour les exportateurs.
Autrement dit : l'anomalie fiscale est documentée, mais la preuve empirique qu'y remédier réindustrialise reste faible — de l'aveu des évaluateurs eux-mêmes. Et le tableau précédent suggère pourquoi : le levier principal n'est pas là, il est dans les cotisations.
Le dossier tel qu’il se présente à un investisseur, poste par poste, et ce qui départage réellement la France, l’Allemagne, les États-Unis et la Chine.
La question « faut-il baisser les impôts de production » se pose mal tant qu'on ne la replace pas dans la décision réelle d'un investisseur. Voici le dossier tel qu'il se présente à lui, poste par poste, puis un modèle de rentabilité à hypothèses simples pour mesurer ce qui pèse vraiment.
| Poste | France | Allemagne | États-Unis | Chine |
|---|---|---|---|---|
| Coût horaire du travail, industrie manufacturière | 45,70 € | 48,50 € | ≈ 44 € (48,3 $) | ≈ 6 € (fourchette 5-9 $) |
| dont salaire direct | 31,30 € | 37,00 € | ≈ 29 € | n.d. |
| dont charges non salariales | 14,40 € — 31,5 % | 11,50 € — 23,7 % | ≈ 15 € — 33,3 % | n.d. |
| Productivité horaire, économie totale | 87,5 $ | 93,4 $ | 98,3 $ | n.d. |
| Électricité industrielle, bande 20-70 GWh/an | 85,3 €/MWh | 159,5 €/MWh | ≈ 75 €/MWh | ≈ 82-107 €/MWh |
| Gaz industriel | 44,8 €/MWh | 54,6 €/MWh | nettement moins cher | n.d. |
| Impôt sur les sociétés, taux combiné | 25,8 % (36,1 % avec la surtaxe si CA > 1,5 Md€) | 30,1 % | 25,6 % | 25 % (15 % si haute technologie) |
| Taux effectif moyen d'imposition (2023) | 24,1 % | 27,5 % | 26,3 % | non couvert |
| Taux effectif marginal | 20,4 % | 22,4 % | 27,2 % | non couvert |
| Impôts de production (« autres impôts sur la production », % du PIB) | 4,4 % — 129 Md€ | 1,0 % | catégorie sans équivalent direct | n.d. |
| Soutien à la R&D | Crédit d'impôt recherche, 30 % jusqu'à 100 M€ puis 5 % — 7,8 Md€ de créance | Forschungszulage, jusqu'à 3,5 M€/an par entreprise | Déduction immédiate rétablie en 2025 + crédit de recherche | Super-déduction : 200 % des dépenses de R&D |
| Aide à l'investissement décarboné | Crédit d'impôt industrie verte : 15 à 55 %, plafond 150 à 350 M€ par projet | — | Crédits de production sans plafond de volume : 35 $/kWh de batterie, 10 % des coûts pour les minéraux critiques | Subventions directes et crédit bonifié |
| Délai d'implantation | ≈ 17 mois — 8 mois d'écart entre délai théorique et délai réel | écart théorie/pratique nul | n.d. | n.d. |
| Loyer logistique de référence | 89 €/m²/an en Île-de-France ; 55-71 € en régions | moyenne européenne ≈ 88 €/m²/an | n.d. | n.d. |
Deux faits sautent aux yeux avant tout calcul. D'abord, sur le coût du travail, la France est moins chère que l'Allemagne (−5,8 %) alors que son salaire direct est inférieur de 15,4 % : l'écart de salaire est en grande partie repris par les charges, ce qui compte pour le salarié mais pas pour l'investisseur, qui ne regarde que le coût total. Ensuite, sur l'énergie, la France est le pays européen dont l'écart avec les États-Unis est le plus faible — 85 €/MWh contre environ 75, soit un ratio de 1,14, quand l'Allemagne est à 159 €/MWh et la moyenne européenne à 134. L'Agence internationale de l'énergie estime que les prix européens pour les industries énergo-intensives restent en moyenne au double des prix américains et 50 % au-dessus des prix chinois et indiens — mais la France est l'exception européenne.
Investissement de 100 M€ amorti sur 10 ans, chiffre d'affaires annuel de 120 M€, marge d'exploitation avant impôts et impôts de production de 15 % soit 18 M€, 200 salariés à 1 600 h par an, consommation de 50 GWh d'électricité. Tous les autres paramètres — prix de vente, qualité, logistique, accès au marché, disponibilité de la main-d'œuvre — sont supposés identiques, ce qui est évidemment faux mais permet d'isoler l'effet des trois variables qui nous intéressent. Coût du capital 8 %.
| Usine type, résultat annuel en M€ | France | Allemagne | États-Unis | Chine |
|---|---|---|---|---|
| Coût du travail — 200 × 1 600 h | −14,6 | −15,5 | −14,1 | −1,9 |
| Énergie — 50 GWh | −4,3 | −8,0 | −3,8 | −4,7 |
| Impôts de production (≈ 3,5 % de la valeur ajoutée en France) | −1,6 | −0,4 | −0,4 | −0,4 |
| = résultat avant impôt sur les sociétés | 15,5 | 12,1 | 17,7 | 29,0 |
| − impôt sur les sociétés | −4,0 | −3,6 | −4,5 | −7,3 |
| = résultat net — rentabilité de l'investissement | 11,5 — 11,5 % | 8,5 — 8,5 % | 13,2 — 13,2 % | 21,7 — 21,7 % |
Résultat central : sur ces hypothèses, la France bat l'Allemagne et se situe à trois points des États-Unis — et à dix points de la Chine. Le poste qui départage la France et l'Allemagne n'est ni la fiscalité ni le travail : c'est l'énergie, qui vaut à elle seule 3,7 M€ par an, soit davantage que l'écart d'impôts de production et d'impôt sur les sociétés réunis. Le poste qui départage l'Europe et la Chine est uniquement le travail, qui vaut 12,7 M€.
| Type d'usine | Ce qui domine | Où elle va |
|---|---|---|
| Intensive en main-d'œuvre — textile, assemblage, électronique grand public. Le travail dépasse 40 % de la valeur ajoutée | Coût horaire | Rien ne rattrape un rapport de 1 à 7 sur le travail. Aucun aménagement fiscal européen ne compense. La question n'est pas « France ou Allemagne » mais « Europe ou Asie » |
| Électro-intensive — aluminium, chimie de base, verre, acier électrique. L'électricité dépasse 10 % de la valeur ajoutée | Prix de l'électricité | C'est le seul segment où la France a un avantage européen décisif : 85 €/MWh contre 159 en Allemagne, et un contenu carbone de 40 g/kWh contre 336. Sur une usine consommant 500 GWh, l'écart franco-allemand atteint 37 M€ par an |
| Intensive en capital et en R&D — pharmacie, semi-conducteurs, aéronautique | Fiscalité de l'assiette et subventions | Le crédit d'impôt recherche et le crédit industrie verte deviennent structurants. Mais les crédits américains de la loi sur la réduction de l'inflation sont sans plafond de volume, quand les dispositifs français sont plafonnés par projet |
| Faible marge, forte valeur ajoutée locale | Impôts de production | C'est le seul cas où les impôts de production sont réellement décisifs — parce qu'ils sont dus même en l'absence de bénéfice |
Ils sont assis sur la valeur ajoutée, les surfaces, la masse salariale ou le chiffre d'affaires — pas sur le bénéfice. Une usine neuve en montée en cadence, déficitaire pendant trois ans, ne paie pas d'impôt sur les sociétés mais paie l'intégralité de sa cotisation foncière, de sa taxe foncière et de son versement mobilité. Dans un plan d'affaires, cela déplace le point mort. C'est pourquoi ils n'apparaissent ni dans les taux nominaux d'impôt sur les sociétés, ni dans les taux effectifs marginaux calculés par l'OCDE — indicateur sur lequel la France est d'ailleurs meilleure que l'Allemagne et les États-Unis (20,4 % contre 22,4 et 27,2).
| Dépenses fiscales, France | Montant |
|---|---|
| Total, prévision 2026 | 88,3 Md€ — ≈ 3,0 % du PIB |
| 2025 / 2024 | 91,8 / 89,4 Md€ |
| Nombre de dispositifs | 465, dont 82 en extinction |
| 1. Crédit d'impôt recherche | 8 041 M€ |
| 2. Crédit d'impôt emploi à domicile | 7 208 M€ |
| 3. Abattement de 10 % sur les pensions | 4 665 M€ |
| 4. Exonération Dutreil sur la transmission d'entreprises | 4 000 M€ |
| 5. Exonération de l'épargne salariale | 2 890 M€ |
| 6-10. TVA travaux, TVA restauration, heures supplémentaires, dons, travaux fonciers | 11 184 M€ |
| Les dix premières | 37 988 M€ — 43 % du total |
S'y ajoutent les niches sociales — exonérations de cotisations — pour près de 80 Md€ en 2023, en croissance continue depuis 1993 et marquées par un saut de plus de 20 Md€ en 2019 lors de la bascule du crédit d'impôt compétitivité emploi en allègements de cotisations. La Cour des comptes juge les dépenses fiscales « toujours plus coûteuses et nombreuses, grevant le produit des grands impôts » et recommande de supprimer celles dont l'évaluation a montré l'insuffisante efficacité.
Un industriel amortit sur quinze à vingt ans. Ce qu'il regarde n'est pas le taux d'une année, c'est la prévisibilité. Sur ce point, le dossier français est mauvais, et la cotisation sur la valeur ajoutée en est l'illustration canonique :
| Texte | Décision sur la suppression de la CVAE |
|---|---|
| Loi de finances 2021 | Division par deux (suppression de la part régionale) |
| Loi de finances 2023 | Réduction de moitié, suppression annoncée pour 2024 |
| Loi de finances 2024 | Report : suppression étalée jusqu'en 2027 |
| Loi de finances 2025 | Nouveau report : gel 2025-2027, extinction 2028-2030 |
| Projet de loi de finances 2026 | Proposition d'accélération à 2028… |
| Loi de finances 2026 | …article supprimé. Taux gelé à 0,28 %, suppression au 1ᵉʳ janvier 2030 |
Quatre calendriers de suppression différents annoncés en cinq lois de finances, pour une échéance passée de 2024 à 2030. Sur la même période : baisse de l'impôt sur les sociétés de 33⅓ % à 25 % entre 2018 et 2022, puis réintroduction en 2025 d'une contribution exceptionnelle portant le taux effectif à 36,1 % pour les grandes entreprises, reconduite en 2026 avec un seuil relevé ; et un triple rabot du crédit d'impôt recherche en 2025 (forfait de fonctionnement ramené de 43 % à 40 %, suppression du régime jeune docteur, exclusion des frais de brevets).
Ce que la littérature économique en dit. L'indice d'incertitude de politique économique de Baker, Bloom et Davis, appliqué aux entreprises cotées, donne des effets substantiels : pour une firme dont un quart du chiffre d'affaires dépend de la commande publique, la hausse d'incertitude observée entre 2005-2006 et 2011-2012 correspond à une baisse du taux d'investissement d'environ un dixième et de la croissance de l'emploi de 4,5 points. Sur données macroéconomiques, un choc d'incertitude comparable réduit l'investissement brut d'environ 6 % et la production industrielle de 1,2 %.
Sur la sensibilité de la localisation à la fiscalité, la méta-analyse de référence donne une semi-élasticité médiane de −3,3 : un point de taux d'imposition en moins augmenterait l'investissement direct étranger d'environ 3,3 %. Les estimations plus récentes sont plus basses, autour de −2,5, et surtout un travail plus récent souligne qu'une part significative de l'élasticité mesurée reflète des choix de localisation des bénéfices et non de capacités de production : l'élasticité de l'investissement réel serait plus faible.
La question de savoir si les hauts revenus partent est souvent traitée par anecdotes. La littérature empirique existe, et son résultat principal est un immense écart selon la population considérée.
| Étude | Population | Élasticité au taux net d'impôt |
|---|---|---|
| Kleven, Landais, Saez (2013) | Footballeurs étrangers en Europe | 1,06 |
| idem | Footballeurs nationaux | 0,12 |
| Akcigit, Baslandze, Stantcheva (2016) | Inventeurs étrangers du centile supérieur | 0,63 à 1,04 |
| idem | Inventeurs nationaux du centile supérieur | 0,02 à 0,03 |
| Moretti, Wilson (2017) | Scientifiques de premier plan, entre États américains | 0,40 en stock, ≈ 1,8 en flux |
Le rapport entre l'élasticité des étrangers très mobiles et celle des nationaux est de 9 pour 1 chez les footballeurs et de 35 à 50 pour 1 chez les inventeurs. Ces populations — sportifs sous contrat international, inventeurs brevetants, chercheurs les plus cités — sont extraordinairement mobiles et ne sont représentatives ni de l'ensemble des contribuables, ni a fortiori de la main-d'œuvre d'un site industriel. Kleven et ses coauteurs montrent d'ailleurs que les effets de tri disparaissent statistiquement pour les joueurs de moindre niveau. Extrapoler ces élasticités à la localisation d'une base d'emploi industriel n'a pas de fondement empirique.
| Baromètre EY, décisions d'investissement étranger, 2025 | Nombre | Évolution |
|---|---|---|
| France — 1ʳᵉ place européenne pour la 7ᵉ année | 852 | −17 % |
| Royaume-Uni | 730 | −14 % |
| Allemagne | 548 | −10 % |
| dont projets industriels français | 354 | −15 % |
| dont projets de R&D français | — | −47 % |
| Emplois créés en France | ≈ 28 000 | −4 % (moyenne européenne −25 %) |
Atouts cités : taille du marché, infrastructures, compétences, accès à une énergie décarbonée. Freins cités : coût du travail, pression fiscale, imprévisibilité politique et réglementaire.
Le baromètre des dirigeants américains implantés en France est nettement plus sombre : 55 % jugent que le contexte s'est dégradé en 2025, 16 % le jugent positivement (contre 70 % en 2022), 46 % ne recommanderaient pas la France à une entreprise américaine cherchant à investir, et 90 % demandent des réformes structurelles — simplification administrative, baisse des impôts et charges. Seuls 4 % attendent des progrès avant l'élection de 2027.
La tension entre ces deux lectures est le vrai enseignement du dossier. La France reste championne d'Europe en nombre de projets et son électricité décarbonée est un avantage industriel de premier ordre, mais ses flux d'investissements directs entrants ne se sont élevés qu'à 25,2 Md€ en 2024, en repli de 28 %, et le sentiment des investisseurs installés est au plus bas de la décennie.
Eurostat lc_lci_lev, nrg_pc_205, nrg_pc_203, gov_10a_taxag ; OCDE Corporate Effective Tax Rates 2023 ; Tax Foundation (organisme engagé, favorable à la baisse de la fiscalité des entreprises) ; Institut Montaigne et Fondation IFRAP (organismes engagés) pour les impôts de production ; annexe Voies et moyens tome II au PLF 2026 ; rapport Guillot 2022 ; Baker, Bloom & Davis (2016) ; De Mooij & Ederveen (2003) ; Kleven, Landais & Saez (2013) ; Akcigit, Baslandze & Stantcheva (2016) ; Moretti & Wilson (2017) ; baromètre EY 2026 et baromètre AmCham-Bain 2026 (cabinets privés).
C'est un point où un chiffrage très répandu est mal attribué. Vérification faite sur la source primaire.
Flaaen et Pierce, Federal Reserve, FEDS Working Paper 2019-086. Méthode : différences-de-différences sur données mensuelles par industrie, comparant les secteurs manufacturiers fortement exposés aux tarifs de 2018 à ceux qui l'étaient peu. Ce n'est pas un contrefactuel macroéconomique « avec ou sans tarifs » — c'est un effet différentiel entre industries.
Résultat, pour un passage du 25ᵉ au 75ᵉ percentile d'exposition :
| Canal | Effet sur l'emploi manufacturier |
|---|---|
| Protection à l'importation (effet recherché) | +0,3 % |
| Hausse du coût des intrants | −1,1 % |
| Représailles commerciales étrangères | −0,7 % |
| Effet net | −1,4 % |
Le canal protecteur existe et est statistiquement significatif. Il est simplement d'un ordre de grandeur inférieur aux deux canaux destructeurs.
Ces deux chiffres ne figurent pas dans l'étude de la Fed. Le working paper ne contient aucun décompte d'emplois en valeur absolue — il ne raisonne qu'en effets relatifs entre percentiles.
Le chiffrage vient de Kadee Russ et Lydia Cox, « Steel Tariffs and U.S. Jobs Revisited », Econofact, février 2020. Les 1 000 emplois sont un comptage BLS brut sur le code NAICS 3311 (production d'acier) : « environ 1 000 emplois de plus en novembre 2019 qu'en mars 2018 » — une statistique descriptive, pas une estimation causale. Les 75 000 emplois sont un calcul dérivé appliquant un effet de 0,6 % à la base d'emploi manufacturier américain (~12,8 millions).
Trois précautions : les deux chiffres ne sont pas homogènes (un solde observé dans un secteur étroit contre une estimation économétrique sur tout le manufacturier) ; les soustraire pour obtenir « −74 000 net » additionne deux natures statistiques différentes ; et le coefficient de 0,6 % utilisé par Russ et Cox ne correspond pas au −1,1 % du canal intrants de la Fed, sans que la dérivation soit explicitée.
Formulation rigoureuse : « L'étude de la Fed établit que les industries les plus exposées ont vu leur emploi reculer de 1,4 % relativement aux moins exposées, la protection obtenue (+0,3 %) étant plus qu'annulée par le renchérissement des intrants (−1,1 %) et les représailles (−0,7 %). Le chiffrage popularisé de 1 000 contre 75 000 provient d'un calcul distinct d'Econofact. »
Le mécanisme reste, lui, parfaitement solide, et c'est ce qui compte pour le débat français. Russ et Cox le résument ainsi : « il y a plus de 12 millions d'emplois dans les industries qui utilisent de l'acier dans leur processus de production ; près de 2 millions dans celles qui en utilisent intensivement ». L'emploi dans la production d'acier se compte en dizaines de milliers, l'emploi dans les industries consommatrices d'acier en millions. Une mesure protectrice ne peut être positive en net que si son gain unitaire pour le protégé excède d'un facteur considérable son coût unitaire pour l'aval. Condition non remplie en 2018-2019.
Arguments pour : le MACF donne un prix au carbone importé et protège l'industrie européenne du dumping environnemental. Arguments contre : il ne couvre que 571 lignes tarifaires sur 10 000, soit 1,2 % de la valeur des importations françaises ; la suppression des quotas gratuits pourrait dégrader les comptes d'exploitation de 45 Md€/an au niveau européen, dont 4 Md€ en France, en pénalisant les industries en aval.
Flaaen & Pierce, FEDS 2019-086 ; Russ & Cox, Econofact, 6 février 2020 ; Rexecode (proche du patronat) pour le MACF.
Le débat oppose des slogans — « la France écrase ses entreprises », « les entreprises ne paient pas assez » — parce qu'il additionne des choses qui ne s'additionnent pas. Voici les quatre prélèvements distincts, ce que chacun frappe, et ce que la comparaison internationale dit vraiment.
Les impôts de production (D29 au sens du système européen de comptes) sont ceux que l'entreprise doit du seul fait qu'elle produit : parce qu'elle occupe des locaux, emploie des salariés, détient des équipements ou réalise du chiffre d'affaires. En France : taxe foncière professionnelle, taxe sur les salaires, versement mobilité, CFE, C3S, CVAE, IFER, TASCOM.
L'impôt sur les sociétés frappe le bénéfice.
Les cotisations sociales employeurs frappent la masse salariale.
La fiscalité de l'énergie frappe la consommation d'électricité, de gaz et de carburants.
Trois propriétés rendent les impôts de production économiquement différents de l'impôt sur les bénéfices, et elles sont de construction juridique, pas d'estimation. Ils sont dus même à perte : une entreprise déficitaire paie l'intégralité de sa CFE, de sa C3S et de son versement mobilité. Ils frappent en cascade : la C3S étant assise sur le chiffre d'affaires, plus une chaîne de valeur comporte d'étapes juridiquement séparées, plus elle est taxée — deux entreprises intégrées verticalement paient moins qu'une chaîne de trois sous-traitants pour la même production finale. Ils pèsent plus sur l'industrie capitalistique, l'assiette foncière étant proportionnelle aux immobilisations.
| Impôts de production en France, périmètre DGFiP | Assiette réelle | 2019 | 2023 |
|---|---|---|---|
| Taxe foncière bâtie, part entreprises | Valeur locative des locaux | 16,3 | 17,3 |
| Taxe sur les salaires | Masse salariale des secteurs non assujettis à la TVA | 13,8 | 16,6 |
| Versement mobilité | Masse salariale (11 salariés et plus) | 9,2 | 11,3 |
| CFE | Valeur locative foncière | 8,6 | 8,2 |
| C3S | Chiffre d'affaires | 3,9 | 4,8 |
| CVAE | Valeur ajoutée | 14,0 | 4,0 (−71,8 %) |
| IFER | Équipements de réseau | 1,7 | 2,0 |
| TASCOM | Surface commerciale | 1,0 | 1,2 |
| Total, périmètre DGFiP | — | — | 92,7 Md€ |
DGFiP, Statistiques n° 35, mai 2025, données 2023, montants en milliards d'euros. Les 27 Md€ d'écart entre la somme des huit lignes et le total correspondent à une nébuleuse de taxes sectorielles et de contributions affectées.
| Impôts de production en % de la valeur ajoutée, par secteur | 2019 | 2023 | Écart |
|---|---|---|---|
| Industrie | 5,6 % | 4,2 % | −1,4 pt |
| Commerce, transport, hébergement-restauration | 4,6 % | 3,5 % | −1,1 pt |
| Services spécialisés | 4,4 % | 3,4 % | −1,0 pt |
| Finance et assurance | 3,1 % | 1,7 % | −1,4 pt |
| Immobilier | 15,5 % | 17,5 % | +2,0 pt |
Un fait rarement relevé : l'industrie supportait bien la charge la plus lourde hors immobilier avant la réforme de 2021, et c'est elle qui a le plus bénéficié. Mais l'immobilier — secteur abrité, non exposé à la concurrence internationale — reste taxé quatre fois plus que l'industrie, et sa charge a augmenté.
Impôts de production des sociétés non financières
2024, rapportés à la valeur ajoutée puis à l'excédent brut d'exploitation.
Eurostat, nasa_10_nf_tr, sociétés non financières S11, prix courants, 2024 (données provisoires) : D29 versé, B1G valeur ajoutée brute, B2A3G excédent brut d'exploitation. Ratios calculés par nos soins.
| Catégorie | % de la valeur ajoutée | % de l'excédent brut d'exploitation |
|---|---|---|
| France | 5,04 | 15,70 |
| Pays-Bas | 1,30 | 3,10 |
| Allemagne | 1,14 | 3,10 |
| Sociétés non financières, 2024 | France | Allemagne | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| Impôts de production versés | 76,3 Md€ | 28,9 Md€ | 8,5 Md€ |
| Impôts sur les bénéfices versés | 65,2 Md€ | 109,5 Md€ | — |
| Impôts de production / valeur ajoutée | 5,04 % | 1,14 % | 1,30 % |
| Impôts sur les bénéfices / valeur ajoutée | 4,31 % | 4,33 % | — |
| Impôts de production / EBE | 15,7 % | 3,1 % | 3,1 % |
| Impôts sur les bénéfices / EBE | 13,4 % | 11,7 % | — |
| Taux de marge (EBE / valeur ajoutée) | 32,2 % | 37,2 % | 41,9 % |
En France, les sociétés non financières paient plus d'impôts assis sur la production (76,3 Md€) que d'impôts assis sur les bénéfices (65,2 Md€). En Allemagne, c'est l'inverse dans un rapport de un à quatre. Et sur l'imposition des bénéfices rapportée à la valeur ajoutée, les deux pays sont quasiment identiques : 4,31 % contre 4,33 %. Tout l'écart de structure passe par l'assiette production.
| 2025 | Taux légal combiné | Taux effectif marginal | Taux effectif moyen |
|---|---|---|---|
| France | 36,13 % | 20,4 % | 24,1 % |
| Allemagne | 30,06 % | 22,4 % | 27,5 % |
| Pays-Bas | 25,80 % | 19,6 % | 23,9 % |
| États-Unis | 25,57 % | 27,2 % | 26,3 % |
| Royaume-Uni | 25,00 % | 23,7 % | 24,6 % |
| Chine | 25,00 % | non couverte | non couverte |
| Moyenne OCDE | 24,20 % | 21,4 % | 24,8 % |
Le 36,13 % français induit en erreur si on ne l'explique pas. Le taux normal de l'impôt sur les sociétés est de 25 % depuis 2022. S'y ajoutent une contribution sociale de 3,3 % assise sur l'IS lui-même au-delà de 763 000 € d'impôt — soit 25,83 % — puis une contribution exceptionnelle temporaire sur les grandes entreprises : environ 31 % pour un chiffre d'affaires entre 1 et 3 Md€, et 36,1 % au-delà de 3 Md€. 36,13 % est donc le taux applicable aux seules entreprises de plus de 3 milliards de chiffre d'affaires, à titre temporaire. La grande majorité des sociétés est à 25 % ou 25,83 %, et les PME éligibles à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice. Citer 36,13 % comme « le taux français » est une erreur de périmètre.
| % du PIB | France | Allemagne | Pays-Bas | Royaume-Uni | États-Unis |
|---|---|---|---|---|---|
| Impôts de production (D29, tous secteurs), 2024 | 4,4 % | 1,0 % | 1,2 % | ≈ 1,0 % (business rates) | n.d. |
| Cotisations employeurs (D611), 2024 | 10,0 % | 7,0 % | 5,2 % | n.d. (NIC total 6,7 %) | n.d. (payroll total 5,9 %) |
| Impôt sur les sociétés, recettes | — | — | — | 3,4 % | 1,8 % (fédéral) |
| Prix de l'électricité industrielle, €/MWh, S1 2025 | 129,6 | 193,2 | 187,8 | n.d. | ≈ moitié du niveau UE |
Prix de l'électricité pour l'industrie
Premier semestre 2025, bande de consommation 2 000 à 19 999 MWh par an, hors taxes récupérables.
Eurostat, nrg_pc_205 (prix) et env_ac_taxind2, catégorie NRG, NACE C, 2023 (taxes énergie payées par l'industrie manufacturière, valeurs estimées) ; Agence internationale de l'énergie, Electricity 2026, chapitre Prices, pour la comparaison hors UE — comparaison relative, sans chiffres absolus publiés.
| Catégorie | b1 |
|---|---|
| Allemagne | 193,2 |
| Pays-Bas | 187,8 |
| UE-27 | 164,0 |
| France | 129,6 |
Coût salarial unitaire nominal, ensemble de l'économie
Base 100 en 2000. Le coût salarial unitaire incorpore la productivité par construction.
Eurostat, nama_10_lp_ulc, coût salarial unitaire nominal rapporté aux heures travaillées, ensemble de l'économie, indice 2020 = 100, rebasé par nos soins en 2000 = 100. Périmètre : ensemble de l'économie, pas la seule industrie manufacturière — les évolutions manufacturières peuvent différer.
| Abscisse | Allemagne | France |
|---|---|---|
| 2000 | 100,0 | 100,0 |
| 2008 | 101,2 | 115,6 |
| 2015 | 116,4 | 127,6 |
| 2020 | 130,2 | 135,2 |
| 2024 | 152,1 | 150,5 |
| Coût horaire du travail, industrie manufacturière, 2024 | € / heure |
|---|---|
| Allemagne | 48,5 |
| Pays-Bas | 47,3 |
| France | 45,7 |
La France est 5,8 % moins chère que l'Allemagne à l'heure travaillée dans l'industrie manufacturière. Ce fait est peu compatible avec le récit d'un coût du travail français prohibitif face à l'Allemagne.
| Part dans les exportations mondiales de marchandises | 2014 | 2025 |
|---|---|---|
| Chine | 12,3 % | 14,4 % |
| États-Unis | — | 8,3 % |
| Allemagne | 7,9 % | 6,7 % |
| Italie | — | 2,8 % |
| Japon | — | 2,8 % |
| France | — | 2,6 % |
| Royaume-Uni | — | 2,1 % |
Insee, « Parts de marché dans les exportations de marchandises de quelques pays du monde », données OMC, publication du 22 mai 2026. Rexecode — institut proche des organisations patronales, à traiter comme contribution au débat — donne 2,4 % pour 2025 contre 3,1 % en 2019 ; l'écart entre les deux sources tient à des périmètres différents, l'ordre de grandeur est le même.
L'enseignement le plus robuste : entre 2019 et 2025, l'Allemagne a perdu davantage de part de marché mondiale que la France, et la zone euro dans son ensemble passe de 23,3 % à 20,1 %, soit −3,2 points en six ans. La part de la France à l'intérieur de la zone euro est stabilisée autour de 11 %, à un point sous son niveau de 2019. Le recul français depuis 2019 est donc majoritairement un recul européen face à la Chine et aux États-Unis. Le décrochage spécifiquement français, lui, est daté : 2000-2008.
| Mesure | Coût | Évaluation d'impact |
|---|---|---|
| CICE (2013-2018), transformé en allègement pérenne en 2019 | ≈ 18 Md€/an | ≈ 100 000 emplois (micro-économétrique TEPP) à 200 000-400 000 (macro-sectoriel OFCE). ≈ 180 000 € par emploi. Effet positif substantiel sur les salaires dans les services. Investissement : non concluant. R&D : non concluant. |
| Baisse de l'IS de 33,3 % à 25 % (2017-2022) | non chiffré ex post | Aucune évaluation causale ex post de l'effet sur l'investissement, l'emploi ou la localisation |
| Baisse des impôts de production (2021) | 22,3 Md€ bruts sur 2021-2022, ≈ 20 Md€ nets après retour d'IS | « Les analyses statistiques menées jusqu'ici ne permettent pas d'identifier l'effet causal de la réforme sur l'activité économique » — France Stratégie, janvier 2024 |
Sur l'idée que la baisse de l'IS se serait autofinancée : les recettes encaissées sont passées de 30 Md€ en 2016 à 57 Md€ en 2023, mais l'IPP démontre que cette lecture est fausse. L'IS n'étant pas prélevé à la source, encaissements et impôt dû divergent fortement ; en raisonnant sur l'impôt dû, la progression est de 52 à 68 Md€, et ces 16 Md€ s'expliquent presque intégralement par trois facteurs indépendants du taux : la suppression du CICE qui rend environ 6 Md€ d'assiette par an à l'IS, la baisse des impôts de production déductibles (environ 3 Md€ par an) et l'inflation (13,7 % sur la période, environ 7 Md€). Conclusion de l'IPP, à citer des deux côtés : les données ne soutiennent pas la thèse de l'autofinancement, et ne démontrent pas non plus qu'une hausse serait sans rendement — l'élasticité retenue, de l'ordre de 0,5, implique qu'une hausse de taux rendrait environ 23 % de moins qu'un calcul statique, mais rendrait bien quelque chose.
| Chine | Valeur | Statut |
|---|---|---|
| Taux légal d'IS | 25 % | Mesuré — mais 15 % pour la haute technologie, 10 % pour les semi-conducteurs encouragés, 5 % pour les petites entreprises, 15 % dans plusieurs régimes régionaux. Aucun impôt local sur les sociétés. |
| Cotisations employeurs, taux nominal | ≈ 32 à 36 % | Source de praticien, non statistique officielle |
| Soutien de politique industrielle, 2019 | 1,73 % du PIB | CSIS (financé par le Département d'État américain, partie prenante d'un différend commercial) ; confirmé indépendamment par le Kiel Institute — 221 Md€, même ratio |
| France, même mesure | 0,55 % | Allemagne 0,41 %, États-Unis 0,39 %, Corée du Sud 0,67 % |
| Part de la Chine dans la production manufacturière mondiale | 28 % en 2023 | Contre moins de 9 % en 2004 |
Le résultat de référence est une méta-analyse de 704 estimations : une baisse de 1 point du taux d'imposition effectif est associée à une hausse d'environ 2,5 % de l'investissement direct étranger. Les méta-analystes fournissent eux-mêmes quatre réserves : un biais de publication démontré (les estimations significatives sont surreprésentées, la vraie élasticité est donc probablement plus faible) ; les études sur données agrégées produisent des élasticités systématiquement plus fortes que celles sur données d'entreprises, méthodologiquement supérieures ; la qualité de mesure du taux effectif compte ; et l'effet n'est jamais compensé par ce que l'impôt achète en dépenses publiques.
La réserve la plus importante pour un débat sur la localisation industrielle : une part substantielle de la sensibilité mesurée correspond à un réacheminement des flux financiers — transfert de bénéfices, structures de détention — et non à des décisions d'implantation réelle. L'élasticité de 2,5 mesure la réactivité de l'investissement direct déclaré, pas celle des usines construites. L'utiliser pour prédire des relocalisations industrielles serait une extrapolation abusive.
Thèse du handicap fiscal. La charge d'impôts de production représente 15,7 % de l'excédent brut d'exploitation des sociétés non financières françaises contre 3,1 % en Allemagne. Elle est due même à perte, elle frappe l'industrie capitalistique, et elle explique mécaniquement l'essentiel de l'écart de taux de marge (32,2 % contre 37,2 %). Aucun autre pays comparé n'a d'équivalent.
Thèse sceptique. Aucune évaluation causale n'a établi que la baisse de ces impôts produise de l'emploi ou de l'investissement — France Stratégie l'écrit explicitement. Les 22,3 Md€ de la réforme de 2021 n'ont pas d'effet identifié. Le CICE, mieux évalué, a coûté environ 180 000 € par emploi. L'écart de coût unitaire avec l'Allemagne est refermé. Et le recul des parts de marché depuis 2019 est un phénomène européen, pas français.
Ces deux lectures ne sont pas de même nature. La première repose sur des identités comptables mesurées, la seconde sur des échecs d'identification causale. Un échec d'identification n'est pas une preuve d'absence d'effet — mais après une quarantaine de milliards de mesures et trois dispositifs d'évaluation publics, il reste un fait à verser au débat.
Mis à jour : 2026-08